François Mauron n'y va pas avec le dos de la cuillière, il en met des louches dans Coopération N° 2 du 7 janvier 2004. Quant à la Thématique du jour: l'«initiative de Genève», un ratage assez complet mais, peu importe, quand on a toute la presse pour chanter quotidiennement vos louanges
Micheline Calmy-Rey, jour de sprint ordinaire
Conseiller fédéral, c'est un travail à 200%. La preuve avec Micheline Calmy-Rey, que «Coopération» a suivie durant une toute journée.
Légendes
A Köniz (BE), la conseillère fédérale visite les nouveaux locaux de l'Aide humanitaire. Abordable, simple, elle répond aux questions des collaborateurs.
8h30.Conseil de direction du DFAE - Département fédéral des affaires étrangères. Thématique du jour: l'«initiative de Genève».
«J'ai du plaisir, jesuis motivée par mon travail. C'est là qu'on puise la force nécessaire.»
Une vraie journée de ministre, pour notre rédacteur François Mauron...
Coopération N° 2, 7 janvier 2004
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«Aujourd'hui, je me suis levée à 6 h, soit une heure avant la première réunion du jour; mais la plupart du temps, je me lève à 7 h.» Si le début de la grille horaire quotidienne de Micheline Calmy-Rey n'aura rien d'exceptionnel aux yeux de ses concitoyens, il n'en sera pas de même pour la suite. La pause de midi? Bannie de l'agenda. «La journée de travail s'effectue en continu, pour se terminer vers 20 h 30, 21 h voire 22 h. Quand elle ne se poursuit pas à la maison.» Ce que confirme une collaboratrice du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE): «Le soir, nous lui donnons souvent des documents à relire, le lendemain, nous les retrouvons avec ses annotations.»
En ce mardi matin de novembre 2003, le programme de la ministre prévoit notamment un conseil de direction du DFAE. Dans la salle W240 de l'aile ouest du Palais fédéral, ce sont 23 personnes réunies autour d'une vaste table ovale [COMME A LA MAISON BLANCHE]. Thématique du jour: l'«initiative de Genève». Calme, posée, Micheline Calmy-Rey présente le dossier, rappelle ses tenants et aboutissants, demande conseil à son entourage... Entre la ministre, vêtue d'un pull blanc et d'un pantalon-jupe gris, et les hauts fonctionnaires - tous des hommes à une exception - en costumes cravates sombres, le contraste est saisissant. S'exprimant presque toujours en français, elle mène le débat, écoute attentivement les remarques de ses interlocuteurs, alémaniques pour la plupart.
«A Berne, j'ai découvert une autre réalité qu'à Genève, confiera-t-elle plus tard. La langue de travail, la collaboration avec les autres parties, les autres cultures de la Suisse, les Affaires étrangères... Autant de nouveautés passionnantes pour moi. Et beaucoup de responsabilités, aussi. Je ne suis pas là en stage.»
La Cité de Calvin, Micheline Calmy-Rey la perçoit désormais de loin. Séjournant en semaine dans un hôtel de la capitale fédérale - «la seule solution pour quelqu'un qui n'a plus le temps de faire les courses ou à manger» -, elle y rentre le week-end, chaque fois qu'elle en a l'occasion. «C'est sûr que je vois beaucoup moins mon mari, mes enfants, mes petits-enfants qu'auparavant. C'est le prix à payer. Je ne peux pas être une grand-mère «normale». C'est parfois difficile, je perds une part de l'évolution des enfants», déplore-t-elle. Cela dit, si c'était à refaire, la Genevoise se lancerait à nouveau dans l'aventure, affirme-t-elle sans hésiter.
