Article qui rappelle les promesses des uns et les trahisons des autres: les noms y sont! Mais pas tous, car certains sont restés toujours cachés!
L'analyse implacable de Cotti sur l'antisémitisme en Suisse
Le Conseil fédéral et le Conseil national débattent des fonds en déshérence et de l'attitude de notre pays pendant la guerre
24 heures, O. G. 19/03/1997
http://archives.24heures.ch/VQ/LAUSANNE/-/article-1997-03-1860/lactu-39427analyse-implacable-de-cotti-sur-lactu
Le Conseil fédéral et le Conseil national débattent des fonds en déshérence et de l'attitude de notre pays pendant la guerre. La création du fonds de solidarité suscite des divergences. Le peuple aura le dernier mot.
Jamais dans l'histoire du parlement fédéral, analyse aussi implacable de l'antisémitisme en Suisse n'aura été faite. C'est Flavio Cotti qui en a été l'auteur. Comme il l'avait fait à New York jeudi passé, le chef de la diplomatie a souligné hier la reconnaissance due à la génération de la Seconde Guerre. Mais il a également relevé que pendant cinquante ans, les ombres de cette époque ont été reléguées à l'arrière-plan. Parmi ces ombres: l'antisémistime latent. Pourtant, en 1970 déjà, dans son célèbre rapport, Edgar Bonjour avait dénoncé, à propos des réfugiés refoulés, la responsabilité des autorités, mais aussi de toute la génération de l'époque. «La persécution et la haine des juifs est une constante de notre histoire à partir du Moyen Age, et même avant», a ajouté Flavio Cotti. «Sa cause essentielle résidait dans le reproche plus ou moins ouvertement adressé aux Juifs d'avoir assassiné le Fils de Dieu. Aujourd'hui, tous que nous sommes, nous nous croyons sincèrement opposés à l'antisémitisme. Et pourtant, le temps n'est pas encore arrivé où les retombées d'une dizaine de siècles d'histoire sont totalement effacées, à tout le moins dans notre subconscient. Nous avons le devoir de combattre tous les instants où cet héritage pourrait remonter à la surface ne fût-ce qu'en un scintillement. La lutte contre l'antisémitisme a aussi pour mission d'éteindre certaines tendances au fond de nous-mêmes.»
Le chef du Département des affaires étrangères a ajouté que cela n'empêchait pas de voir aussi «les fautes que nos amis juifs pourraient commettre. Le débat ne doit pas se limiter à ce qui est politiquement correct et doit pouvoir se dérouler au niveau dialectique, même de manière dure».
Delamuraz visé
Lundi, le Conseil fédéral avait adopté sa réponse à une interpellation urgente du groupe socialiste inspirée de l'interview de Jean- Pascal Delamuraz parue dans nos colonnes. Les socialistes demandaient notamment au gouvernement s'il se rendait compte de la portée décisive que revêt le comportement des autorités dans un contexte d'antisémitisme et de racisme. Le Conseil fédéral a répondu que l'apparition de l'antisémitisme n'est pas à mettre au compte des membres d'une minorité. Mais, dans le cas présent, c'est la situation de crise à laquelle la Suisse se voyait exposée qui menaçait de déboucher sur un dénigrement des concitoyens juifs. Sous-entendu: c'est cela que Jean-Pascal Delamuraz voulait dire. Le Conseil fédéral se dit non seulement déterminé à ne pas tolérer le racisme. Mais il se déclare «conscient du rôle d'autorité qu'il joue et du fait que son comportement face aux minorités est d'une importance capitale». Un travail d'explication et de sensibilisation «de grande envergure» doit encore s'ajouter aux efforts actuels, tâche qui appartient notamment à la Commission fédérale contre le racisme. Celle-ci va lancer une vaste campagne au cours de l'été.
Ni excuses, ni rachat
Hier, abordant la question de la Fondation de solidarité, Kaspar Villiger a déclaré que la Suisse n'entendait pas de la sorte «s'excuser ni se racheter». Cette fondation est une oeuvre de solidarité que la Suisse se donnera pour les 150 ans de son Etat fédéral. Certes, la crise actuelle est à l'origine de sa création, mais son but va bien au-delà. «Dans sa situation actuelle, il est du devoir du Conseil fédéral non seulement de développer des stratégies pour élucider l'histoire, mais également des stratégies pour forger l'avenir et se remémorer les forces qui sont les nôtres». Bien des questions de détail restent à régler. Mais il n'y a pas urgence. Le peuple pourra se prononcer. La fortune nationale ne sera pas touchée puisque seuls seront utilisés les intérêts.
Hier, le Conseil national a adopté trois postulats et une motion socialiste. Les auteurs des cinq interpellations urgentes à l'origine du débat se sont déclarés plus ou moins satisfaits, selon leur coloration.
