http://www2.ac-lille.fr/houplines/Roger%20Salengro.htm 

Site du Collège Roger Salengro Houpelines de L'Académie de Lille. Voici l'histoire [EDIFIANTE] de Roger Salengro ! LA LOI BLUM-SALENGRO SUR LA PREFERENCE NATIONALE: ON OUBLIE!!!!

I- Une jeunesse militante et fougueuse : 1890-1921

1-Une enfance heureuse.                     
    Roger, Henri, Charles Salengro voit le jour à Lille le 30 mai 1890, au 19 rue Mirabeau (ancienne rue Stien) dans le quartier de Fives, de Henri, Louis Salengro, bonnetier et d' Anna Herreman, institutrice publique. Trés vite la famille s’installe à Dunkerque dans un appartement " place du marché aux poissons ". Il vit ses premiéres années dans une ambiance " ouateuse et surprotégée " et entreprend des études dans des conditions favorables. Eléve trés brillant du collége Jean Bart, il se distingue par son esprit vif et son intelligence.

    En 1904, aprés la naissance d’Henri, les Salengro reviennent vivre à Lille dans un appartement du boulevard Montebello. C’est donc au lycée Faidherbe que Roger suit des études de lettres et obtient son bac à 17 ans. Ses bons résultats obtenus en classe de rhétorique supérieure lui permettent en 1908 d’être admis comme boursier au lycée Lakanal à Paris en lettres supérieures. Il n’y reste qu’un an et de retour à Lille, s’inscrit à la faculté des lettres. La famille s’installe à Lambersart et Roger s’engage alors pour la cause socialiste.

2-Un militant fougueux : 1909-1914
    Ses origines sociales relativement aisées et ses études qui l’éloignent du milieu ouvrier, ne prédisposent pas Roger Salengro à se rapprocher des socialistes. Mais il est doué d’une extrême sensibilité, déteste l’injustice et lit énormément, en particulier les œuvres des penseurs socialistes. La découverte ensuite de la lutte ouvriére et de la misére dans les courées de Lambersart constitue le catalyseur de cet engagement brutal : en 1909 il adhére à la section de Lambersart où il va rapidement s’imposer comme un militant ardent et virulent. Ses dons d’orateur sont trés vite remarqués et il anime les grands débats du parti : l’impôt sur le revenu, la question de la représentation proportionnelle et la lutte contre la loi de trois ans.

    Il participe également au combat pour la défense et le respect des droits de l’homme. Enfin, malgré son éducation religieuse, il rejoint la Libre Pensée socialiste et commence à dénoncer le cléricalisme.

    Parallélement au militantisme à Lambersart, il fonde en 1909 le " groupe des étudiants collectivistes " à la faculté des lettres et s’oppose souvent violemment aux Camelots du Roi qui entendent diriger le milieu estudiantin lillois.

    Par cet engagement total, il parvient peu à peu à se rapprocher et se faire admettre du monde ouvrier qui reste, à cette époque, trés méfiant vis-à-vis des intellectuels.

    Payant de sa personne, il est à plusieurs reprises poursuivi en justice pour incitation de militaires à la désobéissance ou à la violence.

3-Un patriote convaincu : 1914-1918
    A la fin de 1912 Roger Salengro effectue son service militaire au 33e Régiment d’Infanterie d’Arras : au cours d’une permission, il participe en tenue militaire, à une manifestation contre la loi des trois ans aux cotés de Gustave Delory et Henri Ghesquiére. Signalé, il est dés lors inscrit sur la liste des suspects à surveiller en cas de guerre : le fameux carnet B. Considéré comme antimilitariste, il se voit constamment harcelé pendant son service militaire, notamment par le commandant du régiment, Philippe Pétain qui veut le prendre en flagrant délit de propagande subversive.

    Cette inscription au carnet B lui vaut d’être emprisonné lors de la mobilisation en août 1914. Il partage pourtant les vieilles idées de Jules Guesde, " La France attaquée n’aurait pas de plus ardents défenseurs que les Socialistes " et adhére pleinement à la participation des socialistes au gouvernement d’Union Sacrée.

