Et aujourd'hui, 60 ans après: la colonisation juive de la Palestine est inconstestable au mépris de la Résolution de l'ONU de 1947! Quant au refus de faire de Jérusalem une ville gérée conjointement, seule une absolue mauvaise foi permet d'y croire! Que fait l'ONU?
«La judaïsation forcée de Jérusalem-Est»
Chaque vendredi, des Palestiniens et des militants israéliens pour la paix manifestent contre lexpulsion de deux familles, dont les logements ont été occupés par des colons juifs
Le Temps, Proche-Orient, Serge Dumont, samedi 6 février 2010

La carte de Jérusalem avec les colonies juives
«Jérusalem-Est ne deviendra pas Hébron.» Chaque vendredi, de 400 à 500 Palestiniens et militants israéliens pour la paix se réunissent à Cheikh Jarrah, lun des quartiers arabes de la Ville sainte. Ils protestent contre lexpulsion, en août dernier, de deux familles palestiniennes et leur remplacement quasi immédiat par des colons juifs liés à une fondation dextrême droite.
Retranchés dans les deux immeubles, ces derniers vivent en autarcie. Ils sont armés de fusils-mitrailleurs et de M16 et bénéficient dune escorte policière pour aller faire leurs courses à Jérusalem-Ouest, la partie juive de la ville. Quant aux familles expulsées Al-Ghawi et Al-Kurd, elles campent sur le trottoir, à proximité de leur ancien domicile. «Les colons nous provoquent quotidiennement avec des insultes et des bras dhonneur», affirme Nasser al-Ghawi.
A intervalle régulier, la police descend sur les lieux et saisit la tente des expulsés au nom du «maintien de lordre public». Elle nhésite dailleurs pas non plus à arrêter les manifestants dont certains, dorigine étrangère, sont aussitôt conduits à laéroport de Tel-Aviv.
Dossier complexe
Lexpulsion des familles Al-Ghawi et Al-Kurd a été décidée par un tribunal de Jérusalem. Mais de nombreuses associations israéliennes remettent ce jugement en cause. A commencer par le mouvement La Paix maintenant, qui a décidé de remobiliser ses troupes pour loccasion. Quant aux personnalités dites «du camp de la paix», elles ont également fait leur réapparition sur le terrain. Outre lex-ministre Yossi Sarid et des députés progressistes, lancien président travailliste de la Knesset Avraham Burg manifeste désormais à Cheikh Jarrah. «Ce qui se passe ici mécure», a-t-il dit.
Dans la foulée, lécrivain David Grossman est également sorti du silence pour défiler devant les maisons occupées par les colons. «En implantant des colons dans ce quartier, le gouvernement israélien veut empêcher la reprise du processus de paix, estime-t-il. Tout cela dépasse le cadre purement local.»
Le dossier des expulsés de Cheikh Jarrah est complexe. En effet, dans le cadre dun programme de relogement des réfugiés, les maisons dans lesquelles ces Palestiniens résidaient leur avaient été données dans le courant des années 1950-60 par lUnwra (lagence des Nations unies chargée daider les Palestiniens) ainsi que par la Jordanie, dont Jérusalem-Est faisait alors partie.
Cependant, quelques mois après avoir conquis cette partie de la ville, en 1967, Israël a prétendu que les immeubles appartenaient à des juifs qui en avaient été chassés avant la création de lEtat hébreu. Faute de moyens, leurs habitants palestiniens nont pas pu retrouver les actes de propriété, qui remontent bien souvent à lEmpire ottoman et se trouvent quelque part à Istanbul.
A contrario, les organisations de colons ont fourni de nombreux documents datant de la période du mandat britannique sur la Palestine (1922-1948). Ceux-ci ont certes emporté la conviction de la justice israélienne mais pas celle des ONG israéliennes de défense des droits de lhomme, qui mettent leur authenticité en doute.
2200 immeubles menacés
«Quoi quil en soit, nous assistons à la judaïsation forcée de Jérusalem-Est, fulmine Maher al-Hanoun, un représentant dune autre famille dexpulsés. Parallèlement à limplantation de colons, la municipalité de Jérusalem poursuit une politique consistant à ne jamais délivrer de permis de bâtir aux familles arabes. Résultat? Celles-ci construisent ou agrandissent illégalement leur maison, au risque de la voir rasée à nimporte quel moment.»
Pour lheure, plus de 2200 immeubles abritant de 30?000 à 40?000 personnes sont ainsi menacés. Jeudi, le maire de Jérusalem, Nir Barakat, a dailleurs annoncé la prochaine destruction de 200 bâtisses «illégales» à Silwan, un quartier arabe au sud de la vieille ville. A ses yeux, la mesure est «obligatoire» mais elle «provoquera des violences dune ampleur que Jérusalem navait encore jamais connue».