Madame Micheline Calmy-Rey
Conseillère fédérale en charge du DFAE
Palais fédéral
3000 Berne
Chêne-Bourg, le 25 novembre 2003
Madame la Conseillère fédérale,
Je vous remercie au nom du Comité pour la Paix pour votre réponse qui a retenu toute notre attention.
Quant bien même vous rappelez les efforts importants de la Suisse, notre inquiétude sur le sort des personnes déplacées hors du Kosovo persiste. En effet, vous ne mentionnez rien de concret pour aider les 60'000 personnes déplacées pour lesquelles le CICR cessera son aide au 31 décembre prochain. Certes, cette institution aurait obtenu du Ministère des Affaires sociales de la Serbie-Monténégro de prendre en charge lassistance à ces victimes de la crise du Kosovo à partir du 1er janvier 2004. Mais, connaissant les difficultés financières de cet état, on peut douter de sa capacité à apporter une aide réelle pourtant si nécessaire quand on connaît la rigueur de lhiver dans cette région.
Aussi, en référence à la tradition daide humanitaire de notre pays, ne serait pas possible dorganiser une aide matérielle pour ces dizaines de milliers de personnes dans la détresse, et cela en attribuant une partie des dizaines de millions de francs versés par la Suisse à la Serbie-Monténégro pour lassistance de cette population démunie et désespérée?
En ce qui concerne la situation actuelle du Kosovo, si votre optimisme est admirable, il nen demeure pas moins quune épuration ethnique a bien eu lieu en présence des troupes suisses de la Swisskoy. Occulter cette réalité, cest de facto cautionner cette criminelle épuration ethnique. La Suisse, dans les intérêts des deux cent trente mille victimes, aura-t-elle le courage de briser le mur de silence qui entoure cette tragédie ? En relation avec vos importants efforts pour le Pacte de Genève concernant le drame de la Palestine, ces personnes déplacées vont-elles subir le même sort que les Palestiniens ayant obtenu un droit au retour par plusieurs résolutions de lONU, résolutions hélas restées toujours lettres mortes depuis 55 ans ?
Enfin, si vous ne mentionnez pas, dans votre courrier, les graves propos de M. Christen dont vous nêtes évidemment pas responsables, nous les avions mentionnés pour votre information, car ils semblent être en totale contradiction avec la politique du Conseil fédéral sur le Kosovo. Aussi, au vu la gravité des faits, notre comité demandera à ce dernier de préciser son point de vue.
Tout en restant à votre disposition pour tout complément dinformations, et dans lattente de vos nouvelles, je vous adresse au nom du Comité, Madame la Conseillère fédérale, lexpression de nos salutations la meilleure.
Julien FONJALLAZ
Professeur honoraire
Comité pour la paix en ex-Yougoslavie