Jacques de Reynier: 1948 A Jérusalem

4e de couverture de 1948: «Jacques de Reynier dirige la petite antenne -18 personnes dont le Comité International de la Croix-Rouge est parvenu à imposer la présence aux belligérants» Préface de Paul Ruegger, ancien président du Cicr, postface de Jean-Claude Favez.

Notes de lecture

Chap I: Dimanche de Pâques. Saint-Sépulcre et colonnes de Salomon

Page 9: «la fin tragique du compte Folke Bernadotte, mort dans l'accomplissement de sa tâche de médiateur.»

Chap II: Les débuts de la mission du CICR

Page 21: «Ni les Arabes, ni les Juifs, en Palestine n'étaient liés par les Conventions de Genève».

Page 23-24: l'éternel couplet sur le Grand muphti de Jérusalem qui a été pro-nazi. Des Juifs aussi vue l'accord de transfert entre les nazis et les sionistes; ces derniers ne sont pas flétris pour autant.

Page 27: «Le 22 février, l'Hôtel Atlantic, à Ben Yehuda Street, en plein centre du quartier des affaires, explose à 6 h et demie du matin, causant 78 morts et plus de 80 blessés. Les rares témoins déclarent que ce sont des voitures anglaises qui auraient fait le coup, et un engagement très vif entre Juifs et Anglais a lieu en plein centre du Jérusalem juif.»

Chap III: De la question des hôpitaux à celle des conventions

Page 33: «En fait on constate de nombreux abus, l'emblème [du CICR] étant souvent employé pour couvrir des formations purement militaires sans aucun but secourable, bien au contraire.»

Page 35: «le 12 mars 1948, un appel général fut lancé de Genève à tous les gouvernements et autorités intéressés au conflit palestinien.» [La résolution 118 et le dispositif de l'ONU devaient éviter tout conflit!]

Page 36: «Au début d'avril, j'ai eu l'occasion d'avoir un entretien avec le commandant des forces juives régulières, [son idendité] la "Haganah". Il prétend que son armée respecte absolument les Conventions de Genève. Je lui cite certains exemples qui prouvent qu'il ne semble pas y avoir de règles bien établies. Des ambulances arabes ont été mitraillées, on a tiré contre des hôpitaux, une grande quantité de civils ont été tués, pris comme otages ou incarcérés sans laisser de traces. Enfin, je demande ce que sont devenus les prisonniers faits au cours des nombreux combats. Le commandant en chef prétend qu'en général on respecte les ambulances et le personnel sanitaire, mais qu'il est exclu de leur accorder pleine liberté de circuler; le refus de s'arrêter aux postes de contrôle .» [La résolution 118 et le dispositif de l'ONU devaient éviter tout conflit!]

Chap IV: Payer d'exemple

Page 41: «Il n'est pas aussi agréable qu'on le croit de sortir dans la rue, tout seul, à pied, avec un brassard Croix-Rouge, et souvent un drapeau à la main, quand les balles sifflent autour de vous, et que vous pourriez vous promener tranquillement en blindé.» [un flegme quasi britannique].

Page 41-43: Jacques de Reynier décrit, de manière détachée, les difficultés (avoir les bons papiers) de passer à une autre; à tout moment, la situation peut dégénérer, ce qui met sa vie en péril!

Page 43: «A la mi-mars, nous recevons une demande pressante des Arabes.» [Pourquoi ne pas dire des Palestiniens?] «Une grosse quantité de médicaments destinés aux hôpitaux et médecins de leur secteur est arrêtée à Tel-Aviv par les autorités juives. (dont 3 tonnes d'alcool et 22 km de gaze). Après l'engagement de de Reynier, ces marchandises pourront arriver à leur propriétaire. Une petite victoire qui doit encourager la petite antenne du CICR!

Chap V: Quelques incidents


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par les puissances et souvent respectées; elles forment, en tout cas, une base solide, fruit d'une longue expérience de la guerre, dont elles fixent certaines limites. L'adoption, puis la mise en pratique de ces conventions semble le meilleur moyen, en Palestine aussi, de protéger les victimes du conflit, hôpitaux et Santé publique inclus. II nous paraît donc nécessaire de commencer par demander aux Palestiniens arabes, aux Transjordaniens, à l'Arabie Séoudite et aux Juifs de renoncer à une guerre totale et sans merci, en acceptant d'appliquer les règles découlant des Conventions de Genève. II nous faut leur montrer tout le profit qu'ils en peuvent retirer et dont ils devraient être d'autant plus conscients qu'ils sont témoins chaque jour des horreurs résultant du manque de ces règles élémentaires, Quant aux Etats Arabes déjà signataires des Conventions, ils les respecteront d'autant mieux que les Juifs, leur ennemi, auront pris des engagements similaires.

