Pour en finir avec le Rapport Bergier de Frank Bridel, Slatkine, 2009
Frank Bridel a eu le courage de scruter les 22'000 pages du rapport Bergier alors que cet important volume d'informations a été conçue pour empêcher toute critique. De plus, la caution de la Confédération augmente encore la renommée de cet ouvrage et de sa conclusion: les autorités suisses auraient «contribué intentionnellement ou non à ce que le régime national-socialiste atteigne ses objectifs.». En fait, tout en le niant, la commission Bergier a travaillé à charge en soutien du Congrès juif mondial dont on attend toujours le rapport montrant le nombre de juifs qu'il aurait sauvé!
Un livre à se procurer car il est certain que Frank Bridel n'aura pas 1'000 francs par page comme la commission Bergier mais qu'il recoive au moins un franc succès d'estime!
Pour en finir avec le Rapport Bergier de Frank Bridel, Slatkine, 2009.
29 avril 2009, Philippe Barraud
http://www.commentaires.com/suisse/pour-en-finir-avec-le-rapport-bergier
Comme on aimerait que le titre fût vrai, quon en finisse enfin avec le Rapport Bergier! Dans son livre, Frank Bridel met à nu les manques et les dérives de ce mauvais réquisitoire, et compile très utilement tout le travail critique publié jusquici.
Il est vrai que la réfutation de ce monument de contrition nationale est une entreprise colossale, qui durera plusieurs générations, et qui peut-être échouera puisque les témoins de lépoque, que la commission a obstinément refusé dentendre, auront disparu. Car de par son caractère officiel, voire «fédéral», le Rapport Bergier jouit dun a priori plutôt favorable chez les lecteurs innocents par quoi on entend les écoliers et les gymnasiens, qui nont pas de bagage historique. Et si de plus on ajoute que ce paquebot a coûté 22 millions de francs, pour un peu il en deviendrait ipso facto crédible
Or Frank Bridel, qui était un journaliste actif pendant la guerre, semploie à démontrer que ce rapport, dû-t-il compter 22'000 pages, doit davantage à des a priori idéologiques quà un travail scientifique, comme si la conclusion avait été posée demblée, les travaux devant dune manière ou dune autre la confirmer. Et la conclusion, cest cette phrase assassine que Bridel et les autres critiques du rapport dénoncent avec véhémence: les autorités suisses auraient «contribué intentionnellement ou non à ce que le régime national-socialiste atteigne ses objectifs.»
Monstrueuse et insultante, cette phrase est emblématique de la méthode de travail de la commission, qui a gaspillé des millions pour lancer des anathèmes et des jugements gratuits, plutôt que pour établir les faits. En effet, cette affirmation est extrêmement grave, puisquelle accuse ouvertement nos autorités de collaborations avec les nazis dans leurs objectifs, y compris donc celui dexterminer les Juifs. Les auteurs se sont peut-être rendus compte de loutrance de cette accusation, puisquils ont cru bon dajouter lincise qui dit «intentionnellement ou non». Ces trois mots ne font quaggraver leur cas. Ils sont la négation même du travail scientifique de lhistorien. En effet, ce travail aurait consisté à établir de manière irréfutable dune part léventuelle collaboration des autorités suisses avec le régime nazi dans ses objectifs, et dautre part le caractère intentionnel ou fortuit (!) de cette collaboration. Trop difficile sans doute, en tout cas davantage que de lancer lestement un soupçon gravissime.
En tout état de cause, ce jugement restera comme une marque dinfamie jetée sur les autorités dalors, qui ne sont plus là pour se défendre. Mais, espère-t-on aussi, comme une marque dinfamie sur le Rapport Bergier lui-même. Dans son ouvrage, Frank Bridel fait linventaire des manques de louvrage et des biais de la démarche, de son ahurissant désintérêt pour les vrais chiffres quil na pas vraiment cherché à connaître notamment en matière de refuge. Lauteur dénonce encore un rapport «hors sol», autrement dit qui néglige le contexte de difficultés économiques et de souffrance psychologique quenduraient les Suisses, alors que leur pays était encerclé par le Reich.
Frank Bridel compile dheureuse manière les nombreux travaux scientifiques qui ont tenté détablir les faits exacts et les vrais chiffres bien évidemment la meilleure réfutation possible des errances et des lacunes du Rapport Bergier dans les domaines du refuge des Juifs et du commerce de lor en particulier. Son livre sonne comme un hommage à ces chercheurs, à la fois compétents et passionnés, qui ont publié au fil des années leurs études «en ordre dispersé, à leurs risques et périls, sous leur signature, sans subvention fédérale.» Le premier dentre eux est lhistorien vaudois André Lasserre, dont louvrage sur le refuge en Suisse de 1933 à 1945 fait largement autorité, marqué par l «objectivité imperturbable» dun historien particulièrement rigoureux. Après lui sont venus Jean-Jacques Langendorf, Jean-Christian Lambelet, Philippe Marguerat, Herbert Reginbogin, Jean-Philippe Chenaux, Marc-André Charguéraud
Autant dauteurs épris de vérité quil faut saluer, et encourager à poursuivre.