On la croit sur parole. A Köniz (BE), c'est une femme rayonnante qui effectue de 11 h 30 à 13 h 30 la visite de la Division Aide humanitaire - rattachée à la DDC (Direction du développement et de la coopération). «Je n'ai pas encore visité leurs nouveaux locaux», explique la ministre. Qui tient beaucoup à ce type de rencontres avec ses collaborateurs. L'accueil est simple et chaleureux. Souriante, la conseillère fédérale s'enquiert du fonctionnement de la division, assure que l'Aide humanitaire suisse a bonne réputation à l'étranger. Abordable, elle répond aux questions, remercie ceux qui attirent son attention sur des points qu'elle ignorait. «Vous effectuez du bon travail, continuez comme cela», glisse-t-elle en partant.
De retour au Palais fédéral, après avoir reçu deux ambassadrices étrangères sur le départ, Micheline Calmy-Rey ne quittera plus son bureau de la journée. Un endroit original, surtout en pareils lieux. Très claire, murs saumon, dépouillée, la salle ne compte quasiment aucun mobilier, sinon le bureau (un brin baroque) de la chef du DFAE et une longue table, entourée de chaises en plastique transparent de différentes couleurs. Des sièges légèrement spartiates, où l'on ne risque pas de s'endormir Assise en bout de table, la ministre dirigera coup sur coup trois séances d'environ une heure chacune. Mais aucun signe notable de fatigue sur son visage. Où trouve-t-elle son énergie? «J'ai du plaisir, je suis motivée par mon travail. C'est là qu'on puise la force nécessaire.» La réponse d'une passionnée.
Heure par heure
La journée de travail d'une conseillère fédérale
6h. Réveil à l'Hôtel Bern, son lieu de résidence dans la capitale fédérale.
7h. Commission de sécurité du Conseil fédéral, avec deux autres de ses collègues du Gouvernement.
8h30. Conseil de direction du DFAE.
10h. Visite «de courtoisie» du ministre argentin de la Justice Gustavo Beliz. Micheline Calmy-Rey le reçoit dans le Salon du président.
11h30. A Köniz (BE), visite de la Division Aide humanitaire et CSA. Qui lui présente son action et sa manière de fonctionner. Petit discours, puis discussion avec les collaborateurs. Repas sur le pouce (sandwich/10 min) tout en parlant travail avec Walter Fust, directeur de la DDC.
13h30. Départ de Köniz pour Berne, dans sa Mercedes de fonction, conduite par un chauffeur (comme à l'aller).
14h. Visite d'adieux des ambassadrices de Cuba, puis de la République dominicaine, qui retournent dans leur pays. La seconde, en retard, offrira une bouteille de rhum à notre conseillère fédérale.
15h30. Séance d'état-major. Croulant sous les dossiers, quatre collaborateurs du DFAE traitent des sujets qui seront débattus lors de la séance du Conseil fédéral du lendemain.
16h30. Séance de travail sur la politique européenne, avec le secrétaire d'Etat Franz von Däniken et l'ambassadeur Michael Ambühl.
17h15. Séance consacrée aux questions de personnel du DFAE.
18h. Seule dans son bureau, Micheline Calmy-Rey se consacre à l'étude de ses dossiers.
Vers 21h. Retour à l'hôtel, repas, et, la plupart du temps, poursuite du travail jusqu'à...
fm
Paroles de ministre
- L'image de la Suisse: «La Suisse, dans le monde, a une grande crédibilité. Son image est bonne, et c'est important. Nous pouvons être fiers d'être suisses.»
- Politique étrangère: «J'essaie de faire entendre la voix de notre pays à l'étranger. Je ne pense pas que sa neutralité ou sa petite taille soient un obstacle pour la défense de ses intérêts sur le plan international.»
- La Suisse et l'Europe: «Actuellement, l'objectif du Conseil fédéral est de parvenir à boucler les bilatérales, voulues par le peuple. Un travail pas évident du tout.»
- Socialiste au Gouvernement: «Un conseiller fédéral n'est pas membre du collège pour appliquer un programme socialiste, mais pour gouverner. Dans l'intérêt commun. Nous sommes dans un système de concordance, ce qui signifie des discussions, de la compréhension mutuelle, voire des compromis.»
fm
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