Au Kosovo, une grenade ponctue la Pâque de la minorité orthodoxe

ATTENTAT? L’explosion d’une grenade a fait trois blessés dans le nord du Kosovo, nouvel incident qui illustre les tensions dans cette région au moment où l’Union européenne serait disposée à donner son feu vert à la signature d’un accord d’association avec la Serbie.

Photo AP | Boris Tadic s’est rendu au Kosovo, pour la première fois depuis la proclamation d’indépendance, pour fêter la Pâque orthodoxe au monastère serbe Visoki Decani.

Tribune de Genève, AFP | 27 Avril 2008 | 14h18

L’explosion, dont les causes ne sont pas connues, est intervenue aux premières heures de la Pâque orthodoxe. Elle fait suite à une série d’incidents qui ont secoué le nord du Kosovo, peuplé majoritairement de Serbes, depuis la proclamation de l’indépendance de ce territoire adossé à la Serbie, le 17 février.

"Une explosion est survenue à 2 h dans le centre de Leposavic", a indiqué un porte-parole de la police, Besim Hoti. "Un engin explosif, vraisemblablement une grenade, a été lancé d’un véhicule en mouvement", a-t-il précisé.

Par ailleurs, la police kosovare a saisi hier trois kilos de TNT, des armes automatique de type AK 47, un revolver et des munitions dans une maison à Kosovska Mitrovica, selon M. Hoti. Trois jeunes Serbes, âgés de 17 à 21 ans, ont été arrêtés.

Des accrochages le 17 mars entre des policiers de l’ONU et des soldats de la Force multinationale de paix (KFOR) au Kosovo, et des groupes de Serbes, avaient déjà fait un mort, un policier ukrainien, et plus de 150 blessés.

Une équipe d’enquêteurs spéciaux de l’ONU est arrivée hierà Pristina avec pour mission d’enquêter sur ces violences.

L’indépendance du Kosovo, une province du sud de la Serbie peuplée à plus de 90% d’Albanais, proclamée par les leaders kosovars albanais, a envenimé les relations entre la Serbie et l’UE et provoqué une crise politique en Serbie.

Reconnue par une quarantaine de pays, dont les Etats-Unis et les principaux membres de l’UE, l’indépendance n’est pas acceptée par Belgrade, les Serbes du Kosovo et la Russie.

Le Premier ministre serbe nationaliste Vojislav Kostunica a dissous le gouvernement en mars, estimant qu’il ne pouvait plus diriger le pays avec les pro-européens du président Boris Tadic.
Des législatives anticipées ont été convoquées pour le 11 mai et Belgrade entend les organiser également au Kosovo, traitant ainsi ce territoire comme une province serbe et défiant l’ONU qui administre le Kosovo depuis 1999.

Les incidents de ce week-end interviennent au moment où l’UE se reprend à espérer la signature d’un accord d’association avec Belgrade qui apporterait, avant les législatives, un soutien appuyé au camp serbe pro-européen en difficulté.

La Serbie a en effet ratifié en novembre l’Accord de stabilisation et d’association avec l’UE, mais ne l’a toujours pas signé, ayant échoué à remplir la seule condition posée, c’est-à-dire une pleine coopération avec le Tribunal pénal international (TPI) de La Haye.

Quatre derniers fugitifs serbes sont encore recherchés par la justice internationale pour crimes de guerre, notamment le général Ratko Mladic.

La Belgique et les Pays-Bas, qui s’opposaient jusqu’à présent à la signature de l’accord avec Belgrade, se sont déclarés disposés à donner leur feu vert au rapprochement, conditionnant sa mise en oeuvre à "une pleine coopération" de Belgrade avec la justice internationale.

"Ceci est une bonne nouvelle pour la Serbie", a estimé le président du parlement serbe, le pro-européen Oliver Dulic, dans une déclaration à l’agence Tanjug. "Ceci permettra à la Serbie et à ses citoyens de sentir, dans le temps qui est devant nous, les conséquences positives du rapprochement à l’UE", a-t-il indiqué. La signature de l’accord devrait être discutée mardi à Luxembourg par les chefs de la diplomatie de l’UE.

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