«Il ne s'agit pas de faire pression sur la Suisse ou de proférer des menaces, a toutefois averti très clairement Ronald Lauder», mais c'est ce qu'il vient de faire tout récemment au moyen d'une campagne de publicité accusant la Suisse de financer le terrorisme.
TOUJOURS A MENTIR SANS VERGOGNE, comme durant l'affaire des fonds en déshérence.
Le président du Congrès juif mondial appelle Berne à casser le contrat avec l'Iran
VISITE. Invité par Alfred Donath, le président démissionnaire de la Fédération suisse des communautés israélites, Ronald Lauder est de passage en Suisse. Il rencontre ce mercredi le président de la Confédération.
Le Temps, Valérie de Graffenried, Berne, Mercredi 30 avril 2008
Il s'est récemment distingué pour avoir tenu des propos très durs contre Micheline Calmy-Rey et le contrat gazier signé avec l'Iran. Mardi, les propos de Ronald Lauder, le président du Congrès juif mondial (CJM), étaient agrémentés d'un tout petit zeste de diplomatie. Car, aux côtés d'Alfred Donath, le président démissionnaire de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI), l'Américain a voulu placer sa visite en Suisse sous le signe de la réconciliation avec la FSCI. Et avec le Conseil fédéral. «Nos relations n'ont pas toujours été faciles avec le CJM mais maintenant le ciel est bleu», a admis Alfred Donath.
Reste que le multimillionnaire républicain, héritier de l'entreprise de cosmétiques Estée Lauder, est demeuré ferme à propos du dossier iranien. Il aimerait que la Suisse casse le contrat gazier signé avec l'Iran, pays dont le président Mahmoud Ahmadinejad «nie l'Holocauste, veut éradiquer Israël de la carte du monde et justifie le recours au terrorisme».
Pas avec un bâton
Il le dira ce matin au président de la Confédération. Pascal Couchepin assistera d'ailleurs dans la soirée à l'Assemblée générale de la FSCI qui se tiendra dans la synagogue de La Chaux-de-Fonds. Il ne s'agit pas de faire pression sur la Suisse ou de proférer des menaces, a toutefois averti très clairement Ronald Lauder. «Je suis un homme qui croit au pouvoir des négociations. Je ne viens pas avec un bâton. Je suis là pour une visite de courtoisie mais je dirai bien sûr à votre président ce que nous pensons de ce contrat passé avec l'Iran.» Pour lui, il est «important de garder de bonnes relations avec la Suisse». «Les faux pas de la ministre des Affaires étrangères ne doivent pas nuire aux relations entre les Suisses et les juifs, ni entre les Suisses et les Américains», a-t-il insisté.
Et de déplorer que, dans cette affaire, l'argent que la Suisse verse à l'Iran pour le gaz «servira peut-être à acheter des armes qui seront utilisées contre Israël ou les Américains ou contribuera à la fabrication de matériel nucléaire». Ce qu'il juge dommageable pour la réputation d'un pays qu'il aime bien: il a habité quelque temps à Lachen, dans le canton de Schwyz.
Ronald Lauder, choqué par les photos montrant Micheline Calmy-Rey en discussion avec Mahmoud Ahmadinejad «qui font beaucoup de tort à la Suisse», a dit se montrer d'autant plus incompréhensif vis-à-vis de cette visite à Téhéran que «la Suisse aurait pu signer ce même type de contrat avec d'autres pays, et en plus pour bien moins cher».
Visite prévue depuis des mois
La venue en Suisse de Ronald Lauder était prévue bien avant la polémique au sujet du contrat gazier. Il a répondu positivement à une invitation de la FSCI peu après sa nomination à la tête du CJM en été 2007, précise un de ses collaborateurs. Hautement symbolique, sa venue n'a rien d'anodin: il s'agit de la première visite d'un haut représentant du Congrès juif mondial depuis l'affaire des fonds en déshérence, qui a été marquée par des attaques souvent féroces des milieux juifs américains contre les banques suisses.
Outre cet épisode douloureux, la FSCI et le CJM ont connu d'autres contentieux, liés notamment au scandale financier impliquant Israel Singer quand il était encore secrétaire général du CJM. La FSCI s'était d'ailleurs aussi très nettement distanciée du CJM lorsque ce même Israel Singer a déclaré, à l'occasion des soixante ans de la libération du camp d'Auschwitz, que la neutralité suisse face au nazisme était un «crime».
Alfred Donath, qui quitte la tête de la FCSI aujourd'hui tout en restant vice-président du Congrès juif européen, a l'habitude de devoir relativiser les propos des dirigeants du CJM. Il l'a encore fait hier, devant les médias, à propos du contrat gazier. Tout en étant très satisfait de la venue de Ronald Lauder en Suisse. Souvent d'accord avec le CJM sur le fond, il l'est moins sur la forme.
«La FSCI est là pour exprimer les désaccords des juifs de Suisse avec le Conseil fédéral quand c'est nécessaire. Je l'ai d'ailleurs fait à propos du contrat gazier», explique-t-il. «Mais notre rôle est aussi de défendre le gouvernement quand nous estimons que les critiques sont trop fortes. N'oublions pas que la Suisse, et Micheline Calmy-Rey en particulier, ont par exemple beaucoup contribué à la reconnaissance du cristal rouge comme nouvel emblème du Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Et c'est quelque chose de très important pour les juifs!», insiste-t-il.