CIO, Parlement européen, la grande imposture d'avant les Jeux olympiques

Le gouvernement de la Chine communiste fait semblant de négocier, tromperie complice de celle du Parlement européen et du Comité international olympique (CIO)

5 mai 2008: Le Temps informe sur les négociations, le parcours de la flamme et la situation des réfugiés népalais

  1. Pour la première fois depuis juillet 2007, les négociations directes entre des représentants du dalaï-lama et les autorités chinoises ont repris dimanche. Une imposture!
  2. La flamme en terres plus sereines. Après Hongkong, Macao, la torche sur l'île de Hainan.
  3. L'étau se resserre sur les Tibétains du Népal, soumis à la pression chinoise. Les rassemblements sur la voie publique sont dispersés manu militari. Que fait le socialiste Antonio Gutierrez, le patron du HCR? Rien comme le HCR quand des soldats chinois ont tirés, au col de Nangpa, le 30 septembre 2006, sur des Tibétains tentant de se réfugier au Népal!

Deux représentants du dalaï-lama reprennent langue avec Pékin

CHINE. Interrompues depuis juillet dernier, les discussions ont débuté pour un ou deux jours à Shenzhen. L'objectif commun des deux parties est de calmer les Tibétains radicaux.

Le Temps, Tristan de Bourbon, Pékin, Lundi 5 mai 2008

Pour la première fois depuis juillet 2007, les négociations directes entre des représentants du dalaï-lama et les autorités chinoises ont repris dimanche. Le début de la rencontre a été confirmé par l'un des porte-parole du dirigeant religieux tibétain. Ces «discussions informelles», comme il les a qualifiées, «ont pour but premier de s'occuper de la situation présente au Tibet. [...] Les deux envoyés du dalaï-lama parleront des récentes révoltes et verront comment il sera possible de les réduire et de ramener le calme, et ainsi aider à résoudre les problèmes au Tibet.»

«Actions concrètes»

Le président chinois Hu Jintao a également fait savoir qu'il espérait «un résultat positif» de cette réunion qui devait durer un ou deux jours dans la ville méridionale de Shenzhen. «Nous espérons sincèrement, lit-on dans un communiqué de la présidence, que le dalaï-lama et ses supporters montreront à travers des actions concrètes qu'ils ont mis fin à leurs activités sécessionnistes, à leur organisation et à leurs incitations d'activités violentes, et à leur mise en péril des Jeux olympiques de Pékin, afin de créer des conditions pour des consultations ultérieures.»

Quoi qu'il en soit, cette rencontre s'avère être une victoire politique importante pour un dalaï-lama très contesté. Sa politique modérée et pacifiste vis-à-vis de Pékin lui avait valu les critiques des sections plus revendicatrices et extrémistes des Tibétains en exil. Ce n'est que depuis son discours du 10 mars, dans lequel il avait dénoncé le fait que «la répression continue à s'accroître avec de nombreuses, inimaginables et importantes violations des droits de l'homme, le déni de la liberté de religion et la politisation des questions religieuses», que le plus célèbre des leaders tibétains a exposé un changement d'attitude. Il n'est ainsi pas impossible que celui-ci ait décidé de bouleverser sa stratégie après avoir pris connaissance des manifestations à venir, visiblement organisées par des mouvements tibétains radicaux. Son discours, en plus de le remettre sur le devant de la scène, l'a ainsi fait paraître comme le promoteur d'un nouvel élan au sein du mouvement tibétain, alors qu'un silence l'aurait peut-être définitivement écarté du jeu, et donc des négociations avec la direction chinoise.

