Sur le site des communistes (www.communistes.ch), parmi de nombreuses falsifications pour dissimuler la réalité du socialisme en URSS, parmi les plus odieuses, la reproduction d'un texte d'une historienne française, Annie Lacroix-Riz, niant la grande famine d'Ukraine et qui affirme que ce génocide n'aurait jamais eu lieu mais serait une invention conjointe de l'Allemagne nazie, de la Pologne et du Vatican!!!
Ce texte est reproduit tel quel malgré son caractère nauséabon pour démasquer cette entreprise négationniste de la peste rouge.
Sur le site de Annie LACROIX-RIZ qui se présente comme «ancienne élève de l'école normale supérieure (Sèvres), agrégée d'histoire, docteur-ès-Lettres, professeur d'Histoire contemporaine à l'université Paris VII-Denis Diderot», cette "historienne" aveuglée par son idéologie marxiste présente d'autres travaux comme la défense du film Amen. http://www.historiographie.info/menu.html
La protestation de l'Union des Français d'origine ukrainienne.
SUR LA « FAMINE » EN UKRAINE EN 1933: UNE CAMPAGNE ALLEMANDE, POLONAISE ET VATICANE
Envoi du 27 novembre 2004
Annie Lacroix-Riz
Je vous livre les documents par volume darchives et ordre chronologique. En note infrapaginale figurent des explications. Je suis à votre disposition pour toute demande supplémentaire. Les étudiants qui ont reçu lan dernier une version initiale de ce texte y trouveront nombre déléments nouveaux.
Tout ce qui est entre guillemets est de la citation de document original. Jai corrigé les fautes de frappe des textes originaux (pour renoncer à des (sic) trop nombreux).
La gigantesque campagne de presse (et autre propagande) de 1933 sur « la grande famine » dUkraine est, si lon se fie aux fonds du Quai d'Orsay, un bobard lancé 1° pour préparer l« alliance » polono-allemande de janvier 1934 (Varsovie et Berlin se font des politesses à propos de lUkraine que le Reich promet aux Polonais, « en échange du corridor de Dantzig », supercherie dont Berlin a déjà usé dans les années vingt) et 2°, objectif allemand essentiel, pour empêcher la réalisation lalliance franco-soviétique qui se dessine depuis le retour dHerriot au poste conjoint de Président du Conseil et de Ministre des Affaires étrangères (juin-décembre 1932). Les fonds publiés du Foreign Office « sur lUkraine et la grande famine de 1932-1933 » autorisent une interprétation similaire sur le sens de politique extérieure de lopération de propagande de 1933 : le « mémorandum de Ponsonby Moore Crosthwaite sur lhistoire de lUkraine et ses relations avec la Pologne et la Russie, 11 décembre 1933 » est aussi clair que la correspondance du Quai d'Orsay citée ci-dessous.
Le Vatican, qui hait la Pologne, catholique certes, mais pillarde de territoires allemands, signe en juillet 1933 le Concordat du Reich qui prévoit, entre autres clauses secrètes, loccupation commune de lUkraine. On comprend ainsi mieux le rôle, particulièrement actif, de la Curie romaine et lutilisation dans lopération ukrainienne de son instrument favori de lexpansion allemande à lEst (notamment pour lAnschluss et la liquidation de la Tchécoslovaquie), lAllemand des Sudètes, par ailleurs cardinal (1933) archevêque de Vienne (1932), Innitzer .
LURSS a connu en 1932-1933 une sérieuse disette conduisant à un strict renforcement du rationnement, pas une famine et en tout cas pas une famine à « six millions de morts », chiffre (scandaleux sur le plan méthodologique en particulier) lancé ces dernières années par le démographe Alain Blum, question examinée plus loin (sur le traitement universitaire récent de la question en France, mise au point dans la 3e partie du présent dossier).
Les développements ci-dessous relatifs aux ambitions affichées par le Reich en 1933 à propos de lUkraine (programme de conquête antérieur à 1914, et donc non spécifique du programme impérialiste nazi ) infirment, comme ceux du recueil que jai constitué sur larmée rouge en 1937-1938, la thèse des dangers extérieurs instrumentalisés par Staline contre ses ennemis « imaginés » ou purement et simplement inventés, familière à lhistoriographie française actuelle.
CAMPAGNE GERMANO-VATICANE ET UKRAINIENNE SUR LA FAMINE EN UKRAINE, 1932-1933
URSS 1918-40, VOL. 1036, SITUATION ÉCONOMIQUE, 3 AOÛT 1932-18 JANVIER 1940, ARCHIVES DU MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES (MAE)
339 folios [classement par volume, paginé] et voir infra la correspondance de 1933 du colonel Mendras, attaché militaire, fonds SHAT)
Copie des du « correspondant particulier » à Berlin articles de Renaissance
Copie de larticle de Renaissance 17 août 1932, « Famine et chaos (Rapports de Consuls allemands) », 4-7, 4 p. [la France a une ambassade à Moscou, comme la Grande-Bretagne, qui a également un consulat à Leningrad , mais pas de multiples consulats en URSS, à linverse des Italiens et des Allemands : les sources sur la famine sont donc germano-italiennes et, on le verra, proviennent dassociations ukrainiennes émigrées séparatistes financées par le Reich, dUkrainiens émigrés, parfois depuis lavant-guerre, etc., comme lattestent les courriers du Quai d'Orsay cités plus loin]
Descriptif apocalyptique de la « situation dans le midi de la Russie
Région de Kharkov
[
] menacée de famine [
] la situation du Donetz [
] est catastrophique [
] pas de savon [
] Linstabilité de la main-d'uvre arrête tout travail productif. » 1. « La situation des ouvriers et ingénieurs allemands est alarmante et ils supplient de les rapatrier. » Idem à Odessa. « La plupart des habitants nont pas de chaussures; [
] Les denrées manquent partout. [
] la moisson se fait mal », tout même eau, 3, et sq. « Les consuls [allemands] affirment que le Gouvernement soviétique va, dans très peu de temps, être insolvable. » 4
Copie de larticle de Renaissance du 16 août 1932, « Réclamation de M. Gosser à lIntourist deux semaines dans les prisons du Guépéou) », 4-7, 4 p.
Lettre 171 de Dejean, ambassadeur de France à Moscou , au président du Conseil-ministre des Affaires étrangères Édouard Herriot, Moscou, 13 septembre 1932, 10, 2 p.
Sur « la gravité de la crise alimentaire », 1, et statut privilégié des diplomates, travailleurs et journalistes étrangers, 1-2 tous rapports sur situation catastrophique
Télégramme 971-2 de Beaumarchais, ambassadeur à Rome, 11 octobre 1932, ronéoté, 14-15 Cf. ma « conversation » daujourd'hui avec « M. Mussolini ma dit aujourd'hui [
] que la situation économique de lURSS était inquiétante : le plan quinquennal avait notoirement échoué », etc. 1, sq.
copie sans numéro de la lettre de Dejean au président du Conseil-ministre des Affaires étrangères, Édouard Herriot, Moscou, 5 décembre 1932, 18-21, 4 p. « a.s. de la soif de devises du Gouvernement soviétique »
Lettre 1165 dAndré François-Poncet, ambassadeur en Allemagne , au ministre des Affaires étrangères Paul-Boncour, Berlin, 22 décembre 1932, 22-28, 7 p.
Dans la presse allemande sur la Russie (en italique, noms de journaux) « Il nest question que de crises; crise de la production industrielle et surtout agricole, crise du ravitaillement, crise de lapprovisionnement en devises, indispensables au paiement des commandes passées à l'étranger, crise enfin (2) de larmée rouge elle-même. » cf. Vossischezeitung, 3, Berliner Tageblatt, 3-4, sur « des révoltes chroniques [
] au Kouban », car « la résistance des populations cosaques au système collectif dexploitation agraire [
] cest cette indolence et non pas les quelques groupes de koulaks du Kouban ou d'ailleurs qui est la véritable ennemie du bolchevisme, comme elle avait été d'ailleurs celle de tout progrès au temps du régime bourgeois. » 4, et litanie continue, 4 sq. cf. la Vossischezeitung , 5, Deutsche Allgemeine Zeitung, 5-6, notamment sur crise armée rouge où « les courants dits dopposition de droite y ont fait des progrès sensibles », mais « à la frontière mandchoue [
] cette partie de larmée soviétique, grâce à son éloignement de Moscou, aura pu échapper à toute contagion. »
Confirmé par lattaché militaire auprès de lambassade Japon à Berlin « qui, ayant eu loccasion de traverser la Sibérie, il y a quelques mois, a constaté parmi les troupes rouges mobilisées [
] un état d'esprit excellent et même, selon son expression, enthousiaste. » 7, et même confirmation sur mauvais état d'esprit armée rouge en Europe (6) par un Français « qui vient de faire un séjour en Allemagne et dans lEst européen [
].
D'après lui, larmée prendrait en Russie une importance sans cesse croissante » et « manifesterait des tendance de plus en plus marquées à prendre les allures et surtout létat d'esprit dune garde prétorienne. Linfluence de certains de ses chefs tels que Vorochilov, Blücher, Toukhatchevski y serait considérable et causerait de linquiétude au gouvernement de Staline. Le mécontentement des troupes dû à linsuffisance du ravitaillement augmenterait le fossé qui sest creusé entre militaires et civils. [
]
La même personne ma assuré d'autre part que les tendances subversives observées dans lArmée rouge étaient encouragées par la Reichswehr. Celle-ci inquiète de la croissance du mouvement communiste en Allemagne, ne verrait pas dun mauvais il que lÉtat-major fît un coup dÉtat, qui débarrasserait la Russie du gouvernement actuel et de linfluence toute puissante de lInternationale communiste. » Il convient de faire « les réserves » nécessaires sur « pareilles informations ». 7
Lettre 2 de Dejean à Paul-Boncour, Moscou, 3 janvier 1933, 1932-1934, 5 p.
« La crise du ravitaillement en URSS [
] de plus en plus aiguë », 1, baisse des livraisons de céréales à lÉtat au 1er novembre 1932, fixées à 20,5 millions, seulement 11,4, 1; énormes exportations en 30-31, en valeur 19,9 et 19,4% total des exportations, doù « de sévères restrictions pour le marché intérieur. » en 1932, à la fois « une aggravation du rationnement de la population soviétique » et « une considérable diminution des exportations », 1,3 million tonnes pour 10 premiers mois de 1932, contre 4,2 millions pour 10 premiers mois de 31, 2, cf. chiffres détaillés, 2-3, bref il s'agit d« un véritable effondrement, notamment pour le blé et pour lavoine » sauf maïs, et en 1932, importation de céréales de 137 145 tonnes accélérée en septembre-octobre où d'ordinaire lexportation constitue « un appoint considérable pour la balance commerciale soviétique. », 3, et aggravation du rationnement de la population cf. ordonnances des 4 et 16 décembre 1932, et population livrée au marché libre où prix « exorbitants », 4, et ordonnance 27 décembre augmentant « la pression dun système de contrôle administratif et policier dont le but avoué est dévacuer des villes une partie de la population » : rétablissement du système des « passeports individuels qui avait été aboli au début de la révolution en tant que méthode policière destinée à opprimer les masses laborieuses. » sans doute lévacuation a-t-elle lieu « dans les camps de concentration du Nord de la Russie ou les vastes étendues de la Sibérie. » 5 [Dejean ne fournit sur ce point aucune information].
