NEW DELHI: La stratégie chinoise d'encerclement de l'Inde inquiète le peuple indien
Des régimes militaires pour voisins
Contrer la stratégie chinoise dencerclement
Par G. Parthasarathy (The Tribune of India 20/09/2007)
http://www.tribuneindia.com/2007/20070920/edit.htm#4
La non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays, cétait un point capital dans la stratégie de « coexistence pacifique » de Nehru (politique en 5 points). Mais après la fin de la guerre froide, le monde occidental mené par les Etats-Unis devint très partial dans ses exigences démocratiques à travers la planète : des régimes autoritaires, allant du Général Musharraf au Pakistan au Président Aliyev en Azerbaidjan, furent traités avec certains égards, tandis que dautres, notamment le régime militaire du Myanmar (Birmanie), devinrent comme des punching-balls, cible des critiques et des sanctions au nom de la démocracie.
Alors que la loi martiale au Pakistan passe comme un fait normal, on oublie souvent quà lest de lInde les pays se caractérisent soit par un régime à parti unique comme en Chine, soit par une histoire faite de coups détat. Trois de ces pays Bangladesh, Myanmar*, Thaïlande avec les lesquels nous partageons des frontières terrestres et maritimes, occupent une place prépondérante dans notre stratégie « vers lest » (Look East) :
- La Thaïlande a dû faire face périodiquement à des putschs militaires, le dernier datant du 20 sept. 2006 au cours duquel le Premier Ministre Thaksin Shinawatra fut renversé.
-Le Bangladesh a son histoire tourmentée par les prises de pouvoir militaires. Létat durgence y est en vigueur depuis le 12 janvier 2007, avec le Général Moeenuddin Ahmed derrière le nouveau gouvernement provisoire installé le 13 janvier. Les coups détat sont si endémiques au Bangladesh que, dans le passé, le Lt-General Ziaur Rehman avait dû faire face à 21 tentatives de renversement au cours de ses 5 années au pouvoir, avant dêtre assassiné à la 22ème insurrection.

LInde fut bien avisée de ne pas commenter le putsch militaire en Thaïlande, compte tenu de la stature de son roi universellement respecté.
Quant au Bangladesh, les déclarations indiennes traduisent une préoccupation légitime de voir des partis extrémistes, comme Jamaat-e-Islami et leurs organisations-surs, profiter de la déliquescence à la tête de létat pour progresser sans obstacle vers une prise du pouvoir.
Depuis le putsch militaire en Birmanie de 1988, ce pays devint la cible du courroux occidental. La junte au pouvoir croit, à tort ou à raison, que Aung San Suu Kyi et ses partisans sont là pour promouvoir les intérêts britanniques et américains.
Après moult débats, lattitude de New Delhi quant au Myanmar se fonde sur deux nécessités pour lInde :
1)Traiter par le dialogue avec les mouvements dinsurrections situés près de ses frontières,
2)Contre-balancer linfluence croissante de la Chine au Myanmar.
En retour, le gouvernement birman fut coopératif sur nos problèmes frontaliers. Il sest montré prêt à travailler avec lInde pour développer des projets concernant lhydroélectricité, les télécommunications, et lexploitation du pétrole et du gaz.
Mais de récentes initiatives occidentales, cherchant à imposer des sanctions au Myanmar, ont conduit malheureusement ce pays à se rapprocher encore plus de la Chine. Les Etats-Unis se sont battus pour que la situation au Myanmar soit incluse dans lagenda du Conseil de Sécurité de lONU, malgré les réserves chinoises et russes. Et, en janvier 2007, la Russie et la Chine ont opposé leur veto à la résolution dorigine US cherchant à mettre fin à la répression au Myanmar et à faire libérer les prisonniers politiques. Alors que la Belgique, la France, le Royaume Uni, le Ghana, lItalie, le Pérou et la Slovaquie soutenaient les Etats-Unis, lAfrique du Sud rejoignait la Russie et la Chine dans leur vote anti-résolution, tandis que sabstenaient lIndonésie, le Qatar et le Congo.
Lambassadeur de Chine Weng Guangya décrivit la résolution comme une ingérence dans les affaires internes au Myanmar, et son homologue russe Vitaly Churkin affirma que de tels problèmes relevaient plus de la Commission des Droits de lHomme, que du Conseil de Sécurité.
