| Parti |
1924 |
1928 |
1932 |
| SFIO |
34% 11 élus |
30% 6 élus |
30% 9 élus |
| SFIC |
14% 0 élus |
16% 1 élus |
17% 2 élus |
La tactique " classe contre classe " adoptée par le PC explique la sous- représentation en 1928 : " Tandis que le PC, dans sa haine du PS sefforce avec succés de leur barrer la route " sindigne Roger Salengro.
Déjà placé 4éme sur la liste de 1924 par le vote des militants (derriére Inghels, Lebas et Goniaux) R.Salengro est désigné en 1928 pour représenter le parti dans la 2éme circonscription de Lille. Il enléve le siége au 2e tour avec 46.61% des suffrages. Il est réélu en 1932 et 1936.
Dans ses mandats électifs, Roger Salengro fait preuve du même dynamisme que dans ses responsabilités politiques. Véritable réorganisateur du parti dans le Nord, il devient la cible idéale du parti communiste.
3-La " haine " des communistes
Dés 1921 le parti communiste exerce une pression redoutable sur le parti socialiste : le débat idéologique amorcé à Tours fait place à une concurrence et une guerre sans merci qui va durer 15 ans. Roger Salengro porte-parole de lantibolchévisme en 1920, dénonce à plusieurs reprises " le systéme de terreur qui se maintient dans lUnion des Soviets et tend à devenir une institution durable ". Avec sa verve directe il sindigne de la tactique électorale des communistes et démontre : " La preuve est faite quil nest pas de pire ennemi de la classe ouvriére que le parti communiste et que Moscou, plus que jamais, persiste dans son uvre de scission criminelle ".
La riposte communiste dégénére trés vite en querelles de personnes : R.Salengro est le premier visé par la presse communiste. Il ne se passe pas de semaine sans que sa vie publique, son style de journaliste, sa gestion, sa vie privée et son passé militaire, ne soient lobjet dune offensive du " Prolétaire " puis de " LEnchaîné ". Linsulte et la calomnie sont monnaie courante : " Il vit aux crochets des organisations. Il essaie de salir de sa bave venimeuse tout ce qui est probe et honnête ". Louis Brodel éructe en 1922 : " Mon opinion sur un pitre : sale en gros et en détail ". Le 16 octobre 1926, " LEnchaîné " va plus loin dans lignominie et oblige Roger Salengro à porter plainte : " Un homme seul boit dans tous les verres des clients
Le nom du Poivrot, Monsieur Roger Salengro, maire de Lille
Livrogne Salengro, redoutable bouffeur et buveur à lil, na jamais pu décrocher le moindre diplôme et a choisi la profession de socialiste ".
Les exemples de ce type foisonnent et on trouve dans lEnchaîné du 6 février 1931 cette affirmation : " Fait prisonnier, ce troupier fut accusé davoir volontairement passé à lennemi. Traduit par contumace devant un Conseil de guerre
il allait être condamné à mort, quand un capitaine, membre de la section lilloise du parti socialiste, prit sa défense et arracha son acquittement
sil nen avait été ainsi, voilà à peu prés 12 ans que Roger Salengro aurai reçu douze balles dans la tête ".
Jusquen 1934 les attaques et les polémiques ne cessent pas, creusant un fossé de plus en plus profond entre les deux parti : leur cessation est pour les Socialistes la condition préalable de laccord du rassemblement populaire.
III-Le maire de Lille : 1925-1936
1-Lanimateur des victoires socialistes
Dés 1923, de plus en plus affecté par la maladie, Gustave Delory se décharge progressivement de ses pouvoirs. En 1925 la passation se réalise sans probléme au sein de la section de Lille. Aprés avoir choisi une liste de 65 noms, plus de 1000 adhérents votent les 14 et 15 mars pour la liste définitive. Avec 853 voix Roger Salengro se place en tête. Pour le 1er tour le parti constitue une liste homogéne, lalliance avec les radicaux se faisant au 2éme tour. Le PC entend faire battre Salengro par tous les moyens et perturbe toutes les réunions.
