Aucun membre de l'UÇK n'a été accusé

Mais Carla del Ponte a aussi avancé de lourdes accusations contre l'actuel Premier ministre de la nouvelle république du Kosovo, Hashim Taci – reconnu par Berne – et à qui elle a reproché son passé de chef des forces rebelles antiserbes. Des accusations comme son implication dans un trafic international d'organes prélevés à des Serbes déportés et tués. «Affirmations» dont le DFAE s'est prudemment distancé.

Curieux que dans cette guerre, aucun membre de l'UÇK n'ait été accusé. Alors que cette organisation était considérée comme terroriste par les Etats-Unis d'Amérique, en 1999, tout à coup elle devient le chou chou de ce pays et de l'Europe. En fait, dès le départ, les dés étaient pipés pour diaboliser les Serbes afin de terminer le démembrement de la Yougoslavie. Mais Micheline Calmy-Rey fait taire son amie qui, pour faire un coup de pub, sort cette grave accusation que Carla Del Ponte a "oublié" quand elle était en charge de l'accusation.


Parfum de soufre autour du livre de Carla del Ponte

Légende photo: Le livre de Carla del Ponte est d'ores et déjà un succès de librairie. (swissinfo)

swissinfo, Gemma d'Urso à Lugano, 11 avril 2008 - 07:30
http://www.swissinfo.ch/fre/swissinfo.html?siteSect=43&sid=8953909

Suite à l'avertissement lancé par la Confédération, le livre de Carla del Ponte, ex-procureure en chef du Tribunal pénal international (TPI) pour les crimes de guerre de La Haye, suscite la curiosité du public.

Carla del Ponte vient de publier un livre qui dérange chez Feltrinelli, éditeur à Milan. Ecrit en collaboration avec le journaliste américain Chuck Sudetic, «La caccia, io e i criminali di guerra» (La chasse – les criminels de guerre et moi), dont il n'existe encore aucune version française ni allemande, aurait dû être présenté par son auteure lundi au siège de Feltrinelli et mardi à la librairie Melisa de Lugano qui vient de le mettre en vente.

Carla del Ponte, la Tessinoise la plus connue au monde, se trouvait vendredi dernier à Lugano. Invitée à l'inauguration d'une exposition sur les 100 ans du quartier «Lugano» de Buenos-Aires, elle voulait en effet profiter de sa visite au Tessin pour promouvoir son livre à Lugano et à Milan.

Mais à Berne, on a jugé cette promotion incompatible avec la fonction d'ambassadrice de Carla del Ponte, en poste à Buenos Aires.

«Un retour rapide à Buenos Aires»

«Nous attendions Carla del Ponte pour une séance d'autographes, constate une responsable de la librairie auprès de swissinfo, mais nous avons été informés du veto du ministère des Affaires étrangères (DFAE). Nous avons dû décevoir beaucoup de clients qui attendaient l'ex-procureure.»

Même topo à Milan. Au siège de la maison d'édition Feltrinelli, l'attachée de presse explique: «La séance a été annulée sur ordre du gouvernement suisse (sic) et Mme del Ponte n'est pas venue du tout à Milan.»

Et pour cause. Dans un fax au ton péremptoire, Martin Dahinden, à la tête de la Direction des ressources et du réseau extérieur du DFAE, a sommé son ambassadrice à Buenos Aires de renoncer à toute promotion de son livre car «il y a dans l'ouvrage des déclarations qui ne peuvent être faites en tant que représentante du gouvernement suisse».

Martin Dahinden ajoute: «La présentation de votre ouvrage n'est pas compatible avec votre fonction actuelle» et conclut: «Nous vous remercions pour un retour rapide à Buenos Aires».

Mardi, aucun commentaire à chaud n'a pu être obtenu auprès de la Direction des ressources et du réseau extérieur du DFAE. Pas de réponse non plus à la question de savoir pourquoi une femme aussi connue et dérangeante que la Tessinoise a été choisie par la ministre des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey pour représenter la Suisse en Argentine.

Boom des ventes

Ceci dit, l'écho médiatique du musellement imposé par le DFAE à Carla del Ponte a fait décoller les ventes du livre au Tessin et en Italie. A Milan, la maison Feltrinelli parle d'un véritable boom.

La photo en noir-blanc d'une Carla del Ponte qui fait la moue, les yeux levés au ciel, éclate sur une couverture noire, au-dessous d'un titre en rouge et blanc. Un livre que l'ancienne magistrate dédie à sa mère Angela.

En 393 pages aux caractères serrés, l'ex-procureure du canton du Tessin et collègue du juge anti-mafia Giovanni Falcone, ex-procureure de la Confédération et ex-procureure en chef du TPI de la Haye, raconte une «lutte sans trêve: celle d'une femme qui a défié les criminels de guerre, sans cesse aux prises avec les obstacles élevés par les pouvoirs internationaux.»

En huit ans, de 1999 à 2007, la magistrate a réussi à faire comparaître un grand nombre de personnages importants devant le tribunal. Elle a affronté le président serbe Slobodan Milosevic dont la mort soudaine l'a frustrée, elle a demandé des comptes au Premier ministre de la République de Krajine Milan Babic, elle a regardé dans les yeux des généraux tortionnaires comme le commandant serbe «Arkan».

Karadzic et Mladic: le regret et l'échec

Mais Carla del Ponte a aussi avancé de lourdes accusations contre l'actuel Premier ministre de la nouvelle république du Kosovo, Hashim Taci – reconnu par Berne – et à qui elle a reproché son passé de chef des forces rebelles antiserbes. Des accusations comme son implication dans un trafic international d'organes prélevés à des Serbes déportés et tués. «Affirmations» dont le DFAE s'est prudemment distancé.

Il reste, par-dessus tout, un regret à cette «chasseuse de serpents», comme elle se décrit elle-même dans les dernières pages de son livre en rappelant son enfance dans le Valmaggia tessinois: celui de ne pas avoir pu livrer à la justice Rado Mladic et Radovan Karadzic, les sanguinaires dirigeants serbes de Bosnie, protégés par Belgrade.

Elle les cite avec deux autres noms: «Les quatre dernières personnes sur les 161 incriminées par le TPI sont encore libres durant ces derniers jours des huit ans passés à La Haye. La sensation de faillite se fait plus profonde alors que mon mandat touche à sa fin.» Et elle déplore «ce sens de vide qui envahit l'âme après huit ans de bataille et d'attente...»

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