L'euro imposé aux Européens comme la panacée: 10 ans plus tard, l'euro a du plomb dans l'aile
Malgré les belles promesses, les états ont continué à dépenser plus que leurs revenus. Et ce n'est pas en imprimant de la monnaie de singe, que cela va empêcher une catastrophe monétaire!
Sept questions pour comprendre la crise de la dette européenne
Lendettement global de seize pays a atteint en 7000 milliards deuros en 2009, soit 79% de leur PIB
LeTemps.ch Ram Etwareea, mercredi 15 décembre 2010
Les liens Lincendie de leuro
De quelle crise parle-t-on?
La sortie de la récession qui a frappé la zone euro en 2008-09 sest passée mieux que prévu avec un taux de croissance de 1,7% en 2010, à lexception de la Grèce et lIrlande qui sont en repli. Ce redressement reste fragile car il se repose sur lendettement public.
En 2010, aucun pays nest en mesure de respecter les critères de Maastricht qui fixent la limite de la dette à 60% du produit intérieur brut (PIB) et celle du déficit budgétaire à 3%. En 2009, lendettement global des seize pays de la zone euro a atteint 7000 milliards deuros, soit 78,7% de leur PIB. Les finances publiques ont subi une grande baisse des entrées fiscales et un service de la dette de plus en plus coûteux. Certains pays, comme la Grèce, doivent payer jusquà 10% dintérêt pour emprunter sur les marchés. Le taux comparable de la Confédération était ce mardi à 1,8%.
Cette crise concerne avant tout la dette souveraine. Les grandes entreprises ont des réserves et sont à laffût des opportunités dinvestissement. Contrairement aux petites et moyennes entreprises qui connaissent des difficultés pour négocier des prêts bancaires, laccès au crédit reste relativement facile et à des taux dintérêt plutôt avantageux pour les grandes sociétés.
Où sont passés les milliards affectés à la relance?
Tout dabord, les Etats ont consenti 3000 milliards deuros, garanties comprises, pour aider les banques, pilier sur lequel repose lensemble des activités économiques. Ensuite, près de 400 milliards, certes peu comparé aux montants libérés aux Etats-Unis ou en Chine, ont été dépensés pour maintenir la demande. LAllemagne, la France ou lItalie ont par exemple soutenu lachat de voitures. Lobjectif immédiat était plus de sauver des emplois que de créer de nouvelles places de travail.
Ensuite, les projets dinfrastructures votés dans un esprit keynésien démarrent, mais lentement. La reprise censée générer des recettes fiscales nest toutefois pas encore au rendez-vous. La zone euro connaît à présent une faible croissance, sans création demplois. Le taux de chômage continue daugmenter dans la plupart des pays et a franchi la barre de 10% cet automne. En Espagne, il frôle les 20%.
Quels sont les risques de la rigueur?
Les Etats, lun après lautre, ont adopté des plans de redressement de leurs finances publiques pour respecter les critères de Maastricht. Ceux-ci passent par des mesures daustérité et laugmentation des impôts. Ces programmes ne sont cependant pas porteurs de croissance, ce qui signifie que les Etats doivent dépenser davantage pour le remboursement de la dette que dans la création demplois. Les conjoncturistes prévoient déjà une croissance plus molle en 2011; certains dénoncent la course à lassainissement rapide des finances publiques.
A linstar des Etats-Unis, les pays européens comptent sur les exportations pour donner une impulsion à leur économie. Pour lheure, les populations semblent comprendre la rigueur comme une pilule amère à avaler pour guérir le mal, ce qui nempêche pas des manifestations de colère.
Après la Grèce et lIrlande, qui seront les prochaines victimes?
La crise a commencé en Grèce. Le fossé entre les dépenses publiques et les recettes fiscales a montré que le pays vivait bien au-dessus de ses moyens. En outre, elle avait triché avec ses statistiques pour rejoindre la zone euro. Cette économie ninspire plus confiance aux investisseurs, doù les taux dintérêt jugés insupportables quelle doit payer pour se refinancer. Résultat, pour éviter la banqueroute, Athènes a accepté au printemps une aide de 110 milliards de dollars en forme de prêts bilatéraux des pays de la zone euro ainsi que du Fonds monétaire international (FMI).
