Swissinfo publie un article d'Andrea Tognina qui occulte les travaux qui démontrent la prétendue objectivité de la Commission Bergier.
Commission indépendante dexperts Suisse-Seconde Guerre mondiale (CIE): indépendante de qui?
Le rapport Bergier, un an après
swissinfo 23 mars 2003 10:22
Jean-François Bergier, président de la Commission indépendante dexperts Suisse-Seconde Guerre mondiale (CIE). (swissinfo)
Un an après sa publication, le rapport Bergier se heurte à une certaine indifférence.
Le document produit la Commission dexperts Suisse-Seconde Guerre mondiale répondait à de nombreuses questions. Mais il en posait aussi de nouvelles.
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Un succès certain auprès du public
La Suisse a manqué d'humanité
«Cest un bon rapport final et un bon rapport initial», commentait à lépoque le professeur Jean-François Bergier, président de la Commission indépendante dexperts Suisse-Seconde Guerre mondiale (CIE).
Mais un an plus tard, ces paroles méritent dêtre vérifiées. Dun point de vue historique, le professeur Bergier reste convaincu que le travail de la CIE a ouvert de nouvelles perspectives.
«Nous avons produit un rapport qui répond à de nombreuses questions, mais qui en pose aussi de nouvelles», déclare-t-il.
Intérêt durable de lopinion publique
Observateur attentif de lactivité de la CIE, Thomas Maissen, professeur dhistoire moderne à lUniversité de Lucerne et journaliste à la Neue Luzerner Zeitung, souligne lui aussi limportance du rapport.
«La vision de lhistoire suisse avait déjà changé à la fin des années 80 et 90, observe-t-il. Mais la CIE a eu le mérite de corriger une vision trop centrée sur la Suisse, que ce soit dans un sens positif ou négatif, et de la recentrer dans un contexte plus large.»
Mais reste à voir comment le rapport a été accueilli hors des milieux académiques. Le professeur Bergier, qui se dit surpris de lintérêt durable de la presse et de lopinion publique, avoue par contre une certaine «amertume» vis-à-vis du manque denthousiasme du monde politique.
"Malheureusement, la politique réfléchit souvent à court terme."
Jean-François Bergier, président de la CIE
Un débat tronqué
Quand, à la fin 1996, le gouvernement avait décidé la constitution de la CIE, les attentes étaient grandes. La crise entourant le débat sur les fonds en déshérence et sur les relations entre la Suisse et le Troisième Reich demandait en effet une analyse du passé rigoureuse et sans concessions.
Mais la question a pris une autre tournure moins dun an plus tard. En effet, en août 1998, un accord global intervenait entre les grandes banques suisses et les organisations juives, accord qui mettait fin aux aspects financiers de la controverse.
Dès lors, lintérêt du gouvernement et du parlement pour les travaux de la CIE a fortement baissé. Cest seulement suite à des interventions répétées du professeur Bergier, et un an après la dissolution de la commission, que le Conseil fédéral sest résolu à remercier officiellement les personnalités qui en avaient fait partie.
De son côté, le parlement na jamais débattu du rapport. En mai 2002, une motion du groupe parlementaire écologiste qui le demandait a été refusée par la commission juridique du Conseil national.
En fait, seule la réhabilitation de ceux qui avaient aidé des victimes du nazisme à se réfugier en Suisse, votée par le Conseil national en décembre 2002, peut être lue comme une conséquence politique directe du rapport Bergier. Le résultat est donc faible, vu le nombre de questions soulevées par la CIE.
La politique agit selon des mécanismes qui lui sont propres.
Thomas Maissen, historien et journaliste
Les tabous de la politique
«La commission a posé des questions de nature essentiellement politique, constate Jean-François Bergier. Mais, derrière elles, se cachent aussi des questions politiques qui, apparemment, représentent encore des tabous pour le monde politique.»
«Je pense par exemple à la signification de la neutralité, une question très actuelle, explique le professeur. Je pense aussi au problème du pouvoir et de la délégation des compétences. Malheureusement, le monde politique réfléchit souvent à court terme», observe encore le professeur.
Jean-François Bergier se dit également surpris par le peu de critiques exprimées par les politiciens: «Nous nous attendions par exemple à une vive opposition de la part des députés de lUnion démocratique du centre (droite dure), mais même eux nont pratiquement pas réagi».
«La politique agit selon des mécanismes qui lui sont propres, analyse de son côté Thomas Maissen. Les politiciens ne veulent pas se brûler les doigts avec un thème sensible qui ne leur fera pas gagner de voix.»
Une exposition sauvée de justesse
Le manque denthousiasme du gouvernement a aussi eu des répercussions sur lexposition itinérante réalisée par la CIE et le Käfigturm (le forum politique de la Confédération mis sur pied par la Chancellerie fédérale et les services du parlement).
Après de premières étapes à Berne et à Liestal, lexposition semblait condamnée à finir au fond dun entrepôt par manque de moyens financiers.
Ce nest finalement quaprès de longues hésitations et une question au parlement que le gouvernement sest résolu à la financer pour deux années supplémentaires.
Actuellement, et jusquau 4 mai, cette exposition se trouve au Forum dhistoire suisse de Schwyz, une filiale du Musée national. Suivront dautres étapes à Zurich, à Schaffhouse et probablement à Coire. Une bonne occasion pour ne pas se soustraire aux nouvelles questions posées par le rapport Bergier.
swissinfo, Andrea Tognina (traduction: Olivier Pauchard)
Liens
- Forum politique Käfigturm
- Commission indépendante dexperts Suisse Seconde Guerre mondiale