Lettre 17 de Dejean à Paul-Boncour, Moscou, 17 janvier 1933, 47-51, 9 p.
Dejean dénonce (selon son habitude) « les conséquences funestes dune politique effrénée de collectivisation agricole »
Lettre 17 du ministre de France en Finlande, Helsingfors, 11 février 1933, 60-61, 4 p.
Témoignage de lingénieur américain Henning Rowsing, « d'origine suédoise » de retour aux États-Unis via Scandinavie « après deux années de séjour en Russie », au journal Hufvudstadsbladet, 1, sur « le manque de vivres et, en général, des objets nécessaires à lexistence. [
] il n'y a vraiment bon marché que le pain qui, avec des concombres, et arrosé de kvass, forme presque lunique nourriture du peuple. » Manque de tissus et chaussures; « mauvais état des lignes, manque de locomotives et de wagons » et problème du logement « dans les (2) grandes villes dont la population a beaucoup augmenté » 3,5 millions habitants à Leningrad, plus à Moscou.
« [
] on ne peut nier que le régime nait fait faire au pays dappréciables progrès, notamment au point de vue de linstruction publique. Les écoles se sont multipliées, il y a peu dillettrés complets dans la jeune génération : les théâtres et autres locaux de plaisir ou dart sont toujours remplis, et surprennent par leur éclat. De nombreux bains publics ont été ouverts. La propreté des villes sest aussi fort améliorée, mais les transports publics urbains, tout comme les chemins de fer, laissent encore beaucoup à désirer.
[
] lingénieur américain a paru vouloir se garder de toute appréciation sortant de la pure objectivité, et de nature à lui interdire un retour éventuel au paradis soviétique. Il na pas un mot de commisération pour les innombrables habitants des villes dont le refus de passeport fait, ipso facto, des hors la loi. Il ne dit (3) rien des transports vers les régions nordiques de populations entières du Sud de la Russie, de ce brassage systématique de races auquel paraît procéder en ce moment le Gouvernement soviétique, ni de cette reprise de déportations des paysans dIngrie qui inquiète et indigne depuis quelque temps leurs frères de Finlande. » et « aucune réflexion [
] non plus » du journal. 4
Lettre 75 de Dejean à Paul-Boncour, Moscou, 15 mars 1933, 46, 2 p.
Multiplication des queues dans les grandes villes depuis louverture début mars 1933 de « boutiques » pour la vente de pain et viande sans carte alimentation, à des prix « voisins de ceux du marché libre », 1, « cortèges longs de 150 à 200 mètres [
] dès 5 heures du matin. »
Mais la situation est bien pire encore en Ukraine où « sévit actuellement la plus effroyable disette. On peut parler de véritable famine pour les districts ruraux. » et de « pénurie des denrées les plus essentielles » dans grandes villes comme Kharkov et Kiev. « Depuis lautomne dernier, les prix du marché libre ont monté de 100 à 150%. [
] Des cas de cannibalisme ont même été signalés par les Consulats dAllemagne et dItalie. » 2
Lettre 93 de Dejean à Paul-Boncour, Moscou, 12 avril 1933, 62-3, 3 p.
« Des rapports alarmants » sont envoyés par les consulats allemands « sur la crise alimentaire qui sévit particulièrement en Ukraine, dans le bassin de la Volga et dans le Nord-Caucase. De nombreux districts seraient réduits à une véritable famine. » « ravitaillement [
] de plus en plus difficile » à Kiev, Kharkov, Odessa et pénurie « même les magasins du Torgsin » [dÉtat] où achats contre or, argent et devises. « Harassée par les privations et décimée par la maladie, la population ne donnerait aucun signe de réaction. » On constate une situation d« abondance » par comparaison à « Moscou et Leningrad » où pour « les ouvriers et employés », 1, sont maintenus « des prix abordables dans les coopératives ». Mais les prix sont exorbitants pour « toute quantité supplémentaire » au rationnement. Et « réapparition du chômage [
] depuis quelques mois » avec perte consécutive de la « carte dalimentation . » La presse soviétique est optimiste, « Mais, d'après les rapports circonstanciés reçus par lAmbassade d'Allemagne, létat des travaux agricoles serait déplorable, non seulement à cause de la (2) désorganisation des exploitations agricoles, mais encore du fait quil n'y a pas de semences, que le nombre des chevaux de labour a diminué d'une façon considérable et quenfin environ 75% des tracteurs sont hors dusage » doù prévision dune récolte « pire encore que celle de 1932. »
Krestinski, commissaire adjoint aux Affaires étrangères, ma dit quon allait « envoyer dans les stations de tracteurs, 60% des jeunes gens qui suivaient des cours préparatoires aux examens diplomatiques et consulaires. Cest que nous vivons en temps de guerre, a ajouté ce haut fonctionnaire. Il y a cependant lieu de douter que la science marxiste puisse remplacer le labeur des paysans arrachés à leurs exploitations par loffensive effrénée de la collectivisation. » (3)
Lettre 117 de Dejean à Paul-Boncour, Moscou, 3 mai 1933, 64-5, 3 p.
Extension du système des passeports en URSS, cf. détails sur la nouvelle ordonnance du 28 avril létendant à une série de villes (après Moscou, Leningrad et Kharkov), « ainsi quà une zone de 100 km, considérée comme zone de sécurité, le long de la frontière occidentale de lURSS. » 2
Lettre 459 dAndré Corbin, ambassadeur à Londres, à Paul-Boncour, Londres, 25 juin 1933, 66, 2 p.
Publication par le Times du 12 juin de la lettre de Sabline, président du comité dassistance aux réfugiés russes, ancien chargé d'affaires de la Russie (tsariste) à Londres, sur « la famine [
] en Ukraine, en Arménie et dans dautres provinces [
] menace dêtre plus grave encore quen 1921 »; mais pas dappel du gouvernement soviétique « à laide des Puissances étrangères » car ce serait un aveu public « échec de sa politique agraire. » et confirmé par lettre de Kerensky de ce matin, 1, « en ajoutant certains détails », joint, lettre de Kerensky, « The State of Russia ».
« Bureau de presse ukrainien à Bruxelles », août 1933, ronéoté, 68 (parties en italique soulignées dans le texte)
[les « sources » ukrainiennes séparatistes sur la « famine » citées ici et ci-dessous ont constitué lessentiel de la matière des courriers publiés du Foreign Office ]
« LUkraine sous le joug de Moscou »
« Les horreurs de la famine de Ukraine », atroce « La misère est si grande que les hommes mangent les hommes. C'est ainsi que nous a arrangés le plan quinquennal.
La famine est due aux agissements des Moscovites », etc. « Toutes les mesures sont prises par les Soviets pour enlever, manu militari, aux paysans de lUkraine, les céréales, et les expédier en Moscovie ou à l'étranger. » doù énorme solidarité des « Ukrainiens se trouvant hors de lURSS [
] Des comités de secours se sont constitués à Lwow , à Prague et dans dautres endroits de lEurope. Lépiscopat gréco-catholique ukrainien adresse une lettre à tous les gens de bonne volonté pour protester contre lextermination par les bolchevistes des petits et des miséreux, des faibles et des innocents, et pour implorer laide pour lUkraine. Une Croix-Rouge ukrainienne est en voie dorganisation, une aide internationale à lUkraine est envisagée. »
Brochure de lAssociation financière industrielle et commerciale russe , 3 rue Nicolo, Paris, « Collectivisation du village en URSS », 69-83, 29 p.
Vision dhorreur, ainsi conclue : « Si le plan des communistes est réalisable, Staline obtiendra sous forme de blé larme la plus puissante pour lattaque contre le monde capitaliste. » 29
Télégramme 1472 de François-Poncet, ambassadeur à Berlin, à Paul-Boncour, Berlin, 18 août 1933, 2 p., 84-85
Le Völkische Beobachter du 18 août publie « sur la première page [
] des photographies représentant des sujets russes réduits à létat de squelettes » dans un article intitulé « Véritable visage de la Russie des Soviets de quoi Hitler a sauvé lAllemagne. »
+ « un article » p. 1 « consacré à lenfer de la famine dans la Russie des Soviets » glose sur famine pire quen 1921-22, et sur linsupportable plan quinquennal et son échec dans cet ancien « grenier de lEurope », 1, etc.
Télégramme de Charles-Roux, ambassadeur auprès du Saint-Siège, très confidentiel, copie ronéotée sans numéro, Rome, 25 août 1933, 86, 1 p.
Charles-Roux a demandé des explications à Mgr d'Herbigny sur « lappel » du cardinal archevêque de Vienne Innitzer « à la charité publique pour secourir les victimes de la famine en Ukraine et au Caucase [
].
Les Allemands auraient suggéré au Pape de lancer lui-même cet appel en ladressant à toute la catholicité. Le Souverain Pontife aurait refusé, pour ne pas sexposer au reproche de faire cause commune avec les Hitlériens contre le communisme. Mais il aurait laissé les évêques libres, en chaque pays, dagir à leur guise . En Allemagne se serait alors organisée une entreprise de secours matériels pour les Allemands de Russie; en Galicie orientale, les Polonais en auraient fait autant pour les Ukrainiens dUkraine. Enfin le Cardinal Innitzer aurait pris, à Vienne, linitiative moins limitée qui vient dêtre annoncée.
Jai demandé à Mgr d'Herbigny si le Cardinal Innitzer sy était décidé d'accord avec le Saint-Siège. Il ma répondu que non.
Cela me paraît difficilement admissible. Il me semble peu probable quun membre du Sacré Collège ait pris sur lui de lancer un appel à la charité en suggérant une organisation internationale de secours par les soins de la Croix-Rouge et faisant allusion à des conditions à poser au Gouvernement russe. »
Lettre 335 de Charles-Roux au ministre des Affaires étrangères, Rome, 28 août 1933, 87-8, 3 p.
Article dInnitzer publié dans lOsservatore Romano du 24 août, et lOsservatore Romano du 23 août « avait donné déjà des informations alarmantes sur la famine en Russie » avec des détails sur la cannibalisme, etc. « Toujours d'après ces mêmes renseignements » d'abord publiés par lÉcho de la Bourse de Bruxelles, « empreints dune certaine exagération, à en juger par les intéressants rapports de notre Ambassadeur à Moscou, plus du tiers de la population de lUkraine aurait succombé à la faim, et, pour que les survivants puissent subsister, 15 à 20 pour cent de la population devait encore disparaître. »
Cf. glose dInnitzer dans son appel sur cannibalisme, et appel à la Croix-Rouge internationale « mais [
] aussi adressé à tous ceux qui négocient aujourd'hui en vue de nouer des relations économiques avec lUnion Soviétique [
] afin que soit maintenu le principe de faire dépendre ces négociations dun éclaircissement (chiarificazione) général sur la nécessité de venir en aide aux diverses régions de la Russie et de lacceptation par lUnion Soviétique de ladite clause humanitaire. »
Le Vatican soutient la thèse de sa non initiative auprès dInnitzer, mais Charles-Roux la juge « peu plausible » : Innitzer sest « au moins concerté avec le Saint-Siège avant démettre des propositions telles que la demande dun éclaircissement général sur les causes et létendue de la famine. Cela signifie sans doute une enquête générale sur la situation économique de la Russie. » 2
Bref, « il est vraisemblable que les nouvelles précisions quil a données sur la famine en Russie, comme celles d'ailleurs figurant dans lÉcho de la Bourse, dans lOsservatore ou dans La Croix , ont été puisées au service des Affaires russes du Vatican. »
PS. « La Croix du 22 août en publiant un court résumé » de lappel dInnitzer, « avait donné cette information supplémentaire, qui ne figure pas dans le journal pontifical : le Cardinal Innitzer annonce la création à Vienne dun comité de secours interprofessionnel sous son patronage. » 3
Août 1933, « Note sur les caractères généraux et la situation présente de léconomie soviétique », ronéoté, 89-150, 52 p. + tableaux
Télégramme de Rome Vatican, 1er septembre 1933, 1 p. 151
Sur d'Herbigny, etc. « M. Charles-Roux pense que le Cardinal de Vienne a agi d'accord avec le Saint-Siège. »
Lettre 267 de Charles Alphand, ambassadeur à Moscou, à Paul-Boncour, Moscou, 13 septembre 1933, 152-5, 7 p.