Pékin ne devrait pas se plaindre du retour d'un dalaï-lama qui n'a jamais demandé l'indépendance du Tibet et le boycott des Jeux olympiques, se limitant à une volonté d'une plus grande autonomie religieuse. D'autant que les deux délégations possèdent un objectif commun: ramener le calme dans les provinces du Tibet, du Gansu et du Sichuan, touchées par les troubles. Les autorités chinoises veulent pouvoir ouvrir au plus vite les portes du Tibet aux journalistes étrangers, dépositaires de leur image internationale, et aux touristes, indispensables à l'économie de la région. De son côté, le dalaï-lama veut convaincre les agitateurs que sa politique a fonctionné et a amené Pékin à négocier avec lui. Il serait toutefois étonnant que les discussions aboutissent à quelque chose de concret avant les Jeux olympiques.


La flamme en terres plus sereines
Après Hongkong, Macao, la torche sur l'île de Hainan.

Le Temps, Tristan de Bourbon, Pékin, Lundi 5 mai 2008

L'apaisement tibétain est intervenu le jour même de l'arrivée de la flamme olympique sur le continent chinois. Deux cent huit relayeurs ont calmement parcouru dimanche l'île de Hainan, tout au sud du pays. Entre palmiers et plages de sable fin, pas l'ombre d'un manifestant. Un soulagement pour les organisateurs après les manifestations de protestation à Londres, à Paris, à San Francisco et même à Tokyo et à Séoul.

Les relayeurs ont une dernière fois été mis à rude épreuve à Hongkong vendredi. Trois mille policiers avaient été déployés pour protéger la flamme. Les principaux incidents ont eu lieu pendant la matinée, lorsque les partisans des Jeux olympiques, largement majoritaires, ont insulté (pour la plupart en mandarin et non en cantonais, la langue parlée à Hongkong) les manifestants, certains les menaçant même. Christina Chan, une jeune étudiante de 15 ans qui avait utilisé sa page sur le site de réseau Facebook pour rassembler les manifestants, a été arrêtée par la police lorsqu'elle a brandi un drapeau tibétain et a été emmené dans un bus «pour sa propre sécurité».

Anson Chan, l'ancienne cheffe de l'exécutif hongkongais, aujourd'hui élue pro-démocratie, s'est de son côté déclarée déçue de la décision du gouvernement de ne pas intégrer à la cérémonie officielle les représentants de l'opposition. «Nous, en tant que pays, devenons de plus en plus forts, jouons un rôle de plus en plus important sur la scène internationale. Qu'avons-nous donc à craindre d'une poignée de personnes? Rien.»

Everest: l'inconnue

Le reste de la journée s'est déroulé sans encombre, tout comme celle de samedi: le relais sur l'ancienne colonie portugaise de Macao a traversé le Las Vegas asiatique sans être inquiété. Le week-end n'aura pourtant pas été parfait pour Pékin puisque la montée de la flamme au sommet de l'Everest pourrait être repoussée, voire même annulée suite à d'importantes chutes de neige.


L'étau se resserre sur les Tibétains du Népal, soumis à la pression chinoise
Les rassemblements sur la voie publique sont dispersés manu militari.

Frédéric Bobin, envoyé spécial à Katmandou, Le Monde
Palden et Dondhup sont assis devant une échoppe. Ils sont là, oisifs, à regarder les passants arpenter la ruelle pavée de briques. «Il n'y a pas grand-chose à faire ici», souffle Palden. «Ici», c'est le camp de réfugiés du quartier de Jawalakhel à Katmandou, un gros pâté de maisons en ciment hérissées des drapeaux à prière qui signent l'identité tibétaine. Deux cents familles, ayant fui le Tibet pour le Népal au début des années 1960, y vivent en vase clos. Des fils électriques pendent le long des façades. Le chômage y est massif chez les jeunes, dont les plus désœuvrés tuent l'ennui dans des salles de jeux vidéo, et succombent parfois à la drogue.

Palden, 41 ans, vêtu d'un blouson de cuir, arbore un crâne rasé. Quand on lui demande le sens d'une tonte si parfaite, il pointe l'index vers une affichette intitulée «Les dix raisons pour lesquelles je me suis rasé», collée sur le mur de l'échoppe. «J'exprime ma solidarité avec la lutte pour la liberté du Tibet [...], j'ajoute ma voix à celle des braves moines qui ont défié la police chinoise», peut-on lire.

