LE FEUILLETON GARBANI
En procès avec la société, elle rêve à des héros comme Che Guevara ou Rosa Luxembourg en totale contradiction avec « le respect de certaines valeurs comme les droits de l'homme» qui sont un fleuron de Cuba, le goulag à l'air libre que le PSS soutient continue à soutenir.
Avec évidemment, l'anti-américanisme de la gauche, qui présente toujours ce pays comme le repoussoir absolu, ce qui évite de parler de régimes socialistes, de Cuba au Zimbabwe, en passant par la République de Chine, le Vietnam et la Corée du Nord, pays dans lesquels le peuple subit une féroce dictature de gauche et qui sont totalement abandonnés par les "progressistes".
«Je rêvais de Che Guevara»
Coopération N° 31, 28 juillet 2004 Qui sont nos élus à Berne au naturel? Cet été, «Coopération» rend visite à quatre d'entre eux. Aujourd'hui: Valérie Garbani (PS/NE). François Mauron
Elle allume sa cinq ou sixième cigarette de l'heure qu'a duré l'entretien, réfléchit un moment, répond à la question. Sans précipitation. Valérie Garbani à beau vivre à cent à l'heure, courir entre Berne et Neuchâtel et fumer près de trois paquets par jour, elle ne semble guère en proie au stress - ou du moins n'en laisse rien paraître.
«Depuis mon élection au Conseil communal de Neuchâtel (exécutif) en juin dernier, je stresse moins qu'avant. J'ai l'impression d'être soutenue, je sens que je peux me reposer sur les collaborateurs de mon dicastère», note-t-elle en guise de confirmation. Et pourtant, le poste est à plein temps. Ajoutez-y son mandat au Conseil national (depuis 1999)... Vous comprendrez que cette jeune femme de 37 ans - célibataire, sans enfant - n'a guère le temps de s'ennuyer. Avocate de formation, Valérie Garbani vient d'un milieu modeste. Son père tessinois était poseur de tapis, sa mère téléphoniste. A Neuchâtel, la famille habite derrière la gare, dans un quartier où vivent des communautés portugaises, espagnoles et italiennes. A 12 ans, la future conseillère nationale perd brusquement son papa. Un drame qui la révolte: «Je n'ai pas très bien compris le pourquoi de cette injustice, j'ai perdu la foi en Dieu.» Comme sa mère doit retravailler, elle et sa soeur cadette (deux ans plus jeune) deviennent rapidement indépendantes. A cette époque, Valérie contracte le virus de la musique heavy metal «qui me fait toujours vibrer aujourd'hui». En procès avec la société, elle rêve à des héros comme Che Guevara ou Rosa Luxembourg. Plus tard, elle entrera en politique «pour être au coeur de l'action». Flirtant avec l'extrême gauche, la jeune femme opte finalement pour le Parti socialiste. «Cette formation m'a semblé plus concrète dans sa volonté de faire avancer les choses. Chez Solidarités, c'était trop élitiste, hiérarchique, macho aussi. Et ça manquait terriblement d'humour: au PS, on sait rigoler.»Et si ça n'avait pas été la politique? «L'agriculture, répond-elle. Je pense que ça m'aurait bien plu. Si, si, je vous l'assure.» Et de louer la forme d'autonomie, le sentiment de perpétuer un héritage que procure le métier de la terre. Mais cette profession de foi n'est pas sans paradoxe. Amoureuse de Neuchâtel, Valérie Garbani ne quitterait sa ville que pour une mégapole comme New York. «J'y ai été l'an passé, ça m'a épatée», lâche-t-elle, admirative devant la richesse cosmopolite, culturelle, et mê-me la chaleur humaine de la Grande Pomme. «Rien à voir avec le reste des Etats-Unis.» Un pays dont elle brocarde la superficialité - «je ne pense pas que l'avenir du genre humain se trouve dans les seins siliconés» - et dont la fuite en avant du Gouvernement actuel l'inquiète. Un brin d'humilité, le respect de certaines valeurs comme les droits de l'homme, ça ne gâcherait rien, s'emporte-t-elle.Valeurs, humilité: des mots qui reviennent fréquemment dans la bouche de la Neuchâteloise qui pourrait tout laisser tomber «par amour ou passion politique, mais aussi par ras-le-bol ou désespoir - ça arrive à tout le monde de péter les plombs». Non-croyante, elle essaie néanmoins d'appliquer certains principes du christianisme: partage, respect d'autrui, amour du prochain. Et si elle n'a pas eu d'enfants - «les circonstances ne l'ont pas voulues» -, la famille a pris depuis quelque temps une dimension nouvelle à ses yeux. C'est que devenue «tante Valérie», elle s'émerveille sans cesse devant la spontanéité de ses deux neveux. «Ils m'ont aussi fait comprendre ce que signifie la pérennité familiale.»
Fiche signalétique
BD et heavy metal
Nom. Valérie Garbani, 37 ans, célibataire, sans enfants.
Parcours. Conseillère nationale (PS/NE) depuis 1999, elle vient d'être élue à l'exécutif de la ville de Neuchâtel (cinq membres à plein temps). Pour exercer cette fonction, elle a dû lâcher son étude d'avocate et sa charge de secrétaire romande de l'Asloca (Association suisse des locataires).
Plat préféré. Riz, oeufs durs et sauce blanche au câpres.Signe particulier. Férue de musique heavy metal (Motörhead, Metallica) et de BD (Blueberry).
fm
«Il faudrait pouvoir s'arrêter, respirer et réfléchir»
En quelques points, Valérie Garbani expose ses convictions.
- La plus belle chose qui puisse arriver à un être humain: «Mourir entouré.» Une île secrète: «Mes amis. J'ai de vieilles amitiés, elles sont solides.»
- La Suisse en trois mots: «Immigration. Complexé. Potentialité.»
- Le monde d'aujourd'hui: «Je ne suis pas contre le progrès. Mais il faut remettre l'être humain au centre des réflexions - c'est bateau, je sais - et comprendre que notre sphère bleue n'est pas éternelle. Je regrette que ce monde ne se rende pas compte qu'il court à sa perte.»
- Les questions qui tuent: «A-t-on besoin de cette disparité entre riches et pauvres? Doit-on absolument développer toutes ces technologies? Cela nous rendra-t-il plus heureux de vivre jusqu'à 95 ans, sans disposer toutefois des mêmes facultés qu'à 50 ans? Un enfant doit-il forcément savoir jouer du piano, du basket, aux échecs et être en plus le meilleur de la classe?»
- Le constat philosophique: «Notre génération se comporte comme si nous étions les meilleurs représentants du genre humain, mais nous sommes certainement les pires. Il faudrait pouvoir s'arrêter, respirer et réfléchir. Tout le monde. Un mois, une semaine, une année.»