Fonds juifs
SAVOIR RAISON GARDER ET VALEURS DEFENDRE [Lesquelles? la trahison, la lâcheté]
SLI 38 du 31 octobre 1996, Service libre information du PRD (Parti Radical Démocratique)
Monique Pichonnaz Oggier
http://www.fdp.ch/prd/sli/sli38_96.html
L'affaire des fonds juifs en déshérence suscite une foule de réactions et surtout d'accusations.
Il faut et c'est un devoir, s'excuser, prendre ses responsabilités et faire suivre des dossiers laissés en suspens. Mais faut-il pour cela qu'une nation entière plie sous le pouvoir d'un seul homme, fut-il candidat à la Maison Blanche? D'un seul homme, le sénateur D'Amato animé certainement par des intérêts personnels.
La vague qui traverse la Suisse en ce moment est davantage due à un couac de la gestion de l'information qu'aux faits. Des faits qui se sont passés dans un contexte que nous ne connaissons pas.
Faut-il céder à la panique, dévaloriser son propre pays, faire la chasse aux sorcières, s'accuser de lâcheté? le réalisme, l'amour de sa terre, le respect de ceux qui l'ont défendue pour nous ne nous dispensent pas de prendre nos responsabilités, mais ne nous laissons pas entraîner par celles et ceux qui font un complexe d'être Suisse, c'est-à-dire qui cherchent à démolir leur pays le Conseil fédéral a enfin nommé deux historiens pour faire la lumière d'ici le quatre décembre sur l'utilisation éventuelle de fonds juifs pour indemniser les Suisses spoliés par les régimes communistes d'Europe de l'Est. Une commission est au travail. Nous aurons donc bientôt des informations.
Reconnaître les erreurs, réparer s'il y a lieu sont des actes qui permettront de défendre la cause. Crier avec les loups ne sert qu'à l'éclat.
Les Suisses plongés dans la mélancolie économique ambiante, en crise d'identité ont besoin de croire en leur pays et leurs pères pour se ressaisir. C'est le message qu'apporte l'interview donné par Gilles Petit pierre, ancien Conseiller aux Etats radical genevois, au Journal la Tribune de Genève du 30 octobre, article de Christiane Imsand que la rédaction nous a aimablement autorisés à reproduire dans les pages du SLI.
MPO
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"Mon père n'a pas trahi les victimes de l'Holocauste" La position de l'ancien Conseiller aux Etats Gilles Petitpierre |
L'affaire des fonds polonais en déshérence et sa couverture médiatique font bondir l'ancien Conseiller aux Etats Gilles Petitpierre. Il est vrai que son père, chef du Département politique entre 1945 et 1961, est directement mis en cause. Pour le professeur genevois, il est inadmissible de laisser entendre que les diplomates et les hommes politiques de l'après-guerre sont la honte de la Suisse.
Les gens jugeront mon père comme ils le voudront, mais il faut au préalable rétablir les faits, souligne-t-il. Or il est inexact d'affirmer que la Suisse a signé en 1949 un accord qui reviendrait à prendre de l'argent aux Polonais pour le donner aux Suisses. Par ailleurs ces accords n'étaient pas confidentiels puisque leur teneur a été révélée au parlement en séance plénière, et donc à la presse. Et Gilles Petitpierre de regretter l'absence d'esprit critique de certains journaux qui gobent tout ce qui vient du sénateur D'Amato sans donner une chance aux autorités suisses de prouver qu'elles n'ont rien fait d'abominable
Le Département des affaires étrangères n'est-il pas coresponsable du cafouillage de l'information?
Depuis quelques jours, il a repris une sorte de conduite des opérations. Il aurait été opportun de pouvoir répondre tout :le suite aux accusations du sénateur D'Amato. Il ne m'a fallu qu'un coup de fil au service de la documentation à Berne pour retrouver les documents qui prouvent leur inanité le problème n'est pas dans l'attaque, il est dans la façon dont nous y réagissons Nous ne devons ni refuser d'informer ni nous aplatir devant la commission D'Amato. Menons l'enquête. Si on trouve des choses abominables, reconnaissons-les. S'il y a des dommages à réparer, réparons-les. Et si les accusations sont infondées, disons-le.
Avec votre expérience politique, vous pensez que M. D'Amato fait son travail de politicien?
C'est son affaire l'important est de ne pas confondre M. D'Amato avec les Etats-Unis. Il faut éviter que la Suisse soit disqualifiée globalement Nous ne devons pas nous brouiller avec les Etats-Unis, ni avec Israël. Cela implique qu'on fasse le travail à fond et vite Je pense d'ailleurs qu'il n'était pas indispensable de soumettre au parlement un arrêté fédéral pour éclaircir l'activité politique de la Suisse.
La défense de la mémoire de votre père vous a fait réagir. Excluez-vous qu'il ait pu commettre des erreurs?