    Libéré de prison, grâce aux interventions de Gustave Delory et P.Renaudel député du Var, Roger Salengro se porte volontaire pour le Front : " je pars radieux, sachant pourquoi je me bats et décidé à faire tout mon devoir. C’est pour notre cher parti que nous lutons " écrit-il à son ami Charles Miens en 1915. Il participe aux combats d’Artois et de Champagne avec une bravoure qui lui vaut d’être nommé " cycliste du chef ", c’est à dire agent de liaison et opére dans la Marne.

    Le 7 octobre 1915, il apprend que son ami le sergent Demailly a été tué : pour rester fidéle à une promesse conjointe, il obtient l’autorisation de son supérieur d’aller récupérer les papiers de son ami, tombé dans les lignes ennemies. C’est alors qu’il disparaît aux yeux de ses camarades qui le croient mort. En fait il est fait prisonnier par les Allemands, interné en Baviére à Grafenw&Mac246;hr puis à Amberg. 

Trés vite il s’impose comme meneur d’hommes et renforce par son comportement le moral de ses compagnons, en créant un journal " Baracke ". En avril 1916 il est désigné pour faire partie d’un convoi de 40 prisonniers français pour aller travailler dans une usine de matériel de guerre. Il organise le refus en déclarant : " Je préfére être fusillé que travailler contre mon pays ". Traduit devant un conseil de guerre allemand, il est condamné à deux ans de prison et interné dans le camp disciplinaire de Kottbus. Il y passe 20 mois et subit un régime de détention inhumain. Souffrant d’anémie cérébrale, il reste entre la vie et la mort avant d’être rapatrié en Suisse en avril 1918 dans un convoi de grands blessés. Il rejoint Lille en novembre 1918, pesant 40 kilos.

4-Le défenseur de la " vieille maison " : 1919-1921
Dés son retour à Lille, Roger Salengro reprend ses activités de militant et apparaît trés vite comme l’homme de la situation. Dès les premiers congrés, il se range derriére Jean Lebas et Gustave Delory en exposant clairement sa motion de refus du traité de Versailles. Il est élu à la CA de la Fédération et devient secrétaire administratif en décembre 1919. Rédacteur en chef du " Cri du Nord " qui vient d’être créé, il va utiliser son art redoutable de polémiste contre la réaction lors des trois campagnes électorales de 1919. Il dénonce dans ses papiers " Les Bourgeois de tout acabit, réactionnaires de tout poil, cagots fieffés, patriotes de carton, chauvins en baudruche… " et défend les travailleurs qui lors des grandes gréves de 1919 réclament des augmentations de salaires. Il déploie aussi un anticléricanisme virulent en s’attaquant aux curés de Loos et Seclin qui s’en prennent aux ouvriers en gréve : " Il faut flétrir les procédés cléricaux et piétiner la superstition religieuse à l’aurore de l’émancipation des classes ".

    Cette activité débordante lui attire définitivement la confiance de Gustave Delory dont la santé décline : il lui demande de venir à Lille pour figurer sur sa liste aux élections municipales. Une semaine plus tard, il est élu conseiller général du canton de Lille Sud Ouest dés le premier tour.

    Quand s’ouvre l’année 1920, Roger Salengro est donc associé aux plus hautes responsabilités de la Fédération et il va s’affirmer comme un véritable leader. S’étant déjà opposé aux minoritaires, menés par la section d’Hellemes, qui critiquent l’attitude des dirigeants pendant la guerre, il refuse avec force l’idée de l’adhésion du parti français à la troisiéme Internationale communiste. Chargé de rapporter dans le " Cri " le déroulement du congrés de Strasbourg en février, il se pose en porte drapeau de la " vieille maison " et s’attaque avec virulence aux partisans de la IIIe " qui font preuve de l’ignorance la plus crasse des principes, de l’action et de l’histoire du parti ". Il reste partisan de la tradition tactique et idéologique du vieux parti et s’en prend aux leaders de la minorité, en particulier Raymond Lefebvre et Paul Vaillant Couturier. "Dans 10 ans, s’ils ne sont pas à l’Action Française, ils peuvent rendre au parti les plus grands services ".

    Les " bolcheviques " répliquent dans leur journal " Le Prolétaire " et dés lors Roger Salengro cristallise sur sa personne, l’action de la minorité. En juin 1920 lors de la tournée de R. Lefebvre et C. Rappoport dans le Nord, il intervient à Marcq-en-Baroeul et prend la défense de G. Delory, violemment attaqué.

