Si cela n'est pas de l'épuration ethnique, qu'est-ce c'est?
Nétanyahou martèle lindivisibilité de Jérusalem
Proche-Orient . Israël a réaffirmé sa souveraineté sur la Ville sainte.
Libération, 22/05/2009, Delphine Matthieussent, Jérusalem, de notre correspondante
Cest dans un contexte de crispation exacerbée que se sont déroulées hier les manifestations et contre-manifestations marquant la Journée de Jérusalem, la célébration par Israël du 42e anniversaire de la «réunification» de la ville. Cette commémoration, qui marque la conquête et lannexion de la partie orientale de la ville par Israël en 1967, coïncidait avec le retour de Washington, la veille, du Premier ministre Nétanyahou. Or, de toutes les questions en suspens du conflit israélo-palestinien, Jérusalem est peut-être celle sur laquelle les positions du président Obama et de Nétanyahou sont les plus éloignées. «Jérusalem est la capitale dIsraël. Elle la toujours été, le restera pour toujours et ne sera jamais divisée», a martelé hier le Premier ministre israélien, hostile à toute concession sur le sujet. De son côté, Obama défend une partition de la ville qui ferait de Jérusalem-Est la capitale dun futur Etat palestinien.
Contrôle. Des députés de la coalition de droite au pouvoir en Israël ont par ailleurs annoncé le dépôt dun projet de loi contre toute concession sur Jérusalem, exigeant une majorité spéciale pour modifier les limites municipales. Israël a pris le contrôle de Jérusalem-Est à lissue de la guerre israélo-arabe de 1967, élargissant les frontières municipales de la ville à lEst pour englober des villages palestiniens de Cisjordanie. Ces nouvelles frontières municipales nont jamais été reconnues par la communauté internationale.
La démographie pourrait cependant avoir raison du tabou qui pèse en Israël sur une partition de la Ville sainte. La proportion des Palestiniens dans Jérusalem a en effet poursuivi sa hausse en 2008 pour atteindre 35 % de la population, selon les chiffres publiés hier par lInstitut de Jérusalem détudes israéliennes. De juin 1967 à la fin 2008, la population arabe a enregistré une croissance de 291 % et la population juive de 149 %. Le niveau de vie des résidents arabes reste cependant très inférieur à celui des juifs. En 2008, 48 % des enfants au sein de la population juive de Jérusalem vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 74 % des enfants arabes. Les organisations de défense des droits de lhomme dénoncent la discrimination dont les Palestiniens de Jérusalem sont victimes dans les domaines du logement, des infrastructures et des services municipaux.
Discriminations. Le nouveau maire de la ville, Nir Barkat, élu en novembre, a encore accentué ces discriminations, ordonnant cette année la démolition de plus de 1 000 maisons dans des quartiers arabes. Selon la municipalité, il sagit dune campagne pour «lutter contre les constructions illégales». Les Palestiniens dénoncent, quant à eux, les restrictions de permis de construire dans les quartiers arabes, qui seraient destinées à renforcer la majorité juive de la ville.