Noam Chomsky dénonce l'agression contre Gaza
A travers la prise de position La question Israélo-Palestinienne ne date pas de lHolocauste, le double langage non plus. Noam Chomsky dénonce la colonisation de la Palestine, au mépris de la doctrine Wilson. Plus récemment, il dénonce le départ des Israéliens de Gaza; Israël a laissé derrière une terre brûlée, des services dévastés et un peuple sans présent ni avenir. Les colonies ont été détruites dans un retrait sans pitié par un occupant barbare qui en fait continue de contrôler le territoire et de tuer et harceler ses habitants grâce à sa formidable puissance militaire. Et enfin, il dénonce l'agression contre Gaza.
La question Israélo-Palestinienne ne date pas de lHolocauste, le double langage non plus.
mardi 10 février 2009, par Noam Chomsky, traduction par Laurent Emor pour leGrandSoir.org
Extrait du rapport King-Crane (août 1919), exprimant les positions publiques des Grandes Puissances à travers la Société des Nations, ancêtre de lONU :
Dans son adresse du 4 juillet 1918, le président Wilson a posé le principe suivant comme lun des quatre objectifs majeurs pour lesquels combattent les peuples associés du monde. Le règlement de toute question, quil sagisse de territoire, de souveraineté, darrangement économique ou de relations politiques, [doit se faire] sur la base de la libre acceptation de ce règlement par les gens directement concernés et non sur la base de lintérêt ou de lavantage matériel de nimporte quelle autre nation ou nimporte quel autre peuple qui viendrait à désirer un règlement différent au nom de son influence ou de sa supériorité dans le monde.
Si ce principe doit sappliquer et si les voeux de la population de la Palestine doivent décider de ce qui doit être fait de la Palestine, alors il y a lieu de rappeler que sa population non juive (pratiquement les 9/10 du total) soppose énergiquement à lensemble du programme sioniste
Soumettre un tel peuple à une immigration juive illimitée et à une pression financière constante pour quil vende la terre représenterait une violation grossière du principe ci-dessus et, quand bien même elle satisferait aux formes de la légalité, une violation du simple droit des gens.
Au même moment; extrait dun mémorandum privé adressé par Lord Balfour au Cabinet Britannique (août 1919) : En Palestine, nous navons pas lintention de nous attarder à considérer les souhaits des habitants actuels de ce pays ... Les Quatre Grandes Puissances se sont engagées envers le Sionisme. Et le Sionisme, juste ou pas, bon ou mauvais, se justifie par une longue tradition, dans les nécessités du présent et dans les espérances du futur ; il a une importance bien plus profonde que les désirs ou que les préjudices ressentis par les 700'000 Arabes qui habitent ce pays à lheure actuelle ... Malgré tout le respect que lon pourrait accorder au point de vue des autochtones, les Puissances nont pas lintention de les consulter. En bref, en ce qui concerne la Palestine, les puissances nont pris aucun engagement qui ne soit à lévidence faux, ni nont fait aucune déclaration politique quils naient lintention de renier, au moins quant à la lettre.
« Exterminez toutes les brutes » : Gaza 2009
Samedi 27 décembre 2008 la dernière attaque en date est lancée contre les Palestiniens sans défenses. Elle fut minutieusement préparée, depuis plus de 6 mois selon la presse israélienne. Le plan comprend deux aspects, lun militaire et lautre de propagande. Il est basé sur les leçons de linvasion israélienne du Liban en 2006, mal programmée et peu « expliquée » au public. Nous pouvons donc être certains que ce qui a été fait a été intentionnel et programmé.
Ainsi en est-il sûrement du moment de lagression: un peu avant midi, quand les enfants sortent de lécole et que les foules saffairent dans les rues de Gaza densément peuplée. Quelques minutes suffiront pour tuer plus de 225 personnes et en blesser 700. Début de bon augure au massacre en masse de civils sans défense, pris au piège dans une petite cage, sans moyen den échapper.
Dans sa rétrospective « inventaire des gains de la Guerre de Gaza » le correspondant du New York Times Ethan Bronner a classé cet acte comme une réussite des plus significatives. Israël a anticipé lavantage de paraître « devenir fou » en causant une terreur totalement disproportionnée, doctrine qui remonte aux années 1950. « Les Palestiniens à Gaza ont reçu le message dès le premier jour » écrit Bronner, « quand les avions de guerre dIsraël ont frappé dun coup de multiples cibles au beau milieu dun samedi matin. Environ 200 furent tués instantanément, terrifiant le Hamas et bien sûr tout Gaza ». La tactique du « devenir fou » semble avoir porté ses fruits conclut Bronner : il y a « certaines indications que les Gazaouis ressentent tellement de douleur quils ne soutiendront plus le Hamas », gouvernement quils ont élu. A ce propos, je ne me souviens pas de la rétrospective du Times « inventaire des gains de la Guerre de Tchétchénie », bien que les gains en furent élevés.
La préparation minutieuse comprenait aussi certainement la fin de lagression, soigneusement planifiée, juste avant linvestiture dObama pour minimiser la menace (lointaine) quil puisse émettre quelques critiques sur ces crimes odieux soutenus par les USA.
Deux semaines après le début de ce Shabbat agressif, Gaza étant déjà ensevelie sous les décombres et le bilan humain avoisinant les 1000 morts, lagence de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNWRA), dont dépend la survie de la plupart des Gazaouis, annonce que larmée israélienne lui refuse lacheminement de laide vers Gaza, arguant que la frontière est fermée durant la fête du Shabbat. Pour honorer le jour saint, on refuse nourriture et médicaments aux Palestiniens sur le point de mourir, pendant que des centaines dautres sont massacrés par les bombardiers et les hélicoptères de fabrication étasunienne.
Cette double norme de respect scrupuleux du Shabbat ne provoque que peu, ou pas du tout la critique. Cela sexplique. Dans les annales criminelles du couple Israël-Etats-Unis, cette cruauté et ce cynisme ne méritent pas même une note de bas de page. Cest trop courant. Pour citer un parallèle significatif, en juin 1982 linvasion Israélienne du Liban, avalisée par les Etats-Unis, commença par le bombardement des camps de réfugiés Palestiniens de Sabra et Shatila, qui devinrent ensuite les symboles des terribles massacres supervisés par les IDF (Forces de « Défense » Israéliennes). Le bombardement toucha lhôpital local - lhôpital Gaza - et tua plus de 200 personnes selon le témoignage dun universitaire étasunien spécialiste du Moyen-Orient. Cette boucherie fut lacte douverture dune hécatombe qui extermina quelque 15 à 20'000 personnes et détruisit la plus grande partie du Sud Liban et de Beyrouth, avec le soutien militaire et diplomatique des Etats-Unis. Soutien sous forme de veto au Conseil de Sécurité de lONU dont les résolutions visaient à bloquer cette agression criminelle menée en fait pour protéger Israël dun règlement pacifique et politique, et non les Israéliens souffrant sous dintenses tirs de roquettes, inventions commodes de limagination dapologistes.
Tout cela est normal et commenté assez ouvertement par de hauts dignitaires israéliens. Il y a 30 ans, le chef détat-major Mordechai Gur observait que depuis 1948 « nous avons combattu une population habitant des villages et des villes ». Ou, résumé par le plus notoire des analystes militaires israéliens Zeev Schiff, « larmée israélienne a toujours, délibérément et consciemment visé les populations civiles
larmée na jamais distingué les cibles civiles [des militaires
mais] intentionnellement attaqué des objectifs civils ». Les raisons furent expliquées par léminent homme politique Abba Eban : « il y avait un but rationnel, atteint en définitive, de toucher les populations civiles afin quelles exercent une pression pour larrêt des hostilités ». Le résultat, comme lavait bien compris Eban, devait permettre à Israël de mettre en uvre sans obstacles son plan dexpansion illégale et de répression brutale. Eban commentait lanalyse par le premier Ministre Begin des attaques du gouvernement Travailliste contre des civils; Begin, selon les mots dEban, donnait une image « dIsraël infligeant sans raison la mort et langoisse à des populations civiles comme le firent des régimes que ni Mr Begin ni moi noserions appeler par leur nom ». Eban ne contestait pas les faits quanalysait Begin, mais le critiquait de les exposer publiquement. Cela ne concernait pas non plus Eban, ni ses admirateurs, que son plaidoyer en faveur dune terreur détat massive puisse lui-même remémorer des régimes dont il noserait prononcer le nom.
Les justifications dEban de la terreur détat sont perçues comme convaincantes par des autorités respectées. Pendant que lattaque israélo-étasunienne récente faisait encore rage, le chroniqueur du Times Thomas Friedman expliquait que la tactique dIsraël, comme celle adoptée au cours de linvasion du Liban en 2006, est basée sur un principe sain : « essayer « déduquer » le Hamas en infligeant de lourdes pertes à ses militants et des souffrances terribles à la population de Gaza ». Cela se comprend dun point de vue pratique, comme ce fut le cas au Liban où « la seule dissuasion à long terme fut dexposer les civils - les familles et employeurs des militants - à de telles calamités pour quils ne soutiennent plus le Hezbollah dans le futur ». Avec une telle logique, les efforts de Ben Laden pour « éduquer » les étasuniens le 11/09 étaient aussi dignes déloges, tout comme les attaques Nazies à Lidice et Oradour, la destruction de Grozny par Poutine et dautres tentatives notoires « déducation ».