Le travail de notre mission C. l, C, R, cessera alors d'être simplement toléré et prendra un caractère officiel avec tout le poids et le prestige nécessaire à nos interventions, II faut reconnaître que pour le moment notre pré. sence n'est qu'officieuse sans aucune protection juridique en Palestine, C'est dans ce but que le 12 mars 1948, un appel général fut lancé de Genève à tous les gouvernements et autorités intéressés au conflit. palestinien, II leur était demandé de s'engager fonnellement à respecter et à appliquer les Conventions de Genève relatives aux blessés et aux malades, comme celles concernant les prisonniers de guerre,

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Restant comme toujours très pratique et ne désirant pas compliquer une situation déjà bien embrouillée, le C.I.C.R. demanda aux belligérants de respecter toutes les formations sanitaires fixes et mobiles, sans distinction de nationalité ou de religion. Ainsi était éludée la question des emblèmes, de la justification de leur emploi, ou de la création d'un précédent pouvant influer sur une éventuelle reconnaissance de l'un ou l'autre d'entre eux à l'avenir. Genève précisait qu'avant d'avoir reçu des garanties formelles il lui était impossible de répondre favorablement à une demande d'aide ou de secours.

En Palestine même, comme dans les pays limitrophes, nous avons déclenché une vaste campagne de presse et de radio pour éclairer et alerter l'opinion publique. La radio nous fut particulièrement utile dans ces régions où la grosse masse est illettrée et où le haut-parleur joue un grand rôle dans la vie publique. Nous avons évidemment aussi repris contact avec tous les chefs de gouvernements, les ministres des Affaires étrangères et les commandants d'année intéressés. Sans faire preuve réellement de réticence, chacune de ces autorités montrait une nette tendance à laisser l'ennemi signer le premier, ou bien dans le cas le plus favorable, à ne s'engager que sous condition que l'ennemi en fasse autant et en gardant la possibilité de se rétracter en cas de violations. La réciprocité joue ici un grand- rôle, mais est une arme à double tranchant qu'il faut aussi éliminer dès l'abord. S'il doit exister une réciprocité, c'est exclusivement à l'égard du C. I. C. R., chacun des ennemis s'engageant uniquement vis-à-vis de Genève. Aucune violation de l'un des partis ne doit donner

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le droit à l'autre de rompre ses engagements, car s'il en était ainsi le plus petit incident, vrai ou imaginaire, amènerait le retour du chaos et la fin de toute l'activité humanitaire désirée. Et l'on sait, par expérience, combien d'incidents se produisent en temps de guerre, malgré toute la bonne volonté déployée.

[QUEL EST SON NOM?]

Au début d'avril, j'ai l'occasion d'avoir un entretien avec le commandant des forces juives régulières, la « Haganah». Il prétend que son armée respecte absolument les Conventions de Genève. Je lui cite certains exemples qui prouvent qu'il ne semble pas y avoir de règles bien établies. Des ambulances arabes ont été mitraillées, ona tiré contre des hôpitaux, une grande quantité de civils ont été tués, pris comme otages ou incarcérés sans laisser de traces. Enfin, je me demande ce que sont devenus les prisonniers faits au cours des nombreux combats. Le commandant en chef prétend qu'en général on respecte les ambulances et le personnel sanitaire, mais qu'il est exclu de leur accorder pleine liberté de circuler; le refus de s'arrêter aux postes de contrôle amène parfois des incidents regrettables mais inévitables par la faute des Arabes. Les civils, eux, doivent évacuer les bâtiments qu'il est nécessaire de faire sauter pour des raisons militaires, et il est regrettabie qu'ils ne se plient pas aux ordres donnés, ou perdent du temps à évacuer leurs effets personnels. Enfin les prisonniers sont inexistants parce que l'ordre est donné de les relâcher tous après les avoir désarmés. Je m'en étonne et considère ces affirmations comme incontrôlables, Nous ne retrouvons jamais que des morts et cela doit cesser. Je désire voir les prisonniers, et recevoir au plus

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tôt la liste de toutes les personnes détenues à un titre quelconque.

