La Grande Terreur : une répression politique massive en 1937-1938
Texte repris d'un site du gouvernement ukrainien qui révèle l'état des recherches sur le volet ukrainien de la "Grande terreur". Un bilan effroyable: "279'000 de personnes ont été arrêtées, parmi eux 112'000 paysans, 91'000 employés et fonctionnaires, plus de 4'000 militaires, 1'200 éléments de police. La sentence de « mesure capitale de protection sociale » (peine de mort) a été prononcée contre 123 mille dentre eux".
La Grande Terreur : une répression politique massive en 1937-1938
http://www.mfa.gov.ua/morocco/ua/publication/content/18429.htm
Causes de la répression. Le travail dévaluation objective de la répression politique de lépoque soviétique, notamment du nombre de ses victimes, est encore loin dêtre accompli par les historiens contemporains. Voici déjà presque vingt ans que les recherches se poursuivent dans les archives des polices et des tribunaux, en révélant peu à peu une effroyable vérité concernant ce crime du pouvoir communiste, commis sous la bannière de « lutte contre les ennemis du peuple ». Lextermination physique de ceux qui avaient eu dautres convictions que celles communistes a débuté au lendemain du coup dEtat bolchevique en octobre 1917. Elle a visé dabord les personnalités éminentes de lancien régime, ainsi que quelques autres couches sociales, tout en sélargissant progressivement jusquaux dimensions inhouªes, surtout avec lorganisation de la famine artificielle (Holodomor) en 1932-1933. Mais cest en 1937-1938 que le pays entier a plongé dans la répression.
« Le Grand Nettoyage » de 1937-1938 avait pour son objectif lélimination de tous les ennemis de Staline, réels et potentiels au même titre, la création du climat de terreur, dincertitude, de dépendance servile et de soumission au « grand guide ». La sentence de mort, sans aucune possibilité de faire appel, est devenue une banalité. Au meilleur des cas, un « ennemi du peuple » était voué à une détention de longue durée dans les camps de concentration en Sibérie.
Les prémices de cette campagne ont apparu déjà en octobre 1936 avec les purges dans les rangs de lappareil policier. A ceux qui avaient été épargnés des consignes ont été donnés ensuite de « nettoyer » les élites du parti communiste, ainsi que de lappareil militaire et administratif, en éradicant toute opposition présumée. La deuxième étape a commencé en mars 1937, lorsque la lutte totale a été decretée contre les « éléments déloyaux », les « agents des services étrangers ». La répression massive a été lancée contre la « base sociale » de lenvahisseur potentiel: les paysans riches, les « gens de lancien régime », les représentants des communautés étrangères y sont passés. La troisième étape a duré depuis juillet 1937 jusquen octobre 1938, lorsque des campagnes massives de répression ont été menées contre les « nationalistes », les « membres de famille des traîtres de la Patrie », les « complots fascistes » dans les rangs de lArmée Rouge, les « saboteurs » dans toutes les branches de lindustrie et de lagriculture.
Conséquences de la répression. Selon les estimations des chercheurs, rien quen Ukraine au cours de la période susmentionnée 279'000 de personnes ont été arrêtées, parmi eux 112'000 paysans, 91'000 employés et fonctionnaires, plus de 4'000 militaires, 1'200 éléments de police. La sentence de « mesure capitale de protection sociale » (peine de mort) a été prononcée contre 123 mille dentre eux. Le pays a été submergé par une vague des dénonciations des « espions », des « conspirateurs trotskistes », des « sionistes », etc. Le plus souvent les victimes étaient accusées de lappartenance aux organisations contre-révolutionnaires et nationalistes, aux partis anti-soviétiques, aux courants fascistes, religieux, mafieux, etc. Parmi les personnes arrêtées en 1937 il y avait 53% des Ukrainiens, 19% des Polonais, 10% des Allemands, 8% des Russes, 2,5% des Juifs.
Par lenvergure de lélimination de son propre peuple la répression stalinienne reste sans précédent dans lhistoire universelle. Elle demeure dans la mémoire de lhumanité sous le nom de la Grande Terreur. Toute la société en a payé les frais, les millions de vies y ont été mutilées. Une génération entière a été élevée dans un climat de terreur, de calomnie et de violence. LUkraine a subi des pertes démographiques énormes, ses élites intellectuelles ont été exterminées, son patrimoine génétique a été ruiné. La répression a permis au régime totalitaire stalinien de se raffermir en Ukraine.
A loccasion du 70ième anniversaire de ces évènements tragiques le Président de lUkraine Viktor IOUCHTCHENKO a officiellement instauré le Jour de commémoration des victimes de la Grande Terreur, qui sera désormais observé chaque troisième dimanche du mois de mai. Le préambule du décret présidentiel stipule que la décision a été prise « afin dassurer une commémoration appropriée des victimes de la répression politique, dattirer lattention de la société vers les pages tragiques dans lhistoire de lUkraine liées avec lintroduction forcée de lidéologie communiste, de rétablir le mémoire national, de raffermir le sentiment de rejet de toute forme de crime contre lhumanité ».
Le 18 mai dernier le Président de lUkraine a participé à une manifestation commémorative à Bykivnia, lieu notoire dexécution massive des victimes du régime stalinien qui se trouve dans la banlieue de la capitale Kyiv. Il a affirmé à cette occasion que lhistoire de lUkraine au 20ième siècle est profondément marquée par les stigmates du régime communiste inhumain par sa nature : « Cest une force apatride, pseudo-politique et sectaire qui a pris le pouvoir, ayant renoncé à bon Dieu et à la moralité des hommes au nom des dogmes utopiques communistes. Ce régime na connu quune seule méthode de ladministration, celle de la terreur et de lélimination de toute opposition, véritable comme imaginaire. Il est clair que tôt ou tard une telle force aurait dû finir par se dévorer elle-même, ce qui na pas manqué de se produire finalement ». Selon lui, il est grand temps pour lUkraine de faire la pleine lumière sur les responsables de ces crimes, de désigner les tortionnaires par leurs noms afin de condamner définitivement les pratiques du totalitarisme.