    Quand le débat préparatoire au Congrés de Tours s’instaure dans les sections, il défend la motion Longuet-Faure qui obtient la majorité à Lille. Au congrés fédéral le 19 décembre, Roger Salengro est rapporteur de la motion Longuet, mais les jeux sont faits : les ex-minoritaires l’emportent. La scission est consommée au Congrés de Tours en Décembre1920.

    Tout au long de ce débat primordial, R.Salengro s’est imposé comme le continuateur de la tradition du parti dans le Nord. Il s’explique plus tard dans sa brochure " Front unique ou Unité " : " Qui divisa les ouvriers ? Fit des fréres de combats les pires ennemis ? Lança les uns contre les autres, l’injure aux lévres, le poing tendu, des travailleurs depuis 15 ans unis dans un même parti de classe ? Qui brisa l’Unité ? Moscou d’avance a répondu. Dont acte "…

    Le 30 janvier 1921 les deux partis tiennent leur congrés respectifs : pour la SFIO les dégâts sont énormes ; la reconstruction s’impose.

II-Le reconstructeur de la Fédération

1-Un combat acharné

    La scission entraîne une hémorragie importante des effectifs de la SFIO : 8000 adhérents en 1921, 7500 en 1923. Roger Salengro, qui garde son poste de secrétaire administratif, fixe la barre trés haut : " En 1913 nous comptions 12400 adhérents, nous ne pouvons avoir de cesse que nous n’aurons atteint ce chiffre. Le parti le peut, le parti le doit. A l’œuvre ! ".

    Pour ce faire il va montrer l’exemple et déployer une énergie considérable : Jean Lebas souvent retenu à Paris et Gustave Delory diminué par la maladie, c’est lui qui dirige en fait la fédération. Présent journellement au siége fédéral, il établit des contacts permanents avec les secrétaires de sections qui se reconstituent petit à petit. Sans relâche, il parcourt tout le département pour animer les réunions (deux par semaine en moyenne).

    A la mort de Gustave Delory en 1925, il devient secrétaire général adjoint : maire de Lille, puis député en 1928, il limite ensuite son action aux campagnes électorales, mais il a lancé le mouvement. Il s’est entouré de militants de valeur : Augustin Laurent, secrétaire administratif en 1925, Albert Inghels délégué à la propagande. En 1928 il instaure les délégués à l’organisation dans chaque canton et développe considérablement le mouvement des Jeunesses Socialistes, souhaitant que chaque ville socialiste posséde, comme à Lille, son groupe de jeunes gardes, chargés d’organiser les manifestations.

    A partir de 1931 il impulse la réaction du mouvement des " Femmes Socialistes ", animé par Lydia Wattrelos puis Rachel L'empereur.

    Depuis 1921 l’hebdomadaire " La Bataille " informe les militants qui distribuent également " Le Populaire ". Ce n’est pas suffisant aux yeux de R.Salengro qui crée en 1928 " Le Peuple Libre ", journal de la section de Lille. Journaux, brochures, tracs, tout doit contribuer à former et éduquer : " Le devoir de la section est de faire l’éducation socialiste des nouveaux adhérents pour que bientôt ils sachent à la lumiére de notre doctrine, découvrir la route à suivre ".

2-Des résultats encourageants :

    Cet effort important porte ses fruits : en 1925 la Fédération retrouve son niveau de 1913 avec plus de 12000 adhérents et 193 sections. La progression s’effectue ensuite par paliers successifs avec des bonds lors des élections. La Flandre Maritime, l’Avesnois et le Cambraisis enregistrent une croissance importante.

Les succés électoraux viennent peu à peu confirmer le redressement du parti :

Parti 1924 1928 1932
SFIO 34% 11 élus 30% 6 élus 30% 9 élus
SFIC 14% 0 élus 16% 1 élus 17% 2 élus

    La tactique " classe contre classe " adoptée par le PC explique la sous- représentation en 1928 : " Tandis que le PC, dans sa haine du PS s’efforce avec succés de leur barrer la route " s’indigne Roger Salengro.

    Déjà placé 4éme sur la liste de 1924 par le vote des militants (derriére Inghels, Lebas et Goniaux) R.Salengro est désigné en 1928 pour représenter le parti dans la 2éme circonscription de Lille. Il enléve le siége au 2e tour avec 46.61% des suffrages. Il est réélu en 1932 et 1936.