Israël a fait beaucoup defforts pour afficher son attachement à ces principes directeurs. Le correspondant du New York Times, Stephen Erlanger, rapporte que les associations de défense des Droits de lHomme sont « troublés par les frappes dIsraël sur des bâtiments censément civils, comme le Parlement, les commissariats et le Palais Présidentiel » et, pourrions nous ajouter, les villages, les maisons, les camps de réfugiés densément peuplés, les systèmes dadduction et dépuration deau, les hôpitaux, les écoles et les universités, les mosquées, les installations de secours des Nations Unies, les ambulances et en fait tout ce qui peut soulager la douleur de victimes insignifiantes. Un haut officier du renseignement israélien a expliqué que larmée israélienne avait attaqué « deux facettes du Hamas - la résistance cest-à-dire son aile militaire, et sa dawa (NDT : en arabe, technique de prosélytisme religieux), cest-à-dire son aile sociale », cette dernière étant un euphémisme pour désigner la société civile. Il a fait valoir que « le Hamas était un seul bloc, » et de continuer, « dans une guerre, les instruments de contrôle politique et social sont des cibles aussi légitimes que les caches de roquettes ». Erlanger et ses éditeurs ne font aucun commentaire sur lapologie directe et la pratique massive du terrorisme visant des civils, et, comme on la déjà noté, les correspondants et chroniqueurs acceptent ou justifient explicitement les crimes de guerre. Mais, selon la norme, Erlanger ne manque pas de souligner que les roquettes du Hamas sont « une violation flagrante du principe de discrimination, correspondant à la définition classique du terrorisme. »
Comme dautres familiers de la région, le spécialiste du Moyen-Orient Fawwaz Gerges observe: « Ce que les responsables israéliens et leurs alliés étasuniens ne comprennent pas cest que le Hamas nest pas seulement une milice armée, mais un mouvement social avec une large base populaire, profondément ancré dans la société ». Donc, quand ils déploient leurs plans pour détruire « laile sociale » du Hamas, ils détruisent en fait la société palestinienne.
Gerges est peut-être trop gentil. Il est hautement improbable que les responsables étasuniens et israéliens - ou les médias et autres commentateurs - ne comprennent pas ces faits. Au contraire, ils adoptent implicitement la posture habituelle de ceux qui monopolisent les moyens de la violence : dun coup de poing nous pouvons écraser toute opposition, et si le bilan civil de nos attaques brutales est lourd, cest aussi bien : peut-être les survivants seront-ils convenablement éduqués.
Les officiers des IDF savent très bien quils détruisent la société civile. Ethan Bronner cite un colonel israélien qui dit que lui et ses hommes ne sont pas très « impressionnés par les combattants du Hamas ». « Ce sont des villageois avec des armes », a déclaré un tireur sur un blindé de transport de troupe. Ils ressemblent à ces victimes des criminelles IDF durant lopération « poigne de fer » en 1985 dans le Sud Liban occupé, dirigée par Shimon Peres, lun des plus grands chefs terroristes de lère de la « Guerre contre la Terreur » de Reagan. Au cours de ces opérations, des commandants israéliens et des analystes stratégiques ont expliqué que les victimes étaient des « terroristes villageois », difficile à éradiquer parce que « ces terroristes opèrent avec le soutien de la majorité de la population locale ».
Un commandant israélien se plaint que « le terroriste ... a de nombreux yeux, car il vit ici ». Dans le même temps, le correspondant militaire du Jérusalem Post décrit les problèmes rencontrés par les forces israéliennes dans sa lutte contre les « terroristes mercenaires », « fanatiques assez dévoués à leurs causes pour prendre le risque dêtre tués en se battant contre larmée israélienne », qui doit « maintenir lordre et la sécurité » dans le Sud Liban occupé, malgré « le prix que les habitants devront payer ». Le problème a été familier aux Etasuniens dans le Sud Vietnam, aux Russes en Afghanistan, aux Allemands dans lEurope occupée, et a dautres agresseurs qui se rejoignent dans la mise en uvre de la doctrine Gur-Eban-Friedman.
Gerges estime que la terreur dÉtat israélienne va échouer : le Hamas, écrit-il, ne peut pas être effacé sans massacrer un demi-million de Palestiniens. Si Israël réussit à tuer les hauts dirigeants du Hamas, une nouvelle génération plus radicale que lactuelle les remplacera rapidement. Le Hamas est une réalité de la vie. Il ne partira pas, et ne hissera pas le drapeau blanc, quel que soit le nombre de victimes quil ait à déplorer.
Peut-être, mais il y a souvent une tendance à sous-estimer lefficacité de la violence. Il est particulièrement étrange que cette croyance se développe aux Etats-Unis. Pourquoi en sommes-nous là ?
Le Hamas est régulièrement dépeint comme « le Hamas soutenu par lIran, qui se consacre à la destruction dIsraël ». On le trouvera difficilement décrit comme « le Hamas démocratiquement élu, qui a longtemps été en faveur dun règlement à deux États, en accord avec le consensus international » - bloqué depuis plus de 30 ans par les États-Unis et Israël qui rejettent catégoriquement et explicitement le droit des Palestiniens à lautodétermination. Tout cela est vrai, mais inutile à la Ligne du Parti, donc superflu.
Les détails mentionnés plus haut, bien que mineurs, nous apprennent néanmoins quelque chose sur nous-mêmes et nos clients. Comme dautres détails. Par exemple, quand la dernière agression américano-israélienne sur la bande de Gaza a commencé, un petit bateau, la Dignité, faisait route de Chypre vers Gaza. A bord, les médecins et les militants des Droits de lHomme avaient lintention de briser le blocus criminel imposé par Israël et dapporter de laide médicale à la population emprisonnée. Le navire a été intercepté dans les eaux internationales par la marine israélienne qui lavait déjà sévèrement percuté, le coulant presque, mais il a réussi à se traîner jusquau Liban. Israël a publié ses mensonges ordinaires, réfutés par les journalistes et les passagers à bord, y compris le correspondant de CNN Karl Penhaul et lancien représentant des États-Unis et candidat présidentiel du Parti Vert, Cynthia McKinney. Cest un crime grave - bien pire par exemple que le détournement de bateaux au large des côtes de la Somalie. Il est passé, sans attirer beaucoup lattention. Lacceptation tacite de tels crimes reflète celle que la bande de Gaza est un territoire occupé, quIsraël est en droit de lassiéger avec laval des gardiens de lordre international pour perpétrer des crimes en haute mer et mettre en uvre ses actions punitives envers la population civile qui désobéirait à ses ordres - sous des prétextes auxquels nous revenons toujours, presque universellement acceptés, mais clairement intenables.
De nouveau ce manque dattention a du sens. Pendant des décennies, Israël a détourné des bateaux dans les eaux internationales entre Chypre et le Liban, tuant ou enlevant leurs passagers, les transférant parfois dans des prisons en Israël, y compris des prisons secrètes ou chambres de torture, les détenant en otages pendant de nombreuses années. Étant donné que ces pratiques sont courantes, pourquoi traiter ces nouveaux crimes autrement quavec un bâillement ? Chypre et le Liban ont réagi très différemment, mais qui sont-ils dans lordre des choses ?
Qui se soucie par exemple que les rédacteurs du Daily Star au Liban, généralement pro-occidentaux, écrivent que « Près dun million et demi de personnes dans la bande de Gaza sont soumis à la gestion meurtrière de lun des pays à la technologie la plus avancée, mais à la morale de machines militaires des plus régressives. On suggère souvent que les Palestiniens sont devenus dans le Monde Arabe ce que les Juifs étaient en Europe avant la Seconde Guerre mondiale, et il y a une certaine vérité à cette interprétation. Il est donc approprié et totalement abject que, tout comme les Européens et les Nord Américains détournaient les yeux quand les nazis perpétraient lHolocauste, les Arabes ne fassent rien pendant que les Israéliens massacrent les enfants Palestiniens ». La brutale dictature Egyptienne qui bénéficie de laide militaire américaine la plus importante après Israël est peut-être le plus honteux des régimes Arabes.
Selon la presse libanaise, Israël continue « denlever régulièrement des civils libanais du côté libanais de la Ligne bleue [la frontière internationale], comme récemment en Décembre 2008 ». Et bien sûr « les avions israéliens violent quotidiennement lespace aérien libanais, en violation de la Résolution 1701 des Nations Unies » (Amal Saad-Ghorayeb, chercheur libanais, Daily Star, 13 janvier). Cela aussi advient depuis longtemps. En condamnant linvasion israélienne du Liban en 2006, léminent analyste stratégique israélien Zeev Maoz écrit dans la presse israélienne que « Israël a violé lespace aérien libanais en effectuant des missions de reconnaissance aérienne presque chaque jour depuis son retrait du Sud Liban, il y a six ans. Certes, ces survols aériens nont pas fait de victimes libanaises, mais une violation des frontières reste une violation des frontières. Ici encore la morale dIsraël nest pas des plus élevées ». Et en général, il ny a aucune justification au « consensus établi en Israël que la guerre contre le Hezbollah au Liban est une guerre juste et morale », un consensus fondé sur une mémoire sélective à court terme, sur une vision du monde introverti, et sur des doubles standards. Ce nest pas une guerre juste, lutilisation de la force est excessive et aveugle, et son but ultime est lappropriation.
Comme Maoz le rappelle aussi au lecteur israélien, les survols avec bangs supersoniques pour terroriser les Libanais sont les moindres crimes israéliens au Liban, sans parler des cinq invasions depuis 1978 : « Le 28 Juillet 1988, les forces spéciales israéliennes ont enlevé le cheikh Obeid, et le Mai 21 1994 Israël a enlevé Mustafa Dirani, responsable de la capture du pilote israélien Ron Arad [quand il bombardait le Liban en 1986]. Israël les détient avec 20 autres Libanais capturés dans des conditions inconnues, et gardés longtemps en prison, sans jugement. Ils ont été détenus comme « monnaie déchange » humaine. Apparemment, quand le Hezbollah enlève des Israéliens pour en faire des prisonniers déchange cela est moralement répréhensible, et passible de sanctions militaires. Quand Israël le fait, cest tout à fait normal », bien que ce soit sur une plus grande échelle et depuis de très nombreuses années.
Les pratiques ordinaires dIsraël sont éloquentes au-delà même de ce quelles révèlent sur la criminalité dIsraël et le soutien de lOccident. Comme lindique Maoz, ces pratiques soulignent la parfaite hypocrisie de la revendication constante par Israël du droit denvahir de nouveau le Liban en 2006, lorsque des soldats furent capturés à la frontière. Cétait la première action transfrontalière du Hezbollah au cours des six années qui ont suivi le retrait dIsraël du Sud Liban, occupé en violation des ordres du Conseil de Sécurité datant de 22 ans, alors que pendant ces six années, Israël a violé la frontière presque tous les jours, avec impunité et dans notre silence.
