Les radicaux et les libéraux inaugurent froidement leur union
Fulvio Pelli (à gauche), Pascal Couchepin et Claude Ruey. Les présidents ont soigneusement évité demployer le terme de «fusion» entre leurs deux formations.
FAIRE LES CHOSES TOUT EN NIANT QU'ON LES FAIT, C'EST LA POLITIQUE HYPOCRITE!
ASSEMBLEE. Réunis pour combattre ensemble la caisse unique, Claude Ruey et Fulvio Pelli ont insisté sur la nécessité de former «une seule famille». Mais ils ne sont pas parvenus à susciter l'enthousiasme.
SUISSE, Le Temps, Ron Hochuli, Samedi 20 janvier 2007
«Historique», n'a pas hésité à clamer Claude Ruey. Le président des libéraux s'adressait, pour la première fois dans le cadre d'une assemblée ordinaire - en l'occurrence celle du Parti radical -, aux délégués des deux formations politiques. Libéraux et radicaux étaient en effet réunis vendredi soir à Genève pour prendre position sur la caisse unique (lire ci-dessous). Les chefs de file des deux partis ont tout fait pour que le rapprochement des deux partis soit perçu non plus comme un mal nécessaire, mais comme un accord conclu «avec cur et intelligence». Sans toutefois parvenir à faire l'unanimité.
Pourtant, Claude Ruey - dont le discours était d'ailleurs imprimé sur du papier à en-tête radical assorti du logo libéral - n'a pas hésité à parler de «notre ministre», en évoquant à la fois Pascal Couchepin et Hans-Rudolf Merz. A ses yeux, il faudrait désormais voir, entre libéraux et radicaux, «une holding en vue d'un rapprochement futur» et non pas un «mariage de raison sans passion», comme l'avait évoqué Le Temps le 13 décembre dernier. Fulvio Pelli, de son côté, insistait sur le constat que les deux partis constituaient désormais «une seule famille».
Toutefois, parmi les délégués, tous n'ont pas apprécié que les deux bannières s'étalent côte à côte sur le podium. Pour l'un d'eux, radical vaudois, les deux formations sont certes de droite, «mais elles ne sont pas faites du même bois». Pour lui, «les radicaux défendent un Etat plus solide». Et dans un registre plus agressif: «Pour dire qu'ils ne sont que quatre, les libéraux à Berne font beaucoup de bruit. Et j'ai l'impression qu'ils profitent du porte-voix radical.»
L'accord de collaboration conclu en 2003, alors que les libéraux n'atteignaient plus la barre fatidique de cinq élus pour former un groupe parlementaire, a été prolongé par les parlementaires à la fin de l'an dernier, jusqu'en 2011. Et certains semblent regretter que les élus libéraux ne seront donc pas en mesure de former à nouveau un groupe de leur côté, s'ils obtiennent le nombre de sièges nécessaires.
Quant à une éventuelle fusion? Le mot reste tabou. Et les présidents de parti ont soigneusement évité de l'employer. Quand bien même l'analyse commune de cette option figure dans leur programme de collaboration.
Il semble qu'avant de s'entendre sur un organigramme commun, les têtes pensantes des deux partis souhaitent mettre un peu de chair autour du squelette structurel. Faire en sorte que les méfiances s'estompent et que naisse l'enthousiasme.
Comme le dit le vice-président des radicaux, Léonard Bender, «il ne faut pas une union technique, mais une famille». Et selon le Valaisan, il y a urgence. «Je préfère parler d'agrégation plutôt que de fusion, terme trop connoté.» A ses yeux, l'écueil ne se situe ni au sommet ni à la base du parti, mais parmi ceux qui nourrissent des ambitions politiques. «Je ne veux d'ailleurs pas condamner une telle attitude, elle est normale et parfois même saine, parce qu'elle traduit l'envie des gens de prendre des responsabilités.» Mais, il en est convaincu, les «siens» comprendront qu'il ne faut plus que se tienne la moindre élection au scrutin majoritaire, en Suisse, sans que les candidatures libérales et radicales ne fassent l'objet d'une concertation.
La position de Léonard Bender semble néanmoins plus concevable en Valais, loin des querelles de chapelle qui font rage avant tout à Genève et dans le canton de Vaud, et dans une moindre mesure à Bâle et à Neuchâtel. Président des libéraux valaisans, Pierre-Christian de Roten conclut: «Il est évident qu'il est plus facile de s'allier entre minoritaires, comme c'est le cas en Valais face au PDC. Mais je suis confiant. Et peut-être même qu'un jour la fusion s'imposera d'elle-même...»