« Invité officiellement par le Gouvernement soviétique à participer au voyage » dHerriot au Sud URSS, « six jours en Ukraine et dans le Caucase du Nord [
].
Ce voyage fut [
] loccasion de manifestations les plus flatteuses à l'égard de la France. » qui a reçu les applaudissements unanimes de la foule soviétique partout, « sans [
] jamais remarquer une note discordante. » 1 « Le fait seul quon les ait permises ou même provoquées montre le souci des Gouvernants de marquer leur désir de rapprochement avec la France.
Nous avons visité, outre les musées et les anciens monuments, le plus grand nombre possible dusines et dexploitations agricoles. » Alphand émerveillé par « le Dnieprostroï » où se trouve désormais « lusine hydroélectrique la plus importante dEurope. Sur une steppe russe il y a quatre ans, sélève aujourd'hui une ville de 150 000 habitants, dont 40 000 ouvriers. » Lambassadeur fournit ensuite des détails sur ses activités; sauf pour laluminium (1/6 « du plan prévu »), les usines sont encore en phase déquipement et la production natteindra son « plein rendement que dans trois ou quatre ans, d'après les techniciens que jai pu approcher. » Visite des usines de panification à Kiev, de turbines et tracteurs à Kharkov, machines agricoles, cf. faucheuses-batteuses à Rostov, roulements à billes et moteurs à Moscou. « En rapprochant ces constatations des renseignements déjà fournis au Département sur les industries formidables de lOural (Magnitogorsk et Kouznietsk), sur les projets hydroélectriques de la Volga et de la Sibérie, sur les usines de Gorki et de Leningrad, on voit leffort industriel énorme du Gouvernement des Soviets. Étant donnée la situation particulière de lURSS, seul pays du monde qui soit en progression, ce développement ne peut nuire aux industries (2) européennes quen leur fermant le marché russe, car les facultés dabsorption de ce marché sont si grandes quil se passera 50 ou même 100 ans avant que les Soviets atteignent le point de prospérité les obligeant à déverser à l'étranger un surplus de production quils nabsorberaient pas eux-mêmes. » Mais maintien d« un grave problème [
], celui des transports » : insuffisance du « réseau ferroviaire et routier [
]. Cest dans cette voie [
] que nous pourrions envisager une collaboration franco-soviétique.
En dehors de la question industrielle, une impression se dégage dun voyage en URSS, celle dun effort dans la construction de logements pour une population qui en dix ans saugmente de la population de la France. À Moscou comme à Leningrad de grandes maisons ouvrières sélèvent à vue dil presque dans chaque rue, mais la réussite la plus grande au point de vue de lurbanisme se fait jour à Kharkov où en quatre ans une ville entière daspect nettement américain sest édifiée à côté de la ville ancienne.
Enfin une des parties les plus importantes de notre tournée a été la visite des organisations soviétiques en Ukraine et dans le Caucase du Nord, le centre même des territoires où, d'après les récentes campagnes de presse, régnait une famine comparable à celle de 1922.
Vous verrez, mavait-on dit, quau dernier (3) moment cette partie du voyage sera supprimée; on ne vous conduira pas dans cet enfer de la misère. Pour nous faire rencontrer à Moscou M. Molotov, qui partait en congé, on a supprimé du programme lexcursion de Crimée qui présentait un caractère plus particulièrement touristique; le voyage en Ukraine sest déroulé normalement. Nous avons traversé de part en part, dans les deux sens, en chemin de fer, cet immense champ de céréales aux cultures interrompues à perte de vue, à lhumus noir épais où lengrais est inutile. Nous avons, à 60 et 70 km des villes, visité des kolkhoz et un sovkhoz, et nous en revenons avec limpression très nette de la fausseté des nouvelles répandues dans la presse et la conviction que jesquissais dans ma correspondance dune campagne inspirée par lAllemagne et les Russes blancs désireux de sopposer au rapprochement franco-soviétique.
Avant de parcourir ce pays, jai pu moi-même me faire lécho de ces racontars colportés par les ennemis du régime, jai aujourd'hui la certitude de leur exagération.
Sans doute, nous dira-t-on, les Slaves, depuis Potemkine , ont un sens merveilleux de la mise en scène, on ne vous a montré que ce quon voulait que vous vissiez, comment voulez-vous, dans une excursion dune semaine, ne parlant pas le russe, vous rendre compte de létat dune contrée dune aussi vaste étendue? Nous avons néanmoins regardé par les fenêtres durant ce trajet de plus de 3 000 km, on na pas pu entièrement truquer la population qui nous a paru en meilleur état physique et dhabillement que celle des villes du Nord doù nous venions. Notre auto a manqué décraser des poules de plus de quatre mois; nous avons aperçu létendue de ces champs qui viennent de donner une récolte que tous saccordent à trouver exceptionnelle. Si vraiment des millions dhommes étaient (4) morts de faim dans ces contrées, les malheureux eussent mangé leurs poules avant de songer à se nourrir de cadavres. Il eût fallu des millions de soldats pour les empêcher de manger les semences.
Que disent à ce sujet les autorités que nous avons interrogées? Lan dernier a eu lieu en effet un épisode des plus graves de la Révolution pour lapplication du régime collectiviste à lagriculture. Dans ces régions particulièrement riches, nous avons eu à lutter contre les paysans riches qui ne cultivent pas eux-mêmes leurs terres mais utilisent des salariés; contre ces koulaks plus ou moins ouvertement soutenus par lAllemagne qui mène en Ukraine sa campagne séparatiste. Dans l'espoir de troubles graves, ces éléments contre-révolutionnaires sont tentés de susciter la grève des bras croisés.
Il en est résulté une diminution de la production des céréales qui à un moment a menacé sérieusement Moscou et a entraîné non seulement de graves difficultés dans les régions où le sabotage de la récolte avait été organisé, mais encore l'obligation de restrictions importantes dans les distributions de vivres. On a eu faim, cest hors de doute. Mais par une action énergique du pouvoir central, action combinée de la police et des éléments politiques communistes, grâce à certaines concessions données à lintérêt personnel (propriété dune vache et des produits des jardins), la situation a pu être rétablie durant ces derniers mois et Staline, selon un mot de Radek , [
] a gagné sa bataille de la Marne agraire.
Deux exemples typiques de cette campagne (5) et des difficultés [
] nous ont été données par M. Kalinine que nous interrogions sur cette grave question de la famine. » Il nous a donné lexemple de la commune de Tver « qui porte aujourd'hui mon nom, il y a trois kolhozes. Le premier a fort bien travaillé, a fait une bonne récolte et ses membres ont touché de bons bénéfices; le second a joint les deux bouts; mais le troisième, sous l'impulsion de nos adversaires, a saboté la récolte et ses adhérents ont risqué de mourir de faim. Sur ma demande, le Gouvernement leur a fait parvenir du secours. Je me suis, de ce fait, attiré lanimosité des deux autres kolhozes qui pensaient que ce nétait guère la peine de se donner du mal si, en ne faisant rien, on obtenait néanmoins sa subsistance.
[
] le second exemple de M. Kalinine est le suivant : lan dernier on a manqué de lait à Moscou en en restreignant néanmoins la distribution aux enfants et aux ouvriers employés à des travaux nocifs. Or la personne chargée de la distribution du lait était précisément le gros négociant davant-guerre qui assurait le même service sous le régime tsariste. Le Président Kalinine fit appeler ce fonctionnaire pour lui demander comment avec une quantité double de lait il narrivait pas à fournir les catégories restreintes ci-dessus indiquées. Lintéressé neut pas de peine à lui montrer que la quantité était aujourd'hui insuffisante parce quauparavant le lait était le privilège de la classe noble et riche de Moscou.
Augmentation considérable des besoins, résistance politique déléments réactionnaires, telles sont les causes du (6) déséquilibre qui révolte nos esprits occidentaux mais qui paraissent naturels à lesprit slave fataliste qui, peu soucieux des intérêts immédiats individualistes, reste tendu sur laccomplissement du large programme quil sest assigné. » 7
Documents de propagande de la Fédération européenne des Ukrainiens de létranger, transmis par lettre du secrétaire général et du secrétaire au ministre des Affaires étrangères français, Bruxelles, 27 septembre 1933, 1 p., 156
« Mémorandum sur la famine en Ukraine », 157-9, 3 p.
sur lextermination de la population ukrainienne, et les conditions à imposer à URSS pour loctroi de tout secours, la liberté totale dintervention pour les missions de secours , 3
Bulletin du bureau de presse ukrainien, 42 rue Denfert-Rochereau, 28 septembre 1933, 160-6, 7 p., ronéoté.
cite notamment « deux articles » de Mlle Suzanne Bertillon dans Le Matin sur « la tragédie de lUkraine [
] a pu interviewer de simples paysans ukrainiens notamment Martha Stebalo et son mari » couple expatrié depuis 1913 et établi aux États-Unis mais dont la famille serait en Ukraine , etc., 1, développement sur leur voyage en Ukraine en 1932, 1-2, où ils ont vu saccumuler les « morts de faim », etc. La famine est organisée par les « autorités [
] les plus acharnées à nous détruire. On veut nous faire périr, cest une famine organisée. La moisson na jamais été aussi belle, mais il nous est interdit dy toucher. Si nous sommes surpris coupant quelques épis cest la geôle ou la fusillade, et dans la geôle, au bout de trois semaines, on meurt dinanition [
] des scènes épouvantables, elle parle de lacharnement avec lequel les affamés se jettent sur la nourriture, des cris des enfant que la faim empêche de dormir. Elle cite également des cas de la folie et danthropophagie
» 2
cite article du Journal de Genève LUkraine point névralgique sur le « calvaire » des paysans ukrainiens, 3, « [
] le régime soviétique ne sappuie plus en Ukraine que sur le Guépéou et les baïonnettes. Les communistes eux-mêmes se sont tournés contre lui. » etc.
cite articles sur Ukraine « de nombreux journaux suisses, allemands, anglais, belges et autres » et même « certains journaux français » Journal des Débats, Dépêche Toulouse, Matin, Ordre, et cite Pierre Veber dans le Candide du 14 septembre qui veut faire intervenir la SDN, et tonne contre « les journaux qui rapportent ces horreurs nous montrent, en première page, la signature des traités franco-et italo-soviétiques! » et glose sur « notre monde qui se prétend civilisé » et son pharisaisme (sic), 4
cite les articles du docteur Ewald Ammende, secrétaire du congrès des minorités nationales, de Vienne, dans la Reichspost et dans journal ukrainien Dilo de Lwow, et même glose.