De nouveau lhypocrisie routinière. Ainsi Thomas Friedman tout en expliquant comment ces sous-races doivent être « éduquées » par la violence terroriste, écrit que linvasion israélienne du Liban en 2006, détruisant encore une fois une bonne partie du Sud Liban et de Beyrouth, tuant un millier de civils, était un acte juste dautodéfense en réponse au crime du Hezbollah « lançant sans raisons une guerre au-delà de la frontière reconnue par lONU entre Israël et le Liban, alors quIsraël sest retiré unilatéralement du Liban ». Si lon ignore le mensonge et use de la même logique, les attaques terroristes contre les Israéliens, jugées beaucoup plus destructrices et meurtrières que toutes autres, seraient pleinement justifiées en réponse aux pratiques criminelles dIsraël au Liban et en haute mer, qui dépassent largement le crime du Hezbollah de capturer deux soldats à la frontière. Lancien spécialiste du Moyen-Orient du New York Times connaît très bien ces crimes, du moins sil lit son journal : par exemple, le paragraphe 18 dun article sur léchange de prisonniers en Novembre 1983 remarque sans sy attarder que les 37 prisonniers arabes « ont été capturés récemment par la marine israélienne alors quils tentaient daller de Chypre à Tripoli », au nord de Beyrouth.
Bien sûr, toutes ces conclusions sur les actions appropriées contre les riches et les puissants sont fondées sur un vice fondamental : nous cest nous et eux cest eux. Ce principe essentiel, profondément enraciné dans la culture Occidentale, suffit à infirmer la comparaison la plus appropriée et le raisonnement le plus parfait.
Pendant que jécris, un autre bateau est en route de Chypre vers Gaza, « transportant des aides médicales durgence dans des boîtes scellées, ayant passées les douanes de laéroport international et du port de Larnaca », selon les organisateurs. Les passagers comprennent des membres du Parlement européen et des médecins. Israël a été avisé de leur intention humanitaire. Avec une pression populaire suffisante, ils pourraient réaliser leur mission dans la paix.
Les nouveaux crimes que les Etats-Unis et Israël ont commis dans la bande de Gaza au cours des dernières semaines ne rentrent pas facilement dans une catégorie standard - sauf dans la catégorie familière dont jai donné plusieurs exemples, et dont je donnerais dautres. Littéralement, ces crimes relèvent de la définition officielle par le gouvernement nord américain de « terrorisme », mais cette désignation ne rend pas compte de leur énormité. Ils ne peuvent être appelés « agressions », parce quils sont menés dans les territoires occupés, comme les États-Unis le reconnaissent tacitement. Dans leur vaste érudition de lhistoire de la colonisation israélienne dans les territoires occupés, les Seigneurs de la Terre (Lords of the Land), Idit Zertal et Akiva Eldar remarquent quaprès quIsraël a retiré ses forces de Gaza en août 2005, les ruines du territoire nont pas été libérées, « pas même un jour de lemprise militaire dIsraël, ni du prix de loccupation que les habitants paient chaque jour ... Israël a laissé derrière une terre brûlée, des services dévastés et un peuple sans présent ni avenir. Les colonies ont été détruites dans un retrait sans pitié par un occupant barbare qui en fait continue de contrôler le territoire et de tuer et harceler ses habitants grâce à sa formidable puissance militaire » - appliquée avec une extrême sauvagerie et avec le soutien sans faille et la participation des Etats-Unis.
Les attaques israélo-étasuniennes sur Gaza se sont multipliées en janvier 2006, quelques mois après le retrait officiel, lorsque les Palestiniens ont commis un crime véritablement odieux : ils ont voté « dans la mauvaise direction », dans une élection libre. Comme dautres, les Palestiniens ont appris que lon ne désobéit pas impunément aux ordres du Maître, qui continue à fabuler sur son « aspiration à la démocratie », sans susciter le ridicule de lélite, une autre réussite impressionnante.
Puisque les termes « agression » et « terrorisme » sont inadaptés, un nouveau terme est nécessaire pour décrire la torture sadique et lâche de personnes emprisonnées sans aucune possibilité de fuite, pendant quelles sont réduites en poussière par les produits les plus sophistiqués de la technologie militaire des Etats-Unis - utilisées en violation du droit international et même de la loi étasunienne, mais contre un état unilatéralement déclaré hors-la-loi, ce qui est encore un autre détail technique mineur. Un autre détail technique mineur ; le 31 décembre, alors que les habitants de Gaza terrorisés cherchaient désespérément un abri contre limpitoyable agression, Washington a engagé un navire marchand allemand pour transporter un lourd chargement de Grèce en Israël, 3'000 tonnes de « munitions » non identifiées. Cette expédition « faisait suite à laffrètement dun navire de commerce pour transporter des États-Unis vers Israël une cargaison plus importante de matériel militaire, avant les frappes aériennes de décembre sur la bande de Gaza », a indiqué Reuters. Tout cela en plus des 21 milliards de dollars en aide militaire américaine fournie par ladministration Bush à Israël, en majorité sous forme de subventions. « Lintervention dIsraël dans la bande de Gaza a été largement alimentée par des armes fournies par les Etats-Unis, payées avec largent des contribuables », selon les informations de la New America Foundation, qui surveille le commerce des armes. La dernière expédition a été contrariée par la décision du gouvernement Grec dinterdire lutilisation de ses ports « pour lapprovisionnement de larmée israélienne ».
La réponse de la Grèce aux crimes israéliens soutenus par les Etats-Unis est assez différente de lattitude soumise de la plupart des dirigeants dEurope. Cette distinction montre que Washington a peut-être été très réaliste en considérant la Grèce comme faisant partie du Proche-Orient, et non de lEurope, jusquà la chute en 1974 de la dictature fasciste soutenue par les Etats-Unis. Peut-être que la Grèce est-elle trop civilisée pour faire partie de lEurope.
Si daucun avait trouvé curieux le moment de ces livraisons darmes à Israël et sétait informé plus avant, le Pentagone avait une réponse : la cargaison arriverait trop tard pour appuyer lattaque de la bande de Gaza, et le matériel militaire quel quil soit, devait être pré-positionné en Israël en vue dune éventuelle utilisation par larmée étasunienne. Cest peut-être exact. Lun des nombreux services quIsraël offre à son patron est de lui fournir une base militaire à la périphérie des plus grandes ressources énergétiques du monde. Il peut donc servir de base avancée pour une agression des États-Unis - ou pour utiliser des termes techniques, pour « défendre la région du Golfe » et « assurer sa stabilité ».
Lénorme flux darmes vers Israël sert beaucoup dautres objectifs. Lanalyste politique du Moyen-Orient Mouin Rabbani observe quIsraël peut tester des armes nouvelles contre des cibles sans défense. Cela sert Israël et les États-Unis « doublement en fait, puisque des versions moins performantes de ces mêmes armes sont ensuite vendues à prix fort aux Etats Arabes, qui contribuent efficacement à lindustrie militaire des Etats-Unis et aux subventions militaires étasuniennes en Israël ». Cest un rôle supplémentaire dIsraël dans un Moyen-Orient dominé par les États-Unis, et lune des raisons pour lesquelles Israël est favorisé par les autorités Fédérales, ainsi que par un large éventail de sociétés de haute technologie des États-Unis et, bien sûr, lindustrie militaire et de renseignements.
Au-delà dIsraël, les États-Unis sont de loin les principaux fournisseurs darmes au reste du monde. Le récent rapport de la Fondation New America conclut que « les armes et les Ecoles Militaires des États-Unis ont joué un rôle dans 20 des 27 plus grandes guerres du monde en 2007 », représentant 23 milliards de dollars de recettes, et 32 milliards en 2008. Il nest pas étonnant que parmi les nombreuses résolutions auxquelles les États-Unis se sont opposés lors de la session de lONU de décembre 2008 figure un appel pour la réglementation du commerce des armes. En 2006, les États-Unis ont été les seuls à voter contre le traité, mais ils ont eu un partenaire en novembre 2008 : le Zimbabwe.
Dautres voix se sont fait entendre à la session des Nations Unies de décembre. Une résolution sur « le droit du peuple palestinien à lautodétermination » a été adoptée par 173 voix contre 5 (États-Unis, Israël, et des dépendances des îles du Pacifique). Dans lisolement international, le vote réaffirme avec force le rejectionisme américano-israélien. De même, une résolution sur « la liberté universelle de voyager et sur limportance capitale du regroupement familial » a été adoptée avec lopposition des États-Unis, dIsraël et des dépendances du Pacifique, vraisemblablement en pensant aux Palestiniens.
En votant contre le droit au développement les États-Unis ont perdu Israël, mais gagné lUkraine. En votant contre le « droit à lalimentation », les États-Unis étaient seuls, un fait particulièrement frappant dans le contexte de la formidable crise alimentaire mondiale qui éclipse la crise financière pesant sur les économies occidentales.
Il y a de bonnes raisons pour que ces votes soient constamment cachés et enfouis par les médias et les intellectuels conformistes dans les replis profonds de la mémoire. Il ne serait pas sage de révéler au public ce quimpliquent les votes de leurs représentants. Dans le cas présent, il serait évidemment contreproductif de faire savoir au public que le rejectionisme des Etats-Unis et dIsraël, interdisant le règlement pacifique préconisé depuis longtemps par la communauté internationale, atteint un tel extrême quil refuse même aux Palestiniens le droit absolu à lautodétermination.
A Gaza, un bénévole héroïque, le médecin norvégien Mads Gilbert, a décrit une vision dhorreur, une « Guerre totale contre la population civile de Gaza ». Il a estimé que la moitié des victimes sont des femmes et des enfants. Les hommes aussi, selon les normes de notre culture, sont presque tous des civils. Gilbert signale quil a à peine vu un militaire parmi les centaines de blessés. Les IDF acquiescent ; le Hamas « combat de loin - ou pas du tout », dit Ethan Bronner dans son « inventaire des gains » de lagression américano-israélienne. Donc, les forces humaines du Hamas restent intactes, et ce sont surtout les civils qui souffrent : un résultat positif, selon une doctrine largement répandue.
