HOTEL DU SIGNAL
Document de la commune de Puidoux, mis à disposition par Antoinette Fonjallaz de Puidoux qui précise que:
- la durée de 34 ans = 33 ans + 1 son épouse Rosa
- il s'agit de Paul Fonjallaz-Fonjallaz
- le frère, c'est Adrien Fonjallaz-Fonjallaz
Juin 2004
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Sur la crête séparant la plaine du Verney du vignoble du Dézaley, devant le paysage prestigieux du bassin du Léman glorieusement étalé sous les yeux, s' élève depuis la seconde moitié du siècle dernier le vaste Hôtel du Signal d'ancienne renommée. Il fut construit en 1862 (l'aile est tout au moins) par une société anonyme de famille dont l'un des membres influents était le conseiller national Marc Morel, directeur d'une banque privée, et dirigé durant trente-quatre ans par M. et Mme Paul Fonjallaz.
En ces temps héroïques de l'hôtellerie suisse, l'hôte était honoré et respecté: le mot client n'existait pas et les désignations suivant le numéro des chambres -le 65, le 27! - étaient strictement prohibées au profit du nom. L' arrivée et le départ des pensionnaires donnaient lieu à toute une cérémonie; on tenait table d'hôte, annoncée au son de la cloche.
On ne parlait pas encore de salles de bains, mais bien de pots, de cuvettes et de seaux. Une baignoire de zinc existait cependant au sous-sol de l'ancien bâtiment, et l'aile ouest, ouverte à l'exploitation en 1908, en possédait une ou deux par étage.
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Les femmes de chambre, vêtues de grands tabliers blancs tombant jusqu'aux pieds et coiffées du bonnet à rubans, portaient les brocs d'eau chaude au coup de sonnette des clients - pardon, des hôtes!
On s'éclairait à l'aide de lampes à pétrole, dont on retrouva à l'avènement de l'électricité des armoires pleines, ce qui ferait aujourd'hui le bonheur des antiquaires! Le nettoyage des tapis posait des problèmes; pour manger la poussière, on utilisait les feuilles de thé, que les serveuses avaient l'ordre de récuperer à l'office.
Les transports étaient assurés par des voitures: le parc comprenait une victoria à quatre places, un landeau et un break pour les jours d'affluence. C'est M. Fonjallaz des Tréflons, frère du directeur, qui faisait office de cocher; on allait le siffler du haut de la colline lorsqu'il y avait du monde à conduire.
L'apparition de la première automobile fut un événement: c'était un De Dion-Bouton, que pilotait un riche propriétaire d'hôtels de Nice; avec sa famille, on les appelait les rois du Signal à cause de leur façon d'arriver en retard à table pour se faire remarquer, et des brillants que Madame faisait ostensiblement miroiter à ses doigts.
La clientèle était surtout française et russe, cette dernière attirée dans le sillage du grand duc Michel, frère du tsar Nicolas II, exilé en raison de son mariage morganatique. Une suite princière gravitait dans son orbe, telles les princesses Galitzine, Bariatinsky, brillant des derniers feux de l'ancien régime.
Ces personnages exceptionnels et distingués voyageaient avec leur personnel, femmes de chambres, chauffeur, et l'on imagine le remue-ménage que devait produire leur arrivée. Existence d'un autre monde, véritablement, que l'on a bien de la peine à évoquer, tant les gens et les choses ont évolué...!
L 'hôtel actuel est l'oeuvre d'un hôtelier de grande classe, M. Hermann de Gunten, qui en a fait avec sa famille un établissement réputé. Parfait self made man, M. de Gunten acquit en Suisse les rudiments du métier, puis, au cours d'un long séjour en Angleterre, plus particulièrement à Londres (1915-1928), gravit patiemment tous les échelons de la hiérarchie hôtelière.
Il reprit la direction du Signal en 1928 et en devint propriétaire en 1941. Pour marquer son attachement à la commune devenue son centre d'activité, il sollicita et obtint la bourgeoisie de Puidoux en 1945.
Après avoir reçu une solide formation commerciale et hôtelière, son fils Roger, collaborateur de 1950 à 1954, succéda à son père à la tête de l'établissement. Lourde responsabilité pour celui qui, sans se contenter d'une situation acquise, tient à poursuivre résolument sa marche en avant et à doter son entreprise des perfectionnements que commande une économie en constante évolution.
Sans entrer dans les détails d'aménagements qu'on pourrait qualifier de routine, ascenseurs, installations sanitaires, équipements de toute sorte, réfections diverses qui se pratiquaient chaque année par nécessité, on peut relever quelques étapes constructives particulièrement importantes.
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En 1947 sont édifiés au nord de l'hôtel des garages et des logements pour le personnel.
La partie centrale, qui ne constituait jusqu'ici qu'une liaison entre les ailes extrêmes, est rehaussée de trois étages en 1963. On crée sur la façade sud le restaurant et les grands salons, au-dessous desquels on aménage en 1969 une spacieuse et magnifique piscine couverte, exploitée toute l'année et complétée par une cafétéria.
Ces belles réalisations pourraient marquer une fin. Ce serait compter sans l'esprit d'initiative et l'audace réfléchie de la famille de Gunten qui caresse pour l'avenir d'autres projets: la création de tennis couverts et surtout une extension de l'hôtel sous forme de studios et d'appartements, selon une formule très en vogue actuellement.
Grâce d'autre part à la promotion d'un tourisme d'affaires hors saison (séminaires, cours), cette formule permettrait un allongement de l'exploitation qui, limitée primitivement à l'été (mai-septembre), portée aujourd'hui de mars à novembre, pourrait aboutir finalement à l'ouverture toute l'année.
L'Hôtel du Signal bénéficie d'atouts majeurs: une situation exceptionnelle dans un paysage grandiose; un domaine de vingt-trois hectares exempt ve toute construction, ménageant aux hôtes des refuges de tranquillité dans d'immenses espaces verts ou boisés, et des plongées merveilleuses sur le bassin lémanique; enfin, jusqu'en 1978, une exploitation agricole qui permettait un entretien convenable de ces vastes terrains. Un fâcheux incendie en a malheureusement détruit les dépendances, remplacées maintenant par un parking couvert, avec garage, local pour le jardinier et petite écurie.
Une soixantaine de personnes au total assurent les services de cet établissement de huitante chambres, qui comptait une centaine de lits jusqu'en 1963 et cent trente actuellement.
Ces avantages, joints à d'autres non moins précieux touchant le service de l'hôtel, attirent une clientèle nombreuse et très diverse, essentiellement française en juillet-août, suisse et cosmopolite au printemps et en automne. Des personnalités célèbres ont arpenté les pelouses du parc du Signal, des Suisses éminents comme le peintre Ferdinand Hodler, venu probablement travailler, en 1904, à son tableau Bleu Léman, le professeur Auguste Piccard, le général Guisan, des gens de lettres, C.-F. Landry, Mme C.-F. Ramuz, des étrangers notoires, l'ancien gouverneur du Canada, le ministre français Maurice Schumann, des littérateurs comme Roland Dorgelès et Mme. Simone.