Rien n'est moins anodin que le choix des mots, en particulier, pour les toponomies. Ainsi, en abandonnant le vocable Palestine au profit d'Israël, cela démontre le but: un état ayant pour seuls habitants que des juifs. L'exclusion ethnique a été ipso facto dévoilée!
Géopolitique -Le poids des mots
Jusqu'en 1948, Palestine signifiait pays de la Bible ou pays des Juifs. En abandonnant ce terme aux nationalistes arabes, les Israéliens ont mis en péril leur légitimité historique.
Michel Gurfinkiel. Le 1 juillet 2007 sur http://jcdurbant.blog.lemonde.fr/category/histoire/page/3/
La commission de lUnesco chargée de préserver les principaux lieux de mémoire de la planète le « Patrimoine de lhumanité » - vient de prendre une décision a priori surprenante : elle a rebaptisé Auschwitz. En 1979, elle avait donné à ce site, en plein accord avec le gouvernement polonais, lappellation de « Camp de concentration dAuschwitz ». A lépoque, cela suffisait : chacun savait qui avait conçu, édifié et géré par lAllemagne nazie. Mais le temps a passé. Les témoins directs de la Seconde Guerre mondiale et de lHolocauste sont de moins en moins nombreux, et ce qui passait pour évident ne lest plus. Afin de prévenir tout malentendu, et éviter en particulier quon attribue à la Pologne en tant que nation ou Etat la responsabilité de crimes commis par dautres sur son sol, les autorités de Varsovie ont donc demandé à lUnesco de modifier lintitulé du site. Ce qui a été accordé jeudi dernier, 28 juin. Auschwitz sappellera désormais : « Auschwitz-Birkenau, camp allemand nazi de concentration et dextermination, 1940-1945 ».
Ne sourions pas de la requête polonaise. Les mots, les noms propres, les appellations, ont leur importance. Ils pèsent parfois aussi lourd que les faits. Ils les oblitèrent parfois de manière irréversible. Cest vrai des sites historiques, mais aussi des Etats eux-mêmes. En 1992, la République fédérative socialiste de Yougoslavie éclate: quatre de ses six Républiques fédérées se séparent dune Yougoslavie résiduelle composée de la Serbie et du Monténégro. Le plus méridional de ces quatre nouveaux Etats indépendants se nomme « Macédoine ». Il prend pour emblème une étoile à six pointes, un symbole découvert quelques années plus tôt sur le tombeau du roi antique Philippe de Macédoine, père dAlexandre le Grand. La Grèce proteste immédiatement: lexistence dun Etat souverain de Macédoine constitue, à ses yeux, une revendication et donc une menace à légard de sa propre province de Macédoine, située au nord-ouest de la mer Egée; tout comme lappropriation de létoile de Philippe, qui fait partie, selon elle, de son propre patrimoine culturel. Hypernationalisme, paranoia, exigences exagérées? Voire. Les instances internationales - Conférence pour la paix et la sécurité en Europe, Union européenne, Nations Unies - ont fini par imposer à la Macédoine, dans lintérêt de la paix, de porter officiellement le nom de « République anciennement yougoslave de Macédoine » (en anglais The Former Youglosav Republic of Macedonia : ce qui a donné lacronyme Fyrom), et de prendre pour emblème une version stylisée, donc méconnaissable, de létoile à six pointes.
Ces précédents autoriseraient une autre démarche : rapatrier rendre à Israël - le terme de «Palestine», «pays des Philistins». Ce dernier a été forgé par les Romains du IIe siècle de lère chrétienne, au lendemain de la révolte de Bar Kokhva, afin de remplacer celui de Judée, donc de «pays des Juifs». Mais paradoxalement, il a fini par revêtir dans lhistoriographie et la littérature européenne le sens quil devait effacer : la « Palestine » est devenue léquivalent de la «Terre sainte», Terra Sancta, donc du « Pays dIsraël » biblique, Eretz-Israël. En revanche, les conquérants musulmans, arabes puis turcs, ne lont pratiquement jamais employé: ils ont préféré parler dAl-Urdun (« le pays du Jourdain », cest-à-dire la Jordanie), puis dAl-Sham (« Nord, Syrie », un terme englobant lensemble du Levant).