LIrlande est tombée dans un déficit abyssal en apportant de laide à ses banques, elles-mêmes plombées par lexplosion dune bulle immobilière. De 12% cette année, son déficit devrait passer à 32% à cause de laide de 50 milliards deuros consentie aux banques irlandaises. Le sauvetage de léconomie sera financé par le Mécanisme de stabilisation européen doté de 440 milliards. Celui-ci a été mis sur pied au printemps dans le sillage de la crise grecque.
Mais lEurope compte encore dautres maillons faibles: Espagne, Portugal, Italie, France, Royaume-Uni. Pas plus tard que ce mardi, Standard & Poors a baissé la note de la dette souveraine de la Belgique à cause de lampleur de son déficit budgétaire et de son endettement. Le pays devrait emprunter léquivalent de 10% de son PIB pour honorer sa dette en 2011.
Comment lEurope essaie-t-elle de sen sortir?
La zone euro espère que les mesures daustérité et de relance ramèneront de la croissance qui, à son tour, financera le service de la dette. Mais en attendant, les pays en difficulté ont besoin de liquidités pour pouvoir honorer leurs engagements immédiats. Pour éviter quils subissent des taux dintérêt exorbitants, Bruxelles a créé le Mécanisme de stabilisation. Il est provisoire. Lorsque la crise irlandaise a fait irruption, les dirigeants européens, plus particulièrement la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy, ont proposé la création dun Mécanisme permanent. Il serait opérationnel dès 2013 et doté de plus de 750 milliards deuros. Il sapparente à un Fonds monétaire européen qui fonctionnera, à linstar du FMI, comme un prêteur de dernier recours et qui imposera la discipline budgétaire aux pays débiteurs.
Les modalités du financement de ce fonds restent à définir. Mais lidée démettre des euro-obligations des emprunts à un taux dintérêt unique contractés en commun pour mutualiser les risques et pour éviter que les Etats faibles ne soient attaqués sur le marché obligataire ne fait pas lunanimité. En outre, la Banque centrale européenne (BCE) espère un nouveau fonds plus gros que lactuel.
Linflation est-elle une solution?
Une hausse généralisée des prix réduirait la valeur de la dette et faciliterait son remboursement. Les Etats-Unis injectent des milliards de dollars dans le circuit monétaire, ce qui provoque lérosion du dollar et linflation. A terme, le poids de la dette américaine devrait salléger. La BCE refuse de sengager sur cette voie. LAllemagne, poids lourd européen, quitterait sans doute une zone à inflation forte.
Quels sont les scénarios?
1) le retour de la croissance. Si celle-ci est plus vigoureuse quannoncé par les prévisions, elle permettrait aux pays de rembourser leurs dettes. Elle crée aussi un climat de confiance tant au niveau des ménages que des investisseurs. Une économie mondiale également en croissance et un commerce international en expansion ouvrent la voie aux exportations et à la création demplois. Aussi, le refinancement redevient possible sur les marchés, à des taux supportables.
2) le cauchemar. La croissance est molle, les recettes fiscales sont en baisse et le service de la dette grève les budgets nationaux. Le climat de confiance estmorose et le pouvoir dachat samenuise. Les entreprises ninvestissent pas et le chômage poursuit sa hausse. Dans le pire des cas, les économies faibles sont expulsées de la zone euro. LAllemagne, où beaucoup ne veulent plus payer pour les autres Etats, pourrait aussi retourner au Deutsche Mark. Ce scénario pourrait signifier la fin de leuro.
3) le défaut. Entre les deux premiers scénarios se glisse celui où les Etats aux dettes insupportables se déclarent en défaut de paiement. Dès lors, ils négocient de nouvelles conditions de remboursement pour repartir. Cependant, cette issue passe par de nouvelles pertes pour les banques européennes. Aucun Etat ne songe officiellement à cette possibilité.