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Des gendarmes serbes à la rescousse des Américains en Afghanistan Publié dans la presse: 27 septembre 2003 http://www.balkans.eu.org/article3624.html |
TRADUIT PAR PERSA ALIGRUDIC
Un bataillon denviron 250 hommes doit être envoyé en Afghanistan pour participer, sous commandement américain, à la traque dAl-Qaida et des talibans. Ce bataillon devrait être envoyé dans les environs de Kandahar, la zone la plus problématique en Afghanistan. Il nest plus question de drapeaux bleus ni de maintien de la paix.
Par Dejan Anastasijevic
Par bonheur ou par malheur, loffre du Premier ministre Zoran Zivkovic, présentée lors de sa récente visite à Washington, a été acceptée et lon ne peut plus revenir en arrière. Il avait alors proposé que lUnion de Serbie-Monténégro (USM) mette à la disposition de lAmérique un millier de soldats pour lIrak, lAfghanistan ou toute autre destination à leur discrétion. Bien quexprimée discrètement, cette proposition a néanmoins été rendue publique par le Washington Post. Informée par la suite, lopinion publique locale a été prise de court.
Zoran Zivkovic a dû faire face à des remarques désagréables, contestant la légitimité de la participation de notre armée dans loccupation sans mandat des Nations Unies, sans compter des questions du type : Enverriez-vous votre fils unique à Bassorah ?
Le Premier ministre a tenté de se défendre, sous le couvert de la diplomatie fédérale, en disant que la proposition nétait pas adressée aux Américains mais au Secrétaire général de lONU, Kofi Anan, pour des opérations de maintien de la paix sous le drapeau bleu des Nations Unies, mais il na guère été convaincant.
Zoran Zivkovic compte sur notre armée, qui comprend beaucoup dofficiers ayant une riche et fraiche expérience de la guerre, de sorte quil ne sera pas difficile de former une unité. Les problèmes sont apparus dès que les critères américains ont été connus : pour être qualifié, un combattant moyen doit avoir autour de 30 ans, avoir terminé les principales écoles militaires, il faut quil parle anglais et, si possible, quil ait aussi terminé une faculté civile. En examinant la liste des conditions, on a constaté que les cadres ayant ce profil pouvaient se compter sur les doigts dune main mutilée... Même avec des critères moins rigoureux, il était clair quil serait laborieux de former une unité.
Appelez les gendarmes !
Quelquun sest alors rappelé que larmée nétait pas seule à disposer de cadres ayant une expérience militaire. Lidée dinclure la Gendarmerie sest imposée delle-même , déclare une source militaire. Cela semble logique : il y a là des hommes ayant terminé lAcadémie de police et possédant une grande expérience dans les combats de guérilla. En général, ils sont mieux entrainés, ont une meilleure éducation que leurs collègues de larmée (VSCG), et ils sont en meilleure forme physique. Or, cette solution a créé dautres problèmes et provoqué des heurts entre larmée et la police.
Cest le colonel général de police et commandant de la Gendarmerie, Goran Radosavljevic Guri, qui a été le plus emballé à lidée dun départ en Afghanistan. En tant que commandant des Groupes opérationnels dexpulsion (OPG), il a joué un rôle important dans la guerre du Kosovo, et il a beaucoup de raisons de croire que le parquet du Tribunal de La Haye sintéresse un peu trop à lui. Qui a attentivement suivi le procès contre Slobodan Milosevic a pu remarquer que plusieurs témoins ont été appelés à confirmer la place de Guri dans la chaine de commandement, en ce qui concerne certains crimes attribués aux OPG. Cest pourquoi Radosavljevic a saisi cet éventuel voyage à Kandahar comme une bienheureuse alternative à linvitation de Carla del Ponte.
Par des sources bien informées, la Télévision B92 a été la première à annoncer que Radosavljevic irait en Afghanistan comme commandant de bataillon. On annonçait en même temps quil devait se rendre aux États-Unis afin de préciser les détails dengagement de son bataillon avec les autorités militaires américaines. Le tout a été suivi très rapidement dun démenti du ministre de la Police, Dusan Mihajlovic : Nous navons ni lambition ni lintention de nommer le commandant de la Gendarmerie pour commander une mission des forces unies, car nous pensons que ce poste revient avant tout à nos collègues de larmée .
Kandahar ou La Haye ?
Nos sources affirment que ce nest pas le départ de Radosavljevic en Afghanistan qui est incertain, mais le commandement du bataillon et son voyage en Amérique. Cest le général Milan Zaric, chef de la défense aérienne (ABHO) qui ira négocier avec les Américains , affirme catégoriquement le ministère de la Défense de lUSM, en faisant remarquer que la question du commandement du bataillon, qui est une chose totalement différente, nest pas encore réglée. Au reste, le bataillon devrait être sous le commandement dun sous-colonel, et sous la surveillance dun colonel ou brigadier américain. Les trois étoiles de général attribuées à Radosavljevic de manière extraordinaire compliquent encore toute lhistoire.
