Marcel Valentin Les musulmans du Kosovo sont des modérés
propos recueillis par Pierre Ganz (RFI) et Alain Louyot. L'Express du 04/10/2001
Entretien avec le général Marcel Valentin, commandant de la KFor (Force multinationale de paix au Kosovo) Ecouter l'interview sur RFI

Le général Marcel Valentin: Pour le moment, il n'est pas question que les Américains diminuent leurs effectifs au Kosovo.
La nouvelle situation internationale, depuis le 11 septembre, va-t-elle avoir une influence sur votre mission?
Je pense qu'au niveau médiatique la question des Balkans va passer au second plan, derrière la lutte contre le terrorisme. Mais, sous un angle plus pratique, pour moi, cela aura peut-être des conséquences, puisque je vais diriger une force dans laquelle les unités américaines constituent le plus fort contingent. Etant à la tête d'une force de l'Otan, je serai peut-être impliqué dans certaines actions, en particulier de renseignement.
Ne craignez-vous pas, compte tenu des circonstances, que Washington n'en profite pour diminuer ses effectifs au Kosovo?
Pour le moment, il n'en est absolument pas question. Je pense que les Américains sont parfaitement conscients du caractère sensible du Kosovo, surtout à la veille des élections générales.
Les musulmans de cette région risquent-ils de réagir à d'éventuelles représailles américaines?
Les musulmans du Kosovo sont loin d'être des fondamentalistes. Ils sont même très modérés. D'ailleurs, dès le lendemain des attentats de New York, ils ont manifesté leur solidarité dans les rues de Pristina. Et de nombreux registres de condoléances sont largement remplis.
Estimez-vous que votre mission va s'exercer dans une zone de passage du terrorisme?
Cela a peut-être été le cas alors que l'Albanie était moins stabilisée. Reste que cette zone est propice aux trafics en tout genre. Bien sûr, il y a le trafic d'armes, qui peut intéresser les terroristes.
Le vice-Premier ministre serbe affirme que plus de 3000 moudjahidine se trouvent encore au Kosovo...
Cette information fait partie de la dialectique serbe. Il n'y a aucune trace actuellement de terroristes de ce genre.
Allez-vous donner de nouvelles instructions pour renforcer encore la lutte contre le trafic d'armes?
Cette lutte est d'ores et déjà intense, en particulier en liaison avec les opérations de Macédoine pour éviter que le Kosovo ne se transforme en réservoir d'approvisionnement en armes et en munitions pour les insurgés albanophones de Macédoine. C'est un dispositif efficace puisque, rien qu'à l'intérieur du Kosovo et sur les frontières, plus de 2 000 armes ont été confisquées.
Votre nomination est-elle la conséquence d'une plus grande intégration militaire française dans l'Otan?
Je ne crois pas. Vous savez que la France s'est retirée de l'organisation militaire intégrée en 1966. Avant, les généraux français occupaient des postes parmi les commandements les plus importants. Mais, depuis, aucun général français n'a assumé de commandement dans l'organisation militaire intégrée, c'est-à-dire permanente. En revanche, chaque fois qu'il y a participation de l'Otan à la résolution d'une crise, notamment dans les Balkans, la France y contribue de manière très significative, à hauteur de 12% des effectifs engagés. Notre pays se montre donc toujours un partenaire fidèle de l'Alliance atlantique.
Pourquoi votre mandat est-il d'un an, alors que vos prédécesseurs ne sont restés que six mois?
C'est pour tenir compte de deux faits: d'une part, un retour à une certaine normalité. La pression est peut-être moins forte qu'avant. Et, d'autre part, cela répond à un désir prononcé d'assurer une continuité, en particulier au moment de la tenue d'élections générales au Kosovo pour désigner un gouvernement local.
La KFor a-t-elle un rôle essentiellement politique, militaire ou policier?
Le rôle des militaires a toujours été de garantir la paix, c'est-à-dire de préserver la sécurité et l'ordre public. Cette mission s'exerce au profit d'autorités politiques. A partir du moment où je suis au plus haut niveau de la force représentée sur le terrain, je suis bien évidemment en liaison étroite avec le représentant du secrétaire général de l'ONU et je dois maintenir avec lui un dialogue politico-militaire en permanence. Evidemment, nous sommes prêts à nous opposer militairement à tout retour au Kosovo des forces serbes.
Depuis juin dernier, la KFor a arrêté quelque 800 combattants présumés de l'UCK, et plus des trois quarts ont été ensuite relâchés. Est-ce la bonne méthode?
Il fallait avant tout éviter que ces gens-là ne passent en Macédoine. On les a identifiés, répertoriés, et un certain nombre sont allés quelque temps en prison. Ceux qui ont été relâchés feront parfois l'objet de poursuites judiciaires locales. Il faut les prendre comme des nationaux égarés plutôt que comme des bandits de grand chemin.