Le parlement des Tibétains en exil annonce des centaines de tués au Tibet
Des centaines de personnes ont été tuées dans les violences intervenues au Tibet, a affirmé lundi dans un communiqué le parlement des Tibétains en exil à Dharmasala, dans le nord de l'Inde. Son leader, Karma Chonphel, avait lui évoqué ces derniers jours jusqu'à 1000 tués.

Le Temps, Lundi 17 mars 2008 10:43, AFP

Des centaines de personnes ont été tuées dans les violences survenues au Tibet, a affirmé lundi dans un communiqué le Parlement des tibétains en exil à Dharmasala, dans le nord de l'Inde. "Le fait que de vastes manifestations qui ont débuté le 10 mars dans la capitale Lhassa et d'autres régions du Tibet aient entraîné la mort de centaines de Tibétains avec usage de la force (...) doit être porté à l'attention des Nations unies et de la communauté internationale", a indiqué le communiqué du Parlement qui ne livre aucun détail sur le décompte avancé.

Ce chiffre, invérifiable, est beaucoup plus élevé que celui fourni par les autorités chinoises qui ont avancé le chiffre de 13 tués. Des proches du dalai lama ont affirmé dimanche avoir reçu la confirmation de 80 morts.

Comité de surveillance
Le Parlement affirme également avoir établi "un comité d'informations et de surveillance" destiné à rassembler les informations venant de la région autonome chinoise, où les journalistes étrangers ne peuvent pas travailler librement.

Par ailleurs, le Premier ministre du gouvernement tibétain en exil, Samdhong Rinpoché a réitéré un appel à une enquête internationale lancé la veille par le dalaï lama.
"Nous demandons à la communauté internationale et aux Nations unies d'envoyer des délégations ou des commissions au Tibet", a-t-il dit lors d'une conférence de presse.

Le Parlement tibétain en exil est une assemblée basée à Dharamsala, dans les montagnes du nord de l'Inde, où le dalai lama a trouvé refuge en 1959 après le soulèvement raté contre le joug de Pékin à Lhassa. Formé en 1962, le Parlement est un organe consultatif qui élit depuis 1990 le gouvernement en exil.


«Pékin nous oblige à renier le dalaï-lama»

Depuis son exil à Dharamsala, le dalaï-lama a réclamé une enquête internationale sur les violences au Tibet et dénoncé un «génocide culturel» mené par «un régime de la terreur». La répression a fait 80 morts à Lhassa.Photo: Keystone

CHINE. Alors que le dalaï-lama a condamné le «régime de la terreur» chinois, les manifestations de Tibétains se sont propagées dimanche, notamment dans le Gansu, au nord-est du Tibet. Reportage dans le monastère de Longwu.

Le Temps, International, Pascale Nivelle, envoyée spéciale à Dongren, Lundi 17 mars 2008

Lhassa est à des milliers de kilomètres, les mosquées et les calots blancs des musulmans plus nombreux que les stuppas et les feutres tibétains. Mais à l'extrême nord-est du plateau himalayen, dans les provinces du Gansu et du Qinghai, la tension est tout aussi intense autour des monastères bouddhistes. Les autoroutes sont encombrées de voitures de police et de lents convois de la police militarisée chinoise (Wu jing), bourrés d'hommes casqués, leurs boucliers à portée de main. Les étrangers sont arrêtés aux péages. «Opération de police en cours, nous assurons la sécurité.» Une madame Zhou mutique et déterminée renvoie sur Pékin pour les explications. «C'est pour la paix, la stabilité et l'unité du pays!» s'énerve un fonctionnaire de la capitale au téléphone. Il ne reste qu'à rebrousser chemin, ou à s'aventurer sur les petites routes de montagne pavoisées de drapeaux de prière.

Plusieurs émeutes ont éclaté ces derniers jours dans la région, notamment à Labrang, le grand monastère de la ville de Xiahe. Samedi, 3000 Tibétains ont encore manifesté, habitants et moines mélangés, et des grenades lacrymogènes ont volé dans le quartier chinois. «Les gens agitaient le drapeau national tibétain, c'est la deuxième fois de ma vie que je voyais ça», raconte un chauffeur chinois. La première, c'était en 1989, lors des dernières grandes émeutes tibétaines. Dimanche, un calme inhabituel pesait sur Xiahe, sillonné de soldats défilant au pas. Les rideaux de fer étaient tirés sur les échoppes chinoises.

Résistance en silence

A quelques centaines de kilomètres, Dongren et son monastère, Longwu. Des slogans des JO, que les Tibétains semblent décidés à célébrer à leur manière. Et des voitures de police, des camions militaires en grand nombre. La police est partout, en uniforme ou en tenue de ville. Dans le vieux monastère presque désert, quelques pèlerins en long manteau tibétain tournent autour des moulins à prière. Longwu abrite 470 moines, mais les robes rouges sont rares. «Ils sont repartis chez eux», explique un jeune moine au regard brillant. Il fait le geste d'un fusil qu'on arme. «La police est partout», dit-il, «ceux qui sont restés ne peuvent pas sortir à plus de deux. Personne ne bouge. Ils ont mis des caméras de surveillance sur le toit.» Derrière lui, la photo du dalaï-lama est posée au pied d'une immense divinité, prête à être escamotée.

Longwu résiste en silence. «On n'a pas pu manifester ces derniers jours», explique le moine avec un sourire qui n'a rien de résigné, «mais on sait ce qui se passe, on a des téléphones portables.» Le 22 février, avant tous les autres, le monastère est sorti dans la rue soutenir des Tibétains en colère. Une bagarre violente venait d'éclater entre un Tibétain et un Hui (minorité musulmane) qui se disputaient un ballon. La police a tranché en faveur du musulman, comme souvent. L'incident a tourné à l'affrontement avec les forces de l'ordre, religieux et habitants, jeunes et vieux. Deux cents Tibétains, sur plusieurs milliers de manifestants, ont été arrêtés et dix conduits à l'hôpital.

Depuis, selon un autre jeune moine, Aron, 500 policiers ont encerclé Longwu. L'ambiance s'est «tendue». Dans la cour de son dortoir, à l'abri des hommes en civil postés sur le temple principal, Aron brûle de faire connaissance. Il parle quelques mots d'anglais, un peu plus de mandarin, suffisamment pour décrire à mots pesés la révolte des Tibétains: «Nous voulons la liberté. Et que le dalaï-lama rentre dans son pays.» Bras nus, insensible au froid de la fin de l'hiver, Aron raconte la répression et surtout les brimades quotidiennes qu'infligent les Chinois: «Ils nous obligent à renier le dalaï-lama. Si on proteste, on est arrêtés. On nous interdit de brûler de l'encens. Les Tibétains n'ont pas le droit de travailler dans les banques, les postes, les hôpitaux...» Hier, un petit groupe de moines de Longwu a mis le feu à un fagot d'encens sous les yeux des vigiles chinois postés en haut du monastère. Un geste pacifique pour signifier que la flamme de la résistance continue de brûler. Des policiers casqués les ont aussitôt encerclés.

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