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Résultats 1925 |
1er tour 3 mai |
2éme tour |
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Droite : 19510 |
Gauche : 21496 |
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SFIO : 17472 |
Droite : 20747 |
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PC : 2739 |
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Radicaux : 2378 |
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Résultats 1929
1er tour 2éme tour
SFIO : 17314 SFIO-Rad : 20150
Conc.Rep : 15777 Droite : 18750
Droite : 2199 PC : 3972
PC : 4487
Radicaux : 1978
35 socialistes et radicaux sont élus mais Roger Salengro est battu avec 17972 voix. Un socialiste, Deneubourg, sest maintenu par opposition personnelle au Maire de Lille. Bracke et deux conseillers démissionnent pour provoquer une partielle et Roger Salengro retrouve son poste.
1935 1er tour
SFIO : 17828 Au deuxiéme tour les communistes se désistent et la
Droite : 15268 liste Salengro lemporte avec plus de 6000 voix
PC : 5125 davance.
Rad. : 3311
Lentrée de Roger Salengro dans le conseil municipal de Lille marque en fait la fin de la tradition ouvriériste. Une ére nouvelle sinstalle. La municipalité souvre à de nouvelles catégories sociales, médecins, avocats, enseignants qui vont améliorer et moderniser la gestion municipale.
2-Un grand maire pour une grande ville
Quand Roger Salengro devient maire de Lille en 1925, la ville na pas encore trouvé son second souffle : les séquelles de la guerre se font encore sentir.
Le nouveau maire de Lille entend poursuivre et amplifier luvre de Gustave Delory, mais il a une conception beaucoup plus ambitieuse du rôle de sa ville. Il pressent que le destin de Lille set de devenir une grande capitale régionale. Il va lui donner les moyens de construire cet avenir tout en restant fidéle à la tradition de justice sociale de son prédécesseur.
Ses qualités de gestionnaire rigoureux et de grand travailleur vont faire merveille et durant ses onze années de mandat, la ville va effectuer un bond en avant et sortir véritablement du 19e siécle. Son ambition sinscrit dans un plan daménagement global de la cité qui concerne tous les domaines : urbanisme, équipements, solidarité, éducation, économie
En 1925 le démantélement des fortifications touche à sa fin : il convient dés lors daménager les nouveaux quartiers dégagés : le Sud, Faubourg dArras, Faubourg des Postes, Faubourg de Béthune. Le programme de construction de logements sociaux établi par loffice municipale dhabitation à Bon Marché (créé en 1920) est considérablement amplifié. Aprés la mise en service des premiers logements des Bois Blancs et Cabanis, inaugurés en 1924, suivent les HBM de Saint-Sauveur, Faubourg des Postes, dArras et de Béthune. Au total prés de 2000 logements sont construits et en 1935 le total des subsides alloués à loffice par la municipalité sélévent à 7 400 000 F.
Lassainissement de Lille reste un point noir : il faut supprimer les égouts à ciel ouvert et assécher les canaux malodorants qui traversent la ville. Un programme ambitieux de canalisations souterraines et de collecteurs deaux usées est réalisé et culmine en 1929 avec lasséchement de la Basse De&Mac251;le.
Laménagement des nouveaux quartiers est facilité par le percement de nouvelles artéres comme le boulevard Carnot, lavenue du Peuple Belge qui améliorent les liaisons avec le centre ville et son beffroi, inauguré en 1932.
Une capitale moderne se doit dêtre attractive : Roger Salengro décide la construction dun palais dexposition susceptible daccueillir la Foire de Lille qui se tenait Boulevard des Ecoles. Inaugurée en 1933, la Foire de Lille attire prés de 3 000 exposants. En 1932 sont misent en service les nouvelles installations du Port Fluvial.
La modernisation de Lille passe aussi par la reconstruction des équipements sanitaires : Roger Salengro souhaite réunir les services hospitaliers et les uvres des hospices. Les travaux dun nouvel hôpital s a n a t o r i u m (Calmette) démarrent en 1933 et sachévent en 1936. Mais cette réalisation de premier plan, sintégre dans un projet plus vaste, cher au cur du Maire de Lille : lédification dune "cité hospitaliére ". En liaison avec le professeur Oscar Lambert, Roger Salengro réussi à imposer ses vues. Commencé en 1936, le CHR sera terminer en 1956.