Cite lappel dInnitzer sur « des centaines de milliers, des millions même, dêtres humains sont morts de faim » en « ces quelques derniers mois, en Russie des Soviets », témoignages « dont la véracité ne peut être mise en doute », etc. et il « cite lappel du Métropolite Szepticky, le mémorandum du docteur Ewald Ammende, 5, etc., et les interventions dInnitzer sur le silence impossible « au moment même où les populations de lURSS sont en proie à la famine et de ses conséquences : infanticide et cannibalisme » et « lance un appel ardent au monde civilisé pour organiser un secours aux affamés et avant tout au comité international e la Croix-Rouge.
Cette démarche du cardinal Innitzer a produit une grande impression parmi tous les Ukrainiens profondément touchés [
] »
Cite appel Église gréco-catholique ukrainienne, signé de Szepticky « et tous les évêques » de ce clergé.
Cite appel Haut conseil réfugiés ukrainiens et création comité international secours à Ukraine, etc., 6
Et glose sur initiative des « Ukrainiens de Galicie », « manifestation ukrainienne à Cernauti en Roumanie » prévue 28 août, mais empêchée par autorités « craignant une protestation du côté de lURSS »
Comité secours Prague et Bruxelles
« congrès européen des minorités et la famine en Ukraine », 7
Télégramme 814-6 de Massigli, représentant de la France à la SDN, Genève, 29 septembre 1933, ronéoté, 167-9, 3 p.
Le délégué norvégien à SDN Mowinckel (président du Conseil de la SDN) évoque les pétitions reçues « dorganisations ukrainiennes de Pologne, des États-Unis et du Canada » et « dorganisations charitables [
] sur la famine en Ukraine »; mais il ne veut pas « inscrire la question à lordre du jour sans y être préalablement autorisé par une décision du Conseil »; le conseil a été réuni « en séance secrète »; il « na pas dissimulé les difficultés (1) de lentreprise [
] et il a confessé que Mme Kollontay quil avait rencontrée à Oslo niait formellement lexistence de la famine », donc il « suggérait que le Secrétaire général senquière discrètement et amicalement auprès du Gouvernement soviétique de lexistence de cette famine. »
Les délégués et le secrétaire général « lui-même » arguent « quune démarche » même « officieuse [
] aurait un caractère politique du fait quelle émanerait de la SDN, risquerait de se heurter à une dénégation formelle (2) des Soviets et dirriter ceux-ci sans résultat contre linstitution de Genève. » Paul-Boncour a proposé d« orienter la question sur une organisation purement philanthropique telle que la Croix-Rouge [
] » formule dune lettre du président Conseil SDN « à la Croix-Rouge internationale » acceptée par le Conseil, etc. 3
Télégramme confidentiel 822 de Massigli, Genève, 30 septembre 1933, ronéoté, 170, 1 p.
En fait, lintérêt de la Norvège pour les « questions ukrainiennes » sexplique « par le fait que des ressortissants norvégiens se seraient fait accorder en Ukraine soviétique du vivant du Docteur Nansen des concessions notamment de terrains miniers au sujet desquels ils seraient en ce moment en difficultés avec le Gouvernement de lURSS. »
Demande « faire vérifier discrètement cette information par notre Ambassadeur à Moscou. » en marge, au crayon rouge, « fait »
Cf. lettre 467 du ministre des Affaires étrangères à Alphand, 12 octobre 1933, 174, 1 p.
Demande de renseignement sur ce dossier
Lettre 161 du Chayla, chargé d'affaires en Norvège, à Paul-Boncour, Oslo, 5 octobre 1933, 171, 1 p.
Transmet interview Mme Kollontay, « actuellement Ministre de lURSS en Suède, [
] au journal travailliste norvégien lArbeiderblad » après son «séjour à Oslo où elle a conservé beaucoup damis»
Traduction texte interview Arbeiderblad du 30 septembre 1933, 172-3, 4 p.
Mme Kollontay nie la famine mais évoque « le problème des transports », route et chemins de fer, 1, et invoque « la valeur » dinformation venues « soit de Riga, soit de Berlin. », le sabotage de certains paysans en 1932, 2, mais le loyalisme lemporte cette année, où « il n'est plus question de famine. » Elle insiste sur les énormes besoins de consommation soviétique (cf. 2, paysans naguère les pieds dans des chiffons, doù problème aujourd'hui approvisionnement en chaussures), doù besoin soviétique importations massives, et non « pas » aspiration « à nous isoler de létranger. » Elle mentionne les « relations [
] excellentes avec les pays scandinaves, avec la France et avec tous les pays avec lesquels nous avons conclu des pactes de non-agression » et « des conventions spéciales avec lItalie et avec la France. » 3; les rapports avec Allemagne sont « tendus en ce moment, mais nous faisons tout notre possible pour éviter tout ce qui pourrait les envenimer. » 4
Note manuscrite sans référence, 20 octobre 1933, 175, 1 p., in extenso
« M. de Fontenay , sur avis de M. de Robien, est venu demander des informations sur le Comité d'organisation de secours aux affamés de lUkraine dont il avait été sollicité daccepter la présidence dhonneur. Il a indiqué que cette demande lui avait été faite par le prince Tokary.
En raison des conditions actuelles, des susceptibilités polonaises et soviétiques en matière ukrainienne, et de la personnalité même du prince Tokary (connu pour ses opinions dextrême droite et qui fut associé à laction de Petlioura et de Skoropadski ) il a été indiqué à M. de Fontenay quune grande prudence paraissait opportune.
M. de Fontenay a décidé de refuser la proposition qui lui était faite. »
Lettre 299 Charles Alphand à Paul-Boncour, Moscou, 24 octobre 1933, 176, 2 p.
Jai interrogé Molotov sur le problème des « concessions norvégiennes » éventuelles « en Ukraine » et il a nié tout rapport avec relations générales URSS-Norvège. « Il estime que lintervention de M. Mowinkel dont d'ailleurs il se montre peu satisfait est uniquement motivée par les fonctions du Président M. Mowinkel au Conseil de la Société des Nations » et « pense [
] que les récentes élections en Norvège peuvent lécarter prochainement de Genève. »
« Jai posé les mêmes questions au ministre de Norvège qui ma répondu que le Docteur Nansen avait utilisé une partie provenant des fonds du Prix Nobel qui lui avait été attribué (1-2) à la création de fermes modèles en Ukraine »; mais ces « concessions [
] sont arrivées à expiration et conformément au contrat ces fermes ont fait retour à lÉtat. Il n'y a donc eu aucune difficulté à ce sujet. » La seule autre concession, « normalement » appliquée, est celle « de pêcherie de phoques dans la Mer Blanche. » 2
Lettre du président intérimaire du Comité d'organisation de secours aux affamés de lUkraine à lambassadeur Peretti de la Rocca, Paris, 20 octobre 1933, 178, 1 p.
« Monsieur lAmbassadeur de Panafieu qui est membre du comité central de la Croix-Rouge française et par conséquent ne peut occuper de poste dirigeant dans notre Comité, nous engage vivement à prier Votre Excellence de bien vouloir prendre notre uvre sous sa protection et daccepter la présidence de notre Comité » qui « sest assuré déjà le patronage des cardinaux et dautres personnalités et lénergique appui de larchiduc Guillaume dAutriche, cousin germain du Roi Alphonse XIII, qui se joint à nous pour prier Votre Excellence de bien vouloir accepter la présidence de notre Comité », et cf. notre « réunion plénière » sans date « dans une dizaine de jours », etc.
transmis avec lettre manuscrite de Peretti de la Rocca à « mon cher ami » en marge au crayon « urgent. M. Rochat », 25 octobre 1933, 177, 1 p.
Je naccepterais « que si le Département y voyait un avantage évident. »
notice biographique du prince Tokary, manuscrite, de la même main que supra, « cl. (sic) 7 novembre 1933 », 179
né 24 juin 1885 en Ukraine, « arrive en France le 9 novembre 1924.
Ancien propriétaire foncier en Ukraine, connu pour ses opinions dextrême droite. A pris part au mouvement national ukrainien sous la dictature de lhetman et qui fut associé à laction de Petlioura et de Skoropadski, a été envoyé à ce titre comme Conseiller de la légation ukrainienne à Vienne.
Après le retour des bolcheviki (sic) en Ukraine, sest réfugié à Varsovie où il a participé à la conclusion du traité conclu en 1920 entre la Pologne et Petlioura. Attaché à la personne de ce dernier, fut alors Ministre des Affaires étrangères du front ukrainien, puis ministre adjoint.
Était (? illisible) (1930) président de lassociation des Anciens combattants ukrainiens. Renseignements favorables en privé. Secrétaire général du Cercle détudes ukrainiennes (61, bd Saint-Germain). »
Note dactylographiée, sans référence, 7 novembre 1933, 180
Reprend les mêmes thèmes que ceux des deux manuscrits sur le prince Tokary.
« Il semblerait donc que les organisateurs ukrainiens de ce Comité paraissent poursuivre en l'espèce un but plus politique quhumanitaire. [
] Il y a lieu de noter, en outre, que si, en dépit des dénégations soviétiques, une forte disette paraît sêtre effectivement manifestée en certaines régions de lUkraine, notamment au moment de la soudure, la gravité semble en avoir été vivement exagérée et exploitée par une campagne (de source allemande, semble-t-il) hostile au régime soviétique. Enfin la situation sous ce rapport paraît sêtre sensiblement améliorée depuis les récoltes.
Enfin, en présence des susceptibilités tant soviétiques que polonaises à l'égard de toute activité ukrainienne, une certaine réserve paraît dans les conditions actuelles particulièrement opportune en ce domaine. »
Réunion du 21 novembre 1933 de la Commission des affaires étrangères, ronéoté, 184, 1 p.
« La France et la Russie »
rapport du Sénateur de lIsère Serlin « très circonstancié et très vivant des impressions [
] de ce voyage en Russie [
] en compagnie de M. Édouard Herriot et de divers autres membres du Parlement français ».
Il « a montré les transformations sociales accomplies par le régime actuel dans le sens de la double formation dune élite fondée sur le mérite personnel et dune classe moyenne recrutée dans les masses ouvrières;
Les usines, nombreuses et géantes, fonctionnent à plein rendement : il n'y a pas de chômage en Russie.
Lélectrification, laviation et les voies fluviales sont poussées avec une activité fiévreuse.
Moscou et Kharkov sont dimmenses chantiers de constructions.
Lenseignement et le service sont obligatoires. Le service militaire actuel est de deux ans pour les armes ordinaires, de trois ans pour laviation et de quatre ans pour la marine.
Lenseignement supérieur scientifique et artistique est très développé.
Les moyens de transports laissent à désirer. Il en est de même de la voirie. [
] la Russie est une ferme et une usine travaillant à feu continu. La collectivité, dirigée dictatorialement, népargne aucun effort, aucun sacrifice, pour réaliser à la fois une industrie et une agriculture adaptées à une nation de 165 millions dhabitants.