Finalement, le commandant en chef me dit qu'il est exclu que je visite les prisonniers (il y en a donc?), car il ne peut avoir confiance en mon silence. Il refuse même de me conduire auprès d'eux avec les yeux bandés, comme je le lui propose. Mais il veut me faire tenir une liste de ceux qui ont été relâchés ces derniers temps, ce qui me permettra de vérifier l'exactitude de ses dires. Il me présente un officier nommé Herzog, qui est chargé de maintenir la liaison entre son état-major et moi.

Au moment de nous quitter, il me dit son manque de confiance dans l'action du C. I. C. R., prétendant que jamais les Conventions de Genève ne seront respectées par les Arabes. Je lui dis que je serais déjà très content de les voir appliquées par les Juifs, ce qui l'amène à me dire que son armée, la Haganah, les respectera, mais que personne n'a barre sur les extrémistes d'Irgoun et de Stern, et que je devrai toujours établir une nette distinction entre la conduite de ces organisations et celle de l'armée régulière.

Si les résultats de cet entretien ne sont pas encourageants, ils me prouvent, au moins, que cet officier est objectif et qu'il y a moyen de parler avec lui. Tout est à faire, rien ne va comme il le faudrait, mais c'est justement pour cela que nous sommes là.

Du côté arabe, où je me rends le même jour, la situation n'est guère plus encourageante, et pourtant il semble qu'ils aient beaucoup plus besoin de nous que les Juifs. Le Dr Khalidi, qui est chef du Haut Comité arabe de Palestine, me dit sa gratitude pour nos efforts, mais doute

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d'une possibilité de réussite. Il affitme que du côté juif; on ne respectera jamais les Conventions, on tue tout le monde et seule la loi du vainqueur est appliquée. Que ce soit la Haganah, 1'Agence juive ou les extrémistes Stern et Irgoun, on ne sait jamais qui est fautif, mais les faits sont probants. Or, sans un minimum de réciprocité, et devant les désastres accumulés, il est impossible de tenir la troupe arabe. Depuis toujours les Européens ont traité les Arabew en inférieurs pour ne pas dire en esclaves, ils les ont tenus pour quantité négligeable et leur ont joué tous les tours possibles. Alors maintenant les Arabes se méfient de Européens, en particulier des Juifs. Puisque personne n'a jamais voulu établir de différence entre les Arabes, parmi lesquels il y a pourtant des médecins, des avocats, des universitaires, des ingénieurs, il ne voit pas pourquoi or exigerait qu'une différence soit établie entre bons et mauvais Juifs, et pourquoi tout à coup il faudrait croire en lé parole des Européens. L'ONU veut le partage, soutient les Juifs, et il ne reste aux Arabes qu'à se défendre en utilisant toutes les armes possibles. Il conclut en disant que les Conventions n'ont rien à faire ici et qu'elles resteron inappliquées. Les Arabes ont été suffisamment exploités brimés, abusés, ils ne se laisseront pas prendre encore une fois. Toutes ces missions européennes et internationale n'ont fait que hâter le malheur des Arabes.

Lui-même, El Khalidi, a confiance en moi, mais les chefs et surtout la grande masse ne peuvent pas du jour au lendemain comprendre et encore moins accepter notre mission, la distinguer de toutes celles, politiques et militaires qui ont sillonné le pays ces dernières années. Il faut

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Deir Yassin

C'est à ce moment-là précisément que se produisit un vénement d'une extrême gravité et qui faillit tout remettre en question. Le samedi 10 avril, dans l'après-midi, je reçois un téléphone des Arabes me suppliant d'aller immédiatement à Deïr Yassin où la population civile de tout le village vient d'être massacrée. J'apprends que ce ont les extrémistes de l'Irgoun qui tiennent ce secteur, situé tout près de Jérusalem. L'Agence juive et le Grand quartier Général de la Haganah me disent ne rien savoir de cette affaire et qu'en outre il est impossible à quionque de pénétrer dans une zone Irgoun. Ils me déconceillent de me mêler de cette affaire, ma mission risquant

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du temps, beaucoup de temps pour créer la confiance, et le conflit sera terminé avant que nous ayons pu faire oeuvre utile. Allah est grand et Mahomet est son prophète. Eux seuls connaissent l'avenir et personne n'y peut rien.

Tout ceci me fut expliqué sans aucune acrimonie, sans découragement, mais simplement, comme un état de fait dont il voudrait que je me rende compte. Et je pense qu'il n'est pas facile d'aider qui ne veut pas l'être.

