La Famine en Russie et Holodomor vu dans un ouvrage scolaire, celui de Georges-André Chevallaz: Histoire générale, de 1789 à nos jours.

Le silence, un des meilleurs alliés des dictatures…

Pour un ouvrage entièrement refondu, il n'y a aucune excuse à ce négationnisme des crimes soviétiques et à cet oubli de l'horreur qu'on subit des millions de gens. En particulier, en plus de la terreur quotidienne, ces 3 apogées de la barbarie que furent la collectivisation de 1930-31, la famine de 1932-33 et la Grande terreur de 1937-38 sont totalement omis. Quant à la famine-génocide d'Ukraine de 1932-33, environ 5 millions de victimes, elle n'existe pas, ni celle de novembre 1928.

Georges-André Chevallaz

Page 313: "En 1928, toute opposition réduite au silence". Affirmation erronée car les luttes intestines sont sans fin: quand un groupe est liquidé, d'autres naissent. De plus, malgré 10 ans de souffrances due à la Terreur rouge déclenchée par Lénine, en octobre 1917, les peuples de l'URSS restent dangereux.

Passons sur la "vie modeste de Staline", classique de tous régimes communistes dans lesquelles le chef vit toujours modestement. Ecrire qu'en 1928, la Russie aurait retrouvé sa production d'avant-guerre et pansé les blessures de la guerre civile, est tout simplement faux et même méprisant pour les proches des millions de morts de cette guerre civile dont la moitié sont morts suite à la famine de 1922-23, famine causée, si ce n'est amplifiée, par le régime bolchévik.

Quant à prendre les fanfaronnades du premier plan quinquennal pour réalistes et réalisables relève d'une grande naïveté. Rappelons qu'en 1929, un procès est mis en scène contre un "parti industriel", création du Guépéou, afin de terroriser les rares ingénieurs et industriels compétents restant en URSS.

Non seulement, le premier plan quinquennal sera un gigantesque fiasco, caché par une propagande et des mises en scène décrites par "Tintin aux pays des Soviets", mais les immenses quantités de fournitures importées principalement d'Allemagne et des Etats-Unis, les salaires des spécialistes étrangers, ont mis en péril les finances de l'URSS.

Curieux, déjà ce mot d'ordre de "Rattraper l'Amérique" est proclamé par Staline, et repris par Krouchtchev 30 ans plus tard, mais on attend toujours qu'un régime socialiste rattrape une économie capitaliste.

Page 314: On retrouve la foi dans les grands mensonges de Lénine qui aurait donné la terre aux paysans -comment peut-on donner quelque chose qui ne vous appartient pas? - alors que cette propriété était formelle et que les réquisitions faites, l'arme à la main, par le Guépéou spoliaient les paysans.

L'auteur oublie ce mélange de promesses, de mensonges et de terreur qui frappent les peuples d'URSS. Ainsi, ce qui a été nommé de manière frauduleuse "dékoulakisation" a été le retour du servage, les réfractaires à cette politique étaient arrêtés, souvent déportés et fusillés. Il oublie la célébration de Morozov, cet enfant qui avait dénoncé ses parents. La délation devient obligatoire pour survivre.

Le stakhanovisme sera une manipulation de 1936 pour l'émulation socialiste dont se demande bien pourquoi elle était nécessaire puisque, selon Staline, l'édification du socialisme était effectuée en 1932 dans le vertige des victoires.

Page 315: Un exemple de la délation généralisée, contre la paysanne paresseuse Arbousova.

"L'homme, le capital le plus précieux", "Les cadres décident de tout", quelques mots d'ordre du génial Staline. En fait, le peu de libertés est définitivement assassinée, le passeport intérieur, le livret de travail - un ouvrier licencié sans attestation n'a plus aucune chance de retrouver un emploi - les individus sont, pieds et mains, totalement sous la férule de l'Etat-parti et de son armée, le Guépéou. Ces mesures sont prises en vue de la famine en URSS qui va être déclenchée déjà en 1932. Ella Maillart, durant son voyage durant le printemps 1932, note les disfonctionnements de l'économie, la pauvreté des ouvriers et des fonctionnaires, et le début de la disette.

Page 316: Les chiffres, s'ils sont tirés de sources soviétiques sont totalement faux, ils sont nécessaires à la propagande fanfaronne.

Dans ces 4 pages, ce manuel oublie, les victimes de la collectivisation, celles des travaux forcés du goulag, et celles de la famine de 1932-33, environ 15 millions de morts sans compter la répression quotidienne.

Affirmer que la Constitution de 1936 fait de l'URSS une république fédérative et démocratique, est un double mensonge.

Page 317: Pourquoi ne pas dire la vérité: la dictature du parti sur les peuples de l'URSS, les élections des farces, les syndicats aux ordres du patron-état, et malgré les belles promesses, la vie est misérable.

Limiter les "purges" à quelques milliers de milliers de déportés politiques, alors que 1,5 millions d'individus furent arrêtés, la moitié fusillée.

Citer le rapport de Krouchtchev de 1956 en oubliant que cet individu, chef du parti pour Moscou, a lui-même fait fusiller 22'000 personnes (leurs cadavres reposent au polygone de Boutovo), est un oubli fâcheux.

Page 318: En plus du creusement des inégalités, Chevallaz oublie qu'il n'y a plus en URSS que deux catégories; des millions d'esclaves terrorisés et la nomenlatura qui a le droit de vie et de mort sur les peuples. Staline, prétendu "petit père des peuples" est devenu le "grand bourreau des peuples". De 1917 à 1941, le régime a, de manière directe ou non, causé la mort de plus de 20 millions d'êtres humains, 6 fois la population de la Suisse.

Page 319: Entre autre chose, les croyants (chrétiens, musulmans, bouddhistes et chamanistes), leurs églises ont été quasi totalement liquidés à la fin 1937. En 15 ans, depuis l'ordre de Lénine de mars 1922, la religion qui a été imposée est celle du culte du chef (dite culte de la personnalité" et du parti.

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