Enfin lambition du Maire de Lille est de formé le maximum de jeunes et il impulse une grande politique déducation. Les réalisations concernent tous les secteurs : lenseignement supérieur avec la création dune quinzaine dinstituts universitaires, les nouvelles facultés de droit et de médecine, lenseignement secondaire qui voit lagrandissement des lycées Fénelon, Faidherbe, Baggio et la construction de nouveaux lycées de garçons et de filles, lenseignement technique avec la création dateliers et de cours professionnels, enfin lenseignement primaire avec la reconstruction et lagrandissement des écoles détruites et la construction de nouveaux groupes scolaires dans les nouveaux quartiers : Faubourg des Postes, dArras, de Béthune.
Luvre durbanisme et daménagement des municipalités Salengro est considérable et marque encore le paysage urbain actuel. Elle permet à Lille dentrée dans son siécle.
3-NotMaire
La grande ambition quil a pour Lille ne détourne pas Roger Salengro de son engagement socialiste : il reste un militant ardent et passionné et entend améliorer au maximum les conditions de vie des ouvriers lillois. Pour lui, la tâche primordiale de la ville est de marquer un effort "si lourd fut-il " pour atténuer dans "la mesure la plus large" les miséres à soulager. Dans le domaine social aussi il amplifie la politique de Gustave Delory et prend des initiatives sans précédent pour limiter les conséquences de la crise.
Sous lautorité du bureau de bienfaisance dont les crédits augmentent, il met en place un réseau de dispensaires, modernise et transforme les établissements bains-douches, construit des restaurants scolaires et lécole de plein air Désiré Verhaegue. Il multiplie les camps et colonies de vacances, comme celle de Whormoudt, réalise les créches de Moulins et de Fives et les résidences pour personnes &Mac226;gées.
A partir de 1930 la municipalité doit faire face à la poussée du chômage provoquée par la crise de la métallurgie et du textile. Venir en aide à " ceux qui reste sur la bréche " sera lobsession de Roger Salengro jusquà sa mort. Un premier crédit exceptionnel dun million de francs est voté sous le contrôle du Fonds municipal de chômage.
Cest pendant la crise que Roger Salengro montre le plus ses capacités, en faisant pression sur le gouvernement, en contournant au besoin les lois pour aider les chômeurs partiels, en créant des caisses de chômage pour les travailleurs indépendants.
Mais il veut aller plus loin : " Il ne suffit pas dallouer des secours en espéces et en nature. Il faut apporter du travail " déclare-t-il en novembre 1932. Il utilise donc la main duvre sans travail dans le programme de grands travaux constitué par les dérasements. Des centaines de chômeurs son embauchés sur les chantiers des Portes dArras, de Roubaix, des Postes
Enfin il fait voter à plusieurs reprises des crédits aux grévistes du textile, ce qui lui vaut dêtre surnommé " le souteneur des gréves ".
Cette politique de solidarité lui vaut lattachement indéfectible de la classe ouvriére. Adoré et vénéré dans les quartiers populaires, on lappelle affectueusement " NotMaire ".
IV-Le temps de la haine : juillet - novembre 1936
1-Le ministre à abattre
Cest à cet administrateur de qualité, dont les capacités politiques et lautorité sont reconnues, que Léon Blum fait appel en juin 1936 pour lui confier le portefeuille de Ministre de lIntérieur. A 46 ans Roger Salengro a su gagner à lui le cur de milliers de travailleurs lillois et nordistes par son langage simple et ses formules percutantes. La tâche qui sannonce est délicate. Le gouvernement de Front Populaire, issu de la classe ouvriére, doit à la fois satisfaire des revendications sociales et assurer lordre public. Dans cet équilibre précaire le ministre de lIntérieur a un rôle considérable à jouer : cest un poste de combat.
Dés son arrivée place Beauvau, Roger Salengro se lance dans ces deux directions, multipliant les appels au calme à la radio, payant de sa personne, sans jamais oublier son état de militant au service du peuple. Pour résoudre dans le calme le plus grand mouvement social que la France est connu, il " sadresse au prolétariat, en appelle à sa conscience et à son cur et lui demande de faire confiance à ses organisations, aux hommes qui lincarnent ".
Il veut " rapprocher patronat et salariat, les rassembler en réunions communes, provoquer les accords, peser de son autorité pour quenvers et contre tout, ils sappliquent ".