Ces estimations ont été confirmées par un responsable humanitaire de lONU John Holmes, qui a informé les journalistes quil était « assez probable » que la plupart des civils tués étaient des femmes et des enfants, dans cette crise humanitaire qui « empire de jour en jour tandis que la violence se poursuit ». Mais nous pourrions être réconfortés par les paroles du ministre israélien des Affaires étrangères Tzipi Livni, la colombe en chef de la campagne électorale actuelle, qui a assuré au monde quil nexiste pas de « crise humanitaire » à Gaza, grâce à la bienveillance dIsraël
Comme dautres qui se préoccupent des êtres humains et de leur sort, Gilbert et Holmes ont plaidé en faveur dun cessez-le-feu. Pas immédiat cependant. « A lONU le samedi soir, les États-Unis ont empêché le Conseil de Sécurité démettre une déclaration officielle appelant à un cessez-le-feu immédiat », dit en passant le New York Times. La raison officielle était qu « il ny avait aucune indication que le Hamas respecte un engagement ». Dans les annales des justifications du plaisir de massacrer, celle-ci doit se classer parmi les plus cyniques. Cela bien sûr cétait sous Bush et Rice, qui seront bientôt remplacés par Obama qui répète avec compassion que « si les missiles tombaient où mes deux filles dorment, je ferais tout pour mettre fin à cela ». Il fait référence aux enfants israéliens, non pas aux centaines dêtres mis en lambeaux dans la bande de Gaza par les armes étasuniennes. A part cela, Obama garde le silence.
Quelques jours après, sous une intense pression internationale, les Etats-Unis ont soutenu une résolution du Conseil de Sécurité appelant à un « cessez-le-feu durable ». Adoptée 14-0, les États-Unis sabstenant. Les faucons dIsraël et des Etats-Unis étaient fâchés que les États-Unis ny opposent pas leur veto, comme dhabitude. Labstention cependant a suffi à donner à Israël, si ce nest le feu vert, au moins le feu orange pour lescalade de la violence à laquelle il sest consacré comme prévu, jusquau moment de linvestiture dObama.
Le cessez-le-feu (théorique) étant entré en vigueur le 18 janvier, le Centre Palestinien pour les Droits de lHomme a publié ses chiffres pour le dernier jour de lagression : 54 Palestiniens tués dont 43 civils désarmés, parmi lesquels 17 enfants. Pendant ce temps, les IDF ont continué à bombarder les maisons civiles et les écoles des Nations Unies. Lestimation du nombre total de morts atteint 1184, dont 844 civils comptant 281 enfants. Les FDI ont continué à utiliser des bombes incendiaires dans la bande de Gaza et à détruire des maisons et des terres agricoles, obligeant les civils à fuir leurs foyers. Quelques heures plus tard, Reuters signalait plus de 1300 tués. Le personnel du Centre Al Mezan, qui surveille attentivement les victimes et les destructions, a visité des zones auparavant inaccessibles en raison de bombardements massifs et incessants. Ils y ont découvert les cadavres de dizaines de civils en décomposition dans les décombres des maisons détruites ou rasées par les bulldozers israéliens. Des quartiers entiers avaient disparus.
Le nombre de morts et de blessés est certainement sous-estimé. Et il est peu probable quil y aura une enquête sur ces atrocités. Les crimes de nos ennemis officiels sont soumis à de rigoureuses enquêtes, mais les nôtres sont systématiquement ignorés. Une pratique générale, encore une fois, et compréhensible de la part des Maîtres.
La résolution du Conseil de Sécurité appelait à larrêt du trafic darmes vers Gaza. Les États-Unis et Israël (Rice-Livni) se sont rapidement mis daccord sur les mesures à adopter pour atteindre ce but, se concentrer sur les armes iraniennes. Il nest pas nécessaire darrêter la contrebande darmes étasuniennes vers Israël, car il ny a pas de contrebande : lénorme flux darmes est tout à fait public, même sil nest pas signalé, comme dans le cas de la livraison darmes prévue quand le massacre dans la bande de Gaza était en cours.
La résolution appelait également à « assurer la réouverture totale des points de passage, sur la base de lAccord sur les Mouvements et lAccès (AMA) signé en 2005 entre lAutorité Palestinienne et Israël ». Cet accord stipulait que les accès vers Gaza seraient ouverts de façon continue et quIsraël permettrait le passage des biens et des personnes entre la Cisjordanie et la bande de Gaza.
Laccord Rice-Livni na rien à voir avec cet aspect de la résolution du Conseil de Sécurité. Les États-Unis et Israël avaient déjà abandonné laccord de 2005 dans le cadre de leur punition contre le mauvais vote des Palestiniens lors de lélection libre de janvier 2006. La conférence de presse de Rice après laccord Rice-Livni a souligné les efforts constants de Washington pour saper les résultats dune élection libre dans le monde arabe. « Il y a beaucoup à faire », a t-elle dit, « pour sortir Gaza de lobscurité du règne du Hamas et lui montrer la lumière que peut apporter la très bonne gouvernance de lAutorité Palestinienne », - cest-à-dire, ce quelle peut apporter tant quelle reste un serviteur fidèle, minée par la corruption et résolue à mener à bien une répression sévère, en bref obéissante.
De retour dune visite dans le monde arabe, Fawwaz Gerges réaffirma avec force ce que dautres sur place avaient dit. Loffensive israélo-étasunienne sur la bande de Gaza a exaspéré les populations et suscité une haine amère contre les agresseurs et leurs collaborateurs. « Il suffit de dire que ceux que lon appelle les États Arabes modérés [ceux qui prennent leurs ordres de Washington] sont sur la défensive, et que le front de résistance mené par lIran et la Syrie est le principal bénéficiaire. Une fois de plus, Israël et ladministration Bush ont donné une victoire facile aux dirigeants iraniens ». En outre, « le Hamas va certainement devenir une force politique plus puissante que jamais, qui surpassera sûrement le Fatah, lappareil de gouvernement de lAutorité Palestinienne du Président Mahmoud Abbas », le favori de Rice.
Comme le dit le London Financial Times, il est bon de garder à lesprit que grâce aux remarquables correspondants dAl-Jazeera, des émissions de télévision en direct et régulières fournissent une « analyse calme et équilibrée du chaos et de la destruction » et offrent « une alternative sévère aux chaînes hertziennes », ne laissant pas le monde arabe strictement ignorant de ce qui se passe à Gaza. Dans les 105 pays où lautocensure nest pas si efficace que chez nous, les gens peuvent voir dheure en heure ce qui se passe, et limpact est très grand. Aux États-Unis, le New York Times suggère que « le black-out quasi-total dAl-Jazeera ... est sans doute lié à sa forte critique du gouvernement des États-Unis au début de la guerre en Irak et à sa couverture de linvasion américaine ». Rumsfeld et Cheney lont contesté, donc de toute évidence les médias indépendants ne pouvaient quobéir.
Il existe un débat très mesuré sur ce que les assaillants espèrent obtenir. Parmi les objectifs qui sont discutés il y a le rétablissement de ce que lon appelle « la force de dissuasion » quIsraël a perdu à la suite de ses échecs au Liban en 2006 - cest-à-dire la capacité de terroriser tout opposant potentiel et de le soumettre. Il existe cependant des objectifs plus fondamentaux qui ont tendance à être occultés, même sils semblent assez évidents à la vue de lhistoire récente.
Israël a quitté Gaza en septembre 2005. Les jusquau-boutistes rationnels israéliens, comme Ariel Sharon le saint patron des colons, ont compris labsurdité de subventionner quelques milliers de colons israéliens illégaux dans les ruines de Gaza, protégés par les IDF, alors quils profitaient de peu de terres, et de ressources limitées. Il était plus logique de faire de Gaza la plus grande prison du monde et de transférer les colons en Cisjordanie, territoire de grande valeur, où Israël est très explicite sur ses intentions, en paroles et évidemment en actes. Lun des buts est dannexer les terres cultivables, les réserves deau, et les agréables banlieues de Jérusalem et de Tel-Aviv, dans lenceinte du mur de séparation, déclaré illégal mal à propos par la Cour Internationale de Justice. Cela comprend un agrandissement conséquent de Jérusalem, en violation des directives, également mal à propos, du Conseil de Sécurité qui remontent à 40 ans. Israël a également pris le contrôle de la vallée du Jourdain, soit environ un tiers de la Cisjordanie. Ce qui subsiste est encerclé et coupé en trois par des extensions des colonies juives : lune à lest du Grand Jérusalem à travers la ville de Maaleh Adumim, développée dans les années Clinton pour diviser la Cisjordanie ; et deux au nord, à travers les villes dAriel et de Kedumim. Les morceaux qui restent aux Palestiniens sont séparés par des centaines de points de contrôle le plus souvent arbitraires.
Les points de contrôle nont aucun rapport avec la sécurité dIsraël, et si certains sont destinés à protéger les colons, ils sont simplement illégaux, comme la statué la Cour Internationale de Justice. En réalité, leur principal but est de harceler la population palestinienne et de fortifier ce que lactiviste israélien pour la paix Jeff Halper appelle la « matrice de contrôle », visant à rendre la vie insupportable aux « bêtes à deux pattes » qui seront comme des « cafards drogués courrant en rond dans une bouteille » sils cherchent à rester dans leurs maisons et sur leurs terres. Tout cela est assez juste, car ils sont « comme des sauterelles par rapport à nous », et leurs chefs pourront être « écrasé contre les rochers et les murs ». La terminologie est celle des plus hauts dirigeants politiques et militaires israéliens, les « Princes » vénérés. Et ces attitudes façonnent les politiques.