Partout d'ailleurs les hautes autorités civiles ou militaires nous tiennent le même langage. Chacun prétend que dans son camp on respecte parfaitement, sinon la lettre, du moins l'esprit des Conventions de Genève, mais en même temps on se plaint amèrement de l'ennemi qui les viole ou en abuse systématiquement. On nous cite quantité d'exemples dont beaucoup sont malheureusement conformes à la réalité. On voudrait nous faire juge de ces manquements. Nous répondons en soulignant l'intérêt qu'il y aurait pour les deux parties à s'engager officiellement à se conformer à des règles que même les plus grandes puissances ont admises et ont appliquées. Les gouvernements de ces pays, jeunes encore dans la vie internationale, aiment bien imiter les anciens, les grands, et on ne fait jamais appel en vain à leur ambition.

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d'être définitivement interrompue si j'y vais, Non seulment ils ne peuvent pas m'aider, mais déclinent toute responsabilité sur ce qui ne manquera pas de m'arrive. Je réponds que mon intention est d'y aller, et que l'Agence juive, de notoriété publique, exerce son autorité sur tout le territoire en mains juives, qu'elle reste donc responsable de ma personne comme de ma liberté d'action dans cadre de ma mission.

Cependant, en fait, je ne sais pas du tout comment faire sans appui juif, il m'est impossible d'arriver à ce village. Et soudain, à force de réfléchir, je me rappelle qu'une infirmière juive d'un hôpital d'ici, m'avait fait prend son numéro de téléphone, me disant avec un air bizarre que si jamais j'étais dans une situation inextricable, je pouvais faire appel à elle. A tout hasard, le soir, tard je l'appelle et lui expose la situation. Elle me dit de retrouver le lendemain à 7 heures à un endroit désigné d'embarquer dans ma voiture la personne qui y serrait puis elle coupe la communication.

Le lendemain, à l'heure et au lieu dits, un individu en civil, mais avec les poches gonflées de pistolets, saute dans ma voiture et me dit de rouler sans m'arrêter. A ma requête il consent à me montrer la route de Deir Yassin, mais avoue ne pas pouvoir grand chose pour moi. Nous sortons de Jérusalem, quittons la grande route et le dernier poste de l'armée régulière, et nous nous engageons dans un chemin de traverse. Très rapidement, nous sommes arrêtés par deux espèces de soldats, à l'air tout ce qu'il y a de moins rassurant, mitraillettes en avant, et large coutelas à la ceinture. Je reconnais la tenue de ceux que je cherchais.

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Je dois sortir de voiture et me prêter à une fouille en règle, puis je comprends que je suis prisonnier. Tout semble perdu, quand un immense gaillard, d'au moins deux mètres de haut, et large comme une armoire à glace, arrive, bouscule ses camarades, me prend la main et me la broie dans ses énormes pattes, en hurlant je ne sais quoi. Il ne comprend ni anglais, ni français, mais en allemand, nous arrivons à nous entendre parfaitement. Il m'exprime sa joie de voir un délégué du C. I. C. R., car, prisonnier dans un camp de Juifs en Allemagne, il ne dut la vie sauve qu'à nos interventions et ceci à trois reprises. Il me déclare que je suis plus qu'un frère pour lui, et qu'il fera tout ce que je lui demanderai. Avec un pareil garde du corps, je me sentais capable d'aller au bout du monde et pour commencer, nous allons à Deïr Yassin.

Parvenus sur une crête, à 500 mètres du village que nous apercevons en contre-bas, il nous faut attendre longuement l'autorisation d'avancer. Le tir arabe se déclenche chaque fois que quelqu'un tente de passer sur la route et le commandant du détachement de l'Irgoun ne semble pas disposé à me recevoir. Enfin il arrive, jeune, distingué, parfaitement correct, mais ses yeux sont d'un éclat très particulier, cruel et froid. Je lui explique ma mission qui n'a rien de rien de commun avec celle d'un juge ou d'un arbitre. Je veux sauver les blessés et ramener les morts. Les Juifs ont d'ailleurs signé l'engagement de respecter les Conventions de Genève et ma mission a donc un caractère officiel. Cette dernière affirmation provoque la colère de cet officier qui me prie de considérer une fois pour toutes qu'ici c'est ici l'Irgoun qui commande et personne d'autre, pas même

