Aux prises avec un riche dictateur assassin à la tête d'un état socialiste

Eh oui, fait systématiquement gommé, la Libye est la Djumuria socialiste de Libye, et son président, un assassin, règnant par la terreur et la corruption, il paie bien ses fonctionnaires serviles, a usé des pires moyens contre la République et canton de Genève. «Depuis deux ans, le chef d’Etat se venge de la Suisse afin de laver l’affront: prise d’otages, boycott économique, déclarations guerrières et manipulations» comme le rappelle les journalistes Fedele Mendicino & Catherine Focas qui font honneur à leur profession, ce qui est assez rare pour être souligné.

Quant à Kadhafi junior, il semble n'être qu'une pâle copie de son dictateur de père, assassin, se contentant de tyranniser ses domestiques, exutoire au raté qu'il est!

Où est Jean Ziegler, le sociologue amis des dictateurs sanguinaires, quasi prix Kadhafi des droits de l'homme?

Et aussi une bonne nouvelle: Christian Lüscher veut déposer plainte en Suisse contre Muamar Kadhafi pour avoir pris en otage, Max Göldi et Rachid Hamdani.

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Et dans cette affaire comme dans l'attaque du secret bancaire, de l'UBS et autres, le Conseil fédéral suisse a été en dessous de tout, un naufrage historique de lâcheté et de veulerie. Ainsi, Micheline Calmy-Rey, n'hésitant jamais dans la pire mauvaise foi, a atteint encore un sommet inégalé en affirmant qu'elle: «se défend aussi contre l'impression que la Suisse aurait payé une rançon pour obtenir la libération de Max Göldi. Les 1,5 millions de francs déposés sur un compte allemand pour la Libye sont un dédommagement pour les frais encourus et non une rançon, souligne-t-elle».

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Micheline Calmy-Rey en visite officielle en Corée du Nord, régime faisant passer celui de Kadhafi pour une plaisanterie, notre conseillère fédérale n'a eu comme objectif que faire son show sur la ligne de démarcation parce qu'elle était la première a posé son pied dessus: pathétique et abject!


Arrestation d'Hannibal Kadhafi: ce qui s'est vraiment passé

Récit | Après la libération de Max Göldi, l’enquête internationale devra déterminer les responsabilités genevoises. - La «Tribune» revient en détail sur les épisodes clés de l’arrestation spectaculaire et controversée du fils Kadhafi. - Les méthodes de l’intervention policière seront examinées par le Tribunal arbitral international à Berlin. - Même si les otages suisses sont désormais libres, le conflit avec la Libye reste ouvert. Récit.

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Tribune de Genève, Fedele Mendicino & Catherine Focas, 15.06.2010 | 00:00
http://www.tdg.ch/geneve/actu/arrestation-hannibal-kadhafi-affaire-2010-06-14

L’affront suprême pour Muammar Kadhafi, l’ultime humiliation ressentie par tout son peuple. C’est ainsi que le dirigeant libyen présente l’arrestation de son fils Hannibal durant l’été 2008 à Genève. Depuis deux ans, le chef d’Etat se venge de la Suisse afin de laver l’affront: prise d’otages, boycott économique, déclarations guerrières et manipulations.

Depuis son luxueux bureau de Tripoli, le colonel parvient ainsi à asseoir son pouvoir dans le monde arabe en pointant du doigt Genève. L’honneur est en cause. «Cette société bédouine estime que Genève a bafoué cette valeur», résume Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe. «L’intervention de la police est perçue comme une violation de la sphère privée. Donc de l’étranger qui se mêle de leurs affaires. En quarante ans de pouvoir, c’est la première fois qu’un membre du clan Kadhafi passe une nuit en prison. L’honneur de cette tribu est en jeu.

Dans la tradition préislamique bédouine, les différends se règlent entre familles, discrètement. La justice n’est actionnée qu’en dernière extrémité. Quand une tribu perd la face, le code de l’honneur l’oblige à recourir à une vengeance collective. Or, le chef de la tribu, en l’occurrence, se confond avec le chef de l’Etat. D’où cette crise diplomatique.»

Après la libération de Max Göldi et la signature de l’accord avec la Libye, tous les yeux se tournent vers Genève. Le Tribunal arbitral mènera son enquête sur l’arrestation. Du résultat de ces investigations dépendra la normalisation des relations entre les deux pays et le versement d’une indemnité en faveur de la Libye. Au terme d’une longue enquête, la Tribune de Genève revient en détail sur les épisodes clés du dossier, vu de Genève, en particulier sur l’arrestation spectaculaire et controversée d’Hannibal Kadhafi.

