Après les 5 infirmières bulgares et un médecin palestinien condamnés à mort, 2 Suisses pris en otage suite aux frasques du fils de Kadhafi à Genève qui prend cela comme un crime de lèse majesté.
Un embargo qui ne devrait pas avoir d'impact sur le prix de l'essence. La raffinerie de Collombey, qui appartient à Tamoil, est le verrou de l'affaire.
«Cette situation va durer deux ou trois semaines» C'est ce que déclare Hasni Abidi, directeur du Centre genevois d'étude sur le monde arabe, qui semble jouer la voix de son maître. Il rapporte le point de vue officiel, à savoir que: "La crise est importante, des personnalités libyennes me disent qu'elles auraient voulu que l'Etat suisse prenne tout de suite l'affaire en charge. Les Libyens ont eu le sentiment d'une démission des autorités. Pour eux, Hannibal n'est pas n'importe qui, et il n'aurait donc pas dû être traité banalement". En résumé, Kadhadi et son fils sont au-dessus des lois!
Inquiétudes pour les Suisses détenus à Tripoli
La raffinerie de Collombey (VS), exploitée par la compagnie libyenne Tamoil, na pour lheure pas constaté de baisse de régime de son activité. (photo: Keystone)
AFFAIRE KADHAFI. La situation, loin de s'arranger, se corse avec l'inculpation de deux ressortissants helvétiques pour des motifs pour le moins douteux.
Le Temps D.S. Miéville, Berne Vendredi 25 juillet 2008
Les choses ne s'arrangent pas, bien au contraire, entre la Libye et la Suisse. Le Département des affaires étrangères, qui observait encore mercredi quelques précautions oratoires, n'hésitait plus jeudi à parler de crise. Les principales préoccupations portent désormais sur le sort des deux ressortissants suisses détenus à Tripoli, dont la situation, que la Suisse qualifie désormais officiellement d'inacceptable, s'est gravement péjorée depuis la veille. L'embargo sur les livraisons de pétrole libyen, qui n'a pas été clairement notifié, a soulevé de nombreuses interrogations mais ne suscite pas de grandes inquiétudes, dans la mesure où la Suisse peut s'approvisionner ailleurs (lire ci-dessous).
Conditions extrêmement dures
Les deux ressortissants suisses détenus à Tripoli, qui étaient jusqu'ici placés en garde à vue, ont été inculpés de diverses infractions aux dispositions légales sur l'immigration et le séjour. Berne exprime les plus grands doutes sur les raisons invoquées pour justifier cette inculpation. Les deux Suisses ont été placés en détention préventive dans des conditions extrêmement dures, à vingt dans une pièce exiguë, et traités de la même façon que les immigrés clandestins. Ils sont notamment soumis à des conditions d'hygiène déplorables, et leur situation est aussi douloureuse que préoccupante, a commenté jeudi Jean-Philippe Jeannerat, le porte-parole du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). La première priorité des autorités suisses est désormais d'obtenir, sinon leur libération immédiate, du moins l'amélioration très importante de leurs conditions de détention. Les diplomates suisses n'ont pas eu accès à ces deux personnes, dont l'une est le représentant d'ABB sur place, dans le cadre de la protection consulaire, a précisé le porte-parole du DFAE.
Quant à la mission diplomatique suisse envoyée à Tripoli, elle devait prendre le chemin du retour jeudi soir ou vendredi matin, pour informer directement Micheline Calmy-Rey de la situation sur place. Les communications entre Berne et Tripoli, a précisé Jean-Philippe Jeannerat, ne sont pas aussi simples qu'on l'imaginait. Sur place, ladite délégation a rencontré différents interlocuteurs au Ministère libyen des affaires étrangères.
Contacts avec d'autres pays
A Berne, le DFAE, où Micheline Calmy-Rey a réuni jeudi en début de matinée ses principaux collaborateurs, dont le secrétaire d'Etat Michael Ambühl, déploie manifestement une intense activité pour sortir de la crise. On a pris note à Berne des exigences exprimées à Tripoli, par les manifestants qui s'agitent devant l'ambassade de Suisse plutôt que par des canaux plus orthodoxes, semble-t-il. Ces exigences portent sur l'obtention d'excuses publiques et la fin de la procédure ouverte contre Hannibal Kadhafi et son épouse.
Toutes les options sont examinées, commentait sobrement jeudi soir le porte-parole du Département, qui s'est montré fort peu explicite sur la nature des démarches déjà entreprises ou prévues. Il est notamment certain que la Suisse a pris contact avec d'autres Etats susceptibles d'apporter leur concours, d'une façon ou d'une autre, à ses efforts.
Ce n'est pas la première fois qu'un problème avec la famille Kadhafi provoque une crise entre les deux pays. En novembre 1997, rappelle l'ATS, la Libye avait fermé ses frontières aux citoyens suisses. Elle protestait ainsi contre le refus de Berne d'accorder un visa à un autre fils du guide de la révolution, Saïf al-Islam Kadhafi, qui voulait faire des études en Suisse. Les relations s'étaient ensuite normalisées en avril 1998.
Un embargo qui ne devrait pas avoir d'impact sur le prix de l'essence
La raffinerie de Collombey, qui appartient à Tamoil, est le verrou de l'affaire.
