Le Système d'information Schengen (SIS), encore une promesse non tenue. Alors que le SIS fut une justification de l'arrêt des contrôles aux frontières internes, vanté comme le moyen infaillible d'empêcher la criminalité, il aurait dû être mis en service en … juin 2007.

Richard Werly, pro-européen, affirme que "Libre circulation contre sécurité sans frontières: le débat, déjà houleux, figurera à coup sûr au menu de la rentrée européenne". Il sera peut-être étouffé!


A peine élargi, l'espace Schengen a mal à son système

EUROPE. Alors que les frontières se lèvent, la polémique fait rage sur l'actuel système d'information.

Le Temps, Richard Werly, Bruxelles, Samedi 22 décembre 2007

Tous les Européens ne sont pas sensibles aux slogans. Symboliquement rebaptisé Système d'information Schengen (SIS) «One for all» - un pour tous - par la présidence portugaise, l'actuel système d'information Schengen est sous le feu des critiques.

En Allemagne, notamment, plusieurs hauts responsables policiers ont accueilli l'admission, vendredi, de neuf nouveaux pays dans l'espace Schengen (Hongrie, République tchèque, Pologne, Slovaquie, Lituanie, Lettonie, Estonie, Slovénie et Malte) par un procès en bonne et due forme de cette base de données installée à Strasbourg.

Données biométriques

Selon eux, la disparition des frontières terrestres et maritimes - les frontières aériennes seront abrogées en mars, date d'entrée en vigueur des nouveaux horaires - aurait dû attendre la mise en place du SIS2, le futur système informatique qui comportera des données biométriques. Le SIS «One for all», qui desservira 24 pays au lieu de 15 jusque-là, est une version améliorée que les Portugais ont réalisée en se basant sur le système utilisé par leur police nationale. Le coût de cette adaptation, pris en charge par Lisbonne, a été, selon le Financial Times, inférieur à 500'000 euros. A Berlin, le Ministère de l'intérieur a défendu cette option, approuvée par les Etats membres.

Les critiques allemandes rejoignent celles de la Suisse qui, tout en prévoyant d'intégrer l'espace Schengen en novembre 2008, s'interroge encore sur l'opportunité d'attendre ou non ce renforcement de la sécurité électronique européenne. Lors de son dernier déplacement à Bruxelles, l'ex-conseiller fédéral Christoph Blocher avait publiquement regretté les retards pris par le SIS2. Les experts de la Mission suisse auprès de l'UE avaient pour leur part exprimé à plusieurs reprises leurs réticences face à une entrée en vigueur par étapes du SIS2, jugeant préférable la mise en œuvre, en une fois, «d'un système incluant toutes les dernières innovations technologiques».

Le calendrier du SIS2 est, il est vrai, de nature à alimenter la polémique. A l'origine, la nouvelle version du Système d'information Schengen aurait dû être opérationnelle en... juin dernier. Or la Commission européenne reconnaît, depuis plusieurs mois, que rien ne sera prêt avant la fin 2008 ou le début 2009. Mieux: certaines des raisons avancées par Bruxelles pour justifier ces retards laissent perplexes. Problèmes dans les appels d'offres, remplacement d'une société informatique par une autre - HP Belgique a été remplacé par un consortium Unysis/Microsoft -, manque de place dans les actuels locaux strasbourgeois... plus les complications légales portant sur les conditions d'accès à ces données, et sur la protection de la vie privée.

«Qui pourra arrêter les gangs russes ou ukrainiens?»

Une autre proposition devrait remonter à la surface avec l'élargissement de Schengen: celle visant à créer une police judiciaire européenne, sur le modèle du FBI américain. Les Allemands, là aussi, sont en pointe pour exiger qu'Europol, l'actuelle structure de coopération policière européenne basée à La Haye, soit dotée de ses propres moyens d'action. «Une fois qu'ils auront pénétré illégalement en Hongrie, ou en Slovaquie, qui pourra arrêter les gangs russes ou ukrainiens, dont on connaît la violence?» interroge un policier belge, alors que viennent d'être jugés en Belgique plusieurs mafieux baltes du «gang de Kaunas», spécialisés dans le trafic de voitures de luxe. Libre circulation contre sécurité sans frontières: le débat, déjà houleux, figurera à coup sûr au menu de la rentrée européenne.

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