Le contexte historique lors de la venue d'Henri et de son fils Pierre à Epesses vers 1545


Vaud conquit par Berne en 1536

Le 22 janvier 1536, une armée de 6'000 hommes quittait les bords de l'Aar à la conquête du Pays de Vaud, qui allait devenir bernois et réformé.

Suite de l'article de Jean-Pierre Chuard, 24Heures des 11 et 12 janvier 1986

L'organisation de la conquête

On ne sait pas si, véritablement, les Vaudois de 1536 ont tous crié d'un même choeur: «Vive Berne!». On ignore de même, s'ils eurent très vite conscience des changements qu'ils allaient subir dans leur mode de vivre et de penser d'abord, dans l'organisation politique du pays ensuite. Les témoignages de contemporains manquent, si l'on excepte celui de banneret Pierrefleur, dont on sait qu'il resta attaché à la religion romaine.

Jusqu'à cette époque, le Pays de Vaud était très morcelé. A côté des territoires proprement savoyards - les 4 bonnes villes de Nyon, Morges, de Moudon et leurs banlieues, ainsi que Cossonay, Les Clées, Sainte-Croix et Cudrefin, plus l'actuel district de Vevey et Villeneuve - il y avait le domaine de l'évêque, dont nous avons déjà parlé [ndlr: l'évêché de Lausanne qui allait de Vevey à St-Sulpice]. A cela s'ajoutaient des baronnies - Rolle, Coppet, La Sarraz - de petites seugneuries et les domaines ecclésiastiques de Bonmont, de Hautcrêt, de Montheron, du lac de Joux, de Romainmôtier et de Payerne, sans oublier les possessions du comte de Gruyère.

En outre, dès les guerres de Bourgogne, les Bernois avaient pris pied dans le Pays de Vaud, se partageant avec les Fribourgeois les baillages communs de Grandson et d'Orbe-Echallens et administrait seuls le vaste gouvernement d'Aigle.

Au total, le territoire actuel du canton de Vaud était composé dune vingtaine de petits Etats, ayant entre eux des relations plus ou moins étroites. Cette situation, jointe à l'état de décadence dans lequel se trouvait le pouvoir savoyard, explique l'absence d'une résistance quelque peu coordonnées à l'avance de Naegeli.

Le problème des commissaires

Des problèmes multiples attendent Berne. Comment administrer le Pays de Vaud? Comment le faire passer d'un régime à l'autre, en tenant compte des promesses qui ont été faites de respecter les droits, les coutumes et la religion?

Très vite des commissaires sont à l'oeuvre sur le terrain, exigeant ici un serment de fidélité, rassurant une communauté sur le maintien de ses privilèges. Ils prennent, ces commissaires, des mesures pour assurer la sécurité du pays, mettent la main sur des archives compromettantes, séquestrent les biens de quelques rebelles, font élire à Vevey ou ailleurs, de nouveaux membres des conseils. Enfin, ils fixent la rançon dont les villes, les communautés rurales, les seigneurs et même certains particuliers doivent s'acquitter.

Au total, 6300 écus qui entreront petit à petit dans la caisse de Berne.

Quelques incidents mis à part, le changement s'opère, en ce printemps 1536 sans trop de heurts. Le pays est calme, le gros des troupes peut être retiré.

Et voici les baillis!

Eclairé par les rapports des commissaires, le gouvernement de la République fait un pas de plus: il décide de diviser les pays conquis en 6 baillages et désigne sur-le-champ les baillis «pour administrer la justice et y gouverner les sujets».

Georges Zumbach ira à Yverdon et Jean Frisching à Moudon, en ayant sous son autorité Cossonay, Morges et toute la Côte. Sébastien Naegili, le frère du général sera le bailli de Lausanne. Augustin de Luternau hérite de Vevey, avec résidence à Chillon; Rodolphe Naegeli de Thonon et du Chablais, et Jean-Rodolphe d'Erlach du Pays de Gex. D'autres baillages, dans lesquels on peut voir l'origine de nos actuels districts, seront créés par la suite.

On nomme trésorier des nouveaux pays pour y percevoir les revenus et recevoir les appels de jugements rendus désormais par les cours baillivales.

Dûment chapitrés sur la conduite qu'ils auront à tenir et sur la paix qu'ils auront à faire respecter, les nouveaux baillis quittent Berne le 14 mai. Le premier d'entre eux est présenté le lendemain aux Moudonnois qui, avec quelque amertume, font acte d'allégeance: «Nos seigneurs, disent-ils, nous ne voulons, ni ne pouvons être que ce qu'il vous plaît…»

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