Les délires des dirigeants politiques et militaires sont bénins par rapport aux prêches des autorités rabbiniques. Ce ne sont pas des personnalités marginales. Au contraire, elles sont très influentes dans larmée et chez les colons, que Zertal et Eldar appellent les « Seigneurs de la Terre », et ont un immense impact politique. Les soldats combattant dans le nord de Gaza furent gratifiés dune visite « charismatique » de deux grands rabbins, qui leur ont expliqué quil nexiste pas d « innocents » à Gaza, que tout le monde y est donc une cible légitime, en citant un célèbre passage des Psaumes priant le Seigneur de saisir les enfants des oppresseurs dIsraël et les jeter contre les rochers. Les rabbins ne marchaient pas en terre inconnue. Un an plus tôt, comme le rapporte le Jérusalem Post, lancien chef rabbin Séfarade a écrit au Premier ministre Olmert, linformant que tous les civils dans la bande de Gaza sont collectivement coupables des tirs roquettes, ainsi il ny a « absolument aucune interdiction morale au massacre aveugle de civils pendant une éventuelle offensive militaire massive sur la bande de Gaza visant à arrêter les tirs de fusées ». Son fils, grand rabbin de Safed, a surenchéri : « Sils ne sarrêtent pas après que nous en ayons tué 100, alors nous devons en tuer 1.000, et sils ne sarrêtent pas après 1.000, alors nous devons en tuer 10.000. Sils ne sarrêtent pas, nous devons en tuer 100.000, même un million. Ce quil faudra pour les faire cesser. »
Des points de vue similaires sont exprimés par des personnalités laïques étasuniennes. Quand Israël a envahi le Liban en 2006, le professeur Alan Dershowitz de lEcole de Droit de Harvard, a expliqué dans le journal libéral en ligne Huffington Post, que tous les Libanais sont des cibles légitimes de la violence israélienne. Les citoyens du Liban payent le prix de leur soutien au « terrorisme » - cest-à-dire leur soutien à la résistance à linvasion israélienne. En conséquence, les civils libanais ne sont pas plus protégés des attaques que les Autrichiens qui soutenaient les nazis. La fatwa du rabbin séfarade sapplique à eux. Dans une vidéo sur le site Internet du Jérusalem Post, Dershowitz continua à ridiculiser les propos sur le rapport excessif entre les morts Palestiniens et Israéliens : il doit être porté à 1.000 pour un, dit-il, ou même 1.000 pour zéro, signifiant que les brutes devaient être complètement exterminées. Bien sûr, il se réfère à des « terroristes », une vaste catégorie qui inclut les victimes du pouvoir israélien, car « Israël na jamais pour cible des civils », déclara-t-il avec insistance. Il sensuit que les Palestiniens, les Libanais, les Tunisiens, ou quiconque se trouve sur le chemin de limpitoyable armée du Saint État est un terroriste, ou une victime accidentelle de leurs justes crimes.
Il nest pas facile de trouver de contreparties historiques à de telles prestations. Il est peut-être instructif quelles semblent couler de source dans la culture intellectuelle et morale dominante - quand elles émanent de « notre côté ». Dans la bouche dennemis officiels, de tels mots susciteraient une juste indignation et des appels à la vengeance sous forme de violences préventives massives.
Laffirmation selon laquelle « notre camp » ne vise jamais les civils est une doctrine familière à ceux qui monopolisent les moyens de la violence. Et elle contient une part de vérité. Nous nessayons pas en général, de tuer des civils déterminés. Au contraire, nos actions sont meurtrières, nous le savons, elles tuent de nombreux civils, mais sans intention spécifique den tuer un en particulier. En droit, ces pratiques courantes pourraient relever de la catégorie de non-assistance à personne en danger, mais ce nest pas une désignation correcte pour la pratique et la doctrine impériale standard. Ce serait plutôt comme marcher dans une rue en sachant que lon peut tuer des fourmis, mais sans intention de le faire, parce quelles sont si insignifiantes que ça na pas dimportance. Il en est de même quand Israël effectue des actions sachant quil va tuer des « sauterelles » et des « bêtes à deux pattes » qui infestent les terres quil « libère ». Il ny a pas de bon terme pour désigner cette forme de dépravation morale par trop familière et sans doute pire que le meurtre délibéré.
Dans lancienne Palestine, les propriétaires légitimes (par décret divin, selon les « Seigneurs de la Terre ») peuvent décider daccorder aux cafards drogués quelques parcelles éparses. Pas par droit, cependant : « Je pensais, et à ce jour je crois encore, que notre peuple a un droit éternel et historique sur lensemble de cette terre », déclara en soulevant les applaudissements le Premier Ministre Olmert à une session plénière du Congrès en mai 2006. Dans le même temps, il annonçait son programme de « convergence » pour prendre le contrôle de tout ce qui a de la valeur en Cisjordanie, laissant les Palestiniens moisir dans des recoins isolés. Il na pas été précis sur les frontières de « lensemble du territoire », mais, pour de bonnes raisons, lentreprise sioniste ne la jamais été : lexpansion permanente est une dynamique interne très importante. Si Olmert est toujours fidèle à ses origines dans le Likoud, il peut avoir voulu dire les deux côtés de la Jordanie, y compris létat actuel de Jordanie, ou tout du moins les régions qui ont de la valeur.
Le « droit éternel et historique à lensemble de la terre » de notre peuple contraste radicalement avec labsence de tout droit de lautodétermination pour les habitants temporaires, les Palestiniens. Comme indiqué précédemment, cette dernière position a été réaffirmée, par Israël et son patron à Washington en décembre 2008, dans leur isolement habituel accompagné dun silence retentissant.
Les plans esquissés par Olmert en 2006 ont depuis été abandonnés comme insuffisamment ambitieux. Mais ce qui remplace le programme de convergence et les actions qui sensuivent quotidiennement pour sa mise en uvre sont approximativement les mêmes dans leur conception générale. Cela remonte aux premiers jours de loccupation, lorsque le ministre de la Défense Moshe Dayan expliquait poétiquement que « la situation daujourdhui ressemble à la relation complexe entre un bédouin et la jeune fille quil a ravie contre sa volonté ... Vous les Palestiniens, en tant que nation, ne voulez pas de nous aujourdhui, mais nous allons changer votre attitude en vous imposant notre présence ». Vous allez « vivre comme des chiens, et celui qui partira, partira », tandis que nous prendrons ce que nous voudrons.
Que ces programmes soient criminels na jamais été mis en doute. Immédiatement après la guerre de 1967, le gouvernement israélien a été informé par sa plus haute autorité juridique, Teodor Meron, que « la colonisation civile des territoires administrés contrevenait aux dispositions formulées par la quatrième Convention de Genève », le fondement du droit international humanitaire. Le ministre de la Justice dIsraël en convenait. La Cour Internationale de Justice a approuvé à lunanimité cette conclusion essentielle en 2004, et la Haute Cour israélienne a approuvé techniquement tout en étant en désaccord dans la pratique, selon son style habituel.
En Cisjordanie, Israël peut poursuivre ses plans criminels avec lappui des Etats-Unis et sans être dérangé, grâce à lefficacité de son contrôle militaire et maintenant grâce à laide des forces de sécurité palestiniennes collaborationnistes, armées et entraînées par les États-Unis et les dictatures alliées. Il peut aussi procéder régulièrement à des assassinats et autres crimes pendant que les colons sévissent sous la protection des IDF. Mais, alors que la Cisjordanie a été soumise par la terreur, il y a encore des résistances dans lautre moitié de la Palestine, la bande de Gaza. Cela aussi doit être réprimé pour que les plans israélo-étasuniens dannexion et de destruction de la Palestine puissent se développer sans gêne.
Doù linvasion de Gaza.
Le moment de linvasion a vraisemblablement été influencé par les prochaines élections israéliennes. Dès les premiers jours du carnage, le commentateur israélien Ran HaCohen a calculé quEhud Barak qui reculait fortement dans les sondages a gagné un siège au Parlement pour 40 morts Arabes.
Cela peut changer cependant. Comme les crimes ont dépassé ce que la campagne de propagande israélienne soigneusement préparée a été en mesure de cacher, même des faucons israéliens avérés se sont inquiétés que le carnage « Détruit lâme [dIsraël] et son image. Il le détruit sur les écrans de télévision du monde, dans les salons de la communauté internationale et surtout dans lAmérique dObama (Ari Shavit) ». Shavit était particulièrement préoccupé quIsraël « bombarde une installation des Nations Unies ... le jour où le secrétaire général de lONU est en visite à Jérusalem », un acte « au-delà de folie » estima-t-il.
Pour ajouter quelques détails, cette « installation » était la base de lONU dans la ville de Gaza et contenait les entrepôts de lUNRWA. Selon son directeur John Ging, le pilonnage a détruit « des centaines de tonnes de nourriture et de médicaments durgence qui devaient être distribuées aujourdhui dans les abris, les hôpitaux et les centres dalimentation ». Les frappes militaires ont aussi détruit les deux étages de lhôpital al-Qods, et y ont mis le feu, ainsi quà un deuxième entrepôt géré par le Croissant-Rouge palestinien. Lhôpital du quartier fortement peuplé de Tal-Hawa a été détruit par les chars israéliens « après que des centaines dhabitants de Gaza terrorisés y eurent trouvé refuge quand les forces terrestres israéliennes sont entrées dans le quartier », a indiqué lAssociated Press.
Il ny avait plus rien à sauver à lintérieur des ruines fumantes de lhôpital. « Ils ont bombardé le bâtiment, le bâtiment de lhôpital. Il a pris feu. Nous avons essayé dévacuer les malades, les blessés et les personnes qui étaient là. Les pompiers sont arrivés et ont éteint le feu, qui a repris de nouveau et ils lont de nouveau éteint, et il sest rallumé une troisième fois », a raconté lauxiliaire médical Ahmad Al-Haz à lAP. On soupçonne que lincendie pourrait avoir été déclenché par le phosphore blanc, également mis en cause dans de nombreux autres incendies et brûlures graves.