L’ARRIVEE

L’enfant d’Hannibal Kadhafi aurait dû naître Genevois. En arrivant, au début du mois de juillet 2008, en jet privé à Genève avec son époux, la belle-fille du président libyen, au terme de sa deuxième grossesse, compte en effet accoucher dans une confortable clinique du canton. En attendant, les époux, leur enfant de 3 ans et leurs domestiques s’installent au Beau-Rivage. Mécontents, ils changent rapidement de gîte. Ont-ils fait du raffut? Les lieux ne leur convenaient-ils pas? Mystère. Toujours est-il que le 5 juillet, sept chambres et une suite sont occupées par la famille présidentielle à l’Hôtel Président-Wilson. Les lieux et le panorama sur la rade sont à leur goût. Aline, ex-mannequin libanais, vit le jour entre repos et shopping. Son mari, lui, passe ses nuits sur un divan devant la TV à siroter cafés et grands crus de Bordeaux.

Pendant ce temps, le «petit personnel» trinque. En effet, les employés du palace sont régulièrement alertés par des cris. Inquiets pour le sort d’une domestique qui se dit maltraitée, ils dénoncent les faits à deux reprises à la police. Mais les agents qui se rendent à l’hôtel se heurtent à la résistance d’une délégation libyenne. Le 12 juillet, le couple est de sortie. Profitant de son absence, la dame de compagnie d’Aline alerte les gendarmes qui la prennent en charge avec un autre employé affirmant avoir lui aussi été rudoyé par les Kadhafi. Le constat médical évoque des «lésions compatibles avec des violences»: l’enquête démarre. La police judiciaire est mobilisée.

Le lendemain, les domestiques, protégés par la députée PDC Anne-Marie von Arx et défendus par Me François Membrez, sont auditionnés. L’employée tunisienne, âgée alors de 35 ans, est depuis un mois et demi au service des Kadhafi. Son dossier pénal semble a priori solide. «Aline m’a frappée avec un cintre sous un œil et j’ai saigné (…) Elle me gifle, elle me menace. Ce n’est pas une jolie personne.» Son collègue marocain, 36 ans, dénonce, de son côté, «cinq ans d’esclavage moderne». Mais son cas est plus complexe à défendre puisque les mauvais traitements n’ont pas eu lieu en Suisse, du moins pas devant des témoins. Malgré cela, il raconte son «calvaire» aux inspecteurs en montrant lui aussi ses blessures: «Des coups de ceinture au dos, une cicatrice sur le torse.»

L’ARRESTATION

Quelle stratégie adopter envers les époux? Faut-il les arrêter? Les convoquer au poste (mandat de comparution)? Faut-il les interpeller dans la rue? «Surtout pas, estime un policier interrogé. Vous imaginez si des passants photographient l’arrestation avec les menottes! Et si on les invite à venir au poste, ils ne viendront pas et quitteront la Suisse. Hannibal a déjà été l’objet de scandales à Paris et Rome, notamment pour tapage nocturne et voie de faits. Il faut donc arrêter le couple à l’hôtel.» Les enquêteurs, après en avoir référé à leur hiérarchie, optent pour le mandat d’amener, soit l’arrestation dans les couloirs feutrés du palace, à grands coups de renforts policiers. C’est la technique privilégiée notamment par le chef de section Jacques Pahud.

Lundi 14 juillet, en fin de journée, la police alerte le Parquet. Ce jour-là, c’est le substitut Yves Bertossa qui est de permanence. Par acquit de conscience, il vérifie si Hannibal bénéficie de l’immunité diplomatique. Le secrétaire général du département en charge de la police, Bernard Gut, a déjà fait la vérification auprès de la Mission suisse: l’ambassadeur Amadeo Perez lui a répondu par mail que le fils du colonel ne bénéficie d’aucune protection. Les époux sont donc soumis au droit ordinaire. Et le diplomate de préciser dans son courrier: «Compte tenu des répercussions politiques que cette interpellation ne manquera pas de susciter au niveau des relations bilatérales entre les deux pays, je vous prie de bien vouloir instruire les agents de police afin qu’ils prennent toutes les précautions d’usage lors de cette intervention.» La mise en garde ne porte donc pas sur l’opportunité d’une arrestation mais bien sur la méthode d’interpellation, qui sera critiquée plus tard.