Le combat à leur manière

Au Népal vivent 20'000 membres de la diaspora tibétaine, la plus importante après celle de Dharamsala, en Inde.

L'ami de Palden, Dondhup, ne s'est pas encore rasé. Il exhibe ses convictions grâce au tatouage de ses biceps. Un «Save Tibet» et les couleurs du drapeau tibétain s'étalent sur sa peau cuivrée. Dondhup, 33 ans, est le fils d'un guerrier khampa, ces cavaliers tibétains qui guerroyèrent contre l'armée chinoise dans les années 1950 avant de se replier sur la base de Mustang, au Népal, où ils reçurent armes et instruction de la CIA pour harceler l'Armée populaire de libération. Son père, vétéran octogénaire à la barbichette neigeuse, est assis au bout de la rue sur un tabouret en osier tressé. Il narre ses exploits de vieux guerrier, un chapelet roulant entre ses doigts fripés. «Je rêve de retourner au Tibet avant ma mort», confesse-t-il, une étincelle d'émotion dans le regard.

Palden et Dondhup n'ont pas d'armes, mais ils poursuivent le combat à leur manière. A la mi-mars, ils étaient de toutes les manifestations à Katmandou dénonçant la répression chinoise. Les matraques de la police ont été brutales. «Le gouvernement népalais soutient Pékin, pas les Tibétains», grince Palden. C'est la politique étrangère du Népal: accommodant envers Pékin pour mieux contrebalancer une influence indienne jugée envahissante. [pourquoi pas mentionner les liens de camarades entre les maoïstes népalais et ceux de la maison-mère?] Les Tibétains du Népal font les frais de ce jeu d'équilibre. Depuis la fin des années 1990, Katmandou a cessé d'accorder le statut de réfugié aux Tibétains, condamnant un tiers de la communauté à la précarité juridique et exposant au risque de refoulement les transfuges fuyant le Tibet chinois (environ 2'500 par an).

En 2005, le bureau du représentant du dalaï-lama a été fermé, ce qui ne l'a pas empêché d'opérer officieusement. Cette tolérance est menacée. Les récents rassemblements antichinois ont été dispersés manu militari sous la pression de Pékin. «A proximité de l'ambassade chinoise, j'ai vu des diplomates chinois donner des ordres à la police népalaise», raconte un Tibétain.

Assemblées de prière

Les Tibétains de Katmandou se montrent donc plus prudents mais ne renoncent pas. Aux attroupements sur la voie publique, devenus trop périlleux, ils préfèrent les jeûnes collectifs ou des assemblées de prière. Ce jour-là, ils sont 400 dans la cour d'un centre social tibétain situé près du sanctuaire de Bouddhanath. Assis en tailleur sous une bâche en plastique bleu, hommes et femmes, jeunes et vieux, moines et laïques, moulins à prière tournoyant au poing, psalmodient en chœur les mantras bouddhistes diffusés par la sono. La clameur s'élève, bourdonnement obsédant.

Nima s'y est associé. Casquette, jean et baskets, ce jeune Tibétain est arrivé au Népal en 2006. A Lhassa, la capitale du Tibet chinois, il était vendeur de peau de yak. Il n'y supportait plus l'atmosphère, «la domination de l'économie par les Chinois», «la marginalisation de la langue tibétaine». Surtout, il voulait «voir le dalaï-lama à Dharamsala, un vieux rêve». Il a donc tenté l'aventure, payé un passeur, marché la nuit dans la neige, rampé sous les faisceaux des projecteurs de l'armée chinoise à la frontière. Une fois au Népal, il a filé à Dharamsala pour réaliser son «vieux rêve». «Quand j'ai approché le dalaï-lama, j'ai pleuré», dit-il. Depuis le soulèvement du Tibet, la frontière est devenue étanche. Le nombre de transfuges est en chute libre. On ne passe quasiment plus au Népal.

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