< L'artisan israélien de l’Initiative de Genève dénonce l’unilatéralisme du plan Sharon

Yossi Beilin «surpris» par le feu vert de Bush. L'artisan israélien de l’Initiative de Genève, dénonce l’unilatéralisme du plan Sharon.
Tribune de Genève, Samedi 17 avril 2004, NEW YORK/JEAN-COSME DELALOYE

Où va l’Initiative de Genève? Depuis que George Bush a donné son feu vert, mercredi, au projet d’Ariel Sharon d’un retrait unilatéral de colonies de Gaza et de quatre colonies de Cisjordanie, l’avenir du plan non officiel de paix au Proche-Orient paraît bien compromis. Car en échange de son retrait décidé sans consultation avec les Palestiniens, Israël s’adjuge avec la bénédiction de Washington et de Londres le droit de conserver plusieurs autres grandes colonies et réduit drastiquement le droit au retour en Israël des Palestiniens.

Tâche compliquée

Le plan Sharon va à l’encontre de la logique de dialogue instaurée dans le cadre de l’Initiative de Genève et complique la tâche de Yossi Beilin (photo) et Yasser Abed Rabbo, les principaux négociateurs israélien et palestinien du texte. Rencontré jeudi soir à New York, Yossi Beilin regrette la démarche de George Bush: "D’une certaine manière, je suis assez surpris. Le président américain a donné le feu vert à une démarche unilatérale." Et M.Beilin de s’interroger: "Pourquoi George Bush n’a-t-il pas dit à Ariel Sharon qu’il était prêt à l’aider si en échange le premier ministre israélien prenait sept minutes pour aller parler aux Palestiniens? Les Américains ne peuvent pas se substituer aux Palestiniens dans ce dialogue."

De passage aux Etats-Unis pour promouvoir le plan de paix signé à Genève et tenter d’obtenir du soutien pour yachad (ensemble), sa nouvelle formation politique, l’ancien ministre israélien de la Justice condamne vivemement l’unilatéralisme: "Si nous continuons à rejeter l’autre pour ne penser égoïstement qu’à nos intérêts, nous allons en payer le prix. C’est tellement évident que c’est bête à dire."

Peu d’illusions

Aux Etats-Unis, Yossi Beilin a une antenne new-yorkaise qui s’occupe de la promotion de l’Initiative. Il dit avoir reçu il y a quelques semaines les encouragements de George Bush et déclare pouvoir compter sur le soutien de John Kerry. Le futur adversaire de Bush aux élections de novembre s’est pourtant rallié cette semaine au plan Sharon. Au Congrès, la sénatrice démocrate de Californie Diane Feinstein et les représentants Lois Capps et Amo Houghton ont introduit une résolution qui soutient les efforts de Beilin et Rabbo. Cette dernière n’a cependant guère de chances de passer dans un Sénat et une Chambre des représentants à majorité républicaine. Yossi Beilin ne se fait d’ailleurs guère d’illusions sur les chances du texte.

Malgré cela, le négociateur israélien poursuit son travail sur ces terres. "Nous allons chaque soir dans une nouvelle localité, poursuit-il. Nous allons à la rencontre des gens, nous organisons des débats. Nous travaillons dans l’ombre. A l’étranger, les gens ne se rendent peut-être pas bien compte, mais nous sommes très actifs." Beilin et Rabbo peuvent compter sur le soutien helvétique. Yossi Beilin ne tarit d’ailleurs pas d’éloges sur la Suisse, louant son rôle de facilitateur. A l’heure actuelle, Berne a mis sur pied un groupe d’une vingtaine de pays qui s’occupe du soutien politique et procure des fonds pour la promotion de l’Initiative.

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