L’information cruciale sur le type d’arrestation est transmise aux alentours de 18h30 au substitut du procureur, Yves Bertossa, qui la transfère quelques minutes plus tard à la police et au procureur général, Daniel Zappelli. Le lendemain matin, mardi 15 juillet, vers 8 h 30, Yves Bertossa s’entretient de vive voix avec Daniel Zappelli dans son bureau. Ce dernier contacte en sa présence un inspecteur au sujet de l’arrestation imminente. Le chef du Parquet, qui n’a pas été alerté par la cheffe de la police le jour précédent, remercie son substitut pour le travail effectué et lui annonce qu’il reprend le dossier sans exprimer formellement une opposition à l’arrestation.

Peu après, un officier de police signe les deux mandats d’amener. Vers 10h30, plus d’une vingtaine d’inspecteurs déboulent à l’Hôtel Président. Certains restent à l’extérieur, d’autres arrivent en civil à la réception, prêts à monter dans les étages. Mais la situation s’enlise au rez-de-chaussée. Les policiers ne s’attendaient pas à devoir palabrer durant plus d’une heure et demie avec des représentants de la Mission libyenne. Vers midi, une vingtaine de policiers montent au troisième étage.

Là, deux gardes du corps de la famille les attendent de pied ferme. Peu commodes et prêts à en découdre. Ils résistent aux agents; l’un de ces derniers est mordu, mais le duo est rapidement mis hors d’état de nuire. Un membre de la sécurité de l’hôtel ouvre ensuite la porte de la suite 345. Les inspecteurs pointent leur arme sur la famille et sa garde rapprochée. Hannibal sort menotté de l’hôtel. Il est conduit au poste de police en vue de son audition. Ce n’est pas le cas d’Aline qui sera prise en charge par une ambulance, direction l’hôpital. Elle restera sous surveillance policière et sera interrogée à la Maternité. Son enfant de 3 ans sera pris en charge par des proches de la famille.

Agé de 32 ans, le fils du colonel Kadhafi répond aux questions des inspecteurs dans les locaux vétustes du boulevard Carl-Vogt. Il demande des cigarettes, une bière, la visite d’un médecin et accepte sans broncher de se faire photographier comme tous les prévenus. On y voit un détenu avec des yeux cernés, des cheveux en bataille et une barbe de trois jours. Son mode de vie noctambule explique probablement sa triste mine en pleine journée. «Je me suis senti humilié par l’arrestation», dira-t-il par la suite. Mais, depuis le début de la procédure, il conteste, comme Aline, toutes les accusations.

Durant l’après-midi, une fois le dossier transmis à la justice, Yves Bertossa donne formellement son feu vert à l’ouverture d’une enquête pénale. Le juge Michel-Alexandre Graber prend en charge le dossier. Hannibal Kadhafi passe la nuit dans une des cellules, la moins sinistre, du Palais de justice. Le lendemain, 16 juillet, le magistrat inculpe les époux de lésions corporelles, menaces et contrainte.

Après une seconde nuit au violon du Palais de justice, Hannibal Kadhafi est confronté, au cours d’une audience d’instruction, aux domestiques qui confirment leur version des faits.

PRISE D’OTAGES

Dans l’après-midi, le 17 juillet, le couple est libéré sous caution: 300'000 francs pour Aline, 200'000 francs pour Hannibal. Sa sœur Aïcha, avocate à Paris, vient à Genève pour dénoncer cette arrestation et évoque la loi du talion: «Œil pour œil, dent pour dent».

Pourtant, à l’époque, juges, policiers et politiciens saluent tous en coulisses l’intervention policière. Certains y voient l’affirmation des droits de l’homme, de la démocratie et un triomphe de la justice. D’autres saluent cette belle leçon faite aux puissants ou aux riches familles arabes. A Genève, tout le monde applaudit. Au Bourg-de-Four, où politiciens, avocats et magistrats se croisent, on parade.