Le dynamisme de la jeunesse est dominé par une mystique de la science et de lindustrialisation appliquée à la masse. »
Remerciements du président de la Commission des affaires étrangères Henry Bérenger, et « nombreuses questions [
] posées par » Général Bréguet, Yves Le Trocquer, Eccard, Dalbiez, Fernand Merlin, François Labrousse et Albert Fouilloux. »
Décision dimpression de la communication Serlin à « porter à la connaissance du Gouvernement. »
Lettre 221 de Jean Payart, chargé d'affaires , à Louis Barthou, 3 juin 1934, 243-251, 9 p. (non paginé)
« perspectives [
] médiocres » de la prochaine récolte céréales, mais sans doute « les Soviets » pourront-ils « prévenir » la « famine », « la situation économique générale » saméliore : cf. excédent balance commerciale, et « la production de l'or serait en accroissement constant » et lURSS en importera si nécessaire, comme déjà fait « d'après la presse anglaise, [
] en Australie et en Nouvelle-Zélande. » 3, Forte hausse des prix du pain, de « près de 100% [
] à Moscou », donc hausse des salaires, 4, cf. tableau 4-5, et détails, 5-7, risque d« inflation dangereuse », mais lÉtat est maître de tout, prix, etc., 8
Lettre 9236 du Ministère de l'Intérieur au ministre des Affaires étrangères, confidentiel, Paris, 16 août 1934, 1 p., 252
Transmet « une note n° 9263 [
] de mes services »
Jointe, P. 9263, Paris, 11 août 1934, 2 p., 253-4
D'après « un correspondant qui occupe une haute situation à Shangaï » allé en URSS, des « progrès de tous ordres » ont été accomplis en « trois ans ». D'après lui « on a maintenant [
] une impression d'ordre que lon était loin déprouver il y a quelques années. La prospérité visible a aussi augmenté considérablement. Les gens sont mieux vêtus et lon naperçoit plus les queues interminables » de « jadis. Dans la banlieue des grandes agglomérations se construisent des villas qui contrastent heureusement avec les grandes maisons communes que le nouveau régime édifiait naguère exclusivement [
] on a tout lieu de croire [
] que les progrès industriels sont en rapports (sic) avec les progrès sociaux remarqués. Ils auraient permis de donner une assise sérieuse à la puissance militaire de lURSS maintenant redoutable. » 1
Situation dont les Japonais sont conscients et qui « est de nature à les faire hésiter à entamer une lutte dont lissue serait certaine. Cest pourquoi leur expansion paraît sorienter de plus en plus vers la Chine. » 2
7 N 3121, URSS, RAPPORTS DES ATTACHÉS MILITAIRES, 1933-1934
Lettre Colonel Mendras 23, au Ministre de la Guerre, Moscou, 13 juillet 33, 2 p. (parties en italique soulignées dans le texte)
« compte rendu dentretien avec le Docteur [Otto] Schiller », (glose allemande, du ton habituel de la campagne de Berlin et rien de plus
source, également, dans lop. cit., des Anglais, qui se trouvent dans la même situation que les Français)
Éloge sur les qualités remarquables de l« attaché agricole à lambassade d'Allemagne à Moscou, le Docteur Schiller », etc., etc., cf. « un copieux rapport » sur son « voyage de trois semaines en Ukraine » communiqué au colonel Mendras, et sa glose sur les « plusieurs millions dhommes qui seront morts de faim cette année. [
] nouvelle famine » d« un caractère tout particulier, du fait de lhabileté férocement asiatique, avec laquelle les Bolcheviks lont exploitée. Lorsquen décembre dernier, ils ont pu se convaincre que la famine devenait inévitable, ils ont décidé de la diriger (1) grâce aux prélèvements massifs opérés par lÉtat sur les récoltes et de lutiliser », pour
« 1° se débarrasser de tous les éléments de la population hostiles au régime ou simplement gênants, en répartissant la famine dans les régions où dominaient ces éléments : Ukraine, Caucase du Nord, Sibérie occidentale [
] parmi les plus fertiles de lUnion [
] Jai pu me rendre compte de visu que lirréductible sentiment dindépendance des Cosaques du Nord-Caucase était aujourd'hui définitivement aboli par voie danéantissement, des villages entiers étant maintenant déserts. Les velléités de séparatisme manifestées par lUkraine ont subi le même sort.
2° obliger le paysan à travailler [
]. Cette méthode radicale a d'ailleurs produit des résultats indéniables. Mon dernier voyage ma permis de consacrer que la révolte en Ukraine sannonçait nettement meilleure que celle de lan dernier. » 2
Jointe, traduction rapport Schiller, février 1933, 124 p.
une étude économique et géographique générale, tirée des statistiques et de la presse soviétiques, qui ne contient rien sur ce qui nous intéresse, et dont ressort un véritable déchaînement contre la collectivisation, et sur la « situation critique » agriculture soviétique (jai renoncé à lannoter, mais vous disposez de la « source »).
Lettre du Colonel Mendras au Ministre de la Guerre, Moscou, 20 octobre 33, 14 p. « Compte rendu de voyage en Ukraine » (dont il est aisé de relever les multiples antagonismes, internes et compte tenu de ce qui précède)
« Sur la famine, que lexagération et la source même de certains renseignements mavaient induit pendant longtemps à mettre en doute, jai recueilli sur place des précisions indiscutables. À Bogatchka (Ouest de Poltava), lun des coins des (sic) plus riches comme son nom même lindique dune des région les plus fertiles du monde, on ma affirmé quau printemps nombre dhabitants avaient été réduits à manger de lherbe et des feuilles darbres. On ma cité tel village, où une centaine de personnes étaient mortes de faim et un paysan ma dit estimer (6) à deux mille le nombre des décès causés par la famine dans son rayon » équivalent « dun arrondissement français », mais a refusé honnêtement gloser « sur les rayons voisins, quil connaissait mal » et « a ajouté que son artel (communauté agricole) avait dû assurer la récolte dans un village voisin, Kravtchenko, presque entièrement dépeuplé. » et « sur la route de Moscou à Kiev, jai rencontré plusieurs familles qui émigraient en Ukraine où elles avaient entendu dire quil y avait une belle récolte et personne pour la rentrer. » (et cest tout
jai cité tous les cas)
paysans ne donnent « que des réponses évasives [
] sur le principe même de la collectivisation », mais intarissables « pour vitupérer lÉtat, auquel il faut tout donner et qui ne vous laisse rien, ni pour manger, ni pour nourrir le bétail. » 7
à Kiev et Kharkov, « un effort durbanisme évident » dont « des résultats grandioses [
] déjà [
] à Kharkov [
], mais une population daspect extérieur uniformément misérable et dans les coins écartés, pas mal de loqueteux [
] Il faut mettre à part Berditchev, métropole juive, prodige de misère et de saleté, qui offre une spectacle véritablement hallucinant. (8)
La campagne ne ma pas fait mauvaise impression. » paysans lair toujours misérables, « portent la plupart de lamentables défroques » et chaumières semblent « sur le point de tomber en ruines. » mais pas neuf
« Par contre, en Ukraine, surtout dans la région de Poltava, on rencontre beaucoup de villages riants, donnant au moins lillusion de laisance avec leurs maisonnettes blanchies à la chaux et leur église fraîchement peinte de couleurs claires. Partout des enfants, beaucoup denfants, allant sagement en classe avec leurs livres sous le bras. La famine semble déjà loin, ou du moins pour le passant, il nen reste plus de signe extérieur apparent dans ces hameaux où vaguent en liberté poules, porcs, oies et canards. » mais le plus frappant est « lextraordinaire richesse du sol » des « régions des Terres noires [
] cette Beauce qui se développe à perte de vue, sur des centaines de km. Et quand on songé que des milliers [souligné par moi] dhommes ont pu mourir de faim sur cette terre bénie, on comprend à la fois laveugle puissance de lesprit de système déchaîné chez un Staline et leffarent inertie du paysan russe. »
Sur le séparatisme, information pas possible « Je dois cependant noter laccueil véritablement triomphal fait par Kiev, le 1er octobre, à Vorochilov venu en inspection avec Boudenny, (9) Egorov et Iakir. » et détail sur « une de ces journées populaires que les Bolcheviks organisent périodiquement avec un sens étonnant de la mise en scène.
[
] Entre la Russie, la Pologne et lAllemagne, lindépendance dun pays aussi riche que lUkraine ne peut être quune fiction, et les séparatistes sont éternellement voués à cristalliser leurs rêves autour dune intervention étrangère, polonaise ou germanique. Là gît la condamnation dun mouvement qui sera toujours réduit à sappuyer sur les utopies des intellectuels ou les appétits des aventuriers. » 10
France quasi inconnue, 10, Allemagne pas aimée mais admiration, et cf. importance de leurs consulats, « un cadre tout prêt à reprendre les tradition interrompues », qui « a d'ailleurs des auxiliaires et des informateurs bénévole disséminés un peu partout et jusque dans les colonies allemandes, pourtant intégrées depuis plus dun siècle dans lEmpire russe. Jai pu moi-même constater que le Consul allemand de Kiev entretenait des relations suivies et intimes avec nombre de colons, particulièrement ceux de Korostychev, gros village sis à 30 km à lEst de Jitomir et où la méthode et lapplication germaniques tranchent sur tout le pays environnant. » 11
Bilan « Les Bolcheviks ont fait un effort colossal (11) dans le domaine de industrie, où ils ont obtenu des résultat substantiels et même, dans certaines branches, étonnants. Tout n'est certes pas parfait. » cf. maintien retard des transports par rapport au « rythme accéléré de lindustrie lourde [
] Un gros effort déquipement et dorganisation simpose, les dirigeants sy résoudront forcément un jour peut-être prochain nous devons en être avertis pour ne pas laisser passer loccasion dy coopérer.
