SLI 05 du 6 février 1997 Service libre information du PRD (Parti Radical Démocratique)
Opinion
Fonds juifs
HISTOIRES DE GENEROSITE
Christiane Langenberger, Conseillère nationale 6.2.97
Commentaire de la rédaction: L'art de transformer une capitulation en victoire.
Selon Christiane Langenberger, donner de l'argent à ceux qui vous rackettent serait de la générosité!!!
Quant à l'abandon de Delamuraz et à son humilitation, un grand silence. On détourne aussi les yeux sur l'humilitation de la Suisse, avec son président!
Voilà plusieurs mois que les trois questions des fonds juifs en déshérence, de l'or nazi et de notre politique d'accueil durant la dernière guerre mondiale enveniment notre climat politique et finissent, à force de rebondissements, par donner l'impression que notre Gouvernement gère mal la crise et manque de stratégie d'information digne de ce nom.
Selon un sondage récent, Il semblerait que notre population aimerait enterrer ces histoires du passé au plus vite, tout en souhaitant que notre Gouvernement ne se laisse imposer des décisions politiques par des organismes privés étrangers. Il y a là sujet à réflexion et qui mériterait sans doute une étude approfondie. Mais peut-être est-il bon de mettre d'abord un peu d'ordre dans nos idées.
Des trois questions posées, celle de notre politique d'accueil a fait l'objet, voici deux ans, d'excuses publiques formulées, au nom du Gouvernement, en la Cathédrale de Berne, par le Conseiller fédéral Kaspar Villiger Ce n'était pas un acte simple, mais c'était un acte de courage et de générosité, même s'il n'a pas plu à tous. Cependant, on ne va pas s'excuser tous les trois mois pour les mêmes choses, Ni, malheureusement, revenir en arrière et corriger les temps passés, Tout au plus pouvons-nous essayer d'en tirer certaines leçons,
Le problème des fonds juifs en déshérence doit être traité avec rigueur et clarté. Une redistribution trop hâtive de ces fonds pourrait créer des difficultés encore amplifiées si par la suite d'autres revendications justifiées devaient être formulées. Cela n'empêche nullement d'ouvrir un fond pour les cas les plus urgents. Cela permettra de calmer les esprits et au travail des experts de se dérouler dans un climat plus favorable à la recherche de la vérité.
En 1991, le Professeur Philippe Marguerat publiait une étude très intéressante montrant que notre neutralité n'interdisait pas les services financiers que nous rendions à l'Allemagne, étant donné que nous rendions également de tels services aux Alliés. En décembre dernier, la BNS a admis avoir acheté de l'or nazi et servi de médiateur avec le Portugal et la Suède Ces tractations méritent sans doute encore d'être analysées avec plus de transparence, mais aussi avec fermeté et sévérité.
Tous les pays qui nous entourent ont passé par un examen critique, souvent douloureux, d'actions, d'engagements difficilement compréhensibles aujourd'hui, durant la deuxième Guerre Mondiale. Ce serait, à mon humble avis, une erreur que de vouloir échapper à notre propre confrontation avec le passé, pour peu que l'on tienne compte des facteurs suivants :
Les recherches à effectuer apporteront peut-être un nouvel éclairage historique, juridique et politique, avec des questions d'ordre éthique sur notre politique d'accueil, des problèmes chevauchant sur des droits différents appliqués dans d'autres pays, dont quelques-uns avaient aboli certaines formes de la propriété privée, ainsi que des questions politico-financières de nos banques.
Il faut relever que le Conseil fédéral n'a jamais cherché à dissimuler que nous avions mené une politique d'accueil peu généreuse, tout en expliquant sous quels effets de contraintes nous tentions, à l'époque, de sauver notre pays de la guerre, alors que tous nos pays voisins étaient envahis ou en guerre.
Nous devons donc poursuivre cette volonté de clarification, afin d'en tirer aussi quelques leçons formatrices Certains relents xénophobes devraient tout au moins nous inciter à la retenue. Abstenons-nous dès lors de tout jugement excessif, tant il est vrai qu'il est difficile d'imaginer ce que vivait, ce que ressentait notre population dans ces années de terreur nazie et fasciste, de privations, de menaces de guerre et de premières informations sur les camps de concentration. .
Peut-être est-il bon, à cet égard, de rappeler les paroles de Churchill en 44: Je note ceci pour les archives. De tous les pays neutres, c'est la Suisse qui mérite le plus d'être citée. Elle fut la seule force internationale à servir de lien aux nations horriblement séparées et à la nôtre en particulier. Quelle importance cela peut-il avoir qu'elle ait été capable de nous donner les avantages que nous recherchions sur le plan commercial ou qu'elle ait donné trop aux Allemands pour se sauver elle-même? Elle a agi en Etat démocratique luttant pour la liberté au milieu de ses montagnes et fut, en esprit, et malgré la différence de race, largement de notre côté .