Ces soupçons sont confirmés par Amnesty International après que larrêt des bombardements intensifs a permis denquêter. Avant, tandis quil perpétrait ses crimes dans une fureur sans frein, Israël avait évidemment interdit tout journaliste, même israélien. Lutilisation par Israël de phosphore blanc contre les civils de Gaza est « claire et indéniable », a indiqué Amnesty International. Son utilisation répétée dans des zones civiles densément peuplées « est un crime de guerre », a conclu Amnesty International. Les enquêteurs ont trouvé des éclats de phosphore blanc disséminés dans les bâtiments résidentiels toujours en feu, « mettant en danger dautres résidants et leurs biens », en particulier les enfants « attirés par les débris darmes et souvent ignorant des dangers ». Les cibles principales, disent-ils, ont été lenceinte de lUNRWA, où le « phosphore blanc est tombé à côté de camions de carburant et a provoqué un immense incendie qui a détruit des tonnes daide humanitaire » bien que les autorités israéliennes « avaient assuré quaucune nouvelle attaque ne serait lancée sur le complexe ». Le même jour, « un obus au phosphore blanc est tombé sur lhôpital Al-Qods dans la ville de Gaza causant aussi un incendie qui a obligé le personnel de lhôpital à évacuer les patients... le phosphore blanc qui tombe sur la peau brûle profondément, jusquaux muscles et même aux os, et brûle jusquà ce quil soit privé doxygène ». Quils soient commis intentionnellement ou par indifférence cynique, ces crimes sont inévitables quand une telle arme est utilisée dans des attaques sur les civils.
Il est toutefois erroné de se concentrer uniquement sur les violations flagrantes par Israël du jus in bello (le Droit pendant la Guerre, en latin), lois destinées à interdire des pratiques trop sauvages. Linvasion elle-même est un crime beaucoup plus grave. Et si Israël avait infligé des terribles dégâts avec des arcs et des flèches, ce serait toujours un acte criminel dune extrême perversion.
Une agression a toujours un prétexte : dans ce cas, la patience dIsraël a été « poussée à bout » par les attaques à la roquette du Hamas, comme dit Barak. Mantra répété à linfini sur le droit dIsraël dutiliser la force pour se défendre. La thèse est partiellement défendable. Les tirs de roquettes sont criminels et il est vrai quun Etat a le droit de se défendre contre des attaques criminelles. Mais il ne sensuit pas quil a le droit de se défendre par la force. Cela va bien au-delà de tout principe que nous pourrions ou devrions accepter. LAllemagne nazie navait pas le droit dutiliser la force pour se défendre contre le terrorisme des partisans. La Nuit de Cristal nest pas justifiée par lassassinat par Herschel Grynszpan dun membre de lAmbassade dAllemagne à Paris. Les Britanniques navaient pas le droit dutiliser la force pour se défendre contre la (très réelle) terreur des colons américains cherchant lindépendance, ou pour terroriser les Catholiques irlandais en réponse à la terreur de lIRA - et quand ils ont finalement appliqué une politique sensée, tenant compte de revendications légitimes, la terreur a pris fin. Il ne sagit pas de « proportionnalité », mais dabord du choix de laction : existe-t-il une alternative à la violence ?
Tout recours à la force doit sappuyer sur des arguments indiscutables, et nous devons nous demander si Israël y satisfait en réprimant sans relâche depuis plus de 40 ans toute résistance à ses actions criminelles quotidiennes à Gaza et en Cisjordanie. Peut-être puis-je citer un de mes entretiens à la presse israélienne sur les plans de convergence pour la Cisjordanie annoncés par Olmert : « Les Etats-Unis et Israël ne tolèrent aucune contestation à ces plans, et préfèrent laisser croire - à tort bien sûr - qu « il ny a pas de partenaire », tout en continuant à appliquer ces plans depuis longtemps. On peut rappeler que la bande de Gaza et la Cisjordanie sont reconnues comme entité unique, et si la résistance aux programmes israélo-étasuniens dannexion et de morcellement est légitime en Cisjordanie, il lest aussi à Gaza ».
Le journaliste américano-palestinien Ali Abunimah a fait remarquer ; « Il ny a pas de roquettes tirées sur Israël depuis la Cisjordanie, et pourtant, les exécutions extrajudiciaires par Israël, le vol des terres, les pogroms et les enlèvements par les colons, nont jamais cessé un seul jour au cours de la trêve. LAutorité Palestinienne de Mahmoud Abbas soutenue par lOccident a accepté toutes les exigences dIsraël. Sous le regard satisfait des conseillers militaires des États-Unis, Abbas a réuni ses « forces de sécurité » afin de lutter contre la résistance au nom dIsraël. Rien de cela na épargné un seul Palestinien de Cisjordanie de la colonisation sans relâche dIsraël » - avec lappui sans faille des États-Unis. Le parlementaire palestinien respecté, le Dr. Mustapha Barghouti, ajoute quaprès la mascarade de Bush à Annapolis en novembre 2007, et sa rhétorique édifiante sur son dévouement à la paix et à la justice, les attaques israéliennes sur les Palestiniens ont fortement augmenté, de près de 50% en Cisjordanie, en même temps que le nombre de colonies israéliennes et les points de contrôle. Il est évident que ces actes criminels ne sont pas une réponse aux roquettes de Gaza, mais que ce pourrait être linverse, comme le suggère Barghouti.
Les réactions aux crimes dune puissance doccupation peuvent être condamnées comme criminelles et politiquement insensées, mais ceux qui noffrent aucune alternative nont pas de raisons morales pour émettre de tels jugements. La conclusion vaut particulièrement pour ceux qui aux États-Unis choisissent dêtre directement impliqués dans les crimes continus dIsraël - par leurs paroles, leurs actions, ou leur silence. Dautant plus parce quil y a très clairement des alternatives non-violentes - qui ont toutefois linconvénient daller à lencontre des programmes dexpansion illégale.
Israël a un moyen évident de se défendre : mettre un terme à ses actions criminelles dans les territoires occupés et accepter le consensus international qui, de longue date, appelle à la coexistence de deux États. Ce règlement a été bloqué par les États-Unis et Israël depuis plus de 30 ans, depuis le premier veto opposé par les Etats-Unis à une résolution du Conseil de Sécurité de 1976 appelant en ces termes un règlement politique. Je ne vais pas une nouvelle fois détailler ce passé peu glorieux, mais il est important dêtre conscient que le rejet israélo-étasunien daujourdhui est encore plus flagrant que par le passé. La Ligue arabe est même allé au-delà du consensus qui appelle à la totale normalisation des relations avec Israël. Le Hamas a maintes fois appelé à un règlement à deux États selon ce consensus international. LIran et le Hezbollah ont clairement dit quils respecteraient tout accord accepté par les Palestiniens. Cela laisse les États-Unis et Israël dans un splendide isolement, pas seulement verbal.
Un rappel plus précis est informatif. Le Conseil National Palestinien a accepté officiellement le consensus international en 1988. La réponse du gouvernement de coalition Shamir-Peres, confirmée par le Département dÉtat de James Baker, est quil ne peut y avoir un État palestinien de plus entre Israël et la Jordanie - cette dernière étant déjà un Etat palestinien par décret des Etats-Unis et dIsraël. Les accords dOslo qui ont suivi ont écarté toute possibilité pour des Droits Nationaux Palestiniens. La menace quils puissent être obtenus sous une quelconque forme a été systématiquement écartée pendant lannée de négociation des Accords dOslo, par lexpansion constante et illégale des colonies de peuplement dIsraël. Colonisation qui saccéléra en 2000, dernière année au pouvoir du Président Clinton et du Premier ministre Barak, pendant les négociations de Camp David qui se tinrent avec le même sous-entendu.
Après avoir blâmé Yasser Arafat pour la rupture des négociations de Camp David, Bill Clinton se rétracta et reconnut que les propositions des États-Unis et dIsraël étaient trop extrémistes pour les Palestiniens. En décembre 2000, il a présenté ses « mesures », vagues mais plus ouvertes. Il a ensuite annoncé que les deux parties avaient accepté les mesures, alors que toutes deux avaient exprimé des réserves. Les deux parties se sont rencontrées à Taba en Egypte en janvier 2001 et ont été très proches dun accord, quelles auraient pu conclure en quelques jours, ont-ils déclaré dans leur dernière conférence de presse. Mais les négociations ont été annulées prématurément par Ehud Barak. Cette semaine à Taba est la seule pause en plus de 30 ans dans le rejectionisme américano-israélien. Il ny a aucune raison pour que cela ne puisse se produire à nouveau.
La version préférée, rappelée récemment par Ethan Bronner, est que « Beaucoup à létranger se souviennent de M. Barak comme le Premier Ministre qui en 2000 est allée plus loin que nimporte quel dirigeant israélien dans les offres de paix aux Palestiniens. Mais il faut voir comment laccord a capoté et a dégénéré dans un violent soulèvement palestinien, en lexcluant du pouvoir ». Il est vrai que « beaucoup à létranger » croient à ce conte de fées trompeur, grâce à ce que Bronner et un trop grand nombre de ses collègues appellent le « journalisme ».
Il est communément admis quune solution à deux États est désormais inaccessible, parce que si larmée israélienne tentait dexpulser les colons, cela conduirait à une guerre civile. Cest peut-être vrai, mais dautres arguments sont nécessaires. Sans recourir à la force pour expulser les colons illégaux, larmée israélienne pourrait simplement se retirer dans les frontières établies par les négociations. Les colons au-delà de ces frontières auraient le choix entre quitter leurs maisons subventionnées pour retourner en Israël, ou y rester sous autorité palestinienne. Le schéma était identique lors de la mise en scène soignée du « traumatisme national » dans la bande de Gaza en 2005, si grossièrement trompeuse quelle fut raillée par les commentateurs israéliens. Il aurait suffi à Israël dannoncer que les IDF se retiraient, pour que les colons subventionnés pour profiter de leur vie dans la bande de Gaza montent discrètement dans les camions mis à leur disposition pour se rendre à leur nouvelle résidence subventionnée en Cisjordanie. Mais cela naurait pas produit les images tragiques denfants angoissés ou dexaltés criant « plus jamais ça ».