Il allait donc de soi pour les premiers sionistes, notamment Theodor Herzl, de reprendre lappellation de Palestine à leur compte ; un choix entériné par les conquérants britanniques dès 1917 et confirmé par la Société des Nations (SDN) cinq ans plus tard, en 1922, quand elle crée le Foyer national juif. Jusquen 1948, le nom officiel du nouveau territoire était Palestine/Eretz-Israël. Ce qui est aujourdhui la Bank Leumi Le-Israel sappelait la Palestine Bank, le Jerusalem Post sintitulait Palestine Post, et le drapeau de la Palestine, à la page « Pavillons » du Petit Larousse Illustré, était blanc et bleu avec une étoile de David dorée.
En accédant à lindépendance, lEtat juif de Palestine prit le nom dEtat dIsraël. Tombé en deshérence, le terme de Palestine fut peu à peu récupéré par les nationalistes arabes. Au début, les Israéliens étaient fort vigilants à ce sujet : David Ben-Gourion, Golda Méir, Menahem Begin et Yitzhak Shamir ne parlaient jamais des « Palestiniens » mais des « Arabes palestiniens », ou « Arabes dEretz-Israël ». Cest seulement à partir des accords dOslo, en 1993, que les gouvernements hébreux ont accepté la phraséologie de lennemi. Sans en mesurer les conséquences : permettre aux Arabes de la région de se déclarer « Palestiniens », cétait leur accorder une légitimité historique qui, rapidement, devait se superposer ou se substituer à celle du peuple juif.
Est-il trop tard pour inverser la tendance ? Il nest jamais trop tard en politique. LAutorité palestinienne créée à Oslo a implosé, Gaza a fait sécession. Même si un Etat arabe indépendant finissait par se constituer dans les Territoires dits palestiniens, les précédents de la Macédoine et dAuschwitz permettent à Israël de faire valoir un droit national à limage et donc dexiger une autre terminologie. Au minimum, une telle revendication peut constituer une monnaie déchange en vue dobtenir labandon de demandes arabes de même nature.
Reste à savoir, évidemment, si les dirigeants et les diplomates israéliens daujourdhui sont capables den revenir au bon sens des pères fondateurs ou sils sont prisonniers à jamais des errements des années 1990.
Extraits : M. Arafat a montré un véritable trait de génie en volant littéralement lune des marques les plus précieuses de lhistoire, et en plus sans un seul procès. Imaginez que quelquun adopte sans permission le nom de Coca-Cola, ou Juste ciel !, abuse du célèbre logo de Nike. Irwin N. Graulich
Arafat na pas commencé par le terrorisme. Il a commencé par un grave vol de propriété industrielle, plus grand encore quEnron. LOrganisation de libération de la Palestine est née au début des années 60. Et les imbéciles en Israel nont jamais protesté ou se sont défendus dans larène des relations publiques. Les Israéliens nétaient simplement pas assez sophistiqués pour comprendre les ramifications dune perte de nom aussi importante. Dans lhébreu biblique un mot signifiait une chose réelle, un objet (dvarim), quelque chose de physiquement significatif. Ainsi Arafat, et plus tard Erekat et Ashrawi ont compris que cétait en effet là quils pourraient gagner la bataille. La bombe atomique des relations publiques et du marketing était plus importante que tous les missiles ou les armes. Du génie à létat pur!
En 1948, le terme Palestine désignait une patrie pour les juifs. En 2003, la Palestine désigne un sous-groupe arabe opprimé, occupé, sans foyer, subjugué par ces mêmes juifs. Quel coup brillant de marketing ! Les spécialistes américains de marketing ont montré que la marque est le moyen le plus efficace de vendre une idée. Couplez le mot avec dautres termes puissants comme occupation, nazi, persécution, maltraitement, conquête, harcèlement, et il devient encore plus efficace.
Quand le terme OLP est devenu synonyme de meurtre et de terrorisme, le Président (et PDG) Arafat a simplement laissé tomber le nom en faveur de « autorité palestinienne plus aimable et plus doux et repositionné son image via une Intifada. Le stratège Arafat est parvenu à obtenir des pubinformations télévisées gratuites dadolescents palestiniens avec des pierres contre une puissante armée israélienne équipée de chars, missiles et hélicoptères Apache. Une dose quotidienne de David contre Goliath. Le parrain de Cisjordanie avait maintenant habilement dépassé Madison Avenue.
Voir aussi: Reclaiming the Palestinian brand name, Irwin N. Graulich, Israelinsider, February 17, 2003. Who owns the Palestinian brand name? The answer may resolve the crisis more efficiently than war and better than a forced American peace treaty.