Indépendamment de l'amour filial qui pourrait m'aveugler, je sais que c'était un honnête homme et quand j'ai vu ces accusations, je me suis dit qu'il y avait quelque chose qui ne joue pas. j'ai très souvent parlé politique avec mon père, je sais les points sur lesquels il avait des regrets, mais cela ne concerne absolument pas cette période C'est aussi mon amour de la Suisse qui me fait réagir. Si on l'accuse d'horreurs qu'elle n'a pas commises, je veux le dire. S'il devait s'avérer que mon père a pris des décisions infondées, je m'inclinerais, mais je n'ai aucune raison de le croire.
Que pensez-vous du lien entre t'indemnisation des intérêts suisses en Pologne et la remise à celle-ci des avoirs polonais en déshérence?
C'est normal que les deux problèmes soient mêlés, c'est l'Histoire qui l'a voulu. En cas de créance croisée, Il y a une opération juridique parfaitement normale qui s'appelle la compensation. Quand deux personnes sont en même temps créancières et débitrices l'une de l'autre, on compense. Cela n'a aucune signification d'aucune sorte.
Juridiquement, le procédé est peut-être inattaquable, mais cela donne l'impression qu'on indemnise les Suisses avec les avoirs des victimes. Cela ne vous gêne pas?
Si on avait fait deux comptes, le résultat aurait été le même On aurait simplement cédé à la tentation du politiquement correct . L'important est que les droits des héritiers soient préservés. Or l'accord garantit la survivance indéfinie des créances à l'égard des banques et des assurances suisses. Même si les banques ont versé les fonds non réclamés au gouvernement polonais, elles sont tenues de rembourser tout titulaire légitime, quitte à demander ensuite un remboursement à la Pologne C'est capital. Ce n'est pas une argutie juridique. Fondamentalement, nous avons affaire à un accord correct et public Si, dans l'application de cet accord, les droits des gens ont été lésés, il appartient à l'enquête de le démontrer.
Pourquoi la mémoire historique est-elle si défaillante?
Pour la politique, une certaine forme de culture est Indispensable Par la nature des choses, la culture médiatique est sans mémoire Les exigences perpétuelles d'actualité et de nouveauté tuent la mémoire Malheureusement, les autorités s'adaptent aux médias et pas l'inverse. Mais il faut aussi éviter de se déchaîner sur ce qui s'est passé il y a cinquante ans alors qu'on participe actuellement à des accords commerciaux avec des régimes modérément sympathiques et qu'on accueille des dictateurs. Il y a quelque chose d'un peu pervers là-dedans.
Ce débat n'aurait-il pas dû être mené plus tôt?
Il est vrai qu'on fait beaucoup de choses à contre-temps. C'est pour celle raison que j'ai proposé une réforme du parlement et du gouvernement. Il faut leur donner les moyens d'exercer leur tâche Le peuple a refusé. Dans la mesure où on maintiendra un gouvernement de sept personnes écrasées par leur charge, on continuera à avoir sans arrêt des histoires comme ça. La Suisse refuse de se donner les moyens de se bien gouverner ça, c'est grave, je ne voudrais pas qu'on se donne bonne conscience avec de vieilles histoires en se détournant des problèmes actuels.
Preuves
Conseil national, 22 mars 1950, Max Petitpierre répond à l'interpellation de Werner Schmid sur l'affaire des fonds polonais en déshérence. Voici quelques extraits de ses déclarations:
(... On a parlé de diplomatie secrète comme s; le Conseil fédéral, n'ayant pas la conscience tranquille, avait désiré qu'un accord sur une question spéciale ne fût pas connu. Il n'en est rien. Cet échange de lettres n'avait pas un caractère secret et aucune convention n'est intervenue avec le gouvernement polonais pour que ces lettres ne soient pas publiées. C'est par suite d'une décision erronée sur laquelle ni le Conseil fédéral ni moi-même comme chef du Département politique n'avons été appelés à nous prononcer, que les lettres n'ont pas été publiées)
(... La situation est donc absolument claire. Les biens d'un Polonais dont le dernier domicile se trouvait en Pologne - doivent, d'après les dispositions du droit international privé suisse qui déclarent applicables le droit polonais, être dévolus à une corporation de droit public polonais Si aucun accord n'avait été conclu sur cette question entre la Suisse et la Pologne, le gouvernement polonais pourrait faire valoir des droits sur ces biens, sur lesquels ni la Confédération, ni un canton, ni une commune suisse ne peuvent exercer aucune prétention.)
(.. Les droits des propriétaires qui vivraient encore ou de leurs héritiers sont intégralement sauvegardés. Ces droits subsistent même après le 1er juillet 1954. Si des versements ont été effectués après cette date mais avant qu'un propriétaire ou un da ses héritiers disparus réapparaissent, la contre-valeur des biens liquidés doit leur être remise. Et le gouvernement polonais s'est engagé à indemniser les banques et les entreprises d'assurances de tous frais et dommages pouvant résulter d'éventuelles prétentions des ayants droit présentées après les versements en question).
(... Du point de vue de l'équité aussi, l'accord me paraît inattaquable. Il n'y a aucune raison pour que ce soit la Confédération ou d'autres corporations de droit public suisses qui puissent s'approprier ces biens, fût-ce pour les donner à des institutions ou des organisations charitables, internationales ou étrangères).
MPO/SLI 31.10.1996