Trop, c'est trop! Après son numéro en Iran, Micheline se prend les pieds dans le tapis au Kosovo Et ce moment de lucidité de Dennis Etienne: «Notre Etat a réussi lexploit de se couper dun pays-continent, Serbie-Russie, pour promouvoir lindépendance dune province en forme de bastion américain.» On pourrait également poser la question de quoi va vivre cette état?
Micheline Calmy-Rey sous le feu des critiques
La ministre des Affaires étrangères a inauguré hier à Pristina la nouvelle ambassade de Suisse au Kosovo. Des politiciens de tous bords jugent que ce geste arrive beaucoup trop vite.Et craignent la réaction de Belgrade. La ministre et son départementont été critiqués à plusieurs reprises. Trois autres exemples récents.

Micheline Calmy-Rey et le premier ministre kosovar Hashim Thaçi. (Photo Keystone)
Tribune de Genève, Caroline Zuercher, 29 Mars 2008
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Micheline Calmy-Rey a été accueillie les bras ouverts hier au Kosovo. L'inauguration de la nouvelle ambassade de Suisse a en effet de quoi satisfaire le nouvel Etat. Ailleurs toutefois, cette visite fait grincer des dents. En Serbie, bien sûr, mais en Suisse aussi, où des politiciens craignent la réaction de Belgrade.
Il faut dire que la Suisse multiplie les gestes. Alors qu'une trentaine de pays ont déjà reconnu le Kosovo, seuls trois ont ouvert une représentation l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne. Autre signe de la bienveillance helvétique: Micheline Calmy-Rey est la seconde ministre à se rendre à Pristina depuis l'indépendance, après le Suédois Carl Bildt.
Rapidité critiquée
«Etait-il vraiment urgent d'ouvrir une ambassade?» s'interroge Martine Brunschwig Graf, conseillère nationale (lib, GE) et membre de la commission de politique extérieure. «Les précautions prises vis-à-vis de la Serbie sont insuffisantes. En commission, nous avons estimé qu'il fallait également faire un geste en faveur de Belgrade. Si nous voulons jouer un rôle de médiateur dans la région, nous ne pouvons nous priver d'aucun partenaire.» La Genevoise est d'autant plus «en colère» que «ces dernières semaines, les coups de force se sont succédé.
«Micheline Calmy-Rey est dans une logique jusqu'au-boutiste et s'assied sur la neutralité, surenchérit l'UDC neuchâtelois Yvan Perrin. J'espère seulement que la facture ne sera pas trop salée.» Même le socialiste Carlo Sommaruga (GE), camarade de parti de la conseillère fédérale, émet des réserves: «L'ouverture d'une ambassade s'impose, mais nous aurions pu faire les choses plus calmement.»
L'ambassadeur de Serbie n'est plus en Suisse
Belgrade se montre plus laconique. «Le gouvernement de Serbie a réagi à la reconnaissance par la Suisse du Kosovo (ndlr: en évoquant une «attaque contre sa souveraineté et son intégrité»), nous n'allons pas nous exprimer chaque jour sur la politique helvétique», souligne Bozidar Jovanovic, premier conseiller de l'ambassade à Berne. Pourquoi Micheline Calmy-Rey ne rencontre-t-elle pas ses homologues serbes durant son voyage balkanique? «Nous ne l'avons pas invitée et elle n'a présenté aucun intérêt pour cela.»
L'ambassadeur de Serbie en Suisse a été rappelé à fin février, lorsque Berne a reconnu le Kosovo. Bozidar Jovanovic annonçait alors que d'autres mesures seraient prises ultérieurement. La possibilité que la Serbie claque la porte du «groupe suisse» au sein de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international a été évoquée. Y aura-t-il encore des représailles? L'ambassadeur n'est pas rentré de Belgrade et son conseiller reste vague: «Le gouvernement serbe se prononcera à ce sujet le temps venu et ne manquera pas de vous en informer.» Soucieux de ne pas (trop) froisser la Serbie, le président Pascal Couchepin l'a qualifiée de «pays ami», avec lequel les liens vont être resserrés. Hier, Micheline Calmy-Rey a encore insisté sur la nécessité de liens forts avec Belgrade. Mais la ministre l'a aussi admis: actuellement, les relations sont «un peu difficiles». Il semble que, dans ces conditions, Berne n'a pas jugé opportun de solliciter une visite.
Pourtant, le dialogue n'est pas complètement interrompu. Le 18 mars, la commission mixte Suisse-Serbie, résultat d'un accord de commerce et de coopération économique datant de 2001, s'est rencontrée pour la première fois. Est-ce suffisant? Martine Brunschwig Graf ne le pense pas: «Cette commission était prévue avant toute cette affaire. Nous pouvons seulement être soulagés de voir qu'elle a été maintenue.»
Linsignifiance guette Micheline Calmy-Rey
Éditorial de Denis Etienne, Rédacteur en chef adjoint, 29 mars 2008
Elle a enfin donné un visage à la diplomatie suisse. Elle tient finement cest lessentiel la barre du vaisseau fédéral face aux 27 de lUnion européenne.Cela salué, on reste sans voix.Pourquoi Micheline Calmy-Rey est-elle allée consacrer lambassade suisse au Kosovo? Notre Etat a réussi lexploit de se couper dun pays-continent, Serbie-Russie, pour promouvoir lindépendance dune province en forme de bastion américain. Il y a une plaie à panser à Belgrade, quil est néfaste de dilater à Pristina.A quoi a rimé son expédition à Téhéran? Ministres et même président doivent aider ouvertement lindustrie à signer des contrats. A une réserve près: le responsable des Affaires étrangères, de la Coopération et des Droits de lhomme.On vante la collégialité du nouveau Conseil fédéral
Pourquoi ne pas céder la place à Couchepin? Ce transfert logique aurait eu, en plus, lavantage déviter le malentendu du voile. Puisque son port est simplement obligatoire pour les femmes dans lespace public iranien.Emergent ces jours-ci dautres maladresses: lopération post-tsunami, le comptage (cinq ans après le début de loffensive) des victimes en Irak et des positions systématiquement hostiles vis-à-vis dIsraël.La diplomatie publique est une arme appréciable à lintérieur, quand on sait éviter les impairs à lextérieur. Se tromper, éxagérer, cest en revenir au précepte de Talleyrand: «Tout ce qui est excessif est insignifiant.»