La bave du crapeau s'attaque au Général Guisan

A l'occasion d'une cérémonie pour le 50e anniversaire du décès du retraité de Pully, les fascistes staliniens et la 5e colonne sioniste ont tenté de souiller la vie et l'oeuvre de Guisan. Philippe Barraud est monté au créneau pour dénoncer cette salissure dans laquelle on trouve en bonne place Hans-Ulrich Jost, faux historien, mais vrai stalinien.

Le 27 octobre 2010, Philippe Barraud publie “Le Général Guisan, héros moderne inattendu” à l'occasion de la parution de deux nouveaux ouvrages. C'est l'occasion de rappeler le rôle douteux du discours défaitiste de Marcel Pilet-Golaz, président de la Confédération, le 25 juin 1940, honteuse atttitude contrée le 25 juillet par le discours de Guisan au Grütli qui sonnera l’esprit de résistance.


Guisan et les révisionnistes dévoyés

12 avril 2010 Philippe Barraud
http://www.commentaires.com/suisse/guisan-et-les-revisionnistes-devoyes

Au lendemain de Pâques, j’ai écrit un mot à Jean-Jacques Rapin pour lui dire ma satisfaction, mêlée d’un peu de surprise, de voir que la commémoration de la mort du général Guisan se passait dans une atmosphère plutôt positive, avec même çà et là une touche de ferveur populaire. Mais j’ajoutais aussitôt: ne nous emballons pas, les coups bas viennent toujours dans un deuxième temps.

Je ne croyais pas si bien dire. Le lendemain, L’Hebdo publiait un dossier intitulé «Quand le mythe se lézarde», dans lequel deux journalistes, équipés de leur petit burin Mont-Blanc, tentaient de rabaisser Guisan, de minimiser son rôle dans la défense de la Suisse, et surtout de donner de lui une image un peu sulfureuse: n’était-il pas antisocialiste? N’a-t-il pas manifesté, à une époque, de l’admiration pour Mussolini? N’était-il pas un petit peu antisémite? Bref, il fallait casser le mythe, pour faire «jaillir la vérité» ou, comme l’écrivait le rédacteur en chef en un poncif bien politiquement correct, «faire un indispensable travail de mémoire».

Ce genre de démarche est le grand drame de notre époque. Elle ressortit à ce qu’on pourrait appeler le révisionnisme malveillant, dans lequel des historiens engagés et des plumitifs agressifs s’acharnent à juger les comportements des grands personnages historiques à l’aune de la morale d’aujourd’hui, et septante ans plus tard – ce qui est un non-sens absolu.

L’attaque se déroule en deux temps. D’abord, on accrédite la thèse que l’Histoire telle qu’on la connaît relève de la manipulation, la bourgeoisie ayant, pour des raisons politiques ou idéologiques, construit un mythe pour cacher la vérité. L’historien lausannois Hans-Ulrich Jost est un spécialiste du genre, détracteur professionnel et obsessionnel de Guisan, en qui il voit un représentant du “totalitarisme suisse” (!). Le plus désolant est que cet historien d’extrême-gauche est devenu l’interlocuteur obligatoire, sinon unique, des journalistes depuis une quarantaine d’années. Ainsi, La Première a cru devoir offrir à Jost sa tribune pour vilipender Guisan le 12 avril, le jour même du 50e anniversaire de sa mort. Le journaliste qui lui servait la soupe osa même parler du Réduit comme une forme de “collaboration” avec les Nazis. Quelques minutes auparavant, un crétin auto-proclamé humoriste avait bavé des insultes du même tonneau. Il y a des jours où le service public se déshonore. On se demande s’il est dirigé.

Une fois construite la thèse du mythe, il s’agit de révéler «ce que cache le mythe», de dénoncer «la propagande de l’armée». Or, dans L’Hebdo, on lit tout cela avec un certain ennui, car il n’y a évidemment rien de nouveau dans le dossier à charge du magazine, rien qu’on ne sache déjà, juste un travail de sape cousu de fil blanc et de mesquinerie.

Guisan avait des défauts, Guisan a fait des erreurs? Oui, quel homme n’en fait pas? Reste qu’il a réussi un tour de force inouï: insuffler l’esprit de résistance aux Suisses. C’est irremplaçable, et pour cela, nous lui devons une reconnaissance sans réserve.  Les chiens aboient…


Commentaire de Olivier Grivat le 12 avril 2010 à 9:29
La Suisse est quand même un merveilleux pays. Le seul au monde peut-être à financer de ses deniers les historiens et journalistes qui consacrent autant de temps et d’énergie à dénigrer ses héros et toute une époque qu’ils n’ont pas connue… Heureusement que la Suisse de la Mob n’a pas eu un “Général Jost” à la tête de son armée. On en frémit rétrospectivement!

