Faut-il attribuer les combats aériens sur le Jura en juin 1940, combats qui furent en faveur de l'aviation militaire suisse à la preuve de cette panique?
Les leçons de lHistoire: la Suisse dans la guerre
commentaires.com - Philippe Barraud
http://www.commentaires.com/articles-503.html
jeudi 29 novembre 2007
LHistoire de la Suisse moderne est beaucoup discutée, mais elle est peu enseignée, et encore moins connue dun large public.
Les controverses ont pris le pas sur lindispensable connaissance des faits et des hommes, seule manière pourtant de pouvoir comprendre le passé et lui trouver un sens.
Lexcellent livre des historiens Jean-Jacques Langendorf et Pierre Streit, qui paraît début décembre, est une belle occasion de rafraîchir nos connaissances, ou de découvrir, pour les plus jeunes, comment notre pays à traversé les deux guerres mondiales. Sous le titre «Face à la guerre Larmée et le peuple suisse 1914-1918 / 1839-1945»*, les auteurs brossent un panorama tout à fait éclairant de ces moments particulièrement intenses dans lhistoire de la Suisse.
En dehors de toute polémique, et sans porter de jugements une réserve rare de nos jours! Langendorf et Streit parviennent à évoquer en parallèle le vécu de larmée et de ses chefs pendants ces événements, et celui dune population soumise non seulement à de dures contraintes, mais surtout à une angoisse quon a peine à se figurer aujourdhui.
La grande panique de mai 40
A cet égard, les auteurs décrivent dans le détail, en laissant parler les témoins de lépoque, la grande panique des Suisses en mai 40, alors que les Allemands avaient organisé une manoeuvre dintoxication psychologique de grande envergure pour déstabiliser létat-major français, en faisant croire quils allaient attaquer la Suisse. Bruyants mouvements de troupes motorisées à la frontière, intense trafic ferroviaire, enlèvement des barbelés, bateaux de débarquement sur le Rhin...
Leffet de cette incroyable mise en scène affola les Suisses, et on vit les habitants de la frontière quitter précipitamment leurs maisons avec armes et bagages, tandis que des diplomates, à Berne, commençaient déjà à brûler leurs archives. Il faut dire que quatre jours plus tôt, le 10 mai, la Wehrmacht avait envahi la Hollande, la Belgique et le Luxembourg, et quen Suisse la mobilisation générale avait été décrétée le lendemain. La rumeur navait donc rien dabsurde.
Les pages de récits et de mémoires que reproduisent les auteurs sont passionnantes, et replongent le lecteur dans cette ambiance particulière de catastrophe imminente. Un simple soldat note que «de nouveau les bruits les plus étranges circulent (ultimatum au Conseil fédéral attaque italienne au Tessin entrée des Allemands à Bâle). Les ordres se croisent, les cloches sonnent. Sans cesse les trains roulent. Des voitures civiles bondées passent avec des matelas sur le toit... Nous sommes persuadés que lattaque est imminente, la certitude en est venue de partout.» Bernard Barbey, le chef de létat-major particulier du Général, rapporte le leitmotiv quil entend autour de lui: «Cest pour cette nuit», entre 2 et 4. Bouclé ma cantine».
Le Général, justement. Lui et son entourage ont gardé leur calme, peut-être parce quils en savaient plus que les autres. Quoi quil en soit, le calme, la détermination, mais aussi la farouche indépendance de Guisan éclatent dans cet ouvrage, un peu comme limage inversée dun Wille, général de la guerre de 14-18. Et cest avec une émotion légitime et naturelle que lon découvre, ou redécouvre, litinéraire du Général à travers la tourmente, sa force de caractère, son énergie, son incroyable popularité, un franc-parler inimaginable en notre époque de censeurs tout-puissants, son esprit critique aussi (limpréparation de larmée avant la guerre), ses relations distantes avec le monde politique, mais aussi un sens aigu de ce quon appelle aujourdhui les «coups médiatiques», bien quils ne le fussent pas à lépoque.
On pense évidemment au Rapport du Grütli, une idée proprement géniale dans sa simplicité et sa portée symbolique, le type daction qui, mieux que cent discours rassurants, parvient à motiver les troupes et à rassembler une population anxieuse. La Wehrmacht, énorme, était à nos frontières: «Cest à ce moment là, notent Langendorf et Streit, que va sonner lheure du commandant en chef Henri Guisan qui, au milieu de la démoralisation presque générale, réfléchit et qui, entouré par des officiers souvent remarquables, agit. Cest la décision stratégique dorganiser le Réduit, cest lannonce qui en est faite à larmée puis au peuple à partir de la prairie du Grütli. Que cette décision ait été la bonne et la seule envisageable les réactions allemandes nous le montrent.»
La comparaison de la manière dont les Suisses et leur armée, décrite en détails dans ses aspects matériels et humains, ont traversé ces deux épreuves, est un autre aspect passionnant du livre, qui nous montre un pays radicalement différent: démoralisé, travaillé par les idéologies et profondément divisé entre Romands et Alémaniques en 14-18; fort, uni et dans lensemble confiant entre 1939 et 1945, malgré le contexte effrayant dune Europe à feu et à sang, après la défaite, bouleversante pour les Suisses, de la France.
