Les socialistes se frottaient les mains, une crise c'était bon pour leurs affaires, mais, surprise, c'est la catastrophe

L'article de Jean-Claude Péclet du 30 septembre 2009 décrit l'étendue des dégâts: la social-démocratie a du plomb dans l'aile, et cela ne profite pas à l'extrême-gauche!


Le trou d’air de la gauche

Gordon Brown, José Luis Zapatero et Jens Stoltenberg à Brighton. (AFP)

Battus en Allemagne, en France et en Italie, tétanisés en Grande-Bretagne, les sociaux-démocrates traversent une de leurs pires périodes alors que la crise financière semblait leur ouvrir un boulevard

Le Temps, Jean-Claude Péclet, mercredi 30 septembre 2009

En Allemagne, le SPD chute de 11 points, à 23% des voix. En Grande-Bretagne, les travaillistes reculent en troisième position dans les intentions de vote, derrière les conservateurs et les libéraux-démocrates. En France, le Parti socialiste a perdu plus de 40 000 membres cotisants.

La gauche l’a certes emporté de peu en Norvège et au Portugal. Elle peut gagner en Grèce ce dimanche. Mais dans l’hypothèse d’une défaite travailliste, cinq des six plus grands pays européens auront un gouvernement de centre droit en 2010 tandis que le sixième – l’Espagne – se débat avec 4 millions de chômeurs.

Effet paradoxal de la crise. En révélant les excès bancaires et les limites de la dérégulation, elle semblait offrir à la gauche une occasion rêvée d’engranger des suffrages. Or s’il y a eu un mouvement, il est plutôt dans le sens inverse. Pourquoi? Tout en gardant à l’esprit les situations nationales très diverses, on peut tenter quatre explications transversales.

1. Trou d’air bancaire et déficits publics. Confrontés au gel du système bancaire il y a un an, les Etats l’ont massivement soutenu. Quand la crise s’est transmise aux autres secteurs, ils ont aligné les plans de relance. Insidieusement, la colère contre les financiers s’est alors muée en crainte de voir les déficits publics exploser.
Du coup, les partis promettant de limiter ou baisser la charge fiscale ont le vent en poupe. C’est le cas des libéraux allemands qui ont engrangé près de 5% de votes supplémentaires ce week-end en faisant campagne presque exclusivement sur ce thème.

2. Recettes de gauche, cuisiniers de droite. Comme le résume Daniel Oesch, professeur de politique comparée à l’Université de Genève, «les gens votent pour une politique de gauche mise en place par des partis de droite». Pour lui, les élections se gagnent au centre, ainsi que l’ont montré Tony Blair en Grande-Bretagne et Gerhard Schröder en Allemagne dans les années 90.

Or avec la crise financière, le centre a basculé dans l’orbite de la droite. En France (lire ci-dessous), mais aussi en Allemagne et en Italie, des gouvernements conservateurs n’hésitent pas à mettre de côté leur credo libéral pour mener une politique anticyclique, taxer les riches ou critiquer les effets pervers de la mondialisation.

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