Monsieur Yves Christen

Président du Conseil national
Palais fédéral
3000 Berne


Concerne : l’implication de la Suisse au Kosovo
Chêne-Bourg, le 25 novembre 2003


Monsieur le Président,

Je vous écris au nom du Comité pour la Paix pour faire part de notre profonde inquiétude à cause du sort des “ personnes déplacées ” hors du Kosovo et de la politique de notre pays dans cette région.

Notre comité a été constitué en mars 1999 pour s’opposer à l’intervention des Etats-Unis et de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie, car elle ne pouvait que conduite à une situation encore pire que celle qui prévalait à l’époque. L’Histoire nous a, hélas, donné raison.

L'exposition de photos “ Vies déplacées ” présentée du 27 au 29 août 2003 au Musée international de la Croix-Rouge à Genève et d’autres documents du CICR ont révélé, sans aucun doute possible, la tragédie de centaines de milliers de personnes ayant dû fuir, en extrême urgence, le Kosovo pour sauver leur vie. Ainsi, la dénomination hypocrite de “ Vies déplacées ” vise en fait à occulter une indéniable épuration ethnique touchant plus de 200'000 personnes, en majorité serbe mais avec aussi des roms.

En plus de la compassion pour le drame que vivent ces milliers de gens, l’engagement de la Suisse par la présence de la Swisscoy implique notre pays dans ce qui s’avère être, de facto, épuration ethnique. Ainsi, qu’il s’agisse de l’abandon de plus de 200'000 victimes d’une épuration ethnique caractérisée ou de l’implication, nolens volens, de la Swisscoy dans ce processus, la gravité de ces faits interpelle la Suisse à la fois pour des raisons humanitaires et politiques.

En effet, l’implication de notre pays dans l’ex-Yougoslavie avait été motivée par la volonté d’empêcher une épuration ethnique à l’encontre des personnes d’origine albanaise, ce qui était tout à fait louable. Mais, sous couvert de s’opposer à une épuration ethnique, notre pays de même que ceux de la coalition de l’OTAN a accompagné une autre épuration ethnique, celle des minorités du Kosovo.

En outre, les propos rapportés sur votre site internet à votre retour de voyage en février dernier au Kosovo, à savoir : “ Seule une solution régionaliste et fédéraliste pourra assurer la sécurité des minorités serbes, qui, à terme, pourra aboutir à un Kosovo indépendant de la république Serbie-Montenegro ”, sont en totale contradiction avec la résolution 1244 de l’ONU “ Réaffirmant l’attachement de tous les États Membres à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la République fédérale de Yougoslavie et de tous les autres États de la région, au sens de l’Acte final d’Helsinki et de l’annexe 2 à la présente résolution, ”.

Enfin, et par dessus le marché, vous faites sembler d’ignorer que la mission confiée par le Conseil de sécurité de l’Onu à la Minuk d’assurer la protection des minorités a lamentablement échoué ! Ces propos inquiétants pourrait-il laisser à conclure que notre pays participerait à une politique favorisant la sécession de Kosovo ?

Par ce courrier, nous espérons que votre réaction permettra d’éviter que la bonne volonté mise par notre gouvernement ne serve, en fin de cause, des desseins contraires à ceux qui ont fondés l’engagement humanitaire de la Suisse dans cette région. S’engager pour la Paix et, finalement, participer ou tolérer une épuration ethnique serait évidemment une tragédie pour les minorités ayant dû fuir le Kosovo, mais également pour notre pays.

Tout en restant à votre disposition pour tout complément d’informations, et dans l’attente de vos nouvelles, je vous adresse au nom du Comité, Monsieur le Président, nos salutations les meilleures.



Julien FONJALLAZ
Professeur honoraire
Comité pour la paix en ex-Yougoslavie

Annexe:
(1) CICR : Des vies déplacées YU-E-00016
(2) Articles décrivant la terreur régnant contre les minorités du Kosovo

Réponse du 20 février 2004
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