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l'Agence juive avec laquelle ils n'ont rien de commun. Mon armoire à glace, voyant le ton monter, intervient, et trouve les arguments qu'il faut, puisque soudain l'officier me dit que je puis agir comme bon me semble, mais sous ma responsabilité. Il me raconte l'histoire de ce village peuplé exclusivement d'Arabes, au nombre d'environ 400 désarmés depuis toujours et vivant en bonne intelligence avec les Juifs qui les encerclent. Selon lui, l'Irgoun est arrivé il y a 24 heures et a donné ordre, par haut-parleur à toute la population d'évacuer toutes les maisons et de se rendre. Délai d'exécution, un quart d'heure. Quelques uns de ces malheureux se sont avancés et auraient été fait prisonniers puis relâchés peu après vers les lignes arabes. Le reste n'ayant pas exécuté l'ordre, a subi le sort qu'il méritait. Mais il ne faut rien exagérer, il n'y a que quelque morts qui seront enterrés dès que le « nettoyage» de village sera terminé. Si je trouve des corps, je puis le emporter, mais il n'y a certainement aucun blessé. Ce récit me donne froid dans le dos,

Je retourne alors sur la route de Jérusalem et vais chercher une ambulance et un camion que j'avais fait alerte par le Bouclier-Rouge. Les deux chauffeurs et le médecin juifs qui les montent sont plus morts que vifs, mais me suivent courageusement. Avant d'arriver au poste Irgoun, je m'arrête et inspecte ces deux véhicules, Bien m'en a pris car j'y découvre deux journalistes juifs qui s'apprêtaien à faire le reportage de leur vie! Malheureusement pour eux, j'ai dû les mettre à pied, et ceci assez énergiquement.

J'arrive avec mon convoi au village, le feu arabe cesse La troupe est en tenue de campagne, avec casque. Tous

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des jeunes gens et même des adolescents, hommes et femmes, armés jusqu'aux dents: pistolets, mitraillettes, grenades, mais aussi de grands coutelas qu'ils tiennent à la main, la plupart encore ensanglantés. Une jeune fille, belle, mais aux yeux de criminelle, me montre le sien, encore dégoulinant, qu'elle promène comme un trophée. C'est l'équipe de nettoyage qui accomplit certainement très consciencieusement son travail.

Je tente d'entrer dans une maison. Une dizaine de soldats m'entourent, les mitraillettes se braquent contre moi, et l'officier m'interdit de bouger de place. On amènera les morts s'il y en a, dit-il. J'entre alors dans une des belles colères de mon existence, disant à ces criminels tout ce que je pense de leur façon d'agir, les menaçant de toutes les foudres possibles, puis je bouscule ceux qui m'entourent et entre dans la maison.

La première chambre est sombre, tout est en désordre, mais il n'y a personne. Dans la seconde, je trouve parmi les meubles éventrés, les couvertures, les débris de toutes sortes, quelques cadavres, froids. On a fait ici le nettoyage à la mitraillette, puis à la grenade; on l'a terminé au couteau, n'importe qui s'en rendrait compte. Même chose dans la chambre suivante, mais au moment de sortir, j'entends comme un soupir. Je cherche partout, déplace chaque cadavre, et finis par trouver un petit pied encore chaud. C'est une fillette de dix ans, bien abîmée par une grenade, mais encore vivante. Comme je veux l'emporter, l'officier me l'interdit et se met en travers de la porte. Je le bouscule et passe avec mon précieux fardeau, protégé par mon armoire à glace, le brave. L'ambulance chargée

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s'en va avec ordre de revenir au plus tôt. Puisque cette troupe n'a pas osé encore s'attaquer directement à moi, j'ai la possibilité de continuer. Je donne ordre qu'on charge les cadavres de cette maison sur le camion, et j'entre dans la maison voisine et ainsi de suite. Partout c'est le même affreux spectacle. Je ne retrouve que deux personnes vivantes encore, deux femmes, dont une vieille grand-mère, cachée derrière des fagots où elle se tenait immobiles depuis au moins 24 heures.

Il y avait 400 personnes dans ce village, une cinquantaine se sont enfuies, trois sont encore vivantes, tout le reste a été massacré sciemment, volontairement, car, je l'ai constaté, cette troupe est admirablement en main et elle n'agit que sur ordre.

Je rentre à Jérusalem, vais à l'Agence juive où je trouve les chefs consternés, mais s'excusant en prétendant, ce qui est vrai, qu'ils ont toujours dit n'avoir aucun pouvoir sur l'Irgoun, si sur Stern. N'empêche qu'ils n'ont rien fai pour empêcher une centaine d'hommes de commettre ce crime inqualifiable.