Malgré tout, luvre accomplie force ladmiration, d'autant plus quelle la été au prix des lourdes privations, que les chefs, imbus dune mentalité de guerre, ont imposées au pays sans sourciller. » et cf. rupture « brutalement léquilibre de la production nationale » par lébranlement des « fondements de lagriculture [
] déclenchant ainsi la crise la plus grave que la Russie ait subie depuis la Révolution. », 12 puis glose très idéologique sur sens combat contre les koulaks, 12-13, et sur crise paysannerie, 13. « Face à la crise, les Bolcheviks (13) ont réagi avec une énergie farouche [
] tous les moyens ont été bons pour forcer le paysan à travailler, la famine même a été dirigée pour punir les paysans. » et certitude « récolte cette année [
] suffisant sinon pour supprimer les difficultés alimentaires, du moins pour écarter le danger dune famine générale. » et conclut sur « le sphinx » paysan. « Cette énigme, nul ne peut dire si les Bolcheviks la résoudront ou sils seront dévorés petit à petit par le Sphinx. » 14
LA QUESTION UKRAINIENNE DANS LA STRATÉGIE ET LA TACTIQUE ALLEMANDES DE 1933
EUROPE URSS 1918-1940, VOL. 985, RELATIONS ALLEMAGNE-URSS, JUIN 1932-MAI 1933,
Télégramme 440 confidentiel de François-Poncet, Berlin, 16 mars 1933, ronéoté, 148-50, 3 p. [éclairé par la correspondance du SHAT citée infra]
Vinogradov [alors conseiller de lambassade soviétique à Berlin] a tenu « certains propos intéressants » à « lun de mes collaborateurs »; il lui a dit que Chintchuk [ambassadeur de lURSS à Berlin] sattend à une convocation « en audience particulière par M. Hitler », jusqu'ici accordée seulement, et deux fois, pour lambassadeur italien, Cerruti. « Cest sous la pression des milieux économiques et industriels intéressés aux échanges commerciaux avec la Russie, et surtout sous la pression des chefs de la Reichswehr, que M. Hitler songerait à ce geste public en faveur de lAmbassadeur de lURSS, afin de montrer que les persécutions infligées au parti communiste allemand ne sauraient porter ombrage à lamitié germano-russe. »
cf. intérêt particulier de « la mission soviétique à Berlin » pour le compte rendu du journal Paris « appartenant aux émigrés russes et repris ensuite par la presse polonaise » d« un entretien que M. Rosenberg, député national-socialiste et (1) rédacteur diplomatique du Völkische Beobachter, aurait eu récemment à Locarno avec des Délégués fascistes italiens », Rosenberg était « accompagné [
] dune personnalité ukrainienne en résidence en France, et de M. Wladimir de Korostowetz, qui est à Berlin lun des principaux collaborateurs de lHetman Skoropadsky. »
cf. incontestables « projets qui hantent les cerveaux nationaux-socialistes dans ce domaine » et leur consensus malgré leurs divergences « en matière de politique étrangère », sur le fait « que le destin assigne à lAllemagne, en Europe orientale, une mission de civilisation et de colonisation. Une personnalité nationale-socialiste affirmait, hier encore, à lun de mes collaborateurs, que lAllemagne et lItalie avaient eu à ce sujet des conversations précises, où lon avait envisagé le retour au Reich du Corridor, en échange dune portion du territoire ukrainien, accordée à la Pologne. Privé de toute issues sur la Mer Baltique, le Gouvernement de Varsovie se verrait ainsi dédommagé par un débouché sur la Mer Noire , conformément aux intérêts économiques de lItalie, qui considérerait désormais lEurope (2) centrale et les Balkans contre son hinterland commercial. Le fonctionnaire hitlérien [
] a été jusqu'à affirmer que lItalie et la Turquie avaient déjà négocié un accord en vue dassurer une libre communication de la Pologne, installée sur la Mer Noire, avec la Méditerranée.
Toutes ces informations ont un côté fantastique. », mais lURSS est ainsi placée « dans un état dinquiétude permanente à l'égard des projets de la nouvelle diplomatie allemande. » 3
EUROPE URSS 1918-1940, VOL. 986, RELATIONS ALLEMAGNE-URSS, JUIN 1933-MAI 1934, MAE
« Note de lambassade des Soviets en Allemagne au ministre allemand des Affaires étrangères », manuscrit, 24 juin 1933, 12-13, 2 p.
reproduction dans presse soviétique note remise 22 juin par Chintchuk [ambassadeur dURSS à Berlin] au secrétaire dÉtat von Bülow, ministre des Affaires étrangères par intérim, 1, cf. Vie économique, journal de lindustrialisation, 24 juin 1933, 2
Chintchuk proteste au nom de son gouvernement contre le passage suivant du texte de la délégation allemande à la conférence économique mondiale de Londres : Le second moyen consiste à mettre à la disposition dun peuple sans espace de nouveaux territoires où cette race énergique puisse fonder des colonies et se livrer à de grands travaux pacifiques. Nous ne souffrons pas de surproduction, mais de sous-consommation forcée. La guerre, la révolution et la ruine intérieures ont trouvé leur point de départ en Russie et dans les vastes régions de lOrient. Ce processus de désagrégation se poursuit. Le moment est arrivé dy mettre un terme ». Bref il s'agit d« un appel à la guerre contre lURSS » et de « lexigence que soient fournies des territoires de lUnion Soviétique à la colonisation allemande. » 1.
Ce texte est « en contradiction flagrante avec les obligations » allemandes (1) en vertu du traité germano-soviétique Berlin 24 avril 1928 ((sic) au lieu de 1926), doù « une protestation décisive » de « mon gouvernement » auprès du « Gouvernement allemand [
] contre la violation des relations contractuelles entre nos deux pays qui a été admise par lAllemagne ».
Lettre 247 très confidentielle de Gentil, chargé d'affaires près le Saint-Siège, Rome, 29 juin 1933, 15-16, 4 p.
« informations qui mont été rapportées à titre strictement confidentiel » issues de celles données par Cerruti, ambassadeur dItalie à Berlin, « à un haut prélat du Vatican. », propos d'autant plus importants quil « venait dêtre reçu par Mussolini » donc exprimait « certaines opinions du Duce » et a regretté son manque de temps « pour obtenir une audience du Pape, » façon dexprimer sa volonté « que sa conversation fût communiquée à Pie XI. » 1, et ce d'autant plus quil « a parlé presque uniquement de la situation du communisme en Allemagne et en Russie, question à laquelle le Pape sintéresse tout particulièrement. »
Il « aurait d'abord cité lopinion de M. Göbbels sur la facilité avec laquelle le parti communiste avait été écrasé en Allemagne » d'après lui « parce que le parti communiste allemand nétait fort quau point de vue électoral ; il manquait de chefs : il avait eu de nombreuses occasions détouffer le mouvement hitlérien à ses débuts ; mais il resta passif et ne prit aucune initiative.
M. Göbbels affirme que ce parti ne se relèvera pas : lui-même recevait chaque jour des milliers de lettres dancien militants communistes qui protestent de leur loyalisme envers le régime hitlérien : 23 000 communistes seraient dans des camps de concentration, mais la plupart ne seraient plus dangereux et on nen garderait guère que 5 000. »
Cerruti lui-même « aurait déclaré que le Gouvernement allemand ne pouvait pas ne pas envisager léventualité de la disparition du régime soviétique dans un avenir plus ou moins proche. Laction des Japonais en Mandchourie et Transbaïkalie pourrait hâter cette fin. » ancien ambassadeur à Moscou, il « serait persuadé que si les Japonais poussaient une pointe vers Vladivostok et la province maritime, le Gouvernement des Soviets se verrait dans lobligation (2) dintervenir. » et les forces armées soviétiques « seraient aisément balayées par les forces japonaises », et « la lutte du Gouvernement soviétique » serait telle que « amènerait inévitablement leffondrement du régime. »
D'après Cerruti, « Göbbels » aurait dit « que le Gouvernement allemand navait plus aucune vue sur lAlsace, pays trop difficile à gouverner et qui navait donné à lAllemagne que des déboires . Par contre, la frontière orientale devrait être révisée tôt ou tard. A ce moment, se poserait la question de lUkraine qui se détacherait un jour ou l'autre de la Russie : cet immense territoire pourrait servir de débouchés aux produits allemands ; de plus ne pourrait-on étudier une combinaison pour remplacer le couloir polonais du nord par dédommagement en Ukraine, une espèce de couloir polonais vers la Mer Noire.
Le prélat » informateur « ma dit » avoir « posé une question sur lavenir catholique de lAllemagne. M. Cerruti, qui d'ailleurs a tout le temps manifesté un vif enthousiasme envers M. Hitler, avec la seule réserve que le Führer allait trop vite et brûlait les étapes, a affirmé que celui-ci (3) était de formation trop catholique pour jamais devenir un ennemi de lÉglise. Il ne pouvait en dire autant de M. Göbbels qui serait devenu anti-catholique le jour où lÉglise a refusé de bénir son mariage avec une divorcée. » 4
Télégramme François-Poncet 1245-6, 5 juillet 1933, ronéoté, 17-8, 2 p.
Sur linquiétude allemande vis à vis des pactes orientaux signés à Londres malgré lindifférence affectée « tout d'abord » par la presse, 1, mais cette fausse indifférence « nempêche pas d'ailleurs quune vaste collecte et diverses manifestations publiques ne soient organisées en ce moment à travers tout le Reich pour venir en aide aux 100 000 Allemands environ qui meurent de faim en Russie. Il ne vient pas à lidée des autorités allemandes que cette propagande bruyante puisse être désagréable au Gouvernement russe. » 2
Lettre 727 de François-Poncet à Paul-Boncour, Berlin, 5 juillet 1933, 20-2, 3 p.
Sur la campagne de presse délirante sur la « situation tragique [
] des colonies allemandes de Russie [
] devant la famine de plus en plus menaçante. » mobilisation de léglise évangélique, Croix-Rouge, Ligue pour Protection du germanisme à l'étranger, et grande campagne de la section de Berlin défense du Deutschtum , cf. discours, 1 et sq.
Manifestation publique prévue vendredi 7 juillet au Lustgarten de Berlin et pour préparation, « des affiches représentant le portrait tragique dun enfant allemand de Russie souffrant de la famine »; or « les pires misères » ne sont pas une nouveauté pour « les peuples de lUnion Soviétique [
] Jusqu'ici, lAllemagne avait toujours jugé opportun dobserver à ce sujet un silence prudent. Mais cette fois, M. Göbbels na pas voulu laisser passer une si belle occasion de manifester avec ostentation la sollicitude du Gouvernement national-socialiste allemand à l'égard des branches du peuple allemand les plus lointaines et les plus anciennement détachées du tronc commun. Il a mis également à profit cette occasion pour flétrir les résultats du régime marxiste. » 2, or cette exploitation va choquer Moscou, à l'époque où lindustrie allemande a sérieusement besoin de la reprise des « relations économiques avec Moscou » et où Berlin redoute les pactes orientaux de Litvinov. « Tant dinsouciance étonne et montre le désarroi qui sest emparé de la politique extérieure du IIIè Reich. » 3
Télégramme François-Poncet 1263-65, 7 juillet 1933, ronéoté, 23-5, 3 p.
Sur linquiétude allemande des pactes orientaux signés à Londres
Télégramme François-Poncet 1268, 7 juillet 1933, ronéoté, 26, 1 p.
La manifestation à Berlin prévue supra est annulée, car lambassade russe a menacé Berlin dorganiser des contre-manifestations à Moscou.
Lettre 969 de François-Poncet à Paul-Boncour, Berlin, 31 août 1933, 10 p., 32-41
Campagne de plus en plus déchaînée contre URSS « Les récits les plus alarmants qui circulent en Allemagne sur le développement de la famine en Russie ont notamment servi daliment à une campagne contre le régime soviétique, plus énergique et surtout plus généralisée que celles que lon avait pu enregistrer antérieurement. » depuis signal donné par Völkische Beobachter de 18 août « sur la situation intérieure de la Russie un article dune violence extrême », cf. mon télégramme 1478, 1 (cf. in URSS 18-40 situation économique, vol. 1036) « accompagné de toute une série de photographies de victimes de la famine les plus propres à frapper les imaginations. » Protestation de lambassade soviétique « qui a pris pour parti de nier systématiquement quil y ait la moindre famine en Russie » et a parlé de faux; « quoiqu'il en soit, la famine en Russie, la détresse des Allemands de la Volga, sont devenues les rubriques habituelles de la presse allemande. Des journaux relativement modérés comme la Vossischezeitung ont publié, d'autre part, une série darticles plus alarmants les uns que les autres sur lavenir immédiat de la Russie en se complaisant à insister sur les vices du régime et sur léchec inévitable des grandes tentatives de M. Stalin. (sic) »
À la réunion de la presse évangélique à Berlin, « il a été décidé que les protestants dAllemagne se joindraient aux efforts du Cardinal Archevêque de Vienne pour organiser une action internationale et interconfessionnelle en faveur des victimes de la faim. »
Certes la hargne de la presse contre URSS n'est pas nouvelle, mais jusqu'ici elle faisait « preuve (2) [
] de mesure et de prudence. » et « haine » du « Gouvernement national-socialiste » contre « le régime soviétique », cf. son organisation dune manifestation au Lustgarten de Berlin, mais « lavait décommandée au dernier moment ». Pourquoi cette aggravation? « Il semble que la réponse doive être surtout cherchée dans des motifs de politique intérieure , dans la lutte à outrance que le Gouvernement de M Hitler mène contre le communisme et en faveur de laquelle aucune arme, aucun moyen de pression ne saurait être épargné. » 3, or les diplomates soviétiques « sont, au moins autant que des diplomates, des communistes ou des envoyés dun État communiste.
