Les émeutiers tibétains de Lhassa condamnés à de lourdes peines

Un tribunal chinois installé à Lhassa a condamné mardi 30 personnes à de lourdes sanctions pour leur participation aux émeutes de mi-mars dansla capitale tibétaine. (photo: Keystone)

CHINE. Les autorités ont prononcé les premiers verdicts, allant jusqu'à la prison à vie, contre 30 personnes accusées d'incendie volontaire, pillages et incitation à la violence.

Le Temps, Pascale Nivelle, Pékin Mercredi 30 avril 2008

Gilets orange, têtes baissées. La justice chinoise a condamné mardi 30 personnes à des peines de prison allant de 3 ans à la détention à perpétuité pour leur implication présumée dans les émeutes meurtrières de Lhassa, au Tibet le 14 mars, selon les médias d'Etat.

Dix-sept Tibétains accusés d'avoir participé aux émeutes ont été jugés hier matin à Lhassa. L'audience a été filmée; près de 200 personnes, dont des enfants, Han et Tibétains mêlés, y ont assisté dans la grande salle de la cour intermédiaire de la capitale tibétaine. L'agence officielle Chine nouvelle avait annoncé plus tôt que 17 accusés avaient été condamnés, mais des images diffusées par la chaîne CCTV ont montré 30 accusés écoutant le verdict.

Les manifestations antichinoises avaient débuté le 10 mars à Lhassa, jour anniversaire de la révolte antichinoise de 1959, avant de dégénérer quatre jours plus tard puis de s'étendre à d'autres régions où vivent des minorités tibétaines dans l'ouest de la Chine. Les chefs d'accusation reposaient sur des accusations d'incendie volontaire, pillages, attaques contre des institutions d'Etat, vols et incitation à la violence.

Un chauffeur de 20 ans, accusé d'avoir incendié des voitures, pris d'assaut un poste de police et attaqué des pompiers, a été condamné à la détention à vie. Tout comme un jeune moine, jugé pour avoir dirigé un groupe d'une dizaine de personnes, dont cinq autres moines, dans l'attaque d'un bâtiment du gouvernement, l'incendie et le pillage de sept magasins, et des attaques contre des policiers.

De source officielle chinoise, le bilan des émeutes s'élève toujours à 18 morts et plus de 600 blessés, tous han ou musulmans. Le montant des dégâts serait de 22 millions d'euros, et le nombre d'arrestations proche de 400. Selon les autorités, les émeutiers ont incendié sept écoles, cinq hôpitaux et 120 habitations, et ont pillé 908 magasins. D'autres procès sont donc attendus. CCTV, chaîne nationale chinoise, diffuse par ailleurs les autocritiques de nombreux Tibétains, qui s'excusent publiquement d'avoir participé aux émeutes de mars.

Le gouvernement tibétain en exil à Dharamsala (nord de l'Inde) a publié un nouveau bilan à la hausse hier: 203 morts côté tibétain, un millier de blessés et 5175 arrestations. Ces chiffres ont été réunis grâce à six sources, dont le site chinadigitaltimes.net, le Centre tibétain pour les droits de l'homme et la démocratie ainsi que les médias chinois. «Les faits et chiffres ont été examinés avec précision et recoupés les uns avec les autres», a affirmé Thubten Samphel, porte-parole du gouvernement tibétain en exil.

Le même jour, Pékin a appelé le dalaï-lama à «chérir l'opportunité du dialogue» proposé en fin de semaine dernière et à prendre des «mesures concrètes pour mettre fin aux actes de violence et tentatives de saboter les Jeux olympiques».

Dimanche, après avoir salué la déclaration d'intention de la Chine d'organiser une rencontre, le dalaï-lama a réclamé «une discussion sérieuse». Son porte-parole, Tenzin Takla, a déclaré: «Nous avons déjà participé à six rounds de négociations, et rien n'en est sorti. Si cette fois la Chine est sérieuse, c'est positif. Mais si elle veut juste montrer au monde que nous discutons, alors cette rencontre est inutile.» Selon Pékin hier, «les détails de la consultation doivent encore être discutés».

Ban Ki-moon salue l'initiative de Pékin
A Genève, le secrétaire général de l'ONU répond aux questions du public.

Frédéric Koller

Démarche originale, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a répondu mardi au Palais des Nations à Genève aux questions d'un nombreux public et des internautes. Auparavant, il s'est exprimé sur l'état d'avancement des objectifs de développement du Millénaire alors qu'une crise alimentaire mondiale menace de plonger dans une misère encore plus profonde un milliard d'individus.

Fidèle à son habitude, le patron sud-coréen de l'ONU s'est voulu résolument optimiste face aux nuages qui s'accumulent en intitulant son intervention «Opportunité en temps de crises». A l'heure des questions, il n'a eu de mots durs que pour le Zimbabwe et son président Robert Mugabe qui dissimule toujours les résultats des élections alors que «nous savons qui est le vainqueur», c'est-à-dire l'opposition, et que la «situation humanitaire est très inquiétante».

Regrets pour les JO

Pour le reste, Ban Ki-moon s'est montré œcuménique. Notamment à l'égard de la Chine, saluant l'«initiative encourageante» de Pékin pour relancer le dialogue avec le dalaï-lama bien que ce dernier n'ait toujours pas reçu à ce jour d'invitation formelle des autorités chinoises en ce sens. De manière plus ambiguë, il a regretté «ce qui s'est passé sur la question tibétaine dans le cadre des Jeux olympiques» précisant par ailleurs que le sport ne devait pas être mélangé avec la politique.

Au même moment, réunis sur la place des Nations, une centaine de manifestants tibétains appelaient le secrétaire général à dépêcher un envoyé spécial au Tibet pour enquêter sur l'état de la répression en cours.

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