De plus en plus louche le maintien de la Swisscoy


Le Conseil national maintient le mandat des soldats de la Swisscoy au Kosovo

KOSOVO. L'alliance des Verts et de l'UDC n'a pas suffi pour rapatrier les soldats suisses engagés au Kosovo. Sur cette question, le PS a rejoint le camp du PRD et du PDC pour voter un prolongement du mandat de la Swisscoy jusqu'en 2011.

Le Temps, Philippe Miauton, Berne, Jeudi 6 mars 2008

L'armée suisse continuera de déployer au Kosovo les 220 soldats de la Swisscoy. Le Conseil national a décidé mercredi, par 95 voix contre 78 et 9 abstentions, de prolonger la participation suisse à la KFOR, la force de maintien de la paix au Kosovo. Les alliances contre-nature entre la gauche et la droite dure dans le dossier de l'armée se suivent mais ne se ressemblent pas. Lors de ce vote, le Parti socialiste a rejoint le camp du oui. Le regroupement de l'UDC - opposée à tout engagement de l'armée à l'étranger - et des Verts - antimilitaristes et partisans d'une aide structurelle -, n'a pas suffi pour empêcher la prolongation de la mission du contingent militaire dans cet Etat qui vient de déclarer son indépendance.

Ne pas jouer le jeu de l'UDC

Les socialistes, qui d'habitude considèrent l'armée comme un gouffre à millions, se sont appuyés hier sur des arguments humanitaires pour soutenir une présence militaire dans les Balkans. «La Suisse a son rôle à jouer dans le cadre du maintien de la paix dans les régions sensibles du monde», a déclaré Eric Voruz (PS/VD), rapporteur pour la majorité de la Commission de la sécurité.

Certains élus écologistes soupçonnent de fortes pressions du Département des affaires étrangères sur le PS pour expliquer cette position. Une minorité de socialistes antimilitaristes, comme André Daguet (PS/BE), a toutefois préféré s'abstenir sur ce vote plutôt que de jouer une nouvelle fois le jeu de l'UDC.

Pour les radicaux et les démocrates-chrétiens, qui ont voté en bloc, la présence de la Swisscoy ne souffre aucune discussion. Pour le conseiller aux Etats Didier Burkhalter (PRD/NE), interrogé par Le Temps, «il est évident que la Suisse ne pouvait pas se désolidariser du Kosovo qui se trouve en pleine reconstruction». Pour le PRD et le PDC, il s'agit avant tout de consolider la paix dans cette région afin qu'elle soit durable.

Mais c'est aussi pour des raisons de sécurité intérieure que le National a prolongé le mandat de la Swisscoy. Jakob Büchler (PDC/SG) ne veut, par exemple, pas d'un afflux de nouveaux requérants d'asile de cette région, a-t-il lancé à l'adresse de l'UDC. Plusieurs orateurs ont aussi souligné que «la sécurité suisse est fortement liée à la situation au Kosovo, vu le nombre de ressortissants de cette région dans le pays».

Incompatibilité de mandat

En vain, les Verts et l'UDC ont tenté de suspendre la décision à des fins d'analyses ou de limiter la présence de la Swisscoy à fin 2009. Toutes leurs propositions ont été rejetées. Pour les Verts, emmenés par le Zougois Josef Lang, qui est aussi membre du GSsA, «la résolution 1244 de l'ONU, sur laquelle se base la KFOR, n'est plus valable». Selon lui, cette résolution part du principe que le Kosovo fait partie de la Serbie, ce qui n'est plus le cas depuis leur déclaration d'indépendance. Pour cette raison, il a proposé que tant que l'ONU n'émet pas de nouvelle résolution, la Suisse retire ses 220 militaires présents en ex-Yougoslavie.

Du côté de l'UDC, les différents intervenants ont avancé leurs traditionnels arguments de la neutralité, de la sécurité des soldats ou des coûts de cet engagement pour convaincre l'assemblée. Roland Borer (UDC/SO) a ironiquement demandé au conseiller fédéral Samuel Schmid «à quoi servait-il d'adhérer à l'ONU si l'on n'attend même pas un nouveau mandat du Conseil de sécurité pour la KFOR, avant de prolonger la Swisscoy».

Interruption à tout moment

Pour le ministre de la Défense, «la résolution 1244 peut concerner la reconnaissance de l'indépendance du Kosovo, mais elle n'influence en aucun cas le mandat de la KFOR». Le ministre s'est notamment appuyé sur la nouvelle orientation donnée à la mission de l'ONU, qui consiste à présent à mettre sur pied un système démocratique, juridique et policier moderne, et ce à des fins de justification de la présence des soldats suisses. «De plus, en tout temps, le Conseil fédéral peut décider d'interrompre l'engagement de la Swisscoy», a-t-il encore précisé. Le Conseil des Etats doit encore se prononcer.

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