[
] Quand M. Göbbels dans son discours de Königsberg estime nécessaire dassurer à ses auditeurs allemands quils ne mourront ni de faim ni de froid au cours de lhiver qui vient, il ne doit pas paraître tellement superflu aux services du Ministère de la Propagande, dassurer ces mêmes Allemands que des sujets dun État communiste sont, eux, la proie de la famine. Cette propagande semble, d'ailleurs, être couronnée de succès, et, autant quon en peut juger, le petit bourgeois allemand est en effet parfaitement convaincu que la Russie actuelle est le pire des enfers. »
mais aussi « il semble bien [
] que la crainte doffenser Moscou, naguère encore toute puissante, ait beaucoup perdu de sa force convaincante. » 4, et conviction de Berlin quon arrive à la fin de lère de collaboration cf. « changement survenu dans lorientation de la politique soviétique. »
« Mais ce que Berlin ressent surtout, cest une inquiétude profonde, et sans cesse croissante.
Cette inquiétude se manifeste en ce moment d'une façon particulièrement frappante, tandis que lAllemagne assiste au voyage de M. Herriot, apprend que la signature dun accord économique entre la France et lURSS est imminente, et lit les abondants extraits qui paraissent dans sa presse de larticle » de Karl Radek dans Les Izvestia, 5, et dans Gazeta Polska, « et qui ne lui permettent plus de douter de la réalité du rapprochement polono-soviétique.
Cet article a fait sensation. Les journaux allemands lui ont donné une grande publicité, et si lon songe quil y a quelques semaines, ces journaux nosaient pas révéler au public le voyage du même Radek en Pologne et dans le corridor, on peut mesurer létendu (sic) du chemin parcouru dans la connaissance et lacceptation de la situation nouvelle ». cf. particulière émotion du Courrier de la Bourse (Berliner Börsenzeitung), conteste péril allemand contre URSS, et invoque fait que « les Polonais sont précisément en train de persécuter leur (6) parti communiste pour son activité illégale.
[
] La catholique Germania exprime des craintes analogues », 7, cf. citations, 7-8
« Les bureaux de la Wilhelmstrasse auront sans doute jugé opportun de rassurer lopinion, et ils ont chargé de ce soin lofficieuse Correspondance diplomatique et politique, cf. son article hier sur France et Russie « est allée chercher des consolations dans ce même éditorial du Temps » du 29 août cité aussi par la Berliner Börsenzeitung. « Passant sous silence la plus grande partie de cet éditorial où le journal parisien rappelle toute la part que le Gouvernement national-socialiste a prise dans le rapprochement franco-soviétique, la Correspondance nen retient que la dernière partie, où le Temps met ses lecteurs en garde contre des illusions. » cf. citation Correspondance diplomatique et politique : En France même, [
] on commence à se mettre en garde contre dexcessives illusions à l'égard de la politique soviétique
Lattitude des milieux compétents français montre à quel point ils se trouvent embarrassés et divisés sur cette question
Limportance des voyages de Ministres ne doit pas être exagérée. La visite de M. Herriot, qui sintéresse personnellement au développement de lUnion Soviétique a un caractère privé. Le but du voyage de M. Pierre Cot est surtout de décider des Autorités soviétiques à acheter des avions en France [
] Ce qui intéresse surtout lAllemagne en cette occasion, cest de contrecarrer les efforts que fait la France pour nuire aux rapports germano-(8)soviétiques en jetant le soupçon sur les buts de la politique extérieure de lAllemagne. Celle-ci doit saisir cette occasion pour rappeler quelle entretient toujours avec lUnion des Soviets des rapports damitié. »
Bref, « Pour apaiser ses inquiétudes, celle-ci [Allemagne] proclame que la Russie est dans une situation des plus alarmantes, quelle se trouve, en fait, réduite à limpuissance et que tous les accords quelle peut conclure ne sauraient avoir quune valeur très relative. Sans arriver à se convaincre elle-même, elle blesse le Gouvernement des Soviets aux points les plus sensibles, ce qui ne lempêche pas de lui offrir ensuite son amitié. La crainte du communisme, d'une part et la crainte de la Pologne de lautre, les divergences qui existent entre certains grands intérêts allemands et les passions du parti au pouvoir expliquent sans aucun doute beaucoup des contradictions et du trouble de lAllemagne. Celle-ci, en outre, subit à son tour les effets du mirage russe quelle a elle-même si puissamment travaillé à créer . Pendant dix ans, elle a tenu lEurope dans linquiétude par le prestige de ses mystérieux accords avec la Russie. Tenue à lécart, impuissante, elle voit (9) se développer à Paris, à Varsovie, à Rome, à Moscou des négociations entre les Soviets et dautres Puissances, et elle éprouve à son tour les tourments de lincertitude et du soupçon. » 10
Télégramme Alphand 339, Moscou, 9 septembre 33, 42-44, 3 p. (souligné dans le texte)
Commentaire polémique des Izvestia dun communiqué de lagence Wolff du 5 septembre postulant lexistence de « relations normales entre lAllemagne et lURSS et démentant les insinuations de la presse française, notamment du Matin, concernant les visées de lAllemagne sur lUkraine », 1 : observe que « de telles déclarations ont été faites à plusieurs reprises par le Gouvernement allemand. Cela nempêche pas le parti national-socialiste dAllemagne et ses troupes de choc dorganiser des sections de gardes-blancs qui proclament ouvertement leur (mot passé) [volonté? Intention? ou tout synonyme] de participer à une guerre antisoviétique » ni « jusqu'ici des organes édités auprès du Gouvernement allemand de publier des travaux (2) consacrés à la question du partage de lURSS. » cf. n° 8 de Reich und Volk « édité avec les subsides de lÉtat. » 3
7 N 2999, RAPPORTS DES ATTACHÉS MILITAIRES EN POLOGNE, 1933-35, SHAT
Rapport 368 de lattaché militaire d'Arbonneau, Varsovie, 15 novembre 33, 11 p.
Sur « lassassinat par un étudiant ukrainien dune fonctionnaire du Consulat soviétique, des bagarres sanglantes qui ont eu lieu peu de jours après dans une rue de Lwow » et leurs suites, claires « sur lagitation menée en Galicie orientale par lorganisation ukrainienne nationale (OUN) » dont « lÉtat-major [
] est à Berlin; Konowalec et ses adjoints, en très bonnes relations avec lÉtat-major allemand, sert les plans de ce dernier dont lintérêt est dentretenir sur les arrières de la Pologne une activité anti-polonaise et une effervescence permanente. Dans son ensemble, la population ruthène de Pologne orientale condamne les moyens terroristes de lOUN. » mais (10) « par les chimères quelle entretient dune Ukraine indépendante ou autonome, elle favorise ces attentats. » 11
ASPECTS DE LA COLLABORATION GERMANO-POLONAISE CONTRE LUKRAINE SOVIÉTIQUE, 1933-1935
Cette action allemande anti-polonaise et anti-russe (et pas spécifiquement anti-bolchevique) nempêche pas la Pologne de Pilsudski (et de son ministre des Affaires étrangères Beck, successeur à sa mort en mai 1935) de se croire lalliée « ukrainienne » du Reich. Sur lacharnement russophobe et la servilité pro-allemande des dirigeants polonais, jusqu'à lassaut du Reich en septembre 1939, une des meilleures sources est fournie par les archives allemandes, (Documents on German Foreign Policy), dont on trouvera écho dans Le choix de la défaite). Mais les archives françaises sont riches .
7 N 3024, RAPPORTS DES ATTACHÉS MILITAIRES EN POLOGNE, 1928-9, ET 1933-9, SHAT
Renseignement 17795, 11 juillet 1933, « Ukraine. Relations entre la Pologne et lAllemagne », 2 p. « Informateur très sérieux, mais recoupements nécessaires ».
Frantinsek Lickoski, « d'origine tchèque, citoyen polonais de lancien territoire contesté par la Tchécoslovaquie, est lagent secret du Colonel Beck auprès du groupe Skoropatski [ici toujours écrit avec d au lieu de t] à Berlin [
] information [
] très importante. Car le fait quun homme aussi connu et aussi compromis que Lickoski, » qui « était lami intime de Cernotski, directeur de la maison de France à Prague, en 1919-20-21 », « puisse faire, sans difficultés, la navette entre Berlin et Varsovie permet de supposer quil y a entente entre Berlin et le colonel Beck », qui « serait d'ailleurs en excellents termes personnels avec Hitler. Il se rend compte, d'autre part, que la France abandonne la Pologne et il la déclaré en termes formels à un journaliste français il y a quelques jours. Aussi cherche-t-il des assurances du côté allemand. Cest ce qui expliquerait une intensité plus grande des pourparlers au sujet de lUkraine. » Varsovie dément et jure que « la Pologne ne renoncera jamais au couloir. » 1, « impression » du « journaliste mentionné plus haut. » mais « linformateur » est convaincu « que la Pologne se déciderait à un arrangement pour le Couloir si lon peut aboutir à une solution satisfaisante du côté de lUkraine. Étant donné sa situation intérieure, la Russie devra céder à la pression germano-polonaise. Quant à la liberté des communications navales polonaises, elle sera tout aussi assurée par Bosphore que par le Skager Rak [Skagerrak, détroit Mer du Nord-Baltique] car les Polonais sentendront facilement avec les Turcs. Enfin Odessa vaut bien Gdynia [port de Dantzig].
Le plus gros écueil résiderait dans la maladresse des Polonais à l'égard des Ukrainiens d'ailleurs peu disposés à les subir. À tout le moins faudrait-il laisser à lUkraine une autonomie administrative.
Nota. Le groupe Skoropatski tend, de plus en plus, à devenir le groupe dirigeant, depuis lavènement de Hitler.
Berlin ayant pris nettement la direction du mouvement le groupe Petlioura se rallie au groupe Skoropatski. »
EMA 2ème Bureau, renseignement Depas 882 « dun informateur compétent et généralement bien renseigné », H/25.7/9, 23 juillet 1934, 2 p.
