Lauder du CJM, qui soutient bec et ongles Israël qui use de la terreur depuis 1948 au moins, ce permet de critiquer l'Iran qui mitraille pas des populations civiles par des avions et des hélicoptères. Et le CJM accuse la Suisse de «financer le terrorisme en finançant un Etat terroriste.» [NDLR] Le monde à l'envers!
Nouvelle campagne contre le contrat gazier avec Téhéran
AFFAIRES ETRANGERES. Après les critiques du Congrès juif mondial, l'Anti-Defamation League publie des annonces dans des journaux suisses. Mais l'écho de ces protestations est relatif.
Le Temps, Denis Masmejan, Mardi 8 avril 2008
Le voyage de Micheline Calmy-Rey en Iran continue à susciter la critique. L'«Anti-Defamation League» (ADL), une ONG basée aux Etats-Unis et luttant contre l'antisémitisme, fait désormais paraître dans les journaux suisses, dont Le Temps, une annonce accusant la conseillère fédérale et la Suisse de «financer le terrorisme en finançant un Etat terroriste.»
Il y a une semaine déjà, le Congrès juif mondial (CJM) diffusait un communiqué de son président, Ronald Lauder, fustigeant un voyage effectué «pour le plus grand triomphe de la propagande des mollahs», quand bien même Micheline Calmy-Rey a rappelé au président iranien le droit d'Israël à l'existence.
Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a pris acte, lundi, de la campagne planifiée par ADL, mais constate que les reproches adressés à la Suisse «ne correspondent pas aux faits», relève Lars Knuchel, porte-parole du DFAE. Le contrat gazier, souligne-t-il, n'enfreint aucune des sanctions décrétées par l'ONU contre l'Iran, ni même celles que les Etats-Unis ont arrêtées unilatéralement contre Téhéran. Le DFAE rappelle également que de nombreux pays, dont les membres de l'UE, entretiennent avec l'Iran des relations commerciales bien plus intenses que la Suisse. La Confédération ne figure pas non plus dans les dix premiers destinataires des exportations de pétrole iranien, parmi lesquels on compte l'Italie, la France et la Grèce.
De plus, le contrat n'a pas été signé par la Suisse, mais par une entreprise privée suisse, EGL, filiale du groupe Axpo dont les actionnaires sont, notamment, plusieurs cantons de Suisse orientale. Il n'est dès lors pas question pour la Suisse de fournir directement à Washington une copie d'un contrat dont la Confédération n'est pas signataire, comme l'a réclamé l'ambassade américaine en Suisse. EGL a elle aussi écarté cette éventualité, a déclaré son président du conseil d'administration Heinz Karrer ce week-end à la presse alémanique.
En Suisse, l'écho des protestations américaines et juives est pour l'heure relatif. La commission de politique extérieure du Conseil des Etats, qui s'est réunie la semaine dernière, n'a pas indiqué avoir abordé la question. Sur le plan politique, la situation semble donc assez éloignée des virulentes protestations suscitées par les déclarations de Micheline Calmy-Rey sur l'intervention militaire d'Israël au Liban, en été 2006.
Sans doute l'UDC a-t-elle immédiatement utilisé la photo de Micheline Calmy-Rey souriant sous son voile. Mais, dans un registre moins anecdotique, le président de la Fédération suisse des communautés israélites, Alfred Donath, a accueilli avec beaucoup de mesure les attaques contre Micheline Calmy-Rey. Il a rappelé s'être longuement entretenu avec la conseillère fédérale avant le déplacement de celle-ci. «Elle est un bouc émissaire. Il était visible qu'elle ne partait pas de gaieté de cur», a-t-il déclaré au Temps la semaine dernière (LT du 1.04), tout en reconnaissant aux critiques du CJM une part de vérité. Alfred Donath remettait la réaction du Congrès juif mondial dans son contexte. Le voyage de la ministre suisse des Affaires étrangères à Téhéran faisait suite à l'élection controversée de Jean Ziegler au comité consultatif du Conseil des droits de l'homme, et au vote d'une résolution condamnant les raids israéliens dans les territoires palestiniens, dans laquelle le CJM a cru voir la main de la Suisse.
«Ce sont des campagnes d'opinion, qui en appellent d'autres sur le plan intérieur. Mais la réaction des gouvernements à cette affaire me semble, elle, avoir été plutôt mesurée», réagit pour sa part l'ancien ambassadeur François Nordmann. Dans une chronique publiée dans ces colonnes le 25 mars, il s'était néanmoins montré critique, estimant que la Suisse, en faisant «cavalier seul», s'exposait «à paraître favoriser l'Iran» aux yeux de la communauté internationale sur la question de la prolifération nucléaire. «C'était mon reproche principal, explique aujourd'hui François Nordmann. Je ne suis pas sûr en effet que ce soit une bonne chose que de dire, comme le Conseil fédéral, que la voie de l'ONU est une impasse. Sur le contrat gazier lui-même, je réserve mon jugement. Je ne sais pas à ce stade quelles quantités de gaz il permettra d'amener en Suisse, ni quand. Quant au voile, c'était une question purement protocolaire.»