Le 19 juillet 2008, la réplique libyenne est cinglante: Max Göldi et Rachid Hamdani, deux hommes d’affaires suisses, sont pris en otages à Tripoli. Officiellement, ils sont privés de leur liberté pour avoir violé la loi sur l’immigration. La Tribune de Genève apprend cette séquestration et s’apprête à sortir l’information qui nous est confirmée par Berne. Mais Micheline Calmy-Rey prie personnellement le journal de ne pas publier la nouvelle. La ministre des Affaires étrangères espère en effet encore libérer «dans les prochaines heures» les deux Suisses.

Elle craint que l’annonce dans nos colonnes de la prise d’otages ne fasse échouer ses négociations pour libérer les ressortissants helvétiques. C’est un cas de force majeure, la Tribune de Genève accepte de différer la parution de l’article. Mais le lendemain, les négociations entre la Suisse et la Libye capotent. Berne confirme alors publiquement que deux Suisses sont retenus à Tripoli.

A Genève, peu à peu le discours change… La police, la justice et le monde politique se divisent sur l’arrestation d’Hannibal Kadhafi. On entend que… c’est la faute au substitut

Bertossa… c’est la faute à l’inspecteur Pahud, à la cheffe de la police Bonfanti ou encore au juge d’instruction Graber. Moins de trois semaines après l’interpellation, dans Le Matin Dimanche du 3 août, les conseillers nationaux Yves Nidegger et Christian Lüscher critiquent la manière dont l’arrestation a été conduite. «En l’absence de Daniel Zappelli, le Parquet a dérapé. Il devait agir, mais il n’a pas mesuré les conséquences de ses actes», précise l’avocat travaillant dans l’étude de Charles Poncet, lequel défend aujourd’hui les intérêts de la Libye. Réaction immédiate du substitut Bertossa dans nos colonnes. Il affirme que l’opération s’est déroulée en toute transparence avec le procureur général, la Mission suisse auprès des Nations Unies, la hiérarchie policière et le Conseil d’Etat.

A Berne pourtant, on adopte peu à peu la thèse de la «Genferei», laissant croire ainsi que Genève a eu la main trop lourde. Panique à bord. Les rats quittent le navire. Les divisions minent le canton. Genève et Berne se déchirent. Du pain bénit pour Kadhafi.

LA CRISE

Laurent Moutinot, lui, reste ferme. Le 23 juillet 2008, le ministre en charge de la police affirme que les forces de l’ordre ont fait tout juste. Le conseiller d’Etat, qui était en vacances le jour de l’interpellation litigieuse, en veut notamment pour preuve le rapport interne du commissaire à la déontologie Louis Gaillard. Ce dernier estime que l’intervention «proportionnée» des forces de l’ordre s’est faite dans les règles de l’art. Ainsi, la vingtaine de policiers se justifiait parce qu’il avait été prévu deux policiers par personne à maîtriser. «Les gardes du corps et la garde rapprochée de la famille sont réputés violents, comme on a pu le voir à Paris», soutient un policier expérimenté.

Le 26 juillet 2008, la Libye exige des excuses. Elle annonce le retrait de ses avoirs en Suisse, menace de couper définitivement l’approvisionnement en pétrole et interdit à tout ressortissant suisse de se rendre à Tripoli.

Le domestique, lui, est très inquiet pour sa mère et son frère, qui vivaient avec lui à Tripoli. Sa mère sera libérée le 15 août, mais son frère sera détenu durant des mois en Libye. Pour accélérer sa libération, Me Membrez saisira le Haut-Commissariat aux droits de l’homme pour disparition.

Le 2 septembre 2008, espérant ainsi résoudre la crise et craignant pour leur famille restée notamment à Tripoli, les domestiques retirent leur plainte durant la période du ramadan afin de susciter la clémence du colonel Kadhafi. En vain. L’affaire est classée le lendemain par le procureur général. Les employés signent un accord extrajudiciaire avec la Libye. Ils recevront ainsi un dédommagement financier mais surtout un permis humanitaire en Suisse en raison de leur statut de victime.

Un deal? Retrait de plainte contre permis humanitaire? En tout cas, ils vivent aujourd’hui en Suisse sous la protection de Berne: «Le dossier du domestique ne tenait pas la route car les maltraitances ont eu lieu en Libye. Vous imaginez le scandale si Hannibal avait finalement été acquitté?» explique un interlocuteur.

