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LIBYE : Le nouveau visage de la « révolution »
Soumis par admin le 18 Août, 2006 - 01:40Articles | 53

Rassurer la vieille garde de la Révolution, tout en soutenant les réformes économiques et sociales préconisées par son fils Seif-el Islam Kadhafi, Mouammar Kadhafi confirme les nouvelles orientations du régime pour «construire la Libye de demain». Un tournant historique.

Les Libyens ont célébré, le 1er septembre 2006, le 37e anniversaire de la révolution « Al-Fateh » ayant mis fin au régime monarchique d’Idriss 1er en place depuis décembre 1951. Conduite par un jeune officier de 27 ans, Mouammar Kadhafi, la révolution devait rendre au peuple libyen sa liberté, sa souveraineté dans la gestion de ses richesses et lui apporter la justice sociale en assurant l’égalité de tous les citoyens. «Il n’y aura plus d’opprimés, plus de déçus ni de floués, plus de maîtres ni d’esclaves, mais des frères libres dans une société au-dessus de laquelle flottera la bannière de l’égalité» devait promettre celui qui se fera appeler plus tard le Guide de la Révolution. Pour y parvenir, le leader libyen instaure en mars 1977 « l’État des masses », avec la création des congrès populaires de base, un régime de «démocratie directe» inspiré par la « Troisième théorie universelle » consignée dans le Livre vert, censé être une « synthèse du socialisme et du capitalisme ». Grâce aux énormes revenus tirés du pétrole, Mouammar Kadhafi instaure la gratuité des soins de santé et celle de l’éducation, subventionne les produits alimentaires, étend l’accès à l’eau et à l’électricité au plus grand nombre. Les entreprises les plus importantes sont nationalisées et l’économie est pratiquement sous le contrôle de l’État. Internationaliste, il est solidaire des luttes de libération, n’hésitant pas à soutenir ceux qui sollicitent son aide, ce qui a le don d’agacer certaines puissances occidentales qui le considèrent comme un « terroriste ». Trente-sept ans plus tard, la Libye est toujours officiellement un pays socialiste, mais beaucoup de réformes sont entre-temps intervenues, notamment au plan économique et dans les relations avec le monde occidental. Mieux, le pays semble s’engager dans une dynamique de changement incarnée par le fils aîné Seifel Islam du Guide qu’il tente de « contrôler » pour ne pas mécontenter les orthodoxes de la révolution. Dans le discours qu’il a prononcé durant deux heures dans la nuit du 31 août à Al-Baida, à 1 200 km à l’est de la capitale Tripoli, à l’occasion du 37e anniversaire de la révolution, Mouammar Kadhafi s’est posé à la fois en arbitre et conciliateur entre les deux tendances politiques qui cohabitent aujourd’hui dans les cercles du pouvoir. « Soyez prêts à n’importe quel moment à écraser les ennemis de l’intérieur qui tenteraient de s’opposer à la marche du peuple» a-t-il lancé, rappelant que « lorsque nous avons mené la révolution, nous ne voulions pas du pouvoir pour nous-mêmes, mais nous l’avons assumé pour le peuple. Par conséquent, nous ne permettrons à personne de le voler au peuple ». Il a aussi fustigé « les opposants qui réclament l’alternance alors que le peuple libyen a déjà le pouvoir ». Mais paradoxalement, il a recommandé dans le même temps aux Comités révolutionnaires d’adopter un programme de réformes démocratiques élaboré par son fils, destiné à mettre fin à l’ère révolutionnaire et à préparer l’avènement d’un État constitutionnel. Alors que son père exalte les bienfaits de la «révolution populaire », Seif-el Islam Kadhafi, dénonce la «mafia» libyenne et les « gros chats » qui accaparent les pouvoirs et les ressources du pays, fustige l’absence de démocratie et de liberté de la presse. « Le pouvoir démocratique dont nous rêvons n’existe pas, mais nous ne devons pas rétablir la monarchie. Il nous faut une Constitution permanente pour les cent ans à venir », a-t-il précisé. Puis de conclure que « le temps est venu de nous consacrer entièrement au développement et à la construction du pays ». Selon l’opposant Abdelhakim al-Fitouri, Mouammar Kadhafi a le souci de rassurer la vieille garde de son régime tout en apportant un soutien public à son fils.

Président de la Fondation Kadhafi pour le développement (FKD), Seif-el Islam Kadhafi s’est attaché les services de Michael Porter, professeur d’économie à Harvard, pour élaborer une « stratégie économique nationale » en vue de faire de la Libye une véritable plate-forme pour les échanges commerciaux et financiers à l’horizon 2019. Sous le slogan «Ensemble pour la Libye de demain», il entend poursuivre les changements entamés depuis quelques années et 1980. Le pays n’étant plus considéré comme un «soutien du terrorisme», les compagnies pétrolières occidentales y reviennent, de même que les industriels du tourisme attirés par les potentialités du pays. Le Guide de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste a confié avoir eu plusieurs discussions fructueuses avec Francis Fukuyama, l’auteur du livre La Fin de l’histoire et le dernier homme publié en 1992. Cet Américain considère que l’effondrement des démocraties populaires en Europe de l’Est au début des années 90, consacre la victoire totale et définitive du libéralisme, lequel constitue « le point final de l’évolution idéologique de l’humanité et la forme finale de tout gouvernement humain, donc la fin de l’histoire ».

Signes des temps, et comme en écho aux mutations en cours en Libye, un opéra consacré à la vie du Guide Mouammar Kadhafi devait être programmé début septembre à Londres, en Angleterre. Intitulé Kadhafi, un mythe vivant, cet opéra comporte six tableaux et « explore une énigme pleine de contradictions et le pouvoir d’un mythe ».

Jean Traoré

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