Commentaire de Jean-Bernard Desfayes le 12 avril 2010 à 10:29
En 1944, mon grand-père m’a emmené au Comptoir suisse à Lausanne et j’ai eu l’occasion de voir Guisan et de lui serrer la main. Mais surtout j’ai vu la ferveur populaire qui entourait le personnage et la force morale qu’il dégageait. Un souvenir qui m’a accompagné toute ma vie. Les circonstances ont changé, bien entendu, mais quelle femme ou quel homme politique en Suisse peut prétendre à un tel statut? On ne leur en demande du reste pas tant. Juste de penser un peu plus au bien public et à la défense spirituelle autant que matérielle de notre pays. Comme l’a fait Guisan.

Commentaire de Jean-Pierre Blanc le 12 avril 2010 à 10:33
Je m’étonne que vous vous étonniez encore !
La gauche mène un combat permanent pour démolir le pays, le système, et s’attaque donc violemment à tout ce qui le fait tenir, ses héros en l’occurence.

Commentaire de Philippe Druey le 12 avril 2010 à 12:37
Dans un précédent commentaire, Monsieur Barraud s’étonnait de l’état catastrophique de l’enseignement de l’histoire dans les gymnases. La réponse se trouve en fait dans ce commentaire-là : si de tristes sires comme le Professeur Jost enseignent l’histoire aux futurs enseignants des gymnases, il ne faut pas s’étonner des cours “orientés” subis par les étudiants (qui finissent parfois par être journalistes à l’Hebdo, faute de mieux), ce qui laisse aussi penser que M. Jean-Pierre Blanc a hélas raison dans le diagnostic qu’il pose froidement.

Commentaire de Paul Bär le 12 avril 2010 à 13:18
Merci de ce billet.
Même si je ne pensais pas que ce fût encore possible, j’ai malgré tout été surpris par le tombereau d’inexactitudes et d’insanités que les organes mé(r)diatiques se sont crus obligés de déverser à l’occasion du cinquantenaire du décès du général Guisan.
Cela débuta par un “Guisan fasciste”, sans préciser qu’au-milieu des années trente il était très commun, quand on était classiquement de droite, de considérer positivement l’Italie (1), non seulement par réaction anticommuniste, mais aussi parce que le régime mussolinien était à ce moment-là encore du côté des puissances de l’ouest, France et Grande-Bretagne réunies.
Ensuite, une approche un peu inédite avec un “Guisan imprudent”, parce qu’en 39-40 il avait initié des contacts avec l’état-major français. Sans rappeler que l’armée française était considérée à l’époque comme la meilleure du monde et qu’il était ainsi parfaitement cohérent d’envisager avec elle une stratégie de défense commune, étant donné que l’Allemagne pouvait très bien envisager une percée de contournement par le territoire helvétique.
On ne pouvait évidemment échapper au grand classique des exercices de dénigrement médiatiques, j’ai nommé la “reductio ad hitlerum” : la rencontre du général en 43 avec un émissaire du régime allemand fit opportunément l’affaire pour paqueter le “Guisan nazi”. Apparemment, nos journalistes ne semblent pas comprendre qu’en situation de conflit, il y a toujours des contacts directs, plus ou moins informels, qui sont maintenus entre adversaires potentiels ou déclarés (pour réitérer la volonté de défense de la Suisse, nos modernes critiques nous auraient conseillé de faire quoi, envoyer un SMS à Adolf Hitler ?).
Sur la solution du Réduit, il ne fallait pas s’attendre non plus à ce que nos journalistes comprennent sa justification, eu égard à l’isolement stratégique et à la faiblesse matérielle de notre pays. A leur inculture en matière militaire, nos préposés à la pensée correcte en rajoutèrent cependant une couche avec un “Guisan insensible”, par rapport aux populations du Plateau prétendumment abandonnées. Naturellement, sans proposer la moindre solution alternative. Qu’aurait-il fallu faire ? Déclarer directement la guerre à l’Allemagne et voir notre pays dévasté à la polonaise, là ils auraient été contents nos modernes Bisounours ?
Enfin, malgré ma surprise quant à cette entreprise de destruction méthodique (donc Guisan fasciste/imprudent/nazi/insensible), il ne fallait vraiment pas s’attendre à mieux quand on considére les acteurs engagés dans cette triste représentation, avec d’un côté la meute habituelle de bobo-journaleux incultes, suivistes et bien-pensants et de l’autre la clique des “Heimatmüde” professionnels, les disciples de Bergier, toujours à se flageller, et l’inévitable Hans-Ulrich Jost qui était quand même un peu moins dissert sur la question, quand la Confédération lui payait encore ses jolies escapades en Mirage.
(1) pour prendre un autre Vaudois, Ramuz dans “Besoin de Grandeur”.

