COMITE POUR LA PAIX EN YOUGOSLAVIE

L’APPEL DE GENEVE

AU PEUPLE ET AUX AUTORITÉS SUISSES

31 mars 1999


Au moment où notre civilisation européenne se trouve à un tournant historique
représenté par l’agression de l’OTAN contre la Yougoslavie, en violation flagrante et
cynique des principes les plus élémentaires du droit international et de la Charte des
Nations Unies,

au moment où, au mépris de toute considération pour les civils innocents et en violation
systématique des Conventions de Genève, on bombarde des populations civiles, ce qui
est explicitement qualifiés par le droit international humanitaire de crime de guerre,

au moment où des centaines de milliers de personnes sont chassées de chez elles par
les bombes ou les actes de représailles qu’elles suscitent,

au moment ou l’Europe se met à basculer vers sa désintégration en prenant le parti
d’annihiler une des composantes les plus symboliques de son histoire et de sa
civilisation, la culture orthodoxe serbe, en lui déniant le droit de vivre sur les terres qui
l’on vue naître,

au moment où l’Europe adopte le diktat des USA en matière de politique pour régler ses
problèmes comme les USA l’ont fait en agressant le Viêt-Nam, le Cambodge,
l’Amérique Centrale et du Sud et, de fait, le reste du monde, au moment où les services
d’information des pays les plus puissants de l’Occident acceptent de répandre jour
après jour les informations les plus mensongères pour justifier l’agression,

au moment où les mots deviennent vides de sens par la volonté des USA et de leurs
alliés en ignominie que sont les pays européens participant à l’agression, où on appelle
frappes chirurgicales les bombardements meurtriers de l’OTAN, où on appelle
intervention humanitaire une guerre d’agression relevant exclusivement d’une logique de
domination,

au moment où la raison et le bon sens sombrent dans le déferlement de prises de
positions extrémistes, bellicistes, absurdes, partiales, quand elles ne sont pas
cyniques ou délibérément provocatrices,

IL Y A URGENCE ABSOLUE À CE QUE LA VOIX DE LA RAISON ET DU RESPECT SE FASSE ENTENDRE CETTE VOIX DE LA RAISON, CETTE VOIX DU RESPECT ET DU DIALOGUE, QUI PEUT MIEUX QUE LA SUISSE LA FAIRE ENTENDRE?

Le cours de l’Histoire fait que la Suisse se retrouve aujourd’hui dans une position
unique pour contribuer à la cessation de l’agression contre la Yougoslavie et à un
règlement de la question du Kosovo. La Suisse ne fait pas partie de la Communauté
Européenne et n’est pas membre de l’OTAN. Elle n’est pas obligée de s’aligner
constamment sur les positions des pays agresseurs. Alors,

QUE LA SUISSE CESSE DE REPRENDRE À SON COMPTE LES POSITIONS DES AGRES-SEURS D’UN PAYS SOUVERAIN!

La Suisse a une tradition de neutralité. Or le peuple suisse n’est pas informé du point
de vue de la Yougoslavie, ni sur la question du Kosovo, ni sur la question des
prétendus “accords” de Rambouillet. Malgré des années de matraquage télévisuel,
les gens ne comprennent rien au fond du problème, parce que l’information est
systématiquement unilatérale et mensongère. C’est un devoir du gouvernement
suisse et des responsables de l’information que de présenter un tableau équilibré
des événements et des arguments des parties au conflit. Alors,

QUE LA SUISSE DONNE À TOUTES LES PARTIES AU CONFLIT LA POSSIBILITÉ DE S’EXPRIMER!

La Suisse a vu naître la Société des Nations et la Croix-Rouge, elle a su prendre à de
nombreuses reprises par le passé des initiatives favorisant le respect et la tolérance
entre les peuples. L’Europe a aujourd’hui un besoin urgent d’une voix européenne
pour lui démontrer que la solution de bombarder un peuple sur ses propres terres,
alors qu’il s’oppose à une occupation venue d’un pays voisin, sans lui donner la
moindre possibilité de faire entendre sa voix, est insensée. Alors,

QUE LA SUISSE PRENNE DES INITIATIVES POUR FAIRE ARRETER LES BOMBARDEMENTS ET PERMETTRE À LA DIPLOMATIE ET À LA NÉGOCIATION DE REPRENDRE LEUR MISSION APRÈS LE DRAMATIQUE ÉCHEC DE L’OPTION GUERRIÈRE!

La Suisse a une riche tradition d’accueil, de conciliation et de modération sur le plan
religieux. Dans le conflit du Kosovo, berceau de la Serbie chrétienne orthodoxe mais
aujourd’hui peuplé par une majorité d'Albanais musulmans, la question de la
cohabitation de deux religions et de deux cultures est au coeur du problème. Alors

QUE LA SUISSE FASSE ENTENDRE LA VOIX DU DIALOGUE ENTRE LES PEUPLES ET LES RELIGIONS, AFIN QUE L’ON SORTE AU PLUS VITE DE LA LOGIQUE ABSURDE ET GÉNÉRALISÉE DE L’AFFRONTEMENT ET DE LA HAINE!

En conséquence, LE COMITÉ POUR LA PAIX EN YOUGOSLAVIE DEMANDE AUX AUTORITÉS SUISSES DE

1. Tout mettre en œuvre sur le plan diplomatique - et immédiatement! - pour faire cesser le plus vite possible les bombardements sur la Yougoslavie, lesquels non seulement n’ont atteint aucun des buts annoncés, mais ont, au contraire, provoqué le pire à tous égards,
2. Prendre l’initiative des démarches pour faire juger l’OTAN et les USA par les tribunaux internationaux pour leur agression du 24 mars 1999 contre la République fédérale de Yougoslavie, au même titre que les auteurs d’exactions perpétrées sur le terrain.
3. Mettre en place, en Suisse, le cadre adéquat pour la reprise du dialogue entre les parties au conflit au Kosovo,
4. Proposer une approche du problème basée sur la prise en compte des aspirations des populations et non des extrémistes qui prétendent les représenter, et ce dans une perspective de respect mutuel aussi bien des peuples que des individus,
5. Favoriser la création, en Suisse, d’un Institut de la Paix, institut de formation chargé d’élaborer des stratégies de médiation et de résolution pacifique des conflits basées sur les approches utilisées avec succès dans le contexte de petits groupes.

Lettre à Mme Ruth DREIFUSS, présidente de la Confédération helvétique
Pétition contre les bombardements en YOUGOSLAVIE

Le Comité pour la Paix en Yougoslavie, est né le soir du 24 mars 1999 à Genève, de l’écœurement complet devant le cours des événement en Europe et le spectacle de folie meurtrière donné par les présidences des pays de l’OTAN participant à l’agression contre la Yougoslavie.

Constitué de Suisses et s’adressant aux Suisses, il a tenu sa première réunion officielle le 31 mars 1999.

Le Comité pour la Paix en Yougoslavie est indépendant de tout parti politique et de tout mouvement religieux. Il souhaite participer à faire entendre la voix des dizaines de milliers, voire des millions de gens qui ne se reconnaissent pas dans les positions partisanes et croient à une coexistence entre cultures et religions fondée sur le respect mutuel et le refus des extrémismes sectaires.

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