60 ans: un bilan de sang et de larmes dans tout le proche-orient et ailleurs, pensez aux soldats américains, français et casques bleus qui ont laissé leur vie. Ur Shlonsky va subir les représailles pour avoir publié cet article courageux, lucide et vrai. Il résume la "fête" en rappelant la triste et injuste réalité: (1) Qu'un Israël conçu comme l'Etat des juifs dépende de la destruction d'une autre société, que 800'000 Palestiniens aient été expulsés, leurs foyers rasés et leurs terres confisquées afin d'assurer qu'ils ne puissent jamais revenir va subir les représailles pour avoir publié cet article courageux, lucide et vrai. (2) Israël est célébré alors qu'au même moment, il enferme des millions de civils à l'intérieur d'un mur bardé de barrages militaires, faisant fi de centaines de résolutions de l'ONU et du droit international le plus élémentaire. (3) Depuis 60 ans, la politique d'Israël a construit une haine qu'elle entretient quotidiennement.
Appliquer le droit
60E ANNIVERSAIRE DE LETAT DISRAËL | 00h01 60e anniversaire de lEtat dIsraël: Ur Shlonsky nous donne son point de vue sur cet événement. Ur Shlonsky est professeur de linguistique générale à Genève depuis une quinzaine dannées, après avoir enseigné à Haïfa et à Montréal.
Tribune de Genève, UR SHLONSKY | 06 Juin 2008 | 00h01
Israël fête ses 60 ans et nos élites politiques sont au rendez-vous, en Suisse et ailleurs.
Qu'un Israël conçu comme l'Etat des juifs dépende de la destruction d'une autre société, que 800'000 Palestiniens aient été expulsés, leurs foyers rasés et leurs terres confisquées afin d'assurer qu'ils ne puissent jamais revenir, est pour nos élites un drame regrettable qui ne doit aucunement nous empêcher de déclarer notre inébranlable amitié pour ce pays de «pionniers courageux».
Israël est célébré alors qu'au même moment, il enferme des millions de civils à l'intérieur d'un mur bardé de barrages militaires, faisant fi de centaines de résolutions de l'ONU et du droit international le plus élémentaire.
La simple inversion des acteurs rendrait évidente la grossièreté de ces festivités.
On dit qu'Israël n'a pas d'autre choix et c'est aujourd'hui certainement vrai: l'occupation et la répression provoquent la révolte et celle-ci doit être écrasée. Dès la fondation de l'Etat juif - l'Etat où seuls les juifs peuvent jouir de pleins droits - Israël applique la politique de judaïsation, visant à étendre son périmètre territorial en réduisant le nombre de Palestiniens qui y vivent. Comment les Palestiniens feraient-ils autre chose que résister par tous les moyens?
Depuis 60 ans, la politique d'Israël a construit une haine qu'elle entretient quotidiennement. On voit mal comment un retour de balle, dans un avenir plus ou moins proche, ne transformera pas le pays et la région en un piège mortel pour les juifs et les Arabes qui y habitent.
Celui qui aujourd'hui célèbre cet Israël est complice de sa politique et coresponsable de ses conséquences. L'Europe du XXe siècle a été le théâtre du génocide quasi total des juifs. Ce chapitre inoubliable de son histoire impose sur elle une responsabilité morale et politique qu'elle assume bien peu.
Il faut dès lors cesser de défendre Israël, quatrième vendeur d'armes du monde, et de vanter sa survie miraculeuse dans un Moyen-Orient ensauvagé et rendre justice aux peuples du Moyen-Orient en admettant que le sionisme est un projet colonial qui violente au quotidien les Palestiniens et est porteur d'une catastrophe annoncée pour les juifs d'Israël.
Refuser la politique d'Israël n'implique point d'adhésion à l'antisémitisme comme certains discours l'affirment afin de faire taire toute critique.
Au lieu de participer à la mascarade des «processus de paix», d'Oslo à Annapolis, qui n'ont servi qu'à masquer et à légitimer la poursuite de la colonisation israélienne, il faut insister sur l'application des résolutions de l'ONU et du droit international.
Cela inscrirait le débat sur le conflit au Moyen-Orient dans des normes de justice, seules armes à notre disposition pour une première esquisse de paix.