Commentaire de Paul Bär le 12 avril 2010 à 13:36
“Elle ressortit à ce qu’on pourrait appeler le révisionnisme malveillant…”
Non seulement malveillant, mais également non pertinent, étant donné que cette approche implique avant tout de juger une époque passée essentiellement sur des critères moraux et des formes de représentation modernes, ce qui est simplement une ineptie en matière de technique historique. Exemple, hier soir sur la RSR, cette jeune journaliste manifestemment incapable de seulement comprendre ce que souhaitaient lui expliquer ces vieux messieurs ayant fait la Mob (le patriotisme, la volonté de résister, l’esprit de distinction etc…).
“Le plus désolant est que cet historien d’extrême-gauche est devenu l’interlocuteur obligatoire, sinon unique..”
Ah l’intervenant unique, un grand classique sur les organes de la RTSR.
Sur la Russie, prendre systématiquement Anne Nivat qui critiquera systématiquement le gouvernement russe.
Sur le catholicisme, prendre systématiquement le rédacteur en chef de Golias qui critiquera systématiquement l’Eglise.
etc…

Commentaire de Michel Mauron le 12 avril 2010 à 13:52
Sans être un fanatique indécrotable de la guerre, je relis “Le temps de la Mob en Suisse romande (1939-1945)”. Le texte d’André Chamot agrémente une bonne centaine de photographies choisies parmi de milliers de documents, tous évocateurs de cette mobilisation. Ce qu’on oublie trop souvent, c’est que la guerre n’a eu qu’un but en Suisse: se défendre. Les mythomanes de l’Hebdo et les clochards du QI ne savent que se focaliser sur les quelques critiques que l’on pourrait faire sur cette période devraient feuilleter cet ouvrage truffé d’anecdotes et plein de modestie, de bon sens et de témoignages qui sentent bon la vérité.

Commentaire de Gruffat Xavier le 12 avril 2010 à 14:31
A nouveau l’ennemi des conservateurs est bel et bien “L’Hebdo” en Suisse romande, cela fait longtemps qu’on le sait. J’ajouterai encore le journal “Le Temps”, qui la veille de Pâques se croit malin de parler d’un pasteur athée en Hollande, on aura vraiment tout vu, même “Le Temps” fait dans la provo d’un journal de boulevard, comme par hasard ces deux journaux appartiennent en partie à M. Ringier (qui possède l’”excellent” journal le Blick aussi:) ), Ringier pourtant issue d’une famille protestante française, … comme quoi tout fout le camp.
Mise à part cela, je me demande si les journalistes de nos médias romands (TSR, l’Hebdo, Le Temps,…) sont soit très stupides soit ils le font exprès, car quand je regarde France 2, écoute France Info ou France Inter, j’entends et je vois beaucoup moins de stupidité et un journalisme plus pur, donc est-ce qu’en Suisse romande les écoles de journaliste sont mauvaises et des écoles de propagande plutôt, je l’ignore, Dieu merci il y a ce site, notre bouffée d’oxygène.

Commentaire de Francis Richard le 12 avril 2010 à 15:08
Merci beaucoup pour cet article !
Vous m’avez devancé, avec certainement plus de talent, et m’avez évité une poussée de bile. Ce qui n’est pas bon pour ma santé.
Je comptais en effet écrire ce soir un article sur mon blog sur le sujet maltraité par l’Hebdo, qui est dans la lignée des attaques contre Benoît XVI de la semaine d’avant. Je ferai donc référence à votre article et parlerai donc plus volontiers du livre de JJ Langendorf et P Streit consacré au général, dont je suis en train d’achever la lecture et qui est d’une autre altitude.
Bien cordialement !


Le Général Guisan, héros moderne inattendu

http://www.commentaires.com/suisse/le-general-guisan-heros-moderne-inattendu
27 octobre 2010 | Catégorie: suisse
PHILIPPE BARRAUD

Deux nouveaux livres incontournables, autour du Général Guisan, viennent de paraître en cette fin d’octobre, témoins de l’intérêt renouvelé qui se manifeste autour de ce grand personnage de l’Histoire suisse.