Blocher combattra avec force la Fondation de la solidarité
Est-ce parce que le Conseil fédéral semble avoir désormais pris le dossier en mains? Est-ce lié au reflux de la polémique aux Etats-Unis? Le fait est que le débat auquel s'est livré hier le Conseil national, deux semaines après la présentation par Arnold Koller du projet de «Fondation de la solidarité, n'a guère déchaîné les passions. Il a cependant permis de tester l'accueil du parlement à la future fondation dont le capital doit être alimenté par les réserves d'or de la Banque Nationale. Résultat: la gauche rose-verte et les partis bourgeois centristes la soutiennent, l'UDC l'estime prématurée, Blocher et le Parti de la liberté (ex-automobilistes) la combattent. Surprise: l'ex-chantre de l'Action nationale, Markus Ruf, se désolidarise de son groupe et soutient le projet. Les socialistes ont longuement tergiversé avant de se décider à rentrer dans le rang. Hier, le saint-gallois Paul Rechsteiner, qui avait exigé la démission de Jean-Pascal Delamuraz, a annoncé que le groupe apportait son soutien de principe à la fondation. Il s'est même dit satisfait de la réponse donnée par le Conseil fédéral à l'interpellation urgente du groupe socialiste concernant l'antisémitisme. Son collègue genevois Nils de Dardel n'en a pas moins évoqué la mémoire d'un groupe d'colières de Rorschach qui, pendant la guerre, s'était fait taper sur les doigts pour avoir écrit au Conseil fédéral une lettre contre le renvoi des réfugiés. «Notre coeur et notre raison sont aux côtés des petites filles de Rorschach.»
PDC et radicaux à l'unisson
A droite, le président du PDC, Adalbert Durrer, estime que le Conseil fédéral a fait preuve de courage et de clairvoyance en créant la fondation de la solidarité. «Il y a de quoi redonner vie à l'identité suisse «. Même avis chez le président du parti radical, Franz Steinegger, pour qui la gauche et les médias enfoncent néanmoins des portes ouvertes en réclamant une relecture de l'histoire. Selon lui, il y a longtemps que les mythes ont été battus en brèche et certains socialistes feraient mieux de faire leur autocritique vis-à-vis des dérives du socialisme. Du côté de l'UDC, le président du parti, Ueli Maurer, prend ses distances: «Il ne fallait pas mettre de fonds publics à disposition tant que les historiens n'auront pas rendu leur verdict et c'tait une erreur d'annoncer la création de la fondation.» Cette attitude mi-figue mi-raisin ne satisfait pas le président de la section zurichoise, Christoph Blocher. Pour ce dernier, les responsables de l'poque ont rempli leur mission en préservant le pays de la guerre et il serait immoral de s'en excuser, même si des erreurs ont été commises en matière de politique des réfugiés. Il n'y a à ses yeux aucune raison de céder au chantage et à la menace. «Les banques ont décidé de payer pour circonscrire l'incendie, c'est légitime pour une entreprise. En revanche, un Etat n'a pas à s'excuser. Un versement serait un aveu de culpabilité. Je lutterai de toutes mes forces pour qu'on ne cède pas.»Au Parti de la liberté, on ne s'embarrasse pas de tant de subtilités. Selon Wilfried Gusset (TG), il y a en ce moment des problèmes plus urgents à résoudre. «Nous ne comprenons pas pourquoi le Conseil fédéral accorde une telle importance à la mise à jour de notre histoire.» Au terme d'un débat qui a vu intervenir 33 orateurs, il est désormais clair que le parlement appuiera massivement le Conseil fédéral et que le véritable débat aura lieu au moment de la campagne populaire portant sur la révision de la Constitution. A noter qu'il se dégage un point de consensus: la génération de la Mob n'a rien à se reprocher.
«Réditez le rapport Ludwig»
Dans le cadre de la Journée internationale contre le racisme, vendredi prochain, l'Association romande contre le racisme (Acor) et le Manifeste du 21 janvier 1997 sortent une plaquette rassemblant des informations historiques sur la période de 1917 à 1954 relative à la politique d'accueil des réfugiés juifs: «Cet hiver, la permanence d'un phénomène antisémite dans notre pays s'est clairement affirmée», assure dans la préface Boël Sambuc, vice-présidente de la Commission fédérale contre le racisme. Y est notamment dénoncée l'action du chef de la division de police d'alors, Heinrich Rothmund, qui s'en prenait à «l'enjuivement de la Suisse»Selon Karl Grünberg, secrétaire de l'Acor, cette publication s'inscrit dans une démarche de fond dont le but est d'radiquer «une grave montée de l'antisémitisme en Suisse».«L'affaire des fonds en déshérence a généré une montée de l'antisémitisme sans précédent depuis la dernière guerre mondiale», assurent les signataires d'un manifeste né après la publication des propos du président de la Confédération dans nos colonnes. Des propos, soit dit en passant qui ne visaient pas les «descendants de la Shoah», mais bien les milieux financiers anglo-américains en compétition avec les banquiers suisses. Les deux mouvements demandent aux autorités fédérales que le rapport du professeur Carl Ludwig soit rédité. Adressé en 1957 au Conseil fédéral, il n'est plus disponible auprès de son éditeur, l'Office central des imprimés et du matériel à Berne. Pour Jean-Michel Dolivo, secrétaire politique de l'Union syndicale vaudoise, il existe un lien avec la politique actuelle en matière d'asile, celle des trois cercles et la collaboration avec des pays qui oppriment leurs opposants (Turquie ou Zaïre).