    Dans ses mandats électifs, Roger Salengro fait preuve du même dynamisme que dans ses responsabilités politiques. Véritable réorganisateur du parti dans le Nord, il devient la cible idéale du parti communiste.

3-La " haine " des communistes

    Dés 1921 le parti communiste exerce une pression redoutable sur le parti socialiste : le débat idéologique amorcé à Tours fait place à une concurrence et une guerre sans merci qui va durer 15 ans. Roger Salengro porte-parole de l’antibolchévisme en 1920, dénonce à plusieurs reprises " le systéme de terreur qui se maintient dans l’Union des Soviets et tend à devenir une institution durable ". Avec sa verve directe il s’indigne de la tactique électorale des communistes et démontre : " La preuve est faite qu’il n’est pas de pire ennemi de la classe ouvriére que le parti communiste et que Moscou, plus que jamais, persiste dans son œuvre de scission criminelle ".

    La riposte communiste dégénére trés vite en querelles de personnes : R.Salengro est le premier visé par la presse communiste. Il ne se passe pas de semaine sans que sa vie publique, son style de journaliste, sa gestion, sa vie privée et son passé militaire, ne soient l’objet d’une offensive du " Prolétaire " puis de " L’Enchaîné ". L’insulte et la calomnie sont monnaie courante : " Il vit aux crochets des organisations. Il essaie de salir de sa bave venimeuse tout ce qui est probe et honnête ". Louis Brodel éructe en 1922 : " Mon opinion sur un pitre : sale en gros et en détail ". Le 16 octobre 1926, " L’Enchaîné " va plus loin dans l’ignominie et oblige Roger Salengro à porter plainte : " Un homme seul boit dans tous les verres des clients… Le nom du Poivrot, Monsieur Roger Salengro, maire de Lille… L’ivrogne Salengro, redoutable bouffeur et buveur à l’œil, n’a jamais pu décrocher le moindre diplôme et a choisi la profession de socialiste ".

    Les exemples de ce type foisonnent et on trouve dans l’Enchaîné du 6 février 1931 cette affirmation : " Fait prisonnier, ce troupier fut accusé d’avoir volontairement passé à l’ennemi. Traduit par contumace devant un Conseil de guerre… il allait être condamné à mort, quand un capitaine, membre de la section lilloise du parti socialiste, prit sa défense et arracha son acquittement… s’il n’en avait été ainsi, voilà à peu prés 12 ans que Roger Salengro aurai reçu douze balles dans la tête ".

    Jusqu’en 1934 les attaques et les polémiques ne cessent pas, creusant un fossé de plus en plus profond entre les deux parti : leur cessation est pour les Socialistes la condition préalable de l’accord du rassemblement populaire.

III-Le maire de Lille : 1925-1936

1-L’animateur des victoires socialistes

    Dés 1923, de plus en plus affecté par la maladie, Gustave Delory se décharge progressivement de ses pouvoirs. En 1925 la passation se réalise sans probléme au sein de la section de Lille. Aprés avoir choisi une liste de 65 noms, plus de 1000 adhérents votent les 14 et 15 mars pour la liste définitive. Avec 853 voix Roger Salengro se place en tête. Pour le 1er tour le parti constitue une liste homogéne, l’alliance avec les radicaux se faisant au 2éme tour. Le PC entend faire battre Salengro par tous les moyens et perturbe toutes les réunions.
Résultats 1925 1er tour 3 mai 2éme tour
Droite : 19510 Gauche : 21496
SFIO : 17472  Droite : 20747
PC :        2739
Radicaux : 2378
 
Résultats 1929

1er tour                      2éme tour

SFIO : 17314                 SFIO-Rad : 20150

Conc.Rep : 15777         Droite : 18750

Droite : 2199               PC :         3972

PC :        4487

Radicaux : 1978

    35 socialistes et radicaux sont élus mais Roger Salengro est battu avec 17972 voix. Un socialiste, Deneubourg, s’est maintenu par opposition personnelle au Maire de Lille. Bracke et deux conseillers démissionnent pour provoquer une partielle et Roger Salengro retrouve son poste.