Un premier témoignage en a été donné ce printemps, à travers le succès populaire phénoménal du livre de Jean-Jacques Langendorf et Pierre Streit, Le Général Guisan et l’esprit de résistance (Cabédita). Aujourd’hui, ce sont deux livres fort différents qui paraissent. Le premier est dû à un journaliste et historien alémanique, Markus Somm, Général Guisan – Résistance à la mode suisse (1), un livre qui en est à sa troisième édition en Suisse alémanique, où les jeunes ont été emballés; le deuxième est la réédition d’un ouvrage devenu introuvable, PC du Général, de Bernard Barbey, augmenté de Aller et retour – Journal pendant et après la « drôle de guerre », du même Bernard Barbey (2).

Rédacteur en chef de la Basler Zeitung, Markus Somm a entrepris cette nouvelle biographie à la lecture du Rapport Bergier, sous le coup de l’indignation: «Si on s’en tient au Rapport Bergier, écrit-il en préface, le Général Guisan est une note en bas de page de l’Histoire. Et le Réduit un vulgaire épisode. Cela correspond-il à la réalité ? Non. (…) Le Général n’a pas mérité ça. Il ne fut pas un simple figurant de la Seconde Guerre mondiale, l’un des ces personnages interchangeables qui semblent faire partie du décor. Il a tenu au contraire le rôle principal. Le Général Guisan est la personnalité de l’histoire suisse la plus importante du XXe siècle. L’homme de qui tout dépend.»
Féru de la manière anglo-saxonne de raconter l’Histoire, Markus Somm parvient, grâce aux qualités littéraires de son texte, à tisser un récit passionnant, truffé de citations, d’anecdotes et de détails significatifs. Il déploie aussi un beau talent de mise en scène, notamment lorsqu’il met en miroir le discours défaitiste de Marcel Pilet-Golaz, président de la Confédération, le 25 juin 1940, et le fameux Discours du Grütli de Guisan qui suivit le 25 juillet, en cet été de tous les dangers (l’armée française vient d’être écrasée).

Somm souligne admirablement tout ce qui sépare les deux hommes, et ce qu’ils représentent: l’un politicien hautain, imbu de lui-même, qui ne comprend rien au peuple suisse, et parle aux auditeurs abasourdis de la radio de «renaissance intérieure», et laisse entendre que la démocratie a fait son temps. Somm procède à une analyse serrée du discours, et des réactions qu’il a suscitées. En particulier celles des médias, tentés par l’alignement sur l’ordre nouveau qui se dessine, mais aussi celle des officiers conjurés – en fait de vrais patriotes – qui, avec l’énigmatique Hans Hausamann, préparent un putsch sous le nom de Nidwalden, décidés à résister à tout prix à la menace allemande si la Confédération baisse les armes. Ils n’ont plus confiance en Guisan, qui n’a pas pipé mot depuis le discours de Pilet-Golaz.

Mais le 25 juillet sur le Grütli, Guisan remet spectaculairement les pendules à l’heure, et fonde, en vingt minutes décisives, devant des officiers sceptiques (surtout les Alémaniques), l’esprit de résistance qui marquera tout son règle de Général. Les hommes ont entendu «l’appel mystérieux qui monte de cette prairie». Il a eu l’intuition de biffer, dans le discours écrit par Barbey, tous les aspects politiques, pas complètement étrangers aux propos de Pilet-Golaz. Remis à la troupe, un résumé du discours opère un retournement de l’opinion, insuffle un nouvel espoir, et Guisan devient, note Somm, « une sorte de gouvernement d’urgence. Un paradoxe. Guisan, qui se refuse à toute déclaration politique, devient de fait un général politique. (…) Au fond, le courtois général ne fait que réveiller l’esprit de résistance qui sommeillait au sein de la population.»

«Guisan est un phénomène, note Markus Somm. Non pas parce qu’il est un homme exceptionnel – ce n’est pas le cas – mais parce qu’un pays comme la Suisse l’a choisi pour héros. La vie de Guisan en dit plus sur la Suisse que sur lui-même.» Guisan n’appartient pas à la catégorie des parvenus et des outsiders que sont les nouveaux dictateurs; il est issus de ce que Somm appelle les anciennes élites, à l’image de Mannerheim en Finlande, et de Churchill en Angleterre. «Lorsqu’il est élu général, la carrière de ce philanthrope touche déjà à sa fin. Un homme courtois, déjà âgé, et qui semble un peu désuet. Alors que les nouveaux dictateurs avalent les autoroutes dans leurs puissants bolides, Guisan préfère seller son cheval.»

