Le 3e procès de mars 1938 à Moscou

On parle des “procès de Moscou” (août 1936, janvier 1937 et mars 1938), une expression trompeuse car des procès à Moscou, il y en eut des milliers, des dizaines de milliers, imposture de justice pour liquider des «ennemis du peuple». La justice du régime stalinien fut implacable contre les prétendus ennemis du peuples, saboteurs, agents de l'impérialisme, du fascisme ou pire encore, des trotskistes, tous furent condamnés à la déportation ou à recevoir une balle dans la nuque. Ces procès ne provoquèrent jamais l'indignation des progressistes, y compris les associations comme le “Comité international des juristes” et encore moins celle de Monsieur Victor Bash et sa “Ligue des Droits de l'Homme”. Mais, celui de mars 1938, organisé pendant l'Anschluss et l'expédition polaire créa un stupeur. Qu'on pende un koulak, normal pour les communistes! mais que Boukharine, l'«enfant chéri du communisme», fut un ennemi du peuple, pire un trotskiste, cela ne passait pas. Il y eu de nombreuses démissions, en dehors de l'URSS (démissionner du PCUS, c'était la mort assurée!), mais cela n'était pas grave, le communisme retrouvera d'autres crétins et d'autres salopards pour le servir, toute cette chienlit qui gobera des mensonges encore plus gros. Et parmi ceux qui continuèrent à croire au “petit père des peuples”, remportant tant de victoires dans l'édification du socialisme, allaient devoir encore gober le pacte germano-soviétique.

Dans “Le Travail” du 1er mars 1938: A moscou de la nouvelle affaire des "Trotzkistes" informe également de l'assassinat de Maxime Gorki, le chantre du goulag.

Gorki Moscou procès des trotzkystes mars 1938

On y apprend la liste des inculpés: Boukharine, Rykov, Kretinski, Rakovski, Bessonov, Iagoda, Rosengold, Ivanov, Tchernov, Grinko, Lévine + 3 autres médecins. Cela fait 15 et pas 21, comme publié par le quotidien de Léon Nicole. Alors que de 10 à 15 millions d'être humains ont été liquidés durant la collectivisation de 1929, on ne va pas chipoter pour 6! Comme disait le grand Staline: «La mort d'un homme, c'est triste! celle d'un million, une statistique!».

Moscou procès des trotzkystes mars 1938
Les 21 inculpés reconnaissent leur culpabilité.
Les jeux sont faits. “Le Travail” 3 mars 1938.

Le 4 mars 1938, “Le Travail” cite une dépêche attribuée au Soir, autre périodique communisant, alors que le style est celui d'une nouvelle soviétique. Lisez bien ce texte car chaque mot compte, pas pour vous, mais pour les accusés. D'abord, on affirme que les masses sont actives comme Papanine pour demander la peine capitale. Cela veut faire croire que le peuple est d'accord avec le maître d'oeuvre, Staline, et que ce peuple, par la bouche d'un explorateur émérite de l'artique, demande la mort. La question semble donc réglée comme une lettre à la poste, mais… accuser 21 Soviétiques en 1938 d'être des koulaks ne fonctionnait plus comme dans les années 20, car les koulaks étaient tous déjà fusilllés ou en déportation. Il avait fallu alors trouver autre chose et l'accusation à la mode, c'était d'être trotskiste. Pire que cela, il n'y avait que vipère lubrique ou fasciste. Donc, toute personne qui pouvait être relié à Trotski, même sa concierge ou un de ses subalternes, était un «ennemi du peuple» et méritait la peine capitale. Cela a fonctionné très bien pour les deux premiers procès mais, Boukharine et Rykov, dont on ne parle qu'à la fin, c'était des gros poissons. Staline sait que c'est une grosse couleuvre à avaler, aussi il choisit le moment (Hitler avale l'Autriche et en Espagne, il y a la guerre civile) et il soigne la mise en scène tout en organisant une diversion: une expédition au pôle nord.

Moscou procès des trotzkystes mars 1938

A la liste s'ajoute Charangovitch. Cela ne fait toujours pas 21. Suspense!

Le lendemain, “Le Travail” reprend un article de Marcel Cachin de «L'Humanité». «Nous entendons dire ici: Nous ne pouvons pas croire à une telle trahison. Pardon, croyez-vous à celle de M. Doriot qui était hier encore un dirigeant de notre Internationale et qui s'offre au fascisme pour anéantir le communisme! Croyez-vous à la trahison de B. Mussolini. § A notre époque, où le capitalisme menacé et inquiet chancelle, il y a des traîtres, des misérables que le fascisme emploie PARTOUT pour sa besogne contre-révolutionnaire. Toutes les révolutions en ont commu, celles de France comme celle de l'Union soviétique.» C'est fou ce qu'il y a de traîtres! Mais, il manque encore des noms.

procès de Moscou mars 1938

“Le Travail” pouvait avoir des informations directement par les militants que le PSG avait envoyé à Moscou durant les années 30. Il pouvait aussi reprendre des articles de Tass. Non, il reprend un article de Cachin, laquais de Staline, dans un journal de la SFIC, le PCF! Parmi les nombreux mensonges, "Voyez en Espagne! On y a soudoyé une minorité de rebelles et de félons et on les aidés à se soulever contre les républicains." S'agit-il des attaques des agents du Komintern et du NKVD contre les anarchistes et les trotskistes? Va-t-on reconnaître l'attaque du 3 mai 1937 de brigadistes contre les Républicains? Une avalanche de mensonges pour faire perdre tout sens de la réalité!

procès de Moscou mars 1938

Après, silence radio! Par contre, on dérive sur le procès de Zürich. C'est la preuve que ceux qui gobent habituellement toutes les explications provenant de Moscou ne digèrent pas l'accusation de Boukharine (lire la dernière lette de Boukharine à Staline) et des autres condamnés pour trotskisme ne passait pas. D'où ce silence gêné! Mais Staline continue et ordonne le complot qui liquidera Trotski au Mexique par un coup de marteau… sans la faucille!

procès de Moscou mars 1938

Inutile de discuter longuement, les 21 ayant été fusillés. On est pas dans un odieux système bourgeois! Pas grave, certains seront réhabilités. Qui disait: "L'homme, le capital le plus précieux"? le camarade Staline.

Abattez-les comme des chiens, critique d'un documentaire sur les procès de Moscou.

Moscou, on oublie donc, mais le procès de Zürich est à de nombreuses reprises présents dans Le Travail dès le 8 mars 1938. Des fonctionnaires du Parti communiste suisse sont jugés pour avoir servi de centrale de recrutement pour le Brigades dites internationales, mais en fait aux ordres de Staline, opérant en Espagne: les brigadistes n'ont pas servi la République mais l'URSS!

Proces de Zurich pcs espagne

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