Car pour lui, "
assurer lordre, ce nest pas lancer la gendarmerie mobile sabre au clair sur le pavé de nos villes. Cest convoquer patrons et ouvriers dans une mairie, une préfecture, navoir de cesse quils ne se soient mis daccord ".
Aprés la signature des Accords de Matignon dont il est le principal artisan le 7 juin 1936, il multiplie les déplacements en province pour résoudre les conflits en cours : à Saint-Chamond, Monbeliard, Belfort, Lille, Roubaix
Cette méthode ouverte mais ferme porte ses fruits : les gréves cessent à la fin du mois de Juin sans quune seule goutte de sang nait coulé.
Roger Salengro peut dés lors sattaquer au premier point du programme du Front Populaire : la dissolution des ligues factieuses. Il méne la bataille devant le parlement, fait face à une droite déchaînée avec une maîtrise qui impressionne. Le 19 juin 4 ligues sont dissoutes.
Pour la droite et lextrême droite sen est trop et Roger Salengro devient lhomme à abattre.
Attaquer Salengro cest porter atteinte à lédifice du Front Populaire. Basile se met à luvre.
2-La calomnie en marche
Le 10 juillet 1936 Henri Becquart, député conservateur de Lille sadresse au Ministre de la Défense, Edouard Daladier, et lui demande déclaircir lattitude du soldat Salengro le 7 octobre 1915 : il laccuse davoir déserté à lennemi et davoir été condamné à mort par contumace puis acquitté dans des conditions douteuses.
Le 14 juillet, lAction Française publie en premiére page un placard présentant Salengro comme un condamné à mort pour désertion à lennemi. Le 21 août lhebdomadaire dextrême droite " Gringoire ", dirigé par Carbuccia, surenchérit et met Roger Salengro au défi de répondre. Le 28 août celui-ci réplique : " jaffirme navoir jamais été condamné par un conseil de guerre français. Je nai été condamné que par un conseil de guerre allemand ". Gringoire insére la réponse mais en même temps publie une déclaration du colonel Arnoux, capitaine du 233e RI : Au début de 1916, Salengro a été condamné à mort pour désertion et sil est en mesure de se déclarer acquitté en conseil de guerre cela ne peut viser quun verdict dindulgence obtenu à Paris aprés la guerre grâce à un recours en révision. Roger Salengro répond quil na jamais comparu devant un conseil de guerre à Paris et na jamais introduit un pouvoir en cassation.
En fait il a appris à son retour de captivité quil a été jugé par le conseil de guerre de la 51e Division et quil a été acquitté.
Mais Gringoire ne désarme pas : " LAffaire Salengro commence
Nous ne la laisserons pas étouffer ". Les tirages augmentent, il a reniflé le scandale, lexploite à fond et distille le doute et la haine. Dautres publications rentrent dans la parie : le Jour, le Matin, Choc
Pour Salengro cest la spirale infernale : à chaque réponse succéde une contre attaque plus violente que la précédente. Conscient de la machination, il est prêt à subordonner toute considération personnelle à lintérêt du pays. Mais quelle solution choisir ?
Léon Blum décide de faire examiner le dossier militaire de Salengro par une commission denquête composée danciens combattants peu suspects dindulgence et du chef détat major, le Général Gamelin. Aprés un mois denquête, la commission conclut " quil ny a jamais eu quun seul jugement et que le soldat Salengro a été acquitté par le conseil de guerre de la 51e division le 20 janvier 1916, lequel jugement a un caractére définitif ".
LAffaire devrait sarrêter là mais cest sans compter avec cette presse dévoyée. Le 6 novembre Gringoire titre " On a blanchi Salengro, le voilà Proprengo ! ".
Lignominie est atteinte quand Henri Becquart interpelle le gouvernement à la Chambre le 13 novembre. Léon Blum monte à la tribune et dans un discours pathétique et poignant réfute tous les arguments calomniateurs. Il éléve ensuite le débat en dénonçant la feuille infâme : " Et puis je vous le demande, pensez à lhomme, car il y a un homme dans cette affaire, un homme avec un cur dhomme, un homme qui depuis des semaines est affreusement torturé. Vous êtes, Messieurs, les représentants de la souveraineté nationale, et cest votre vote qui doit être la sentence définitive. Vous navez pas à acquitter linnocent, les militaires sen sont chargés ; mais vous avez, vous, à flétrir les coupables ".