Les pays voisins du Myanmar et membres de lASEAN, restent très partagés sur cette question. Aucun consensus ne put dailleurs être trouvé lors du Sommet ASEAN aux Philippines en janvier 2007.
Le veto chinois a eu des conséquences importantes pour léconomie et la sécurité indiennes :
- en rétribution de la Chine pour son veto et sous sa pression, le Myanmar décida que le gaz extrait de ses forages maritimes dans lequel ONGC et GAIL détiennent 30% des parts devait être vendu à la Chine et non à lInde.
New Delhi porte dailleurs sa part de responsabilité dans cette évolution, en raison de sa proposition écervelée de construction dun pipeline traversant le Bengladesh. Cette idée achoppa à cause des conditions préalables, parfaitement prévisibles, et inacceptables exigées par le Bengladesh. Ceci retarda grandement la mise sur pied dune nouvelle proposition sensée pour le transport du gaz.
-Pendant ce temps, la Chine usait de son pouvoir dinfluence pour obtenir aussi :
*des droits de forage pour le gaz et le pétrole dans la province sensible du Rakhine (Arakan) au Myanmar, tout prêt de la frontière indienne,
*et un accord concernant 2 projets majeurs :
-le transport du gaz et du pétrole du Myanmar vers le Yunnan (province chinoise sans accès à la mer),
-le développement des ports birmans de Sittwe et Kyangpyu, qui occupent des points stratégiques.
Pour la première fois, nous allons voir les Chinois à nos frontières terrestres à lest du fleuve Irrawady, et au niveau maritime ils bénéficieront désormais de bases maritimes au seuil oriental de notre porte.
Dautre part, au lieu de lInde, ce sera la Chine qui exploitera les gisements de gaz (estimés entre 13.4 et 47.3 milliards de pieds-carrés) à travers le Golfe du Bengale.
La stratégie chinoise visant à encercler lInde dun « collier de perles » devient maintenant évidente.
- Après la visite de lancien Premier Ministre chinois, Zhy Rongji, à Islamabad en 2001, le Général Musharraf avait déclaré à un journaliste pakistanais à linstitut pakistanais des relations internationales quen cas de conflit ou dune recrudescence des tensions avec lInde, le Pakistan nhésiterait pas à offrir toutes facilités à la Chine dans son port de Gwadar, à lembouchure du Golfe Persique, dans sa province du Balochistan, et construit avec lassistance de la Chine. (Depuis, la Chine a accepté de livrer quatre frégates au Pakistan).
-Dautre part, la Chine a aussi cherché à développer ses appuis maritimes à Hambantota au Sri Lanka, au Maldives et aux Seychelles.
-Il y a une dizaine dannées, un amiral chinois faisait la remarque sarcastique suivante : « LOcéan Indien nest pas locéan de lInde ». La Chine semble déterminée à développer les infrastructures requises pour pouvoir étendre sa présence maritime autour de lInde, et à renforcer son activisme diplomatique continuel pour devancer les efforts de lInde pour accéder à de nouvelles ressources pétrolières ou gazières.
-La diplomatie chinoise fut très habile au Myanmar en obtenant linstallation de radars sur les îles Cocos (Myanmar) juste au nord des iles Andaman (Inde). Ces radars permettent de suivre les mouvements de la flotte indienne ainsi que les tests de missiles. Et sa détermination à développer Sittwe et Kyaukpyu fait aussi partie de ce plan densemble visant à contenir lInde.
Pour compléter le dispositif il y a aussi des actions moins voyantes (« soft power ») avec ses « chevaux de Troie » au sein même de lInde pour défendre sa cause et positiver des problèmes comme les revendications chinoises sur le territoire de lArunachal Pradesh, son implication dans la prolifération nucléaire au Pakistan, ou encore ses efforts pour contrer les efforts diplomatiques de lInde au Népal en contribuant aux fournitures darmes par le Pakistan au monarque qui se trouvait alors assiégé et détesté par son peuple.
Avons-nous lunité, la volonté et la vision pour relever ce défi ?
* Birmanie où d'ailleurs les évènements actuels sdont nous vous avons tenus informés jours à leur début, prennent une ampleur imprévue dont tous les média se font maintenant l'écho...
Traduction France -Tibet à http://www.tibet.fr/site/index.php?itemid=1264