* Editions Infolio, Gollion. 350 p.
Vos commentaires (3)
1. Accords préalables ?
Je réponds à Pierre Bonnard. Le mythe des accords préalables fait partie des allégations lancées à tort et à travers par tout ceux qui ont uvré à réviser cette histoire dans le sens de leur idéologie. Certains d'entre eux ont été jusqu'à prétendre que des convois de déportés juifs d'Italie avaient passé par la Suisse. La Confédération a commandé un rapport à ce sujet, voici les références:
http://www.unige.ch/ses/istec/departement/assistants/gillesforster/Transit_ferroviaire_CH_1939_45.pdf
La conclusion est bien entendu que de tels convois n'ont jamais eu lieu. Croyez-vous que la Confédération ait pris la peine d'en informer le public ?
Concernant la défense armée, je conseille aussi les livres des Américains Stephen Halbrook "La Suisse encerclée" et de Angelo Codevilla " La Suisse; La guerre; Les fonds en déshérence et la politique américaine".
Christian Favre
2. Lire le passé pour agir au présent...
Merci de nous signaler ce livre, je tâcherai de le lire car cette période est certainement très instructive et les témoignages directs irremplaçables. Mes parents et grands-parents m'avaient parlé de ces moments, et le petit livre de Max Frisch (ein Dienstbüchli, traduit en français sous "Livret de service") est un éclairage qui va dans le même sens.
Pourtant, tout comme M. Narbel, je risque de rester sur ma faim, car il est bien difficile de croire qu'il n'y eut pas de négociations secrètes au début 1940, alors que notre pays n'avait aucune crédibilité militaire face à l'Axe et que les fortifications n'étaient encore qu'à l'état de plans.
Une fois qu'on aura vraiment compris ce qui s'est passé, on pourra avoir une pensée sympathique pour toutes les personnes qui ont évité l'occupation nazie, et surtout se demander pourquoi et comment résister à l'ogre d'aujourd'hui qui cherche à imposer sa loi partout et dont l'économie se comporte en prédateur; l'Union européenne, elle, toute bureaucratique qu'elle puisse être, n'envoie pas encore de missiles et n'a envahi personne.
Pierre Bonnard
3. Les leçons de l'Histoire: la Suisse dans la guerre
Monsieur Philippe Barraud a raison de reprendre les commentaires de MM. JJ. Langendorf et P. Streit. D'une manière incompréhensible, l'attitude de la Suisse durant la guerre a été stigmatisée de façon inadmissible par de très nombreux Suisses, journalistes, politiciens, la télévision dont l'infâme film "L'honneur perdu de la Suisse", etc., sans compter l'ignoble compte-rendu du groupe de M. Bergier (25 millions de francs) pour une salissure déshonorante du pays.
Ces gens se comptent parmi ceux qui ont jubilé à l'Exposition parisienne qui voyait M. C. Blocher être pris comme cible par un chien lui urinant sur le visage.
Voilà où en est la Suisse. Or, à l'instar de maintenant, avec l'Europe dite unie, notre patrie s'est trouvée encerclée par l'Axe. Tous ses gestes, ses décisions, ses travaux, ses réceptions de vivres et de matières premières, plus tout le reste, étaient suspendu au bon vouloir du Reich allemand et du fascisme italien. L'Allemagne, par exemple, a fourni du charbon à la Suisse durant quasi tout le conflit. Pour quelle raison ? Simplement parce que nos ouvriers devaient impérativement travailler pour son effort de guerre, pour survivre et éviter l'invasion du pays. Mussolini a laissé le port de Gênes ouvert à la flotte suisse tant qu'il a gouverné.
Que voit-on depuis la création de l'UE, sinon des pressions qui, pour être d'une autre nature que celle de 1939-1945, n'en sont pas moins contraignantes pour notre nation.
Pour avoir une idée plus réelle des faits, plus que troubles, qui ont entouré la prise du pouvoir par les nazis et le développement de l'Allemagne, en six ans, devenue en ce laps de temps ultra-court, la plus puissante nation militaire et économique du monde de l'époque, il faudrait pouvoir lire les fiches ultra secrètes, qui se chiffrent en centaines de millions, des archives de tous les pays ayant connu la guerre.
En Suisse et en Europe, personne n'a été en mesure, ne serait-ce que d'entrouvrir les portes des caveaux de ces cartons pleins à ras bord, des magouilles funestes qui y sont contenues. Pourtant, curieusement, des gens par milliers portent des jugements sur les comportements de la Suisse de cette époque. Dans une émission de nuit très récente sur France-inter, il a été dit que ce conflit avait été fomenté par l'Occident, Etats-Unis en tête, pour nuire au peuple juif, aux tsiganes, autres peuples jugés dégénérés, plus le communisme international. Les gains réalisés, pour être inconnus, ont été cités en milliards de l'époque.
Ce passé est à l'image de ce qui se passe dans le monde actuellement. Pour quelles raisons personne ne cherche-t-il à comparer ces faits étranges ? Il y aurait pourtant de quoi ouvrir les yeux de beaucoup de gens à décortiquer ces voies très troubles. Qui ont causé la mort de 45 millions d'humains !!
Marcel Narbel