Dimitri Levitzki, à Vienne, « vient doffrir à un journaliste ukrainien M. Paneyko, le poste de chef de la propagande ukrainienne à Londres et à Paris », mais Paneyko a refusé car il est l« adversaire du séparatisme ukrainien. »
Déclarations de Levitzki [chef de lUNDO (parti nationaliste ukrainien)] « au cours de lentretien » avec Paneyko : il lui a parlé de la « politique commune » désormais de lUNDO et UVO (organisation militaire ukrainienne) sous la direction de Konovaletz. « Cette politique est menée en plein accord avec Varsovie et Berlin et a pour but de préparer et de seconder la politique polono-allemande qui vise à séparer dans un délai de trois ou quatre ans lUkraine de lURSS. D'après le plan polono-allemand lUkraine séparée de lUnion Soviétique formera un État indépendant sous le protectorat de la Pologne et de lAllemagne. La Galicie orientale restera partie intégrante de la Pologne mais recevra une autonomie provinciale. (1)
D'après M. Levitzki entre lAllemagne et la Pologne laccord est parfait en ce qui concerne lUkraine.
LUNDO a cessé toute propagande et activité anti-polonaises en Galicie et marche maintenant avec le bloc gouvernemental polonais. Toute son activité ainsi que celle de lUVO est dirigée contre les Soviets, ces deux organisations font une propagande séparatiste en Ukraine. » Sur lassassinat de Pieracki, Ministre de l'Intérieur, « par des Ukrainiens » Levitzki le dit luvre d« Ukrainiens exaltés à l'insu de Konovaletz, qui croyait sincèrement à un attentat des fascistes polonais. » et glose sur le fait que « Konovaletz [
] le considère comme un coup de poignard à la cause ukrainienne. » et Levitzki espère « que ce crime naura pas de répercussions fâcheuses sur la politique ukrainienne de la Pologne ». et il « a [
] ajouté quil a eu des conversations à Berlin avec les hommes de confiance dHitler (Rosenberg, Göbbels et Hess) et à Varsovie avec M. Beck et quil a la certitude absolue quau sujet de lUkraine il y a un accord entre la Pologne et lAllemagne. »
EMA 2ème Bureau, renseignement Depas 1426, « source autorisée de seconde main, 4 novembre 1935 », G/7.11.35/5
« LAllemagne et la Pologne ont organisé en territoire ukrainien soviétique, plusieurs bandes qui seraient chargées, au début dune guerre, de détruire certains points importants du réseau ferroviaire de lURSS.
Les points à détruire seraient :
la gare de Kazatin
la gare de Jmerinka
les voies ferrées Jmerinka-Kopaï et Jmerinka-Porokourov
la gare de Rakhni
la gare de Birzoula
la gare de Znamenka.
Par ailleurs une intense propagande est fait en Ukraine, en faveur de lindépendance du pays, par les colons allemands. Cette propagande est dirigée dAllemagne, par le Martin Luther Bund, dErlanger, et par lassociation évangélique Licht im Osten de Vernigerode am Harz. »
MISE AU POINT BIBLIOGRAPHIQUE SUR LES SOURCES DE « SIX MILLIONS DE MORTS » : ALAIN BLUM ET LES HISTORIENS FRANÇAIS
Annie Lacroix-Riz :
Je signale deux exemples récents (1994 et 2001) sur la façon dont se diffuse en France la thèse de la famine, présentée sous les atours de la scientificité et de façon catégorique, mais sur des bases précaires :
Lhistorienne Sabine Dullin impute à la furie exportatrice, céréales comprises, de Staline (en vue d« acquérir des positions solides sur le marché international et de supplanter les concurrents » ) « la terrible famine de 1933 qui fit environ six millions de morts et prit des proportions dramatiques en Ukraine, dans le Caucase du Nord et au Kazakhstan » .
La source unique citée de cette information est un ouvrage, dont il a été fait grand cas , du démographe Alain Blum, dont je vous livre le développement. Cet auteur cite plusieurs des textes de contemporains puisés aux « Archives diplomatiques » , notamment la dépêche du 13 septembre 1933 de lambassadeur de France à Moscou (Charles Alphand) et linterview de la « Ministre de lURSS en Suède » (et non pas en Norvège, son poste antérieur ) Mme Kollontay à la presse norvégienne, présentés ci-dessus. Il relève les motivations du scepticisme éprouvé à l'égard de la thèse de la famine ukrainienne « par une partie de lopinion et des responsables gouvernementaux » français, leur « méfiance » à l'égard d« informateurs [provenant] surtout de lAllemagne et des mouvements ukrainiens, suspectés dêtre proches de lextrême droite , et donc prêts à utiliser n'importe quel argument contre les Soviets. En outre, existe la crainte, toute diplomatique, de mettre en péril le processus de rapprochement engagé avec lUnion Soviétique, au profit dune Allemagne de plus en plus menaçante. » Cette interprétation est certes compatible avec les sources originales françaises, mais ces précautions diplomatiques, indubitables, nexcluent en aucun cas lexistence dune correspondance spécifique sur la « famine » ou la disette, d'ailleurs présente dans les fonds « économiques ». Suit une présentation des textes consacrés au prince Tokary, à Petlioura et à Skoropadski quon a également pu lire ci-dessus. Alain Blum conclut de ces mises en garde en provenance du Quai d'Orsay :
« Quoiqu'il en soit, laveuglement de certains Occidentaux reste surprenant tant les faits sont tragiques. Car lampleur des pertes est considérable. En 1933, six millions de décès sont imputables à la famine, à ajouter aux quatre millions de décès observés en temps normal. Le taux de mortalité dépasse 70 pour mille : en 1932, il était inférieur de 30 pour mille! » La source de ce propos catégorique est indiquée à la n. 61 : « Des travaux récents donnent une estimation qui paraît solide, bien que certaines hypothèses utilisées par leurs auteurs, en particulier celles qui concernent les migrations vers létranger, puissent paraître, il est vrai, conduire à sous-estimation de certains phénomènes. De plus, ces auteurs ont aussi choisi de concentrer lessentiel du déficit démographique de la décennie 1930 sur cette seule année 1933, ce qui peut paraître un peu extrême » (on remarquera le paradoxe de lexpression « un peu extrême »).
Ces « travaux récents » et « ces auteurs » se bornent donc à un ouvrage statistique russe, qui, d'une part, « sous-estime » les migrations et, d'autre part, procède au regroupement, scientifiquement irrecevable, des morts dune décennie sur une année. Cette curieuse méthode de resserrement des chiffres, qui permet ensuite dironiser sur « lextraordinaire continuité de la machine administrative qui ne cesse de fonctionner malgré la mortalité parfois multipliée par plus de 10 » - est-il spécifique à lURSS et à labominable Staline que les catastrophes, massacres avec ou sans guerre, nanéantissent pas « la machine administrative » ?-, est cependant jugée encore insuffisante pour évaluer le phénomène : « et encore cette terrible mortalité est-elle ici quelque peu minimisée; car ces chiffres concernent lensemble du pays. » .
La carte de « lextension régionale de la famine de 1933 » et les graphiques sur le « mouvement mensuel des décès dans quelques région de lURSS » qui font suite à ces propos procèdent dun regroupement chronologique de même type, lannée statistique 1933 nétant pas disponible : « Les archives, incomplètes, ne permettent pas de présenter un panorama géographique précis. Mais le recensement de 1939 autorise une reconstitution indirecte des événements en rattachant la génération de 1934 à celle de 1938. » etc. Comment peut-on fournir des chiffres mensuels pour 1933, alors quon admet par ailleurs ne pas disposer du simple chiffre annuel? Si les témoignages français (et soviétique, a fortiori) sont récusés comme relevant de « laveuglement de certains Occidentaux », en revanche sont retenus ceux des consuls italiens, au titre des « témoignages qui affluent de toutes parts ». Mais alors, pourquoi la formule is fecit, cui prodest, appliquée aux « aveuglements » français présumés, est-elle rejetée comme grille de lecture des rapports des consuls italiens, seule source « littéraire » retenue avec le « grand nombre de récits de vies, qui forment un panorama large de cette histoire tragique », recueillis par « la commission [américaine] pour létude de la famine en Ukraine »?
Pourquoi le lecteur n'est-il pas informé de ce quétablit la correspondance diplomatique française, pourtant consultée par Alain Blum : seuls les rapports des consuls allemands et italiens firent état dune « famine » ukrainienne tuant les paysans par millions les textes les plus pessimistes de Dejean sappuyant explicitement sur les comptes rendus allemands. Ceux du Foreign Office également, Londres sappuyant sur les mêmes sources, notamment Or, lItalie, engagée dans une alliance avec le Reich qui ne datait pas du 30 janvier 1933 , jouait alors les « auxiliaires » de Berlin en général avec sa proposition (essentiellement antisoviétique) de Pacte à Quatre, et en particulier avec sa participation à la campagne politique sur lUkraine déchaînée par les hitlériens dès les premières semaines de leur arrivée au pouvoir, en compagnie de lautre « auxiliaire » du Reich, la Pologne, obsédée par sa russophobie (non réductible à lantisoviétisme) et objet dune campagne de séduction du Reich qui aboutit au « traité damitié » du 26 janvier 1934, simple morceau de papier qui arracha officiellement Varsovie à sa (fausse) alliance avec Paris.
Il est également permis de douter du sérieux des études conduites à Harvard, université essentielle dans la gestion idéologique de l« empire » américain, notamment via ses centres dactivités « russes » gravitant autour du « Russian Research Center », et « modèle de coopération avec la CIA et le FBI » . James Mace, « directeur exécutif de la Commission américaine sur la famine en Ukraine » (mentionnée par Alain Blum comme source sérieuse de connaissance) de 1986 à 1990, établi depuis 1993 comme spécialiste de sciences politiques à Kiev, en Ukraine, a animé un dossier dans un hebdomadaire français, Courrier international, intitulé, comme son article : « Comment on étouffe un génocide ». Ce texte dépourvu de toute note de référence est assorti dun article, identique de ce point de vue, de Raymond Clarinard, intitulé « Une politique délibérément meurtrière » et surtitré « historiographie ».
Il en ressort quil nexiste pas dhistoriographie sur la famine ukrainienne, au motif, nous est-il expliqué, de « lindifférence occidentale. Peu dhistoriens et de chercheurs occidentaux sintéressent à la famine de 1933 et plus généralement à lUkraine, ce qui accroît encore lisolement des spécialistes locaux. Ces derniers doivent travailler sans moyens, dans un pays rongé par la corruption et où lHistoire, précisément parce quelle est fertile en polémiques, suscite la méfiance de lopinion publique. Doù le silence qui continue de planer soixante dix ans après les faits sur la famine artificielle et ses millions de victimes. »
On se demande bien 1° pourquoi pareil sujet eût échappé à une historiographie « occidentale » si friande des horreurs soviétiques; 2° en quoi « lisolement » des historiens vernaculaires qui auraient donc impérativement besoin des « Occidentaux » pour trouver leurs sujets et effectuer leurs recherches les eût empêchés denquêter sur leur pays martyrisé par les Russes : sujet tabou ou au contraire particulièrement porteur dans lUkraine, amatrice de « polémiques » antirusses, de la dernière décennie? En quoi la corruption du pays constitue-t-elle un obstacle à cette mise au travail dhistoriens « sans moyens »? En vertu de quel privilège le fait de travailler sur lURSS dispense-t-il les chercheurs de se plier aux règles méthodologiques valables pour toute recherche historique, notamment en matière de maniement des sources?