Un ancien reporter de USA Today accusé de falsification

mardi 13 janvier 2004
http://cf.news.yahoo.com/040113/3/b1gu.html

WASHINGTON (Reuters) - Un ancien journaliste vedette du quotidien USA Today s'est livré à une entreprise de "falsification élaborée" à l'occasion d'une enquête interne ouverte sur la véracité de certains de ses articles, a fait savoir la rédaction en chef du journal dans un communiqué publié mardi.

L'ancien grand reporter Jack Kelley a été contraint de démissionner le 6 janvier après avoir admis qu'il voulait se couvrir face à l'enquête menée à son encontre concernant un article rédigé en 1999 depuis Belgrade, selon le communiqué.

"La raison pour laquelle il a été mis fin au contrat de Kelley est qu'il s'est livré à une falsification élaborée au cours d'une enquête sur son travail", a indiqué la direction de USA Today. "(...) En se livrant à une telle manipulation, il a contrevenu à la première responsabilité de tout journaliste: dire la vérité."

Dans un courriel adressé à Reuters par son avocat, Kelley défend son travail mais reconnaît toutefois avoir commis une erreur de jugement.

"Je quitte USA Today en sachant que tout au long de mes 21 ans de carrière, je n'ai jamais inventé ou plagié un article", a assuré Kelley. "Tous les articles publiés sous mon nom étaient exacts, et fondés sur ce que j'ai vu, les entretiens que j'ai menés, et les faits dont j'ai eu connaissance à ce moment-là."

Il a souligné que le journal n'avait ni retiré ni corrigé les articles concernés par l'enquête, ajoutant: "Je regrette toutefois la grave erreur de jugement que j'ai commise au cours de l'enquête."

Point focal de cette investigation, un article paru le 14 juillet 1999 en une du quotidien et intitulé: "Onu: Des documents établissent un lien entre les Serbes et des crimes de guerre." Il y était écrit que des enquêteurs de l'Onu avaient trouvé un carnet prouvant que l'armée serbe avait entrepris une véritable campagne de "purification ethnique" -- génocide -- au Kosovo.

PAS DE CONCLUSION DEFINITIVE

Dans son article, Kelley écrivait que le carnet lui avait été présenté au cours d'un entretien avec une militante des droits de l'Homme, et qu'il serait montré au Tribunal pénal international de La Haye.

Mais à la suite d'une mise en cause anonyme de certains articles de Kelley, suscitant des doutes sur l'existence même de ce carnet, le journaliste a déclaré qu'au cours de l'entretien, un enquêteur de l'Onu avait apporté ce document et qu'il avait fait l'objet d'une discussion entre la militante et un interprète, selon le communiqué du journal.

Le communiqué ajoute que la militante, retrouvée par les personnes chargées de l'enquête, a dit ne pas se souvenir de l'entretien en question.

Kelly a fourni les coordonnées d'un premier puis d'un deuxième interprète dont il a affirmé qu'il était présent lors de l'entretien, mais qui s'est révélé être un imposteur.

Le journal précise dans son communiqué que l'enquête n'a abouti à aucune conclusion définitive sur ce qui s'est réellement passé.

Elle a débuté en mai dans la foulée d'une vague d'initiatives similaires prises dans plusieurs journaux à la suite des révélations sur un ancien journaliste du New York Times, Jayson Blair, dont plusieurs articles ont été montés de toutes pièces.

USA Today avait, au vu de ce scandale, appelé toutes les personnes doutant de la véracité d'un article à faire part de leurs interrogations. Cet appel a suscité une plainte anonyme d'un membre du personnel du journal selon lequel certains articles de Kelley ont pu être retouchés ou carrément inventés.

Retour