1935 – 1er tour

SFIO :    17828             Au deuxiéme tour les communistes se désistent et la

Droite : 15268                  liste Salengro l’emporte avec plus de 6000 voix

PC :      5125                                  d’avance.

Rad. :   3311

    L’entrée de Roger Salengro dans le conseil municipal de Lille marque en fait la fin de la tradition ouvriériste. Une ére nouvelle s’installe. La municipalité s’ouvre à de nouvelles catégories sociales, médecins, avocats, enseignants qui vont améliorer et moderniser la gestion municipale.

2-Un grand maire pour une grande ville

    Quand Roger Salengro devient maire de Lille en 1925, la ville n’a pas encore trouvé son second souffle : les séquelles de la guerre se font encore sentir.

    Le nouveau maire de Lille entend poursuivre et amplifier l’œuvre de Gustave Delory, mais il a une conception beaucoup plus ambitieuse du rôle de sa ville. Il pressent que le destin de Lille set de devenir une grande capitale régionale. Il va lui donner les moyens de construire cet avenir tout en restant fidéle à la tradition de justice sociale de son prédécesseur.

    Ses qualités de gestionnaire rigoureux et de grand travailleur vont faire merveille et durant ses onze années de mandat, la ville va effectuer un bond en avant et sortir véritablement du 19e siécle. Son ambition s’inscrit dans un plan d’aménagement global de la cité qui concerne tous les domaines : urbanisme, équipements, solidarité, éducation, économie…

    En 1925 le démantélement des fortifications touche à sa fin : il convient dés lors d’aménager les nouveaux quartiers dégagés : le Sud, Faubourg d’Arras, Faubourg des Postes, Faubourg de Béthune. Le programme de construction de logements sociaux établi par l’office municipale d’habitation à Bon Marché (créé en 1920) est considérablement amplifié. Aprés la mise en service des premiers logements des Bois Blancs et Cabanis, inaugurés en 1924, suivent les HBM de Saint-Sauveur, Faubourg des Postes, d’Arras et de Béthune. Au total prés de 2000 logements sont construits et en 1935 le total des subsides alloués à l’office par la municipalité s’élévent à 7 400 000 F.

    L’assainissement de Lille reste un point noir : il faut supprimer les égouts à ciel ouvert et assécher les canaux malodorants qui traversent la ville. Un programme ambitieux de canalisations souterraines et de collecteurs d’eaux usées est réalisé et culmine en 1929 avec l’asséchement de la Basse De&Mac251;le.

    L’aménagement des nouveaux quartiers est facilité par le percement de nouvelles artéres comme le boulevard Carnot, l’avenue du Peuple Belge qui améliorent les liaisons avec le centre ville et son beffroi, inauguré en 1932.

    Une capitale moderne se doit d’être attractive : Roger Salengro décide la construction d’un palais d’exposition susceptible d’accueillir la Foire de Lille qui se tenait Boulevard des Ecoles. Inaugurée en 1933, la Foire de Lille attire prés de 3 000 exposants. En 1932 sont misent en service les nouvelles installations du Port Fluvial.

    La modernisation de Lille passe aussi par la reconstruction des équipements sanitaires : Roger Salengro souhaite réunir les services hospitaliers et les œuvres des hospices. Les travaux d’un nouvel hôpital s a n a t o r i u m (Calmette) démarrent en 1933 et s’achévent en 1936. Mais cette réalisation de premier plan, s’intégre dans un projet plus vaste, cher au cœur du Maire de Lille : l’édification d’une  "cité hospitaliére ". En liaison avec le professeur Oscar Lambert, Roger Salengro réussi à imposer ses vues. Commencé en 1936, le CHR sera terminer en 1956.

    Enfin l’ambition du Maire de Lille est de formé le maximum de jeunes et il impulse une grande politique d’éducation. Les réalisations concernent tous les secteurs : l’enseignement supérieur avec la création d’une quinzaine d’instituts universitaires, les nouvelles facultés de droit et de médecine, l’enseignement secondaire qui voit l’agrandissement des lycées Fénelon, Faidherbe, Baggio et la construction de nouveaux lycées de garçons et de filles, l’enseignement technique avec la création d’ateliers et de cours professionnels, enfin l’enseignement primaire avec la reconstruction et l’agrandissement des écoles détruites et la construction de nouveaux groupes scolaires dans les nouveaux quartiers : Faubourg des Postes, d’Arras, de Béthune.

