Ainsi donc, Cruella, alias Mme Calmy-Rey, tente de mettre sur un journaliste de l'AFP la responsabilité de sa bourde concernant des négociations avec Oussama Ben Laden. La presse, à l'exception de 24 heures qui fait la longue liste des gaffes et boulettes du ministre des Affaires étrangères, se tait. Une autre exception, Philippe Barraud.


AFP: des pressions suisses inadmissibles

commentaires.com - Philippe Barraud
http://www.commentaires.com/articles-592.html
vendredi 5 septembre 2008

Mme Calmy-Rey est folle de rage, exerce des pressions sur une agence de presse et alerte le Quai d’Orsay. Trop c’est trop! Ce n’est pas aux journalistes de payer son incapacité à mesurer la portée de ses paroles.

Si M. Nicolas Sarkozy peut se permettre de faire suspendre un haut-fonctionnaire pour faire plaisir à un ami, dans la monarchie voisine, en Suisse on n’accepte pas qu’un ministre demande quasi ouvertement des sanctions professionnelles contre un journaliste.

Le correspondant de l’Agence France-Presse à Genève aurait commis une erreur impardonnable en titrant une dépêche: «La fin d’un tabou? La Suisse prête à dialoguer avec Ben Laden». A l’origine de cet article, un discours de Mme Calmy-Rey devant la conférence des ambassadeurs, dans laquelle elle posait la question suivante : Faut-il «(…) rechercher le dialogue sans discrimination – quitte à s’asseoir à la table d’Oussama Ben Laden?»

Bien sûr, toute déclaration est sujette à interprétations. Le journaliste de l’AFP a conclu de cet appel au «dialogue sans discrimination» que la Suisse ne refuserait pas, a priori, de s’asseoir la table de quoi que ce soit, fût-ce Ben Laden. Etait-ce abusif? Franchement, rien n’est moins sûr.

Si quelqu’un a commis une erreur dans cette affaire, c’est la cheffe de la diplomatie suisse elle-même, non pas le ou les journalistes. On ne peut pas tenir des propos éminemment ambigus, voire provocateurs, et s’étonner qu’il y ait des retombées. Mme Calmy-Rey affectionne les poses avantageuses s’agissant de dialogue et d’ouverture, toujours bien perçues dans la partie bien-pensante de l’opinion publique. Là, elle a clairement dérapé ou, en langage moins diplomatique, elle a proféré une connerie majeure. Dommage que son staff de communication n’ait pas perçu le caractère explosif et déplacé de ce propos.

A cette erreur, la ministre ajoute une faute, celle de vouloir se venger d’un journaliste qui n’a fait que son boulot, en ayant mis en exergue, précisément, le caractère incongru de ce discours. Démarche exceptionnelle qui plus est, car la plupart du temps les gouvernants se gardent bien de faire des pressions sur les médias, sachant bien les retours de flamme que cela peut provoquer. Une faute en entraînant une autre, cette protestation tous azimut s’est propagée au Ministère français des Affaires étrangères (on se demande bien pourquoi, l’AFP n’étant pas un service de la République française). Pour couronner le tout, ce désastre de communication se déroule de manière souterraine, les démarches ordonnées par la ministre n’étant «pas destinées au public», a répondu sèchement au Temps un porte-parole du DFAE.

Cette affaire donne du poids à la lettre du président du PDC au Conseil fédéral, qui instruit le procès de Micheline Calmy-Rey. On voit ainsi que notre gouvernement traîne non pas un seul, mais deux boulets: Samuel Schmid et Micheline Calmy-Rey. L’automne politique s’annonce extrêmement chaud.

Commentaire de Martin Leu: La recette de l'inertie. Je vote pour le tien si tu votes pour le mien!

Ceci est la règle fondamentale qui, de façon immuable, gouverne l'élection des Conseillers fédéraux par les deux Chambres réunies. La «Nuit des longs couteaux» qui précède l'intronisation ne sert qu'à ça, quitte à «b...er» l'opinion publique majoritaire comme ce fut le cas le 12 décembre dernier.
La presse peut donc dire et écrire ce qu'elle veut contre Samuel Schmid (l'amnésique) et Micheline Calmy-Rey (Moi je), il ne se passera rien dans les prochaines semaines ou mois. L'un et l'autre conserveront leur mandat, les calculs des partis resteront la règle première.
On voit bien avec quelles précautions de langage quelques «ténors» habitués aux questions de la presse répondent ces jours-ci: on ne demande pas la démission, il faut examiner les responsabilités, redéfinir les options politiques du gouvernement. Traduction: on ne va pas se bouffer le nez au risque de perdre notre part du gâteau. Et on ne va tout de même pas partager avec de nouveaux venus!
Comme ça, les semaines vont passer et l'oubli s'installer. Le Conseil fédéral élu en 2007 pourra reprendre sa navigation inertielle.

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