En outre, larmée indique que, malgré son expérience guerrière, Radosavljevic nest pas capable de commander un bataillon, ce qui exige davoir un diplôme de lAcadémie militaire et de passer un examen de major.
Il y aurait un autre problème dans le cas où Radosavljevic irait aux Etats-Unis : il y est indésirable et pourrait être arrêté. En fait, une procédure judiciaire est menée contre lui à cause de la liquidation des frères Bitic, citoyens américains dorigine albanaise, tués à leur sortie de prison à Lipljan en 1999. Leurs familles à New York ont porté plainte contre lui et dautres généraux de police (Sreten Lukic, Vlastimir Djordjevic) à cause de ce crime. Daprès leurs lois, les tribunaux américains sont habilités à régler les crimes commis sur des citoyens américains partout dans le monde.
Tout porte à croire que Radosavljevic na pas lintention de renoncer à sa position de commandant. Lors de la guerre au Kosovo, il sest avéré que cétait une mauvaise idée dunifier les unités militaires et policières sous le seul commandement militaire. Radosavljevic se souvient de cette expérience et ne veut pas la renouveler. Le second facteur qui justifie ses ambitions est le fait que le gouvernement de Serbie lui doit un grand service pour le rôle important joué par la Gendarmerie dans lopération Sabre contre le crime organisé. Maintenant, il espère que la reconnaissance du gouvernement lui vaudra la place de commandant du bataillon dAfghanistan. Daprès les rumeurs, sa nomination serait déjà acquise. Dailleurs, beaucoup de membres du gouvernement seraient soulagés sils pouvaient répondre à une lettre éventuelle de Carla del Ponte : Destinataire inaccessible, écrire à : Poste Restante, Kandahar . De plus, de nombreux anciens Bérets rouges partiraient avec Radosavljevic, au grand soulagement général.
Pourquoi ce silence des autorités ?
Dautre part, la rivalité entre larmée et Guri au sujet du commandement du bataillon se reflète aussi à travers certaines divisions politiques au sein de la coalition gouvernementale. Il nest donc pas étonnant quaucune des institutions compétentes (le ministère de lIntérieur, larmée, les Américains) ne veuille faire dannonce officielle sur lenvoi de nos forces en Afghanistan. Radosavljevic, contrairement à son habitude, na fait aucune déclaration publique sur ses projets de voyages. Lambassade américaine à Belgrade a refusé tout commentaire en faisant remarquer que cest un sujet sur lequel les autorités locales doivent dabord se prononcer . Quant aux autorités locales, elles gardent le silence, pas du tout désireuses dexposer au public leurs frictions internes.
Or, le sujet est fort sérieux et ne mérite pas que son importance se perde dans des intrigues de cour. Même si des unités de larmée ont déjà été engagées dans des opérations pacifiques au Sinaï et à la frontière Irak-Iran, et malgré le fait que nous comptions quelques symboliques représentants dans les missions de lONU au Congo et au Timor oriental, le départ dans une mission de combat sous un commandement étranger est quelque chose que les Serbes nont jamais fait jusquici, et il serait bon que quelquun explique ce précédent. Les autorités devraient exposer clairement ce que lUnion de Serbie-Monténégro peut gagner ou perdre par cet arrangement. Certains pays membres de lOTAN ont même tranché la question de la participation de leurs troupes dans des actions hors du territoire de lOTAN, par exemple au Kosovo, par des débats publics et des sondages dopinion. En fin de compte, il ne sagit pas ici de la fierté nationale, en ce moment égarée, ni de la souveraineté de lUSM, depuis longtemps tronquée, mais de demander aux autorités si elles sont prêtes à consulter leurs contribuables sur des décisions dimportance stratégique.
Un mystère inutile et des divisions internes ont déjà généré des dommages qui se reflètent dans des informations incertaines qui circulent dans les rues et réchauffent les pires doutes de tout un chacun. Non seulement le Premier ministre Zivkovic se trouve dans une situation désagréable, lui qui jusquà ce jour na pas eu le courage de dire ce quil a promis à Washington, mais les Américains aussi voient que les donateurs ne peuvent se mettre daccord sur la manière demballer et de livrer le cadeau. Il pourrait ainsi arriver que de lidée détablir une alliance stratégique, il ne nous reste plus à la fin que le sentiment amer davoir laissé passer une chance. Et ce ne serait pas la première fois.
© Tous droits réservés Vreme © Le Courrier des Balkans pour la traduction
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