La crise diplomatique fait rage. D’août à septembre 2008, une commission ad hoc de juristes se réunit sept fois à Genève pour trouver une solution. Parmi eux, le professeur Lucius Caflisch, membre de la Commission de droit international des Nations Unies, et Mohamed Ibrahim Werfalli, membre de la Cour suprême de Libye. Trois responsables de la police genevoise ont d’ailleurs témoigné dans le cadre du comité ad hoc, mais aucun accord ne s’est dessiné. Pire.

En décembre, la Tribune de Genève révèle les conclusions du rapport Caflisch qui réaffirme la légalité de l’intervention de la police tout en la critiquant sur la forme. Il relève que Genève a ignoré le conseil de Berne qui demandait que le couple Kadhafi soit considéré avec une attention particulière.

«Malheureusement, ce conseil n’a pas été suivi (…) Les deux personnes en question n’ont pas été traitées avec la courtoisie nécessaire et même d’une manière inutilement humiliante.» Quant au déploiement de 20 policiers, «avec le recul, il peut être considéré comme inutile et excessif étant donné que le couple n’a pas opposé de résistance».

LES EXCUSES

La Libye se frotte les mains et, en avril 2009, elle porte plainte, via son avocat Me Charles Poncet, contre l’Etat de Genève. Elle réclame 500 000 francs de réparation pour dommage matériel et tort moral. Elle veut en découdre avec la Suisse devant un tribunal arbitral international.

En juillet 2009, Muammar Kadhafi, qui multiplie les provocations, suggère de «démanteler la Suisse». A la même époque, la Libye soutient avoir retiré 89% de ses actifs en Suisse depuis le début de l’affaire. «Berne a commencé à exercer des pressions sur Genève, explique une source proche du dossier, et ça ne l’aurait pas dérangé qu’un rapport sur les actions de la police aboutisse à faire sauter deux ou trois flics. A Berne, on a certainement fait des propositions dans ce sens à Laurent Moutinot. Il les a refusées.»

22 juillet 2009. La ministre des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, dit être à deux millimètres d’un accord, puis le 20 août 2009, le conseiller fédéral Hans-Rudolf Merz se rend à Tripoli. Espérant obtenir la libération des otages, il s’excuse, lors d’une conférence de presse à Tripoli, au nom de la Suisse et signe un accord.

Mais dans ce document, pas une ligne sur la libération des deux Suisses. Un échec cuisant puisqu’une semaine plus tard l’avion du Conseil fédéral rentre de Tripoli. Sans les otages. Merz est désavoué. Suite à cet échec, la pression redescend d’un cran sur les responsabilités genevoises.

A Genève, on commence à douter des compétences de la diplomatie suisse: «Chaque fois qu’on a fait un pas vers les Libyens, ils nous ont écrasés. On aurait dû se montrer ferme depuis le début, signale un observateur. En gelant par exemple leur argent en Suisse ou en saisissant la Cour internationale de justice pour dénoncer la prise d’otages.» L’échec de la diplomatie suisse est patent, l’intervention «bâclée» du conseiller fédéral Merz aboutit à une impasse.

LES PHOTOS

C’est dans ce climat que la Tribune de Genève publie, quinze jours plus tard, les photos d’identité judiciaire d’Hannibal Kadhafi. Pour la première fois on y voit le visage du prévenu, qui selon les rumeurs persistantes aurait été maltraité. Ses photos documentent aussi un article sur la question de l’humiliation devenue centrale dans cette affaire. L’article est également accompagné des photos des domestiques et de leurs blessures. Mais aussi de la fameuse conférence de presse de Hans-Rudolf Merz et de ses excuses jugées humiliantes par de nombreux Suisses.

23 septembre 2009. Hans-Rudolf Merz rencontre à New York Muammar Kadhafi. Selon le président de la Confédération, le chef d’Etat libyen exige des excuses pour la publication dans la Tribune de Genève des photos d’Hannibal Kadhafi prises par la police. Le lendemain, le conseiller fédéral sera contredit sur ce point par son propre département.

Quoi qu’il en soit, le 17 décembre, la Libye porte plainte contre l’Etat de Genève et contre la Tribune de Genève pour la fuite et la publication des photos d’identité judiciaire d’Hannibal [ndlr: normalement, c'est le chef de la police qui aurait dû le faire pour trouver le fonctionnaire indélicat et malhonnête responsable qui a transmis ces photos!].