    L’œuvre d’urbanisme et d’aménagement des municipalités Salengro est considérable et marque encore le paysage urbain actuel. Elle permet à Lille d’entrée dans son siécle.

3-Not’Maire

    La grande ambition qu’il a pour Lille ne détourne pas Roger Salengro de son engagement socialiste : il reste un militant ardent et passionné et entend améliorer au maximum les conditions de vie des ouvriers lillois. Pour lui, la tâche primordiale de la ville est de marquer un effort "si lourd fut-il " pour atténuer dans "la mesure la plus large" les miséres à soulager. Dans le domaine social aussi il amplifie la politique de Gustave Delory et prend des initiatives sans précédent pour limiter les conséquences de la crise.

    Sous l’autorité du bureau de bienfaisance dont les crédits augmentent, il met en place un réseau de dispensaires, modernise et transforme les établissements bains-douches, construit des restaurants scolaires et l’école de plein air Désiré Verhaegue. Il multiplie les camps et colonies de vacances, comme celle de Whormoudt, réalise les créches de Moulins et de Fives et les résidences pour personnes &Mac226;gées.

   A partir de 1930 la municipalité doit faire face à la poussée du chômage provoquée par la crise de la métallurgie et du textile. Venir en aide à " ceux qui reste sur la bréche " sera l’obsession de Roger Salengro jusqu’à sa mort. Un premier crédit exceptionnel d’un million de francs est voté sous le contrôle du Fonds municipal de chômage.

    C’est pendant la crise que Roger Salengro montre le plus ses capacités, en faisant pression sur le gouvernement, en contournant au besoin les lois pour aider les chômeurs partiels, en créant des caisses de chômage pour les travailleurs indépendants.

    Mais il veut aller plus loin : " Il ne suffit pas d’allouer des secours en espéces et en nature. Il faut apporter du travail " déclare-t-il en novembre 1932. Il utilise donc la main d’œuvre sans travail dans le programme de grands travaux constitué par les dérasements. Des centaines de chômeurs son embauchés sur les chantiers des Portes d’Arras, de Roubaix, des Postes…

    Enfin il fait voter à plusieurs reprises des crédits aux grévistes du textile, ce qui lui vaut d’être surnommé " le souteneur des gréves ".

    Cette politique de solidarité lui vaut l’attachement indéfectible de la classe ouvriére. Adoré et vénéré dans les quartiers populaires, on l’appelle affectueusement " Not’Maire ".

IV-Le temps de la haine : juillet - novembre 1936

1-Le ministre à abattre

    C’est à cet administrateur de qualité, dont les capacités politiques et l’autorité sont reconnues, que Léon Blum fait appel en juin 1936 pour lui confier le portefeuille de Ministre de l’Intérieur. A 46 ans Roger Salengro a su gagner à lui le cœur de milliers de travailleurs lillois et nordistes par son langage simple et ses formules percutantes. La tâche qui s’annonce est délicate. Le gouvernement de Front Populaire, issu de la classe ouvriére, doit à la fois satisfaire des revendications sociales et assurer l’ordre public. Dans cet équilibre précaire le ministre de l’Intérieur a un rôle considérable à jouer : c’est un poste de combat.

    Dés son arrivée place Beauvau, Roger Salengro se lance dans ces deux directions, multipliant les appels au calme à la radio, payant de sa personne, sans jamais oublier son état de militant au service du peuple. Pour résoudre dans le calme le plus grand mouvement social que la France est connu, il " s’adresse au prolétariat, en appelle à sa conscience et à son cœur et lui demande de faire confiance à ses organisations, aux hommes qui l’incarnent ".

    Il veut " rapprocher patronat et salariat, les rassembler en réunions communes, provoquer les accords, peser de son autorité pour qu’envers et contre tout, ils s’appliquent ".

    Car pour lui, " assurer l’ordre, ce n’est pas lancer la gendarmerie mobile sabre au clair sur le pavé de nos villes. C’est convoquer patrons et ouvriers dans une mairie, une préfecture, n’avoir de cesse qu’ils ne se soient mis d’accord ".