En résumé, contrairement à laffirmation constamment répétée, Israël na pas le droit dutiliser la force pour se défendre contre les roquettes de la bande de Gaza, même si elles sont considérées comme des crimes terroristes. En outre, les raisons sont transparentes. Le prétexte pour le lancement de lattaque est sans fondement.
Une question plus précise doit être posée. Israël a-t-il des alternatives pacifiques à court terme à lutilisation de la force en réponse aux roquettes tirées de Gaza ? Lune delles serait daccepter un cessez-le-feu. Israël la parfois fait, mais il la instantanément violé. Le plus récemment en juin 2008. Le cessez-le-feu prévoyait louverture des frontières pour « permettre le transport de toutes les marchandises qui avaient été interdites ou limitées dans la bande de Gaza ». Israël a formellement accepté, mais a immédiatement annoncé quil ne respecterait pas laccord ni louverture des frontières jusquà ce que le Hamas libère Gilad Shalit, un soldat israélien capturé par le Hamas en juin 2006.
Les roulements de tambour continus à propos de la capture de Shalit sont encore une fois une hypocrisie flagrante, même en oubliant quIsraël a une longue histoire denlèvements. Lhypocrisie ne peut être plus flagrante que dans ce cas. La veille de la capture de Shalit par le Hamas, des soldats israéliens sont entrés dans la ville de Gaza et ont enlevé deux civils, les frères Muammar, les emmenant en Israël rejoindre les milliers dautres prisonniers détenus là-bas sans aucune charge, près de 1.000. Lenlèvement de civils est un crime beaucoup plus grave que la capture dun soldat dune armée attaquante, mais de cela on ne parle jamais, seulement et toujours de la fureur provoquée par lenlèvement de Shalit. Et tout ce qui reste en mémoire, la cause du blocage de la paix, cest la capture de Shalit, un autre exemple de la différence entre les humains et les bêtes à deux pattes. Shalit doit être rendu - au cours dun juste échange de prisonniers.
Cest après la capture de Shalit que les attaques militaires implacables dIsraël contre Gaza, de simplement vicieuses, sont devenues vraiment sadiques. Mais il faut rappeler que même avant la capture, après son retrait en septembre, Israël a tiré plus de 7.700 obus sur le nord de Gaza, ne suscitant pratiquement aucun commentaire.
Après le rejet du cessez-le-feu de juin 2008 quil avait officiellement accepté, Israël a maintenu son siège. Pouvons-nous rappeler quun siège est un acte de guerre. En fait, Israël a toujours insisté sur un principe encore plus fort : entraver laccès au monde extérieur, même par un siège partiel, est un acte de guerre justifiant la violence massive en réponse. Les entraves à son passage par le détroit de Tiran ont fait partie des prétextes dIsraël pour envahir lÉgypte (avec la France et lAngleterre) en 1956, et pour son entrée en guerre en juin 1967. Le siège de Gaza est total, pas partiel, à part quelques exceptions quand, selon leur bon vouloir les occupants le relâchent un peu. Et il est beaucoup plus préjudiciable à Gaza que la fermeture du détroit de Tiran létait pour Israël. Les partisans de la doctrine et des actions israéliennes ne devraient donc avoir aucun problème à justifier les attaques à la roquette sur le territoire israélien depuis la bande de Gaza.
Bien sûr et encore, nous sommes confrontés au principe infirmatif : nous cest nous, eux cest eux.
Israël non seulement a maintenu le siège après juin 2008, mais il la fait avec une extrême rigueur. Il a même empêché lUNRWA de reconstituer ses stocks, « de sorte que lorsque le cessez-le-feu a pris fin, nous avons manqué de nourriture pour les 750.000 personnes qui dépendent de nous », a déclaré le directeur de lUNRWA John Ging à la BBC.
Malgré le siège israélien, les tirs de roquettes ont fortement diminué. Le cessez-le-feu a été rompu le 4 novembre par un raid israélien dans la bande de Gaza entraînant la mort de 6 Palestiniens, et des tirs de roquettes en représailles (aucune victime). Le prétexte invoqué pour justifier le raid était quIsraël avait repéré un tunnel dans la bande de Gaza qui pourrait servir à capturer un autre soldat israélien. Comme un certain nombre de commentateurs lont noté, le prétexte est totalement absurde. Si ce tunnel existait et atteignait la frontière, Israël aurait pu facilement le boucher à cet endroit. Mais comme dhabitude, le faux prétexte israélien a été jugé crédible.
Quelle a été la vraie raison de lattaque israélienne ? Nous navons pas déléments de preuve sur les plans dIsraël, mais nous savons que le raid est intervenu peu avant des entretiens prévus entre le Fatah et le Hamas au Caire, visant à « aplanir leurs divergences et à créer un gouvernement unifié », signale le correspondant britannique Rory McCarthy. Ce devait être la première rencontre Fatah-Hamas depuis la guerre civile de juin 2007 qui a donné le contrôle de la bande de Gaza au Hamas, et cela aurait été une étape importante pour la diplomatie. Israël a une longue histoire de provocations en vue de dissuader la menace diplomatique, certaines ayant déjà été mentionnées. Ceci en est sûrement une autre.
La guerre civile qui a laissé le contrôle de la bande de Gaza au Hamas est communément décrite comme un coup dEtat militaire du Hamas, ce qui démontre à nouveau sa nature diabolique. Le monde réel est un peu différent. La guerre civile a été organisée par les États-Unis et Israël, dans une grossière tentative de coup dEtat pour renverser le Hamas, porté au pouvoir par des élections libres. Cela est connu du public au moins depuis avril 2008, quand David Rose a publié dans Vanity Fair un rapport détaillé et documentée sur la façon dont Bush, Rice, et le sous-conseiller pour la sécurité nationale Elliott Abrams « ont soutenu la force armée aux ordres de lhomme fort du Fatah Muhammad Dahlan, déclenchant une guerre civile sanglante dans la bande de Gaza et en laissant le Hamas plus fort que jamais ». Ce rapport a été récemment confirmé dans le Christian Science Monitor (12 janvier, 2009) par Norman Olsen, qui a travaillé 26 ans aux Affaires Etrangères, dont quatre dans la bande de Gaza et quatre autres à lambassade américaine à Tel-Aviv, puis est devenu coordinateur associé pour le contre-terrorisme au Département dEtat. Olson et son fils détaillent les manigances du Département dÉtat destinées à assurer que leur candidat, Abbas, gagne les élections de janvier 2006 - ce qui aurait été salué comme un triomphe de la démocratie. Après ce bidouillage raté des élections, ils se sont tournés vers la répression des Palestiniens et larmement dune milice dirigée par lhomme fort du Fatah Mohammed Dahlan. Mais « les voyous de Dahlan ont agi trop tôt » et une action préventive du Hamas a fait échouer la tentative de coup dEtat, menant à des mesures bien plus sévères de la part des Etats-Unis et dIsraël pour punir la désobéissance du peuple de Gaza. La Ligne du Parti est plus crédible.
En novembre, après quIsraël a rompu le cessez-le-feu de juin 2008 (quoiquil ait été), le siège a été encore renforcé, avec des conséquences encore plus désastreuses pour la population. Selon Sara Roy, une des meilleures spécialistes universitaires de la bande de Gaza, « Le 5 novembre, Israël a fermé tous les points de passage dans la bande de Gaza, réduisant considérablement, et parfois refusant, le passage de vivres, de médicaments, de carburant, de gaz de cuisine, et de pièces détachées pour ladduction et lassainissement de leau... Au cours de novembre, une moyenne de 4,6 camions de nourriture est entrée chaque jour dIsraël à Gaza comparée à 123 camions par jour en octobre. Lentrée de pièces de rechange pour la réparation et lentretien des équipements deau a été refusée pendant plus dun an. LOrganisation Mondiale de la Santé vient dindiquer que la moitié des ambulances de la bande de Gaza est hors service » - les autres sont rapidement devenus des cibles pour les attaques israéliennes. La seule centrale électrique de Gaza a été contrainte de suspendre son activité, faute de carburant, et ne peut pas être démarrée par manque de pièces de rechange, en attente dans le port israélien dAshdod depuis 8 mois. La pénurie délectricité a conduit à une augmentation de 300% des cas de brûlures à lhôpital Shifaa dans la bande de Gaza, dues à lutilisation de feux de bois. Israël interdit le passage du chlore, de sorte que dici à la mi-décembre, laccès à leau dans la ville de Gaza et au nord a été limité à six heures tous les trois jours. Les pertes humaines induites ne sont pas comptabilisées dans les victimes palestiniennes de la terreur israélienne.
Après lattaque israélienne du 4 novembre, la violence a augmenté des deux côtés (tous les morts sont palestiniens) jusquà ce que le cessez-le-feu prenne officiellement fin le 19 décembre et que le Premier Ministre Olmert autorise linvasion à grande échelle.
Quelques jours plus tôt, le Hamas avait proposé de revenir à laccord de cessez-le-feu de juillet, quIsraël navait pas respecté. Robert Pastor, historien et ancien haut fonctionnaire de ladministration Carter a transmis la proposition à un « haut fonctionnaire » de larmée israélienne, mais Israël na pas répondu. Au contraire, le chef du Shin Bet, lorganisme de sécurité intérieure dIsraël, cité le 21 décembre par des sources israéliennes, a dit que le Hamas est prêt à poursuivre la « trêve » avec Israël, alors que son aile militaire poursuit ses préparatifs de guerre.
« Il y avait clairement une alternative à lapproche militaire pour arrêter les tirs de roquettes », a déclaré Pastor, sen tenant à la question restreinte de la bande de Gaza. Il y avait aussi une alternative de bien plus grande portée mais rarement évoquée : lacceptation dun règlement politique incluant tous les territoires occupés.