Je vais visiter ensuite les Arabes. Je ne dis rien de ce que j'ai vu, mais seulement que, après une première et rapide visite des lieux, il me semble qu'il y a plusieurs mort et que je demande ce que je dois en faire, où il faut le déposer. L'indignation des Arabes est bien compréhensible, mais les empêche de prendre une décision. Ils voudraient que les corps soient ramenés du côté arabe, mais craignent une révolte dans la population et ne savent pas où les entreposer, ni où les enterrer. Finalement, ils décident de me prier de veiller à ce qu'une sépulture convenable

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je ne tenais nullement à la vie et qu'un rapport d'un sens tout à fait contraire au leur était déjà parti pour Genève, J'ajoute que d'ailleurs je n'ai pas l'habitude de signer des textes étrangers mais exclusivement ceux établis par moi-même, Avant de les laisser repartir, je leur expose encore une fois notre mission et leur demande s'ils s'y opposeront à l'avenir ou non, Ce jour-là je n'obtint aucune réponse, mais plus tard, à Tel-Aviv, je les ai revus, ils désiraient notre aide pour quelques-uns des leurs, et en remerciement de notre concours, ils nous ont à diverses reprises grandement aidés, nous remettant sans discuter certains otages que nous réclamions.

Cette affaire de Deïr Yassin eut des répercussion immenses, La presse et la radio ont diffusé la nouvelle partout, chez les Arabes aussi bien que chez les Juifs. Ainsi, du côté arabe se créa une terreur généralisée, que les Juifs se sont toujours habilement arrangés à entretenir. On en fit des deux côtés un argument politique et le résultats furent tragiques, Poussés par la peur, les Arabes quittèrent leurs foyers pour se replier du côté des leurs. Les fermes isolées, puis les villages et enfin les villes furent ainsi évacués, même quand l'envahisseur juif n'avait fait que le geste de vouloir attaquer. Finalement, quelque sept cent mille Arabes se sont mutés en réfugiés, abandonnant tout dans une grande hâte, et dans le seul but d'éviter de subir le sort de ceux de Deïr Yassin. Les effets de ce massacre sont loin d'être épuisés, puisque cette fouIe immense de réfugiés vit encore aujourd'hui dans des camp de fortune, sans travail, sans espoir, la Croix-Rouge leur distribuant les secours de l'ONU.

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Les autorités juives furent très ennuyées de cette affaire qui arriva juste quatre jours après qu'elles avaient sjgné leur engagement de respecter les Conventions de Genève. On me supplia d'agir auprès des Arabes pour leur expliquer qu'il s'agissait d'un accident exceptionnel et que les vraies autorités respecteraient leur engagement. Je répondis vouloir essayer, mais ne pus cacher mon mécontentement, ni mes craintes quant à l'avenir.

Les Arabes eux, étaient absolument furieux et se montraient totalement découragés. Pour eux, il n'attendaient plus rien de bon du côté juif et se demandaient s'il ne vaudrait pas mieux abandonner toute idée humanitaire les concernant. Il ne fut certes pas facile de les calmer en les persuadant que la faute des uns n'excuserait en rien celle des autres. Au contraire, disions-nous, le fait que les Arabes maintiendraient leur promesse prouverait au monde leur honnêteté, et leur fidélité à la parole donnée. Nous les assurâmes que notre vieille expérience nous interdisait de douter d'eux, et que nous savions qu'ils se conduiraient avec dignité et humanité, quoi qu'il arrivât. Après cette séance mémorable, nous avions bien l'impression que tout n'était pas perdu, mais qu'il s'en était fallu de peu.

Le prestige de notre mission fut rehaussé par notre intervention en cette affaire. Les Juifs constatèrent notre fermeté et furent étonnés de voir que nous étions revenu vivant de Deir Yassin, sans aucune aide de leur part. Ils nous furent reconnaissants de n'avoir fait aucune publicité. ni aucune publication, ni à la presse, ni à la radio et ont constaté, à cette occasion, notre parfaite neutralité. Une autre attitude de notre part n'aurait fait qu'envenimer

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un conflit déjà bien assez cruel ainsi. et d'autres innocents auraient été victimes de représailles.

Les Arabes, de leur côté, ont mieux compris encore la nécessité de notre appui et se sont montrés dès lors beaucoup plus confiants à notre égard.

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