Le Temps, Yves Genier, 25 juillet 2008
L'embargo dans les faits décrété par la Libye sur les livraisons de pétrole à la Suisse ne devrait pas avoir de conséquences sur les prix, du moins pas dans l'immédiat. «Sur les 12 millions de tonnes de produits pétroliers consommés chaque année, la Libye n'en fournit que 2,3 millions, soit moins de 20% de la consommation», explique Philippe Cordonnier, de l'Union pétrolière à Lausanne.
Les puits du pays nord-africain fournissent environ la moitié de la consommation suisse de brut. Ils alimentent la raffinerie de Collombey (VS) via un oléoduc partant de Gênes et passant par le tunnel du Grand-Saint-Bernard. Cette raffinerie est exploitée par Tamoil, qui appartient lui-même à la Libyan Investment Authority, le fonds souverain du régime Kadhafi. L'autre moitié de la consommation en brut est acquise principalement sur le marché libre de Rotterdam et transportée par bateau sur le Rhin ou par voie ferrée. Une partie est acheminée par oléoduc depuis Fos-sur-Mer en France et alimente la raffinerie de Cressier (NE), exploitée par Petroplus, une holding basée en Suisse et cotée en bourse.
«En cas de crise, la Suisse pourrait facilement changer la logistique de ses approvisionnements en reportant ses achats sur le marché libre. Il est possible que le surcroît de demande tende quelque peu les prix des produits finis sur ce marché spécifique. En revanche, l'impact de la crise sur les cours mondiaux du brut sera négligeable. Le marché suisse est trop petit pour entraîner des mouvements sur les prix au plan international», estime Olivier Jakob, responsable de Petromatrix, société de courtage en pétrole basée à Zoug. Jeudi soir, le brut baissait de 0,2%, à 124,12 dollars.
Echec de la vente de Tamoil
Une fermeture du robinet libyen forcerait néanmoins les importateurs à se rabattre sur des produits de qualité moindre. «Le brut libyen est si léger qu'il est difficile à remplacer», souligne un courtier en pétrole basé à Genève et à Londres.
Première concernée par un éventuel arrêt des livraisons, la raffinerie de Collombey n'a toutefois enregistré «aucun impact» sur son activité pour le moment. Si les livraisons en provenance de Libye cessaient, «la raffinerie pourrait, sur le plan technique, facilement diversifier ses approvisionnements», observe Rolf Hartl, directeur de l'Union pétrolière. Les trois raffineries européennes d'Oilinvest, la société faîtière de Tamoil, se fournissent déjà partiellement auprès de tiers. En 2006, derniers chiffres disponibles, cette proportion était de 20,9%.
Cependant, «l'Etat libyen n'aurait pas intérêt à fermer ses approvisionnements à sa propre société en Suisse, car c'est cette dernière qui en souffrirait en premier», poursuit Rolf Hartl. Les concurrents du groupe libyen ne pourraient que profiter de l'assèchement de plus de 250 stations-service.
Cela rendrait le groupe Oilinvest encore moins attractif pour d'éventuels acheteurs, malgré les efforts entrepris dès ce printemps par le groupe pour se vendre. Une première transaction annoncée l'année passée a échoué en mars dernier. Le fonds de capital-investissement américain Colony Capital s'était déclaré prêt en juin 2007 à acheter 70% du groupe pour 6,6 milliards de francs. Quelques mois plus tard, il renonçait, jugeant que les Libyens ne lui donnaient pas assez d'informations sur la substance économique de la société.
«Cette situation va durer deux ou trois semaines»
Hasni Abidi, directeur du Centre genevois d'étude sur le monde arabe, est sur place. Témoignage.
Cynthia Gani, Le Temp, Vendredi 25 juillet 2008
«Il n'y a eu aucune communication officielle sur une décision de fermer les robinets à la Suisse. Des employés de compagnies pétrolières le réclament, mais le colonel Kadhafi n'a pas donné d'instructions en ce sens. Or, dans ce dossier, les décisions sont du seul ressort du colonel et de ses enfants. Pour l'heure, on ne dépasse pas le stade de la révolte. Plusieurs personnalités m'ont assuré que la Libye ne peut pas se permettre de condamner sa raffinerie de Collombey.
«Il est difficile d'évaluer l'état d'esprit de la population. A certains endroits, les rues sont calmes. Dans d'autres lieux, on sent une certaine agitation. J'ai assisté à une manifestation de 80 ou 100 personnes, mais elles étaient bien encadrées.»
Concernant les deux Suisses inculpés, il s'agit pour la Libye de montrer qu'elle est capable d'en arriver là. Pour l'instant, le colonel ne s'est pas exprimé officiellement sur la crise. C'est dans son intérêt de faire durer le suspense. Il se profile comme l'homme qui peut éteindre l'incendie à tout moment. Espérons qu'il va se profiler comme un homme sage. Je pense qu'il faudra deux ou trois semaines pour que la situation se décante. La Libye exige de la Suisse la fermeture du dossier Hannibal, mais il faudra trouver une solution médiane, acceptable pour les deux parties.
»La crise est importante, des personnalités libyennes me disent qu'elles auraient voulu que l'Etat suisse prenne tout de suite l'affaire en charge. Les Libyens ont eu le sentiment d'une démission des autorités. Pour eux, Hannibal n'est pas n'importe qui, et il n'aurait donc pas dû être traité banalement.»