Le haut correspondant diplomatique dIsraël Akiva Eldar, rapporte que peu de temps avant quIsraël lance son invasion à grande échelle, le samedi 27 décembre, « le chef du bureau politique du Hamas Khaled Mechaal avait annoncé sur le site Internet Iz al-Din al-Qassam, quil était prêt, non seulement à un « arrêt de lagression » mais proposait de revenir à larrangement de Rafah de 2005, avant que le Hamas ne remporte les élections et ne sempare de la région. Cet arrangement prévoyait que les points de passages seraient supervisés conjointement par lEgypte, lUnion européenne, la présidence de lAutorité palestinienne et le Hamas », et comme indiqué précédemment, a appelé à louverture de passages pour les denrées faisant cruellement défaut.
Une des revendications des apologistes les plus simplistes de la violence israélienne est que dans le cas de lattaque actuelle, « comme dans de nombreux autres cas dans le dernier demi-siècle - la guerre au Liban de 1982, le « gant de fer » qui répond à lIntifada de 1988, la guerre au Liban de 2006 - les Israéliens ont réagi à des actes intolérables de terreur avec la volonté dinfliger des douleurs atroces, pour donner une leçon à lennemi » (David Remnick, éditeur du New Yorker). Comme cela a déjà été mentionné, linvasion de 2006 ne peut être justifiée que par un cynisme épouvantable. La réponse vicieuse à lIntifada de 1988 est trop amorale pour être discutée ; une interprétation bienveillante pourrait être quelle reflète une étonnante ignorance. Mais lexplication de Remnick de linvasion de 1982 est tellement fréquente, une réussite remarquable de propagande ininterrompue, quelle mérite quelques rappels.
Sans aucun doute, la frontière israélo-libanaise a été calme pendant un an avant linvasion israélienne, au moins à partir du Liban vers Israël, du nord au sud. Toute lannée, lOLP a scrupuleusement observé un cessez-le-feu appuyé par les Etats-Unis, en dépit de constantes provocations israéliennes, y compris des bombardements faisant de nombreuses victimes civiles, probablement destinées à susciter des réactions qui pourraient être utilisées par Israël pour justifier une invasion planifiée avec soin. Israël na obtenu que deux petites répliques symboliques. Il a alors lancé linvasion avec un prétexte trop absurde pour dêtre pris au sérieux.
Linvasion na effectivement rien à voir avec des « actes intolérables de terrorisme », mais avec des actes intolérables de diplomatie. Cela na jamais été un mystère. Peu après que linvasion soutenue par les Etats-Unis ait commencé, le meilleur spécialiste universitaire des Palestiniens en Israël, Yehoshua Porath - qui nest pas une colombe - a écrit que la réussite dArafat à maintenir le cessez-le-feu constitue « une véritable catastrophe aux yeux du gouvernement israélien » car elle ouvre la voie à un règlement politique. Le gouvernement espérait que lOLP recourrait au terrorisme, affaiblissant la menace quil puisse devenir « un partenaire légitime de négociations pour de futurs accords politiques. »
Les faits ont été bien compris en Israël, et non dissimulés. Le Premier ministre Yitzhak Shamir a déclaré quIsraël avait opté pour la guerre parce quil y avait « un terrible danger ... pas tant militaire que politique », incitant lexcellent satiriste israélien B. Michael à écrire « lexcuse boiteuse dun danger militaire, ou dun danger tout court, pour la Galilée est morte ». Nous « avons effacé le danger politique » en frappant les premiers et à temps. Maintenant, « Dieu merci, il ny a plus personne à qui parler ». Lhistorien Benny Morris a reconnu que lOLP avait observé le cessez-le-feu, et a expliqué que « le caractère inévitable de la guerre était lOLP en tant que menace politique sur Israël, et la volonté dIsraël de garder les territoires occupés ». Dautres encore ont franchement reconnu ces faits incontestés.
En première page dans un article de réflexion sur la dernière invasion de Gaza, le correspondant du New York Times, Steven Lee Meyers, écrit que « Dune certaine manière, les attaques sur Gaza rappellent le pari quIsraël avait pris, et en grande partie perdu, au Liban en 1982 [quand] il la envahi pour éliminer la menace des forces de Yasser Arafat ». Correct, mais pas dans le sens auquel il pense. En 1982, comme en 2008, les attaques ont été nécessaires pour éliminer la menace dun règlement politique.
Lespoir de la propagande israélienne était que les intellectuels et les médias occidentaux achèteraient lhistoire quIsraël navait fait que réagir à une pluie de roquettes sur la Galilée, « intolérables actes de terrorisme ». Et ils nont pas été déçus.
Ce nest pas quIsraël ne veuille pas la paix, tout le monde veut la paix, même Hitler la voulait. La question est : à quelles conditions ? Depuis ses origines, le mouvement sioniste a compris que pour atteindre ses buts, la meilleure stratégie serait de retarder un règlement politique, tout en construisant des faits sur le terrain. Même les quelques accords, comme ceux de 1947, ont été conçus par la direction sioniste comme des étapes provisoires pour poursuivre lexpansion. La guerre du Liban de 1982 a été un exemple spectaculaire de la peur extrême de la diplomatie. Elle a été suivie par le soutien dIsraël au Hamas afin de saper lOLP laïque et ses initiatives de paix irritantes. Un autre exemple qui devrait être familier est constitué par les provocations israéliennes avant la guerre de 1967 - au moins 80% des incidents, selon le ministre de la Défense Moshe Dayan - visant à déclencher une réponse syrienne qui aurait pu être utilisée comme prétexte à la violence et à la conquête dautres terres.
Lhistoire remonte loin en arrière. Lhistoire officielle de la Haganah, la force militaire davant lEtat Juif, raconte lassassinat en 1924 du poète juif religieux Jacob de Haan, accusé davoir conspiré avec la communauté juive traditionnelle (la vieille Yichouv) et le Haut Comité Arabe contre les nouveaux immigrants et leur entreprise de colonisation. Et il y a eu de nombreux exemples depuis.
Leffort pour retarder un compromis politique a toujours eu un sens parfait, de même que les mensonges qui laccompagnent sur le « manque de partenaire pour la paix ». Il est difficile dimaginer une autre façon de contrôler la terre où vous êtes indésirable.
Des raisons semblables sous tendent la préférence dIsraël pour lexpansion plutôt que pour la sécurité. Sa violation du cessez-le-feu le 4 novembre 2009 en est lun des nombreux exemples récents.
Une chronologie dAmnesty International montre que le cessez-le-feu de juin 2008 avait « apporté dénormes améliorations dans la qualité de vie des habitants de Sderot et dautres villages israéliens près de Gaza, où auparavant les gens vivaient dans la crainte des prochains tirs de roquettes palestiniens. Toutefois, à proximité, dans la bande de Gaza, le blocus israélien reste en place et la population na pas encore vu les bénéfices du cessez-le-feu ». Mais les gains en matière de sécurité pour les villes dIsraël près de la bande de Gaza ont été manifestement dépassés par le besoin de dissuader les initiatives diplomatiques qui pourraient entraver lexpansion en Cisjordanie et décraser toute résistance résiduelle en Palestine.
La préférence pour lexpansion sur la sécurité a été particulièrement manifeste depuis la décision fatale dIsraël en 1971. Soutenu par Henry Kissinger, il a rejeté loffre du président dEgypte Sadate, dun traité de paix global qui noffrait rien aux Palestiniens - un accord que les Etats-Unis et Israël ont été obligés daccepter à Camp David, huit ans plus tard, après une guerre qui fut presque un désastre pour Israël. Un traité de paix avec lEgypte aurait mis fin à toute menace à la sécurité, mais il y avait un quiproquo inacceptable : Israël aurait dû abandonner ses vastes programmes de peuplement dans le nord-est du Sinaï. La sécurité était, et est toujours, une priorité moindre que lexpansion. Des preuves évidentes de cette conclusion sont fournies par létude magistrale sur la sécurité et la politique étrangère dIsraël « Défense de la Terre Sainte », par Zeev Maoz.
Aujourdhui, Israël pourrait avoir la sécurité et des relations normalisées et intégrées dans la région. Mais il préfère clairement lexpansion illégale, les conflits, et lexercice répété de la violence. Actions qui ne sont pas seulement criminelles, meurtrières et destructrices, mais qui sapent sa propre sécurité à long terme. Le spécialiste militaire des Etats-Unis et du Moyen-Orient Andrew Cordesman écrit quIsraël peut être sûr de sa force militaire pour écraser la bande de Gaza sans défense. Mais il ajoute, « ni Israël ni les États-Unis ne peuvent profiter dune guerre qui produit une réaction [amère] de lune des voix les plus sages et les plus modérées du Monde Arabe, celle du Prince Turki al-Fayçal dArabie Saoudite, qui a dit le 6 janvier : « Avec ces massacres et effusions de sang dinnocents dans la bande de Gaza, ladministration Bush a laissé [à Obama] un héritage déplorable et une position dangereuse ... Assez, cest assez ! Aujourdhui nous sommes tous des Palestiniens et nous recherchons le martyre pour Dieu et pour la Palestine, en mémoire de ceux qui sont morts dans la bande de Gaza ».
Une des voix les plus sages en Israël, celle dUri Avnery, dit quaprès la victoire militaire israélienne, « Une cicatrice restera dans la conscience du monde, limage dun monstre taché de sang, Israël, prêt à chaque instant à commettre des crimes de guerre et à refuser toute contrainte morale. Cela aura de graves conséquences pour notre futur, notre position dans le monde et nos chances de parvenir à la paix et au calme. En fin de compte, cette guerre est aussi un crime contre nous-mêmes, un crime contre lÉtat dIsraël ».
Il y a de bonnes raisons de croire quil a raison. Israël est délibérément en train de devenir le pays le plus haï au monde. Israël est aussi en train de perdre la confiance de lOccident, y compris celle des jeunes Juifs américains qui sont peu susceptibles de tolérer encore longtemps ses crimes choquants. Il y a quelques décennies, jai écrit que ceux qui se déclarent « partisans dIsraël » sont en réalité des partisans de sa dégénérescence morale et de sa destruction probable. Malheureusement, ce jugement semble de plus en plus crédible.
Pendant ce temps, nous observons tranquillement un événement rare dans lhistoire, ce que le défunt sociologue israélien Baruch Kimmerling appelait « politicide », le meurtre dune nation - à notre porte.