A souligner une des rares fois où il est noter le but de la Commission Bergier: «Il s'agit évidemment d'amadouer autant que possible nos détracteurs en accomplissant ce fameux «devoir de mémoire» qu'on a érigé depuis quelques années en suprême vertu des peuples et qui consiste en fait, pour eux, à se repentir des fautes imputées à leurs aînés.» Une manière diplomatique de reconnaître que Bergier a servi le lobby juif mondial!


Après les déclarations de M. Singer
Rapport Bergier: le piège se referme

Entreprise Romande, No 2834, 25.02.05, Frank Bridel

Ainsi, M. Israël Singer, président du Comité exécutif du Congrès juif mondial, persiste et signe. Profitant de l'atmosphère tragique enveloppant les cérémonies d'Auschwitz, il a évoqué le «crime» de la neutralité suisse durant la Deuxième Guerre mondiale. Quand des Suisses ont réagi, il s'est justifié en invoquant le rapport Bergier, notamment la prétendue «contribution» de la Confédération à l'effort nazi, telle qu'elle ressort de la phrase ignominieuse figurant dans la conclusion du texte sur les réfugiés. Voilà donc le monumental travail de la Commission retourné contre notre pays, qui l'a voulu et financé.

Reprenons! En 1996, au plus fort des attaques lancées à partir des Etats-Unis contre la Suisse, le Conseil fédéral institue la Commission Bergier. Il s'agit évidemment d'amadouer autant que possible nos détracteurs en accomplissant ce fameux «devoir de mémoire» qu'on a érigé depuis quelques années en suprême vertu des peuples et qui consiste en fait, pour eux, à se repentir des fautes imputées à leurs aînés.

Or, en ce qui concerne les réfugiés, c'est-à-dire le sujet le plus sensible, la Suisse a accompli son «devoir de mémoire» voilà un demi-siècle. C'est en 1954 déjà, soit moins de dix ans après la fin de la guerre, que le Conseil fedéral confie à Carl Ludwig le soin d'éclairer le comportement du pays dans ce domaine. Et c'est en 1957 que paraît le rapport de cet historien. Je m'en souviens comme si c'était hier. Etant alors correspondant à Berne de la Tribune de Genève et de la Radio romande, je fus de ceux qui lurent ce texte le jour même de sa parution et qui eurent à en informer le grand public.

Tout y était: les ombres et les lumières. Dorénavant, il était loisible aux Suisses de s'informer sur les faits et de les apprécier. On pouvait s'étonner douloureusement - des fautes commises, se féliciter du nombre considérable d'internés et de réfugiés ayant trouvé asile chez nous, déplorer qu'il n'y en ait pas eu encore davantage. Une pléiade d'historiens, de journalistes et de politiciens s'empara de ces éléments pour les discuter. Plusieurs d'entre eux eurent à coeur de ne pas s'ériger en juges, mais d'analyser objectivement le contexte de la Suisse encerclée, menacée, mobilisée et rationnée, pour tenter d'expliquer les limites de son ouverture.

Point n'était besoin, donc, de demander à une nouvelle équipe un nouveau travail sur les mêmes evénements. On l'a fait quand même, dans l'espoir qu'une étude sur le problème des réfugiés compléterait celles que la commission Bergier consacrerait aux problèmes économico-financiers.

Depuis lors, une dizaine d'historiens ont attaqué l'un ou l'autre des rapports de la Commission, voire leur tonalité générale. Ils l'ont fait, souvent, avec une grande vigueur. Cette concentration des critiques et cette sévérité sont sans précédent. Nombreuses dès la publication du texte fleuve, elles de cessent de se multiplier. Elles concernent notamment les transactions sur l'or, dont divers spécialistes reprochent à la CommissIon de n'avoir pas saisi l'essentiel. Elles portent aussi sur la statistique des personnes refoulées à la frontière et sur le nombre d'entre elles qui sont certainement mortes en déportation. Ces chiffres sinistres sont revus à la baisse par le plus compétent et le plus scrupuleux des experts, Serge KIarsfeld. A Genève se poursuit l'étude d'archives qui confortent cette tendance.

Ainsi, sous l'angle professionnel, il paraît de plus en plus évident que le rapport Bergier est un mauvais travail. Du point de vue moral et politique, il s'avère une mauvaise action, tant la sévérité de ses auteurs pour les Suisses des années sombres engendre de divisions dans le pays. Mais les déclarations de M. Singer éclairent encore un aspect négatif supplémentaire. Pour se défendre quand on l'attaque, la Suisse excipe de l'effort officiel - censé louable - accompli pour son «travail de mémoire». Ce faisant, fatalement, elle renvoie ses interlocuteurs à un texte qui la salit. Ayant donné à ses détracteurs des verges poui la battre, elle est bien naïve de s'étonner qu'ils s'en servent. L'affaire Bergier-Singer met en lumière l'aspect le plus pervers du Rapport: le piège, mis à la disposition de tous ceux qui auront intérêt à le refermer.

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