Pascal Couchepin n'est certainement pas le seul responsable de cette tromperie puisqu'il a repris le dossier de la LAMAL lors de sa nomination au Conseil fédéral. Mais, on peut mettre en doute sa volonté d'arrêter la spirale insupportable des coûts de la santé:

1) Le chef du Département de l'Intérieur botte en corner en mettant la responsabilité de ce scandale sur les caisses maladie en proposant de modifier l'importance des réserves que ces dernières doivent constituer. Encore un mauvais mécanisme de LAMAL à corriger.

2) Auparavant, il avait tenté de faire porter le chapeau de la dérive des coûts de la santé sur les médecins: l'introduction du Tarmed qui devait arrêter l'augmentation de la santé a coûté une fortune et a transformé votre praticien en robot chronométreur. Quant aux gains que devait apporter cette géniale réforme, on oublie.

3) Par contre, toujours le grand silence sur le secteur qui est la cause principale de l'augmentation continue des coûts, les hôpitaux.

La complaisance des journalistes

Parmi les articles de la presse, personne ne relève qu'au printemps dernier, le même Couchepin a réussi, malgré un importante contestation, à faire rayer de la liste des soins remboursés par l'assurance maladie de base, les médecines dites douces ou alternatives pour faire des économies et freiner l'augmentation des primes. Les propos de Pascal Couchepin font penser que LAMAL est devenu un bateau ivre.

Les faits: en 10 ans, les primes ont triplé.

Année Franchise Prime
1993 600 132
1994 600 132
1995 600 132
1996 600 168
1997 600
1998 600 199
1999 600
2000 600 212
2001 600
2002 500 273
2003 500 293
2004 500 321
2005 500 358
2006 500 385

que d'habitude malgré la fin du remboursement des médecines dites douces ou alternatives, qui influenceront les primes de 2006. Si vous avez encore un doute, le graphique illustre le triplement des primes.

lamal triplement des primes

Par dessus le marché, plus on paie moins on est remboursé. La franchise a augmenté et de plus en plus de médicaments ou de prestations ne sont plus remboursés.


Un exemple de flagornerie journalistique: on fait semblant d'être agressif pour ne pas poser les questions de fond.

Pascal Couchepin s'attaque aux caisses maladie pour limiter la hausse des primes

SANTE. Le Conseil fédéral se prononcera sur l'idée de réduire la limite des fonds propres des assureurs.

SUISSE
Le Temps Ron Hochuli, île Saint-Pierre
Mardi 23 août 2005

L'augmentation des primes d'assurance maladie l'an prochain sera vraisemblablement inférieure aux 8 à 10% qu'ont laissé entrevoir les assureurs en juillet. Mais elle sera assurément plus forte que les 3,5 à 4,5% qu'avait articulés Pascal Couchepin quelques semaines plus tôt. Lundi, lors de la balade annuelle qu'il organise pour les médias sur l'île Saint-Pierre (BE), le chef du Département de l'intérieur (DFI) a tenté de rassurer. Il évoque une hausse de «par exemple 6%» et confirme qu'il s'attaquera bel et bien aux réserves des caisses maladie. Malgré la levée de boucliers qu'a suscitée l'idée lancée au début du mois, le ministre a présenté arguments et plan de bataille, sur lesquels le Conseil fédéral sera amené à se prononcer très prochainement.

Le constat est simple: des montants astronomiques (quelque 7,5 milliards de francs) dorment dans les provisions et réserves des caisses maladie. Or l'assuré ne verra jamais la couleur d'une bonne partie de ce bas de laine équivalant à plus de 40% des primes payées chaque année. Ces fonds propres sont souvent destinés à des investissements en Bourse ou sur les marchés immobiliers. Alors que Pascal Couchepin refuse de toucher aux provisions, il milite en faveur d'une baisse des réserves de 15 à 10% pour les caisses ayant plus de 250 000 assurés. Ces réserves – dont le taux est fixé par l'ordonnance relative à la loi sur l'assurance maladie – sont destinées à assurer la solvabilité d'une caisse au cas où elle viendrait à disparaître. En d'autres termes, à couvrir les risques issus de la fixation des primes. «Mais si une caisse se trompe de 2% dans ses prévisions, c'est déjà beaucoup. Et elle peut se permettre de commettre une telle erreur plusieurs années de suite avant de se retrouver en difficulté», souligne le ministre. Conclusion? «Les réserves accumulées aujourd'hui sont trop importantes.»
Trop importantes parce que destinées à une utilisation qui n'a pas trait à la santé, mais également en raison de l'«effet pervers qu'elles entraînent sur la hausse des primes», comme l'affirme Pascal Couchepin. «S'il faut inclure une réserve de 15% dans une hausse des primes de 6%, cette dernière s'élèvera finalement à 6,9%», explique-t-il.

Confrontées à l'éventualité de devoir réduire leurs réserves, les caisses crient au scandale. Elles estiment avoir besoin de marge pour rester du bon côté de la loi, par exemple en cas d'afflux massif d'assurés. Car – paradoxe du système – un assuré qui change d'assurance laisse sa part de réserve derrière lui. Or, après une période durant laquelle le minimum légal n'était pas toujours atteint, certains assureurs thésaurisent des réserves qui frisent parfois les 20%. Pour Pascal Couchepin, de telles proportions «ne répondent plus à une nécessité mais à du confort!»