Le vote est clair : sur 530 votants, 427 adoptent le texte qui " constate linanité des accusations portées contre un membre du gouvernement et flétrit les campagnes doutrages et de calomnie qui ne peuvent quexaspérer les passions partisanes, propager les méthodes de violences et déconsidérer notre pays aux yeux de létranger ".
Roger Salengro est lavé mais est-ce vraiment fini ?
3-" Ils lont tué "
Comme Léon Blum lavait prévu, ce nest pas fini. Roger Salengro sait que lignoble campagne va continuer. Xavier Vallat, député dextrême droite, na-t-il pas déclaré : " il nest pas dexemple quun scrutin mette fin à une campagne de presse ".
Alors que faire ? Peut-il accepter dêtre une cause permanente de perturbation nuisible à la vie du gouvernement ? Voilà le dilemme obsédant auquel il est confronté ! Cette torture morale, ajoutée à la mort de sa femme 18 mois plus tôt, et à sa santé précaire semble ruiner sa résistance.
Le 17 novembre Roger Salengro participe aux travaux du Conseil Général du Nord. A 18 heures il téléphone à Verlomme, son chef de cabine, pour dire quil ne viendra à Paris que 48 heures plus tard. A21 heures il rentre chez lui et il tranche, il rompt le carcan en choisissant la mort.
Le lendemain dés 9 heures, la foule grossit devant le 16 du boulevard Carnot. Dès quil apprend la nouvelle Léon Blum vient à Lille où on lui remet la lettre que lui a adressée le maire de Lille : " Jai lutté vaillamment mais je suis à bout. Sils nont pas réussi à me déshonorer, du moins porteront-ils la responsabilité de ma mort. Je ne suis ni un déserteur, ni un traître. Mon parti a été toute ma vie et toute ma joie ".
A lannonce de sa mort, lémotion est considérable. La presse se déchaîne contre " les assassins ". Le cardinal Liénart rend publique une lettre : " Nous souffrons à la pensée que sur sa détermination, ont pesé des attaques infamantes et passionnées. Nous sentons le devoir de rappeler une fois de plus que la politique ne justifie pas tout, que la calomnie ou même la médisance sont des fautes que Dieu condamne et quon na pas le droit de se servir de tous les moyens pour arriver à ses fins ".
A Lille la colére monte dans les quartiers populaires, un désir de vengeance sexprime et il faut tout le poids du président du Conseil pour éviter le pire : " Même aprés la mort de Roger Salengro, vous devez respecter sa volonté. Il y a deux choses quil vous aurait interdit : Loubli et la vengeance. Cest en son nom que je vous adjure de rester calme et de maîtriser votre colére ".
Le dimanche 22 novembre 1936, le brouillard ne se léve pas, il fait froid. Dans lhôtel de ville, une foule immense rend un dernier hommage à Roger Salengro. Depuis la veille, le cercueil est installé sur un catafalque recouvert du drapeau de la ville. Des jeunes gymnastes veillent le corps aux côtés des élus. Des femmes pleurent. A 13 h 30, le député de lAisne, Bloncourt dépose sur le cercueil sa médaille militaire. Bracke fond en larmes.
La voix brisée par lémotion, Léon Blum parle au nom de tous, explique la souffrance de son ami et fustige la calomnie : " Comment confondre la calomnie ? On sépuise à chercher le moyen détablir la vérité. On cherche, on ne trouve pas. Il ny a pas dantidote contre le poison de la calomnie. Une fois versé, il continue dagir, quoiquon fasse dans le cerveau des indifférents, des hommes de la rue. Il pervertit lopinion par le goût du scandale. Tous les bruits infamants sont soigneusement recueillis et avidement colportés. On juge superflu de vérifier, de contrôler. On écoute et on répéte, sans se rendre compte que la curiosité et le bavardage touchent de bien prés à la médisance, que la médisance touche de bien prés la calomnie et que celui qui publie ainsi la calomnie devient un complice du calomniateur ".
Combien sont-ils, à 15 heures, à accompagner Roger Salengro au cimetiére de lEst ? De 200000 à 1 million, les souvenirs divergent. Jamais Lille na connu et en connaîtra ensuite un tel rassemblement, qui reste à jamais gravé dans la mémoire des socialistes.