    Aprés la signature des Accords de Matignon dont il est le principal artisan le 7 juin 1936, il multiplie les déplacements en province pour résoudre les conflits en cours : à Saint-Chamond, Monbeliard, Belfort, Lille, Roubaix…

    Cette méthode ouverte mais ferme porte ses fruits : les gréves cessent à la fin du mois de Juin sans qu’une seule goutte de sang n’ait coulé.

    Roger Salengro peut dés lors s’attaquer au premier point du programme du Front Populaire : la dissolution des ligues factieuses. Il méne la bataille devant le parlement, fait face à une droite déchaînée avec une maîtrise qui impressionne. Le 19 juin 4 ligues sont dissoutes.

    Pour la droite et l’extrême droite s’en est trop et Roger Salengro devient l’homme à abattre.

    Attaquer Salengro c’est porter atteinte à l’édifice du Front Populaire. Basile se met à l’œuvre.

2-La calomnie en marche

    Le 10 juillet 1936 Henri Becquart, député conservateur de Lille s’adresse au Ministre de la Défense, Edouard Daladier, et lui demande d’éclaircir l’attitude du soldat Salengro le 7 octobre 1915 : il l’accuse d’avoir déserté à l’ennemi et d’avoir été condamné à mort par contumace puis acquitté dans des conditions douteuses.

      Le 14 juillet, l’Action Française publie en premiére page un placard présentant Salengro comme un condamné à mort pour désertion à l’ennemi. Le 21 août l’hebdomadaire d’extrême droite " Gringoire ", dirigé par Carbuccia, surenchérit et met Roger Salengro au défi de répondre. Le 28 août celui-ci réplique : " j’affirme n’avoir jamais été condamné par un conseil de guerre français. Je n’ai été condamné que par un conseil de guerre allemand ". Gringoire insére la réponse mais en même temps publie une déclaration du colonel Arnoux, capitaine du 233e RI : Au début de 1916, Salengro a été condamné à mort pour désertion et s’il est en mesure de se déclarer acquitté en conseil de guerre cela ne peut viser qu’un verdict d’indulgence obtenu à Paris aprés la guerre grâce à un recours en révision. Roger Salengro répond qu’il n’a jamais comparu devant un conseil de guerre à Paris et n’a jamais introduit un pouvoir en cassation.

    En fait il a appris à son retour de captivité qu’il a été jugé par le conseil de guerre de la 51e Division et qu’il a été acquitté.

    Mais Gringoire ne désarme pas : " L’Affaire Salengro commence… Nous ne la laisserons pas étouffer ". Les tirages augmentent, il a reniflé le scandale, l’exploite à fond et distille le doute et la haine. D’autres publications rentrent dans la parie : le Jour, le Matin, Choc…

   Pour Salengro c’est la spirale infernale : à chaque réponse succéde une contre attaque plus violente que la précédente. Conscient de la machination, il est prêt à subordonner toute considération personnelle à l’intérêt du pays. Mais quelle solution choisir ?

    Léon Blum décide de faire examiner le dossier militaire de Salengro par une commission d’enquête composée d’anciens combattants peu suspects d’indulgence et du chef d’état major, le Général Gamelin. Aprés un mois d’enquête, la commission conclut " qu’il n’y a jamais eu qu’un seul jugement et que le soldat Salengro a été acquitté par le conseil de guerre de la 51e division le 20 janvier 1916, lequel jugement a un caractére définitif ".

    L’Affaire devrait s’arrêter là mais c’est sans compter avec cette presse dévoyée. Le 6 novembre Gringoire titre " On a blanchi Salengro, le voilà Proprengo ! ".

    L’ignominie est atteinte quand Henri Becquart interpelle le gouvernement à la Chambre le 13 novembre. Léon Blum monte à la tribune et dans un discours pathétique et poignant réfute tous les arguments calomniateurs. Il éléve ensuite le débat en dénonçant la feuille infâme : " Et puis je vous le demande, pensez à l’homme, car il y a un homme dans cette affaire, un homme avec un cœur d’homme, un homme qui depuis des semaines est affreusement torturé. Vous êtes, Messieurs, les représentants de la souveraineté nationale, et c’est votre vote qui doit être la sentence définitive. Vous n’avez pas à acquitter l’innocent, les militaires s’en sont chargés ; mais vous avez, vous, à flétrir les coupables ".