Caisses appelées «à assumer»

Estimant avoir tout fait pour que les caisses soient en bonne santé, le ministre les appelle aujourd'hui «à assumer». Il proposera donc sous peu au Conseil fédéral d'abaisser progressivement, via une réduction annuelle de 1% pendant cinq ans, le niveau minimum à 10%. Un niveau qui ne sera pas contraignant. Mais si la suggestion est avalisée, par effet d'entraînement, les assureurs auront tout intérêt à réduire leurs réserves et adapter les primes en conséquence pour faire face à la concurrence. Un tel processus ne devrait pas avoir d'impact sur le montant des primes en 2006, dont la hausse sera connue en octobre. Mais il se murmure dans l'entourage du chef du DFI qu'il faut préparer les assureurs le plus tôt possible à un changement afin que ceux-ci aient le temps de s'y adapter, probablement d'ici à 2007.

La question du montant des réserves avait déjà été évoquée par Ruth Dreifuss, qui a précédé Pascal Couchepin à la tête du Département de l'intérieur. A l'époque, le radical s'était opposé à la baisse. Il justifie aujourd'hui: «A l'époque, on avait fait pression sur les caisses, mais sans proposer une modification de l'ordonnance. Contrairement à ce que je préconise, ce n'était pas transparent.»

«Ce n'est pas le moment de parler de retraite à 67 ans»
Le ministre suit le président du PRD sur l'AVS, mais pas sur la demande d'adhésion à l'UE.
Ron Hochuli

Sur l'île Saint-Pierre, à l'endroit même où en mai 2003 il avait suscité la polémique en évoquant un relèvement de l'âge de la retraite à 67 ans, Pascal Couchepin a fait le deuil de cette idée lundi. Fulvio Pelli, le président de son propre parti, l'avait dit (LT du 15.08.2005), le ministre de l'intérieur le suit: «La discussion n'a pas lieu d'être, aujourd'hui.» Tout en répétant que l'AVS serait confrontée à un problème de financement à l'horizon 2015, le radical a rappelé qu'il y avait deux autres solutions pour garantir la santé de l'AVS: une hausse des recettes ou une baisse des prestations. Et de dégager en touche sur sa solution de prédilection: «Je ne serai plus conseiller fédéral lorsque le parlement tranchera, en 2009 ou 2010. Mais je donnerai mon avis à titre personnel. Il n'étonnera personne.»

Pour l'heure, le premier souci de Pascal Couchepin en la matière concerne la révision de l'AVS. Et le ministre n'a pas manqué de livrer un farouche plaidoyer en faveur de la rente-pont, destinée dans son modèle aux plus démunis (rentiers AI et chômeurs en fin de droits, notamment) dès 62 ans. Se basant sur une étude concernant l'évolution des modes de vie réalisée conjointement par l'Office fédéral de la statistique et l'Université de Zurich, il estime que, dans une société helvétique «au sein de laquelle les choix de vie sont toujours plus individuels, il faut pratiquer une politique plus fine que celle de l'arrosoir». Partant de cette «philosophie», l'initiative de l'Union syndicale suisse pour une retraite flexible dès 62 ans pour tous, répondrait à un modèle «totalement dépassé».

Favoriser la formation

Le ministre prône, quant à lui, une politique sociale «préventive», dans laquelle la formation est un atout central. D'où la volonté d'augmenter de 4 à 6% les crédits pour l'éducation et la recherche pour 2007 à 2011.

Plus globalement, Pascal Couchepin a évoqué les «nouvelles frontières de la Suisse», en prônant l'usage d'un «langage politique nouveau». S'adressant indirectement à Christoph Blocher et aux conservateurs réfugiés «derrière l'évocation d'une Suisse mythique qui n'a plus rien à voir avec ce que vivent les gens aujourd'hui», il s'en est pris au «patriotisme restreint de ceux qui refusent l'ouverture, par exemple lorsqu'ils sont habités de sentiments xénophobes».

Le ministre de l'Intérieur a, par ailleurs, refusé de s'aligner sur les positions de Fulvio Pelli et de Hans-Rudolf Merz, qui estiment à des degrés divers qu'il faudrait songer à un retrait de la demande d'adhésion de la Suisse à l'UE. «Le Conseil fédéral a décidé de maintenir cette demande. Et je défends la collégialité», a répliqué Pascal Couchepin. Sera-t-il du même avis après le vote sur la libre circulation? «Nous verrons. De toute façon, ce n'est pas mon dossier prioritaire.»

Petites touches inhabituelles
Commentaire.
Ron Hochuli

L'image d'un Pascal Couchepin qui affichait de grandes visions politiques et profitait d'excursions médiatiques pour lancer d'audacieux pavés dans la mare s'effrite. Les circonstances ne lui sont pas favorables: désavoué par son propre parti sur l'âge de la retraite, avec deux révisions (AI et AVS) difficiles sur les bras, le ministre de l'Intérieur a de surcroît largement dépassé la mi-parcours au Conseil fédéral. S'il a dit, lundi, avoir compris que «les gens veulent avancer pas à pas», ce passionné d'histoire désireux d'y entrer semble avoir revu ses ambitions à la baisse. Le grand réformateur qu'il rêvait d'être paraît désormais pressé d'étoffer son bilan à la tête de son département, quitte à tenir compte des détails incontournables dans la politique sociale.

Il procède donc par petites touches. En témoigne son plaidoyer pour la rente-pont. Ou encore son geste aux assurés, à qui il devra sans doute faire passer la pilule d'une nouvelle hausse des primes maladie pour 2006. En militant pour une diminution des réserves des caisses, Pascal Couchepin prône une solution que les assureurs sont en mesure de digérer. Néanmoins, à long terme, cette option ne constituera pas la panacée. Mais le ministre peut-il encore envisager le long terme? Le fait que la principale «annonce» sur l'île Saint-Pierre ait porté sur une mesure aussi ponctuelle sonne comme un aveu.

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