Dès la première audience, le canton demande à la justice de procéder rapidement sans enquête approfondie et sans auditionner de témoins. Le Conseil d’Etat admet d’emblée sa responsabilité dans la fuite des photos et offre sans attendre de payer le dédommagement réclamé par la Libye. Le lendemain, Hannibal balaie cette proposition. La Tribune de Genève, elle, refuse a priori de payer sans une enquête sérieuse prévue par la procédure. En parallèle, le procureur général ouvre une procédure afin d’identifier l’auteur de la fuite des photos. En mars 2010, la pression monte encore d’un cran.

Avec une célérité sans précédent dans l’histoire judiciaire genevoise, la justice condamne l’Etat de Genève et la Tribune de Genève le 12 avril. Mais le tribunal refuse d’accorder les 100 000 francs de tort moral réclamés par le fils du dictateur.

Rachid Hamdani a pu quitter la Libye le 23 février 2010, tandis que Max Göldi commençait à purger sa peine de prison. Il a été libéré le 10 juin et a atterri hier matin en Suisse. Avec son retour au pays, la phase la plus douloureuse de la crise s’achève.

Mais même devant un tribunal arbitral international, le conflit avec Libye reste ouvert. Le clan Kadhafi n’a pas renoncé à «rétablir son honneur».


La Libye bientôt poursuivie pour enlèvement?

Affaire Kadhafi | La Suisse examine si elle peut engager une procédure contre la Libye pour l'enlèvement des deux otages suisses l'automne dernier.

© KEYSTONE | La conseillère fédérale se défend aussi contre l'impression que la Suisse aurait payé une rançon pour obtenir la libération de Max Göldi.

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* Affaire Kadhafi: mais ils sont fous ces Helvètes!

Tribune de Genève,. ATS | 18.06.2010 | 07:38

La procédure concernerait l'enlèvement de Rachid Hamdani et Max Göldi l'automne dernier, révèle ce matin le site "20 Minuten Online". Le 18 septembre, les otages avaient été attirés hors de l'ambassade de Suisse à Tripoli pour être emmenés dans un lieu tenu secret où ils ont été retenus séparément jusqu'à 9 novembre.
Isolation

"Toujours est-il qu'ils ont été isolés pendant près de huit semaines", explique la conseillère fédéral pour justifier une éventuelle procédure. Au total, les deux hommes ont passé 53 jours en isolation. Ils étaient privés de lumière du jour et de tout contact avec le monde extérieur - que ce soit leur avocat, leur famille ou l'ambassade.

Mme Calmy-Rey ne précise pas dans l'entretien à quelle instance Berne pourrait envisager de s'adresser. Selon des experts, il pourrait s'agir de tribunaux internationaux ou de l'ONU.

Colère

Toutefois, dans le même entretien, Mme Calmy-Rey répète que la Suisse ne souhaite pas prendre des mesures de rétorsion. "Nous sommes en colère, bien sûr, moi aussi". "Mais des mesures de rétorsion ne servent pas nos intérêts".

La conseillère fédérale se défend aussi contre l'impression que la Suisse aurait payé une rançon pour obtenir la libération de Max Göldi. Les 1,5 millions de francs déposés sur un compte allemand pour la Libye sont un dédommagement pour les frais encourus et non une rançon, souligne-t-elle.

En outre, l'argent ne sera payé que si la justice ne parvient pas à retrouver le ou les responsables de la fuite qui a conduit à la publication des photos d'identité judiciaire d'Hannibal Kadhafi. Toutefois, Mme Calmy-Rey ne compte pas là-dessus. Il est "plutôt improbable" qu'on identifie la source de cette fuite.

Madrid

"Les Libyens doivent encore (...) faire la preuve de leurs dépenses", indique Mme Calmy-Rey. Si elles sont moins importantes "la différence sera consacrée à des projets humanitaires en Libye". C'est d'ailleurs un des points des négociations qui débutent vendredi à Madrid. Un autre point est l'impossibilité pour les citoyens suisse de voyager en Libye.

Une instance internationale doit déjà se pencher sur l'affaire Kadhafi, et plus particulièrement l'arrestation d'Hannibal et de son épouse à Genève en juin 2008. Il s'agit du tribunal arbitral, dont la constitution est prévue dans l'accord avec la Libye.

Mme Calmy-Rey s'attend à ce qu'il prononce "un jugement de Salomon". Tout en assurant qu'il n'y aura pas de nouvelles excuses de la Suisse et que de nouveaux versements sont exclus.

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