***

PC du Général est un livre à la fois passionnant, et très agréable à lire. Avant d’être chef de l’état-major particulier du Général Guisan, Bernard Barbey était un écrivain, éditeur à Paris, et ce passé littéraire fait merveille dans son journal – exercice souvent sec par nature. Aux côtés du lieutenant-colonel Gonard, Barbey fait partie de ces intellectuels brillants et efficaces dont Guisan a su s’entourer. Biographe de Guisan, Willy Gautschi le décrit comme «maître à penser le plus indispensable du Général. (…) Par ses dons d’analyse, ses vastes connaissances et son talent d’organisateur, il se révéla bientôt indispensable.»

La belle préface de Jean-Jacques Langendorf souligne l’importance de ce personnage, que la guerre a profondément transformé. Elle met aussi en évidence le style littéraire naturel de Barbey qui, a de très nombreuses occasions, enrichit son journal de descriptions brèves et poétiques qui permettent au lecteur de planter le décor, dans une existence incroyablement mouvementée où, avec le Général, il est perpétuellement en route, auprès de la troupe et de ses chefs. Il y a quelque mérite: Barbey écrit souvent sur ses genoux, en train ou en voiture, à toute heure du jour et de la nuit.
Sous la date du 4 avril, Barbey, à la fin d’une sortie à cheval, raconte: «Sur le chemin du retour, je croise parfois le bateau qui descend à reculons vers le lac, ses vieilles roues à palettes battant mollement l’eau verte; ou bien je fais une rencontre: c’est une vénérable dame française, fixée à Interlaken, avec son chapeau perché, sa guimpe et son ombrelle; on dirait une apparition du faubourg Saint-Germain 1910. Je la salue; elle me répond avec un sourire cérémonieux et un grand geste de l’ombrelle. Ce paysage archaïsant, ces petites rues, ces chalets d’Interlaken, où l’on brosse et rince du matin au soir, ces jardinets où l’on cultive gravement des tulipes, quel décor bizarre pour accomplir notre tâche, pour concevoir la bataille moderne que nous ne devons pas nous lasser de préparer, jusqu’à la fin!»

Ce mélange de notations documentaires très précises et d’épanchements littéraires, parfaitement maîtrisé, fait merveille, comme dans cette page du 11 mai 1944, dans les bois de Zwieselberg: «A trois heures du matin, je me lève et reprends ma tournée. Secoué quelques hommes qui, sans être vraiment endormis, s’engourdissent à leur poste de combat. Mais l’ensemble est très attentif, un peu dépaysé comme il se doit, piqué au jeu, parfaitement dévoué. Maintenant, au silence que rompaient seuls le bruit de mes pas, des fougères et des buissons froissés et le cri de quelques oiseaux nocturnes, succède peu à peu le gazouillis qui précède l’aube. La haute futaie s’éveille sous les nuages de plomb.»

On comprend aisément que PC du Général ait été bien accueilli lors de sa parution, en 1946, qui révélait aux Suisses sortant de la guerre les ressorts intimes de l’armée, de l’Histoire et des hommes qui l’ont faite. Lorsqu’il raconte la rencontre de Masson et de l’Allemand Schellenberg, on a l’impression d’y être; et combien étonnant est ce dialogue entre Barbey, l’ancien éditeur parisien, et un Drieu La Rochelle désabusé qui est venu le voir! Mais de ce journal émane surtout la stature du Général, qui s’impose d’elle-même au fil des pages, sans la moindre hagiographie de la part de l’auteur.
1) Somm, Markus: Général Guisan – Résistance à la mode suisse. Traduction de Marie Zanetti-Abbet. Stämpfli Editions SA, Berne.
2) Barbey, Bernard: PC du Général – Journal du chef de l’état-major particulier du Général Guisan. Cabédita, Bière.

Commentaire de Philippe Rochat le 27 octobre 2010 à 13:50
Cet été, j’ai lu 3 ouvrages concenant le Général Guisan, dont 2 cités par votre article. J’ai eu le sentiment qu’à l’époque déjà, il y avait des “visionnaires bouchés” par rapport à l’armée de l’époque et des mous et des “traîtres en devenir”. Finalement comme de nos jours. Il suffit alors que la bonne personne se lève et la mauvaise herbe se couche. Heureusement. Philippe Rochat, Echichens

Commentaire de Paul Bär le 27 octobre 2010 à 19:20
En parlant de “mauvaise herbe”, je viens de voir maintenant sur le 19Åå15 de la TSR un reportage sur un défilé militaire à Lausanne. Ton moqueur et distancié à la “bobo”, questions systématiquement narquoises des “journalistes” aux soldats présents, dans le style : “vous ne trouvez pas que votre défilé, ça fait un peu nord-coréen”. Pour conclure par un entretien complaisant avec un vieux gauchiste rabâchant, sans contradiction, ses exploits des années soixante. La routine sur notre télévision d’Etat, organe “neutre” de service “public”.

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