    Le vote est clair : sur 530 votants, 427 adoptent le texte qui " constate l’inanité des accusations portées contre un membre du gouvernement et flétrit les campagnes d’outrages et de calomnie qui ne peuvent qu’exaspérer les passions partisanes, propager les méthodes de violences et déconsidérer notre pays aux yeux de l’étranger ".

    Roger Salengro est lavé mais est-ce vraiment fini ?

3-" Ils l’ont tué "

    Comme Léon Blum l’avait prévu, ce n’est pas fini. Roger Salengro sait que l’ignoble campagne va continuer. Xavier Vallat, député d’extrême droite, n’a-t-il pas déclaré : " il n’est pas d’exemple qu’un scrutin mette fin à une campagne de presse ".

    Alors que faire ? Peut-il accepter d’être une cause permanente de perturbation nuisible à la vie du gouvernement ? Voilà le dilemme obsédant auquel il est confronté ! Cette torture morale, ajoutée à la mort de sa femme 18 mois plus tôt, et à sa santé précaire semble ruiner sa résistance.

    Le 17 novembre Roger Salengro participe aux travaux du Conseil Général du Nord. A 18 heures il téléphone à Verlomme, son chef de cabine, pour dire qu’il ne viendra à Paris que 48 heures plus tard. A21 heures il rentre chez lui et il tranche, il rompt le carcan en choisissant la mort.

    Le lendemain dés 9 heures, la foule grossit devant le 16 du boulevard Carnot. Dès qu’il apprend la nouvelle Léon Blum vient à Lille où on lui remet la lettre que lui a adressée le maire de Lille : " J’ai lutté vaillamment mais je suis à bout. S’ils n’ont pas réussi à me déshonorer, du moins porteront-ils la responsabilité de ma mort. Je ne suis ni un déserteur, ni un traître. Mon parti a été toute ma vie et toute ma joie ".

    A l’annonce de sa mort, l’émotion est considérable. La presse se déchaîne contre " les assassins ". Le cardinal Liénart rend publique une lettre : " Nous souffrons à la pensée que sur sa détermination, ont pesé des attaques infamantes et passionnées. Nous sentons le devoir de rappeler une fois de plus que la politique ne justifie pas tout, que la calomnie ou même la médisance sont des fautes que Dieu condamne et qu’on n’a pas le droit de se servir de tous les moyens pour arriver à ses fins ".

    A Lille la colére monte dans les quartiers populaires, un désir de vengeance s’exprime et il faut tout le poids du président du Conseil pour éviter le pire : " Même aprés la mort de Roger Salengro, vous devez respecter sa volonté. Il y a deux choses qu’il vous aurait interdit : L’oubli et la vengeance. C’est en son nom que je vous adjure de rester calme et de maîtriser votre colére ".

    Le dimanche 22 novembre 1936, le brouillard ne se léve pas, il fait froid. Dans l’hôtel de ville, une foule immense rend un dernier hommage à Roger Salengro. Depuis la veille, le cercueil est installé sur un catafalque recouvert du drapeau de la ville. Des jeunes gymnastes veillent le corps aux côtés des élus. Des femmes pleurent. A 13 h 30, le député de l’Aisne, Bloncourt dépose sur le cercueil sa médaille militaire. Bracke fond en larmes.

    La voix brisée par l’émotion, Léon Blum parle au nom de tous, explique la souffrance de son ami et fustige la calomnie : " Comment confondre la calomnie ? On s’épuise à chercher le moyen d’établir la vérité. On cherche, on ne trouve pas. Il n’y a pas d’antidote contre le poison de la calomnie. Une fois versé, il continue d’agir, quoiqu’on fasse dans le cerveau des indifférents, des hommes de la rue. Il pervertit l’opinion par le goût du scandale. Tous les bruits infamants sont soigneusement recueillis et avidement colportés. On juge superflu de vérifier, de contrôler. On écoute et on répéte, sans se rendre compte que la curiosité et le bavardage touchent de bien prés à la médisance, que la médisance touche de bien prés la calomnie et que celui qui publie ainsi la calomnie devient un complice du calomniateur ".

    Combien sont-ils, à 15 heures, à accompagner Roger Salengro au cimetiére de l’Est ? De 200000 à 1 million, les souvenirs divergent. Jamais Lille n’a connu et en connaîtra ensuite un tel rassemblement, qui reste à jamais gravé dans la mémoire des socialistes.

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