Le dalaï-lama à Paris ignoré par gouvernement français

L'accord signé durant la G20 entre la France et la Chine populaire est confirmé par l'absence de tout membre du gouvernement. “sans doute très occupés” comme le dit le dalaï-lama. La soumission de “la patrie des Droits de l'Homme” à un régime communiste est bien indigne. L'article de Jacques Follorou (“Le Monde”, 09.06.09) révèle que le premier ministre néerlandais, Jan Peter Balkenende a annulé sa rencontre avec le dalaï-lama prévue pour le 5 juin.


A Paris, le dalaï-lama mesure l'efficacité des pressions chinoises

Jacques Follorou, “Le Monde", 09.06.09.

Le dalaï-lama a terminé à Paris, dimanche 7 juin, une tournée européenne marquée par les réticences de plus en plus fortes des gouvernements à s'afficher avec le chef politique et spirituel des Tibétains.

En France, aucun membre du gouvernement n'aura cette fois-ci eu de temps à consacrer au lauréat du prix Nobel de la paix en 1989 durant les deux jours de son séjour parisien. Lors de son dernier passage, fin août 2008, le dalaï-lama avait été reçu par Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères. Puis le chef spirituel des Tibétains avait rencontré, le 6 décembre, en Pologne, le chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, à l'occasion du 25e anniversaire de l'attribution du prix Nobel de la paix à Lech Walesa.

"Ils sont sans doute très occupés", a déclaré, dimanche, le dalaï-lama en réponse à ce silence des autorités françaises. Lors de la remise, dimanche, du titre de "citoyen d'honneur" de la Ville de Paris, par le maire, Bertrand Delanoë, le leader tibétain a salué "la volonté" de l'élu socialiste de "poursuivre son dialogue avec les autorités chinoises tout en restant ferme avec Pékin" au sujet des droits de l'homme. Auparavant, le dalaï-lama avait donné une conférence au Palais omnisports de Bercy devant une importance assistance, tout acquise.

M. Delanoë, tout en marquant son "attachement à l'identité culturelle du peuple tibétain", a tenu à réagir aux accusations d'"ingérence" formulées contre lui par le ministère des affaires étrangères chinois. "Il ne s'agit ni d'ingérence dans les affaires chinoises ni de soutenir la revendication d'indépendance du Tibet", a-t-il insisté, avant d'ajouter, "la défense des droits de l'homme ne s'oppose pas à l'amitié avec le peuple chinois".

PEKIN MENACE

Les autorités françaises semblent avoir néanmoins pris en compte les quatre mois de brouille diplomatique qui avaient suivi les protestations françaises anti-chinoises contre la répression au Tibet, en mars 2008, et la rencontre de Pologne. Le Quotidien du peuple, journal officiel, avait alors écrit : "Il y aura inévitablement un prix à payer après une provocation aussi vicieuse au sujet d'une question (le Tibet) qui est d'intérêt national pour la Chine." Mardi 2 juin, la Chine a de nouveau mis en garde les pays qui souhaitaient accueillir le dalaï-lama, les menaçant d'"une grave détérioration" de leurs relations avec Pékin et qualifiant d'"action irresponsable" toute rencontre avec le chef charismatique tibétain.

Seul le premier ministre danois et son ministre des affaires étrangères ont souhaité, fin mai, recevoir le dalaï-lama. Les autorités chinoises ont indiqué que cette rencontre "portait gravement atteinte" à leurs relations avec le Danemark. "Ignorant les nombreuses démarches solennelles de la Chine, le gouvernement danois a persisté à le rencontrer alors qu'il était venu effectuer des activités séparatistes", a expliqué, à Pékin, le porte-parole du ministère des affaires étrangères.

Vendredi 5 juin, le premier ministre néerlandais, Jan Peter Balkenende, décidait pour sa part d'annuler le rendez-vous prévu avec le leader tibétain en exil, évoquant "un risque irresponsable". Son ministre des affaires étrangères a finalement rencontré le dalaï-lama dans une église de La Haye.

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